Épinal - Angers (Ligue Magnus, demi-finale, match 3)

bouchard danick 10C'était trop beau pour être vrai !

Jamais, dans toute son histoire, l'ICE n'était allée aussi haut. Il y eut bien sûr Bercy et cette finale de Coupe de France perdue (contre Angers). Mais aller aussi loin, en championnat, c'est un tout autre exploit !

Pour atteindre le dernier carré, les Dauphins ont su repousser leurs limites en s'appuyant sur une assise défensive consolidée. Des liens collectifs resserrés par Alex Stein, qui a pu compter sur le dévouement de chacun et l'envie de ne faire qu'un devant Gabriel Girard, assurément devenu le grand gardien dont Épinal avait tant besoin.

Forts d'un mental à toute épreuve, les Spinaliens ne se sont également jamais laissés abattre. Malgré la fatigue, les blessures et les coups durs, ils ont toujours su rebondir, bien aidés il est vrai par le froid réalisme d'individualités toujours prêtes à contre-attaquer. Et notamment le flamboyant Danick Bouchard, qui affole les compteurs dans ces play-offs (et vaut largement son but par match)...

L'appétit venant en mangeant, joueurs, supporters et dirigeants attendaient impatiemment la suite des événements. Pressés d'en découdre avec ces Ducs d'Angers programmés pour tout gagner (mais dont le palmarès tarde à s'étoffer), les Dauphins comptaient bien poursuivre sur leur lancée.

C'est qu'ils n'ont peur de rien, ces Vosgiens, encore sensationnels vendredi au Haras, s'imposant (5-3) là où Épinal n'avait encore jamais gagné depuis son retour parmi l'élite du hockey français (en 2003) !

Une performance de choix confirmée dans la foulée par Cacciotti et compagnie, rendus insubmersibles par un Girard des grands soirs. Au grand désespoir d'Angevins menés 2-1 à deux bellemare jonathan 3minutes de la fin... mais finalement vainqueurs, d'un rien (3-2 a.p.) !  

Les hommes d'Alex Stein sont donc parvenus à faire douter ces Ducs si redoutés, même privés d'un Michal Petrák blessé au genou dans un choc avec Jonathan Bellemare (vendredi soir).

Un incident valant, au maître à jouer angevin, d'être pris en grippe par le public spinalien, encore venu nombreux malgré le prix des entrées (20 €) et la diffusion en simultané sur Vosges Télé.

Une retransmission retardée par la formation d'un épais brouillard consécutif au grand "show" son et lumière d'avant-match (avec effets pyrotechniques et, surtout, canons à fumée)... qui mettra six bonnes minutes à se dissiper !

Passé de délai, le coup d'envoi est donné et les Ducs se rendent rapidement maîtres du palet. Bellemare décale Busto, dont le shoot ouvert est repoussé par la botte de Girard (00'36"), qui détourne ensuite de la mitaine l'essai du même Bellemare (02'54").

Le gardien franco-canadien des Dauphins ne manque donc pas d'occupation dans ces premiers instants, outrageusement dominés par un ensemble angevin plus conquérant. Les locaux subissent, essentiellement, parvenant occasionnellement à se dégager. Mais sans véritablement parvenir à créer le danger.

L'étreinte finit pourtant par doucement se desserrer, ce qui donne matière à contre-attaquer. Mais pas de quoi inquiéter Hardy, bien secondé par sa solide garde rapprochée. De grands arrières très physiques, à l'image de Gary Lévèque, Michael Busto, Jonathan Harty et surtout Jeff May, qui cherhe surtout les déviations sur la première supériorité numérique de la soirée (07'25"), laissant Marc Bélanger faire apprécier la qualité de son tir des poignets (repoussé de l'épaule par Girard, 08'55").

Aux frontières du réel !

Sitôt cette pénalité tuée, les Dauphins repartent pour de longs temps faibles, à la merci d'un collectif angevin travaillant d'arrache-pied pour parvenir à ses fins.

Mgirard gabriel4ais dominer n'est pas gagner et les Spinaliens, qui font bloc derrière (comme ils savent si bien le faire), prennent un malin plaisir à le démontrer sur ce pressing de Sébastien Gauthier qui permet à Danick Bouchard de prendre un premier lancer. Puis un second très excentré (presque à 180°) que Florian Hardy repousse, devant lui. Sur qui ? Benjamin Casavant pardi (1-0 à 13'46") !

On comprend facilement l'énervement des Ducs, qui essayent encore et toujours, sans succès. Frustrés de près comme de loin par un Girard chanceux, sur ce slap non cadré de Bélanger repris par Fortier, pour un cafouillage inexploité (Walls étant pourtant bien placé, 15'54"). Sans parler de ce festival d'un Cody Campbell passant en revue toute la défense, avec "Gaby" Girard pour seul terminus (16'52"). Et que dire de ce dégagement contré de Maxime Ouimet manquant de profiter à Valentin Michel, qui trouve par deux fois la mitaine (17'22" et 17'28").

Confinés dans leur zone, les Dauphins s'en remettent entièrement à leur gardien, Gabriel Girard, qui se dresse en muraille infranchissable pour les coéquipiers d'Éric Fortier, piégés sur un contre-éclair mené sans crier gare par la "fusée" Danick Bouchard. Jonathan Harty est "scotché" par la fulgurante accélération de l'ailier spinalien, qui s'échappe pour s'en aller magistralement nettoyer la lucarne opposée de Florian Hardy, côté mitaine (2-0 à 18'15").

Difficile de trouver dénouement plus frustrant pour les hommes de Jay Varady, qui n'ont laissé que des miettes à leurs hôtes dans ce premiers tiers. Des Vosgiens ayant trouvé le moyen de scorer deux fois... en ayant seulement pris six tirs cadrés !

hardy 1Menant contre le cours du jeu (et avec un maximum d'efficacité), les Dauphins pouvaient s'attendre à une reprise musclée des Ducs d'Angers, bien décidés à remettre les pendules à l'heure. Et comme prévu, les visiteurs se font rapidement menaçants, pressants en déployant un grand éventail de possibilités (grâce à une profondeur de banc sans équivalent).

En récupérant un palet de relance égaré par Gašpr Sušanj, Jeff May profite même d'un "boulevard" pour contourner la cage et servir Tomáš Balúch, bien placé devant le gardien. Mais le centre du Canadien échappe inexplicablement au Slovaque (21'56")... ce qui a pour principal effet d'engendrer un contre mené côté droit, par Kevin Benchabane. Le Spinalien, très excentré, adresse un lancer anodin vers un Florian Hardy laissant la rondelle filer entre ses bottes... sans même s'en rendre compte, car certain d'avoir bloqué le palet !

Élie Raibon, très opportuniste sur ce coup, en profite pour débloquer son compteur but sous ses "nouvelles" couleurs (3-0 à 22'13"), précipitant la sortie d'un Florian Hardy cédant aussitôt sa place au jeune Alexis Neau. Une doublure loin d'être en terre inconnue à Poissompré (puisque Neau y garda par deux fois les filets angevins en novembre dernier) et rapidement décisive devant Chauvière (bien lancé par Casavant), venu le défier du revers (23'18").

Tout semble réussir aux Dauphins, qui mènent maintenant confortablement et voient leur "ange-gardien" suppléé par ses montants au besoin. Comme cette démonstration de vivacité d'un Cody Campbell mystifiant la défense... pour voir son tir heurter le poteau droit de Gabriel Girard (24'04") ! L'Anglo-canadien se voit aussitôt imité par Jonathan Bellemare, dont le slap excentré percute la transversale (24'26"). Quand ça veut pas...

neauGuère plus en réussite, Anthony Rapenne rate lui l'immanquable. Une cage vide, servie sur un plateau par Steven Cacciotti (26e), qui aurait peut-être définitivement redroidir les ardeurs de ces Ducs toujours aussi entreprenants, mais de plus en plus frustrés par tant d'inefficacité.

Éric Fortier remonte côté droit et prend un tir des poignets capté sans difficulté (25'43") par un Gabriel Girard voyant l'attaquant canadien "charger" sur Jan Hagelberg, qui mettra de longs instants à récupérer (et verra, du banc, la fin de cette partie). La rudesse de Baluch (à l'encontre d'Ouimet) vaut également deux minutes de pénalité à l'ailier slovaque (28'38").

Ces deux supériorités numériques, les Dauphins n'en font rien. Alexis Neau aura pourtant dû s'employer, gardant sa cage inviolée avec un certain brio. Tout comme un Gabriel Girard, qui veille au grain sur les quelques contres angevins. Le héros shawiniganais de la Coupe Memorial 2012 s'illustre notamment sur ce une-deux Bélanger-Walls conclu par le premier nommé (30'59").

Le hold-up était presque parfait !

Jusque-là, tout va à peu près bien pour les Spinaliens, emmenés par un Danick Bouchard repris in-extremis par Jeff May (33'12"). Des locaux menant plutôt bien leur barque et semblant gérer comme il faut leur avance.

Mieux vaut tenir que courir, paraît-il. Mais avec ces Dauphins-là, on n'est jamais sûr de rien... et surtout pas à un rebondissement près !

Dijon, à trois reprises cette saison, sera notamment parvenu à leur remonter trois buts. Une "prouesse" que les autres Ducs du hockey français (ceux d'Angers) espèrent bien réitérer contre un adversaire décidément incapable de fructifier la moindre supériorité numérique !

hartyUne double intervention d'Alexis Neau permet même à Marc Bélanger de relancer, écartant à sa gauche sur un Jonathan Bellemare remontant tout le côté avant de repiquer, utilisant Stéphane Gervais pour rendre "imparable" son tir croisé, en lucarne opposée (3-1 à 35'55").

C'est le début de la fin pour les Dauphins, dès lors tenus à bout de bras par un Girard retardant l'échéance jusqu'à rebond lâché devant Walls, après un slap dégainé par May en supériorité (3-2 à 39'36"). Le rebond pris dans la foulée par Jan Plch n'est pas comptabilisé. Le vétéran slovaque expédie bien le puck sous la barre... mais juste après le "buzzer" !

Bien remis en selle, les Ducs poursuivent sur leur lancée et parviennent à égaliser sur une action impulsée par Jonathan Bellemare en supériorité. Le "lutin" canadien se montre plus rapide que Sušanj pour contourner la cage et servir en retrait Harty, dans l'enclave, dont le lancer balayé à mi-hauteur échappe à la mitaine (pourtant si sûre) de Girard (3-3 à 42'15")...

Tout est à refaire pour Épinal. Et le pire est encore à venir avec ce diable de Bellemare, en fond de zone, qui profite des espaces laissés par un changement de ligne pour renverser le jeu sur Mihálik, monté à hauteur du rond d'engagement droit. Libre de tout marquage, le défenseur slovaque a tout le temps d'armer son tir des poignets, qu'il loge en pleine lucarne, côté bouclier (3-4 à 44'21").

K-O debout, les hommes d'Alex Stein sont dans les cordes. Presque au tapis. Mais avec l'énergie du désespoir, ils tentent malgré tout de se révolter. Ján Plch s'arrache pour subtiliser le palet à Marc Bélanger et filer fissa en zone offensive, gêné par le retour illicite de Julien Albert (46'22").

fortier éricUne pénalité est appelée contre le buteur salvateur d'Angers (samedi dernier), trois minutes après celle sifflée à l'encontre de Jeff May (43'25"). Maxime Ouimet (45'52") et Marc Bélanger ont pour leur part écopé d'une méconduite chacun (46'22")...

Les occasions ne manquent donc pas en supériorité mais l'ICE paye très cher l'inefficacité maladive d'un powerplay très désordonné... mais pourtant tout près d'égaliser grâce à Bouchard, à bout portant (47'27"). Le même qui, sur la pénalité suivante (49'20") lance Ján Plch, à deux doigts de dribbler Alexis Neau, du revers (51'15"). Mais la réussite a changé de côté. Et la victoire a choisi son camp...

Continuant d'attaquer tout en restant solides derrière, les Ducs semblent s'être prémunis d'un hypothétique retour lorrain. En voulant lui-même remonter le palet, Yoann Chauvière se fait contrer par Éric Fortier, qui est gêné par le repli de Peter Slovák mais parvient tout de même centrer au second poteau, vers Marcello Ranallo. L'Italo-canadien reprend au nez et à la barbe de Chauvière, trop juste sur cette action (3-5 à 55'05").

Angers ne l'a pas volé

Visiblement plus à l'aise sur la grande glace de Poissompré que sur la petite surface du Haras (où ils n'avaient pas su solutionner le "casse-tête" spinalien), les Ducs ont eu l'immense mérite de toujours persévérer. Même lorsque la réussite les fuyait désespérément au profit de ces Dauphins très opportunistes en début de partie... mais par la suite incapable de définitivement se mettre à l'abri. La faute, notamment, à un jeu de puissance défaillant et à cet Alexis Neau ayant parfaitement su relever un Florian Hardy étonnamment chancelant.

Alors, qui de Neau ou Hardy Varady va-t-il choisir mercredi ? La question mérite d'être posée vu la prestation très remarquée du "jeune premier", grand artisan de ce succès renversant avec un Jonathan Bellemare directement impliqué sur trois des quatre premiers buts d'Angers.

Les Dauphins, à bout de souffle, ont peut-être perdu plus qu'une bataille. Mais si les Ducs, plus expérimentés, ont fait les deux tiers du travail, il leur reste à mettre un point final à l'épopée d'Épinal. Et malgré des ressources physiques bien entamées, il y a fort à parier que les Bouchard, Ouimet et autres Casavant ne rendront pas les armes si facilement...

Réactions d'après-match (dans Vosges-Matin)

Alex Stein (entraîneur d'Épinal) : « Pour moi, c'est un problème de discipline. Il y a une part pour mes joueurs et une autre pour l'arbitre. C'est toujours difficile lorsqu'il change le match. Il faut se battre contre ça et aussi contre Angers. Le coup de crosse contre Hagelberg est pour moi clairement une stratégie pour le prochain match. C'est vraiment un chemin dangereux. Il faut oublier ce match. »

Robin Gaborit (attaquant d'Angers) : « Être mené, ce n'est pas une situation facile. Chez nous, on n'avait pas su réagir. Là, on a appliqué les consignes et on savait comment les déstabiliser. Aux bons moments, on a les bons joueurs pour nous remettre dans le droit chemin. Cela nous a remis dans le match. Notre jeune gardien nous a bien gardés dans le match. »

 

Épinal - Angers 3-5 (2-0, 1-2, 0-3).
Mardi 19 mars à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 600 spectateurs.
Arbitrage de Damien Bliek et Matthieu Barbez assisté de David Courgeon et Pierre Dehaen.
Pénalités : Épinal 22' (4', 2', 16') ; Angers 24' (0', 6', 18').
Tirs : Épinal 31 (6, 13, 9) ; Angers 42 (17, 14, 11).
 
Évolution du score :
1-0 à 13'46" : Casavant assisté de Bouchard
2-0 à 18'15" : Bouchard
3-0 à 22'13" : Raibon assisté de Benchabane
3-1 à 35'55" : Bellemare assisté de Bélanger
3-2 à 39'36" : Walls assisté de May (sup. num.)
3-3 à 42'15" : Harty assisté de Bellemare (sup. num.)
3-4 à 44'21" : Mihálik assisté de Bellemare
3-5 à 55'05" : Ranallo assisté de Fortier

 

Épinal

Gardien : Gabriel Girard (sorti de sa cage à 58'38").

Défenseurs : Maxime Ouimet - Yoann Chauvière ; Jan Hagelberg - Stéphane Gervais ; Gašpr Sušanj - Peter Slovák.

Attaquants : Benjamin Casavant - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Anthony Rapenne - Steven Cacciotti (C) - Ján Plch (A) ; Kevin Benchabane - Yannick Offret - Élie Raibon.

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Rémi Colotti, Romain Mauffrey, Justin Chouleur, Kevin Pernot. Absents : Michal Petrák (distension des ligaments du genou), Fabien Leroy (choix de l'entraîneur).

Angers

Gardien : Florian Hardy, puis Alexis Neau à 22'13".

Défenseurs : Gary Lévèque - Michael Busto ; Jonathan Harty - Michael Steiner ; Jeff May - Pavol Mihálik.

Attaquants : Braden Walls - Jonathan Bellemare (C) - Marc Bélanger (A) ; Éric Fortier - Cody Campbell - Marcello Ranallo ; Tomáš Balúch - Brian Henderson - Valentin Michel ; Robin Gaborit, Julien Albert (A).

Remplaçants : Étienne Chiappino, Léonard Nalliod-Icazard. Absents : Juho Jokinen (étranger surnuméraire), Charlie Doyle (blessé).