Épinal - Rouen (Ligue Magnus, 26e journée)

Du Dragon... avant Dijon !

lhenrySurvenue mardi dernier, la blessure de Danick Bouchard complique la vie des Dauphins, contraints d'affronter Rouen sans leur meilleur attaquant. Un buteur "valant" 40 points à ce niveau... ce qui n'est pas négligeable pour une formation de bas de tableau !

Sans l'explosif ailier canadien (dont le retour est espéré vendredi, pour le début des séries), mais aussi sans Sušanj ni Offret, il ne devrait donc cette fois pas y avoir d'exploit. À moins, bien sûr, que Girard ne soit dans un grand soir.

Comme à l'aller, où des Spinaliens étonnement décomplexés avaient frappé fort, d'entrée, pour lancer leur saison sur des bases élevées (4-2). Un "affront" que les Dragons entendent laver, forts d'une dynamique victorieuse retrouvée.

Connus pour monter en puissance à l'approche des play-offs, les triple champions en titre viennent en effet d'assommer Villard (7-1) et Dijon (9-5) à l'Ile-Lacroix, entretenant l'espoir de terminer "dauphins" d'Angers (et d'ainsi damer le pion à Briançon).

Mais encore faut-il que les Diables rouges s'inclinent en Anjou. Et que Rouen tienne son rang, en étalant la supériorité d'un alignement emmené par ses pointeurs québécois (Thinel, Guénette, Castonguay), ses étrangers "grand format" (Ďurák, Fredriksson) et sa légion d'internationaux présents (Desrosiers, Rech, Lahesalu, Tavželj) ou passés (Štefanka). Un contingent mêlant jeunes loups émergents (Benoît, Guttierez) et vieux briscards étonnants, tel l'éternel Fabrice Lhenry. Sans oublier Johan Åkerman, autre "quadra" au CV long comme le bras... qu'un genou récalcitrant met "hors jeu" depuis un mois !

Le vétéran suédois, réputé grand spécialiste du powerplay, est bien pourtant présent. Mais en qualité de remplaçant, contrairement à David Fredriksson et Ilpo Salmivirta, bel et bien absents. L'ailier finlandais, doublement blessé, rate ainsi son retour sur les terres de ses premiers exploits français. Là où Rouen, rappelons-le, n'a plus gagné depuis le 23 février 2010 !

Une petite éternité que les Dauphins se verraient bien prolonger, décidés à tout donner et à ne rien lâcher, en mettant notamment la pression sur le porteur du palet. En l'occurrence Lauri Lahesalu, dont le dégagement est bloqué par Sébastien Gauthier derrière le filet. Ce dernier remisant aussitôt dans le slot, vers un Steven Cacciotti s'essayant d'un revers trompant un Fabrice Lhenry... sauvé par la base de son montant (00'26").

casavant ben1Animés des meilleures intentions, Cacciotti et Gauthier vont se faire plus d'une fois remarquer durant cette entame rythmée. Les deux Canadiens manquent même de débloquer la situation sur une bonne passe de Gauthier vers Cacciotti, dans l'intervalle.

Mais l'ex-Nocéen est illicitement repris par le jeune Guillemain, puni d'un cinglage offrant deux minutes de supériorité aux locaux (02'44"). Lesquels n'en feront rien de bon... gagnant seulement à se faire contrer !

En s'emparant d'une rondelle portée par Sébastien Gauthier, Marc-André Thinel parvient même à s'échapper... mais rate la finalisation de son breakaway en levant trop son lancer (03'21") !

Une action succédant à cette interception du remuant Castonguay au dépend de Cacciotti, qui envoya Desrosiers côté gauche chercher une lucarne opposée difficile à décrocher (3e).

Vigilant sur les tirs en coin de Juraj Štefanka (6e) et Julien Desrosiers (09'15"), Gabriel Girard répond lui toujours présent. S'interposant également devant Loup Benoît (10e), pour un double arrêt salvateur au plus fort d'une emprise normande quelque peu estompée par les pénalités conjointement récoltées par Marc-André Thinel et Maxime Ouimet, coupables de s'être trop âprement disputé la rondelle (10'53") !

À quatre contre quatre, les espaces se libèrent... et le jeu s'accélère. Cela peut donc aller très vite, d'un côté comme de l'autre. La preuve sur cette longue ouverture d'Andrej Tavželj, véritable rampe de lancement pour un Julien Desrosiers repris par Jan Hagelberg, mais malgré tout menaçant devant Gabriel Girard (11'16"). Un gardien œuvrant à nouveau devant Guttierez, bien décalé par l'expérimenté Štefanka... avant que Cacciotti ne s'en aille titiller Lhenry dans la foulée (12'30").

On le voit, les occasions de marquer ne manquent pas dans cette partie débridée, seulement freinée par l'incarcération de Léo Guillemain sur cette action (12'30"). Une pénalité qui ne donne rien, côté spinalien, avec un shoot de Gauthier dans les patins d'un Lahesalu ne manquant pas de dégager.

girard gaby1En bonne position pour tirer, Fabien Leroy se fend lui d'un slap trop "bourrin" pour être cadré, perdant la rondelle au profit d'un Julien Desrosiers filant aussitôt côté droit.

Le Franco-canadien met les voiles et tente de repiquer vers la cage malgré l'opposition d'Hagelberg, qui le force à irrémédiablement s'excentrer. Desrosiers se retrouvant même en fond de zone, avec toutefois la possibilité de remiser vers un Janil démarqué dans l'enclave, qui s'essaye d'un lancer paré de la botte droite (14'07").

Dominés, mais se battant sur tous les palets, les hommes d'Alex Stein font preuve d'une combativité très appréciée dans les travées bondées de Poissompré. Une assistance fournie comptant de nombreux invités, dont un sportif renommé dans ces contrées : le sprinteur Nacer Bouhanni, champion de France cycliste l'an passé.

Mais ne vous y trompez pas. La "star" du soir, c'est Gabriel Girard, tellement bien portant devant le filet... qu'il paraît infaillible, de près comme de loin !

Desrosiers, dans son jardin

Reste qu'à force d'insister, les visiteurs vont finir par en venir à bout. En supériorité (surnombre, 24'43"), sur un one-timer non cadré de Castonguay remisé par Guénette sur Desrosiers, à la droite d'un gardien n'ayant pas suivi le mouvement (0-1 à 25'22"). Et pour cause, Gabriel Girard semble avoir été accroché par Miroslav Ďurák, aux prises avec un Maxime Ouimet l'envoyant joyeusement valdinguer sitôt le but marqué !

Touchés, mais pas coulés, les Dauphins vont ensuite perdre pied... avant de refaire surface, laissant passer l'orage pour s'octroyer quelques belles opportunités. Toutes enrayées par un Fabrice Lhenry des plus inspirés, qui fait le métier devant le filet, fermant notamment bien ses bottes devant castonguayGauthier (venu le défier en duel singulier, 31'56") pour démontrer qu'il n'a rien perdu de ses qualités. Et dire qu'il était déjà là, vingt ans auparavant, dans l'ancienne patinoire de Poissompré (en temps qu'ultime rempart bordelais)...

Ce talent à l'épreuve du temps restera, ce soir, comme l'un des grands artisans d'un succès normand se précisant sur ce "tic tac toe" d'école initié par Éric Castonguay et relayé dans l'enclave par Marc-André Thinel, en direction d'un Julien Desrosiers bien décalé sur l'extrême gauche du gardien. Pour une reprise très précise nettoyant le haut du filet (0-2 à 34'33").

Cette réalisation, aussi belle dans sa conception que dans sa finition, confirme Desrosiers dans son statut de meilleur buteur en activité face aux Dauphins.

Véritable "marathonien" des glaces, l'international français (qui dispute-là son 49e match officiel cette saison, entre l'équipe de France, le championnat et les Coupes, qu'elles soient nationales ou continentale) a ce soir marqué ses 25e et 26e buts en 26 confrontations avec les Vosgiens (sous les couleurs strasbourgeoises, briançonnaises et rouennaises). Un doublé s'ajoutant aux 11 points récoltés  la semaine passée (devant Villard et Dijon)...

Grâce au Franco-canadien, le RHE 76 mène la danse au second entracte. Sans pour autant donner l'impression de totalement maîtriser son sujet face à des Spinaliens nullement résignés. Bien sûr, Gabriel Girard assure (et rassure) devant le filet mais la résistance fournie par ces Dauphins fortement diminués force le respect. Surtout qu'elle ne faillira pas d'un iota, ce soir, malgré des ressources physiques bien entamées et cette fâcheuse incapacité à ébranler la sérénité d'un solide Fabrice Lhenry.

thinel marc-andréCe n'est pourtant pas faute d'essayer, mais sans Danick Bouchard pour dynamiser l'attaque, il manque aux Spinaliens cette petite étincelle. Ce joueur capable, sur un exploit individuel, de renverser n'importe quelle situation.

Ou de remonter toute la glace pour s'en aller marquer comme sur cette échappée d'un Thinel parti de son camp, suite à une mise au jeu grattée par Castonguay. Le capitaine canadien des Dragons piquant un sprint dans son couloir droit avant de crocheter Slovák à l'intérieur pour expédier la rondelle dans la lucarne opposée. Et en déséquilibre, s'il vous plaît (0-3 à 43'17")...

Les Dragons peuvent maintenant "tuer" le temps, avec le sentiment du devoir accompli. Ne vont-ils pas repartir de Poissompré avec ce qu'ils étaient venus chercher ? À savoir ces deux points du succès, qui combinés au court revers briançonnais (1-2 a.p.), les font même repasser devant la "bande à Basile" au classement !

C'est dire si les Normands se satisfont d'un écart qui aurait pu s'avérer plus conséquent sans le brio d'un Girard décisif, à bout portant, devant Rech (53'32") et Castonguay (56'49"). Le portier franco-canadien des Dauphins n'a donc volé sa désignation d'homme du match, partagée avec un Fabrice Lhenry ayant su garder sa cage inviolée.

Dijon, cinq ans après...

Si les Dauphins ont rassuré en déployant des qualités morales qu'on leur ne connaissait plus, le principal enseignement de la soirée est venu de Gap, où les Ducs de Dijon se sont imposés sans trembler (6-2). L'ICE connaît donc son prochain adversaire. Un DHC qui ne lui a pas spécialement réussi cette saison... mais que les Dauphins avaient tout de même battu à Trimolet, le 29 septembre dernier (9-7) !

Nous voilà donc repartis pour un "sacré" derby, cinq ans après cette série fatale aux Dauphins d'Épinal. La blessure de Stanislav Petrik avait alors lourdement pesé dans la balance, favorisant la qualification d'un ensemble bourguignon plus travailleur que talentueux.

Lassé de voir le début des play-offs sonner comme la fin de saison des Dauphins, le manager Anthony Maurice se plaît à dire qu'Épinal, premier non barragiste, est passé "par le trou de la serrure"... mais sortira "par la grande porte" ! Sentiment prémonitoire ou optimisme béat ? Ça, l'avenir nous le dira...

Réactions d'après-match (dans Vosges-Matin) :

Alex Stein (entraîneur d'Épinal) : "C'est la première fois depuis que je suis à la tête de cette équipe que l'on fait soixante minutes pleines. On a très bien travaillé. On a fait un très bon match contre une équipe de très bonne qualité avec de très forts attaquants. Maintenant, on doit oublier ce qu'il s'est passé avant car c'est une deuxième saison qui va commencer."

 

Épinal - Rouen 0-3 (0-0, 0-2, 0-1)
Mardi 19 février à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Bourreau assisté de David Courgeon et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : Épinal 6' (2', 2', 2') ; Rouen 10' (6', 2', 2').
Tirs : Épinal 23 (8, 9, 6) ; Rouen 41 (17, 13, 11).

Évolution du score :
0-1 à 25'22" : Desrosiers assisté de Guénette et Castonguay
0-2 à 34'33" : Desrosiers assisté de Thinel et Castonguay
0-3 à 43'17" : Thinel assisté de Castonguay

Épinal

Gardien : Gabriel Girard.

Défenseurs : Peter Slovák - Maxime Ouimet ; Jan Hagelberg - Stéphane Gervais (A) ; Rémi Colotti - Fabien Leroy.
 
Attaquants : Steven Cacciotti (C) - Sébastien Gauthier - Benjamin Casavant ; Anthony Rapenne - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Élie Raibon - Yoann Chauvière - Kévin Benchabane ; Kevin Pernot.

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Romain Mauffrey, Valentin Grandhaye. Absents : Danick Bouchard (déchirure musculaire à la cuisse), Gašpr Sušanj (suspendu), Yannick Offret.

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Lauri Lahesalu - Jonathan Janil ; Andrej Tavželj (A) - Raphaël Faure ; Léo Guillemain - Miroslav Ďurák.

Attaquants : Maxime Joly - Éric Castonguay - Marc-André Thinel (C) ; Julien Desrosiers - François-Pierre Guénette (A) - Anthony Rech ; Romain Gutierrez - Loup Benoît [Štefanka à 20'] - Juraj Štefanka [Benoît à 20'].

Remplaçants : Sebastian Ylönen (G), Johan Åkerman, Florent Aubé, Dimitri Thillet, Maxime Pilote-Griet, Maxime Chevalier. Absents : Ilpo Salmivirta (entorses genou et cheville), David Fredriksson (adducteurs).