Le hockey au Canada : interview de Vincent Llorca

Après vous avoir présenté hier le hockey junior A et la CCHL, nous vous proposons aujourd'hui un entretien avec le jeune défenseur franco-canadien Vincent Llorca, qui évolue pour les Raiders de Nepean dans la CCHL.

- Vincent, peux-tu brièvement nous retracer ton parcours de hockeyeur ?

Mon père est canadien et il jouait au hockey, donc dès l'âge de quatre ans il m'a mis sur des patins. J'ai tout de suite accroché. J'ai commencé à patiner chez moi, au Mont-Dore, c'est une toute petite ville. Je suis ensuite parti à Clermont où j'ai joué jusqu'en cadets. À ma dernière année cadet, je suis parti à Grenoble où j'ai évolué dans toutes les catégories : cadets, juniors et en Ligue Magnus. Après deux saisons à Grenoble, j'étais en contact avec Nepean. J'ai fait un essai au mois de juin il y a deux ans, j'ai été pris tout de suite et cela fait deux saisons que je suis ici.

- Quel type de joueur es-tu ? Quels aspects de ton jeu souhaiterais-tu améliorer ?

Je suis un défenseur assez défensif. J'ai une bonne première passe mais bon, je ne fais pas trop de fantaisies. Si je pouvais améliorer mon lancer ce serait bien, mon jeu physique également.

- Comment s'est concrétisée la volonté de t'expatrier ?

Venir jouer au Canada était un rêve pour moi. Je voulais également m'offrir plus d'opportunités de pouvoir évoluer sur le circuit universitaire américain. Lorsque j'ai contacté des universités depuis la France, on me disait qu'il faut venir faire des camps, payer des frais d'admission à l'avance car les Européens ne reçoivent pas trop de bourses. Ils m'ont donc conseillé de venir jouer une ou deux années ici en junior.

- Et comment t'es-tu retrouvé finalement dans cette organisation des Raiders de Nepean ?

François Martin, un ami de mon père, avait des contacts dans l'organisation ici et il m'a donc décroché un essai au mois de juin. C'était une sorte de pré-camp dans lequel j'ai dû faire mes preuves.

- Comment as-tu vécu cette expatriation ?

Les premiers mois ont été difficiles, je ne parlais pas beaucoup mais les gars ont toujours été bien avec moi, ils étaient sympas. J'étais moyennement intégré en dehors de la patinoire. Dans le jeu, les premiers mois aussi n'ont pas été faciles. Les patinoires sont plus petites surtout, mais au final l'adaptation a été assez rapide je trouve. L'expérience acquise en Ligue Magnus avec Grenoble m'a beaucoup aidé, pour le jeu rapide notamment, même si ce n'est pas une ligue dans laquelle le jeu est très physique.

- Est-ce difficile de concilier les études, les entraînements ainsi que trois matches par semaine ?

C'est à moi d'essayer de m'arranger avec l'université, d'aller voir les bonnes personnes, de choisir les cours qui ont des horaires adaptés. C'est assez différent de Grenoble où tout était fait pour nous faciliter la tâche. Ici, c'est vraiment à moi de faire les démarches pour tout gérer.

- Comment tes coéquipiers ont-ils accueilli la présence d'un Français dans le vestiaire ?

C'était assez drôle avec mon accent en anglais pour commencer, ils essayaient de l'imiter, c'était assez amusant. Au début, il fallait que je fasse mes preuves. Ils considèrent les Européens plutôt légers, notamment sur l'aspect physique, voire trouillards. C'est notamment pour ces raisons que je devais prouver que j'avais ma place dans l'équipe.

- Ta production offensive a doublé par rapport à la saison dernière. Comment l'expliques-tu, au-delà du fait que tu sois un des joueurs les plus âgés de l'équipe ?

Au début de ma première saison, je jouais avec un de nos défenseurs les plus offensifs. J'avais donc pour consigne de rester à l'arrière pour le couvrir, il faisait pas mal d'erreurs et était assez jeune. J'avais donc moins d'occasions de produire offensivement. Cette saison j'ai un rôle plus important dans l'équipe, ça me force à avoir une meilleure production offensive, je lance plus à la cage. Ça peut occasionner des rebonds, des déviations et tromper le gardien.

- Ton séjour dans le hockey junior touche à sa fin (Vincent dispute actuellement les demi-finales de la CCHL contre Ottawa, NDLR), que retiens-tu de ces deux saisons ?

La saison est vraiment longue et il faut être vraiment bon tout le temps. Ici les équipes ont le droit d'avoir jusqu'à vingt-sept joueurs, donc tous les soirs l'entraîneur peut se permettre de laisser une ligne entière dans les tribunes ! Du coup, si on passe à côté d'un match, on sait que le match suivant on a de grandes chances de le regarder depuis les tribunes...

- Comment envisages-tu ton avenir ?

C'est difficile à dire à ce jour. J'ai des contacts, il y a deux divisions en NCAA (Division I et division... III, NDLR). Dans la division III j'ai la meilleure équipe au pays qui voudrait me prendre mais ils ne donnent pas d'argent [pour les études] donc c'est compliqué d'y aller. Après ça, en division I je suis en contact avec des équipes mais il y a beaucoup de concurrence. Le CIS est une possibilité pour moi aussi et dans ce cas de figure il y a deux options : soit l'équipe m'engage avant l'été, soit je dois passer par un camp de présaison sans certitude de faire l'équipe, ce qui est risqué puisque je dois tout de même m'inscrire à l'université. Ça peut être un risque à prendre, mais si je ne fais pas l'équipe, il y aurait le risque que je ne joue pas au hockey la saison prochaine... Revenir en France n'est pas trop envisagé, ce ne serait qu'en dernier recours. J'aimerais vraiment finir mes études avant et le faire tout en jouant en Ligue Magnus est quand même assez dur.

- Pour conclure cette interview, quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes qui rêvent de s'expatrier comme toi ?

Je dois dire que j'ai la chance d'avoir la double nationalité car dans le junior A les joueurs étrangers ne sont pas autorisés et qu'en junior majeur les places sont limitées et chères avec des Russes, des Tchèques... Il faut en vouloir, il faut vraiment travailler dur tous les étés !

- Merci Vincent de nous avoir accordé de ton temps et bonne chance pour la fin de saison !

Propos recueillis le 26 mars 2013 par Philippe Biller