Brest - Neuilly-sur-Marne (Division 1, Quart de finale, match 2)

Un vrai match de play-off

Sadoun-Lefebvre-LafranceSamedi dernier, Brest et Neuilly ont livré un match sous tension où les contacts furent rudes et le score accroché. Les Albatros sont repartis victorieux d’une courte tête (2-1) malgré la perte de Nicholas Pard (blessé la veille du match) et la blessure après seulement trente-deux secondes de jeu de Graham Avenel sur une vilaine charge de Jozef Wagenhoffer. La sanction est tombée pour ce dernier avec une suspension de trois matchs dont un avec sursis. On ne le reverra donc pas en quart de finale. Frank Spinozzi écope lui de 16 matchs de suspension dont huit avec sursis pour s’être emporté en fin de match. L’entraîneur a néanmoins fait le déplacement jusqu’à Brest, de même que Wagenhoffer. Miroslav Kecka fait office de coach par intérim sur le banc visiteur.

Les pronostics ne penchent pas en faveur des Nocéens. Brest est invaincu cette saison à domicile mais l’entraîneur Sébastien Oprandi sait pertinemment que le plus dur est de conclure la série. Frank Spinozzi a lui promis que ses joueurs ne démissionneraient jamais. Ils vont donc livrer toutes leurs forces ce soir pour continuer l’aventure.

Les choses s’embarquent mal pour les visiteurs sanctionnés après seulement 46 secondes. Ils font le dos rond en infériorité et jouent la prudence en ne cherchant pas vraiment à tenter leur chance en contre-attaque. La pénalité est tuée mais Brest prend les devants assez rapidement. David Croteau effectue une percée malgré le marquage de près de Jonathan Lafrance. Il parvient à passer le palet à Tristan Lemoine qui tente sa chance et force Kevin Beech à se coucher. Croteau est le premier sur le rebond (1-0 à 5’46’’).

Tout va très vite ensuite. David Croteau au cercle d’engagement  gauche en zone offensive remporte sa mise en jeu trouve au deuxième poteau Nicholas Pard pour le 2-0 (à 6’53’’). Une combinaison classique entre le duo canadien. Mais Neuilly démontre immédiatement sa capacité à réagir et envoie un message fort. Sur deux actions assez similaires les Nocéens reviennent à hauteur de leurs adverses. Deux tirs pleins axe sur des bonnes remises en retrait permettent à Arthur Cuzin puis Eliezer Sherbatov (mais accordé par erreur à Jonathan Lafrance) de tromper Arnaud Goetz qui est à chaque fois masqué (2-2 à 12’32’’).

La rencontre est intense et conforme aux attentes. Le physique est présent à l’image de Pard et Croteau qui charge à deux Arthur Cuzin. Les trois protagonistes écopent de deux minutes de pénalité ce qui donne une supériorité numérique pour Neuilly. Contrairement à Brest qui n’a pas su profiter de cette situation en début de match, les joueurs de la région parisienne vont immédiatement capitaliser. Hugo Vinatier s’y reprend à trois fois sur un cafouillage dans l’enclave de Goetz pour faire passer les siens devant (2-3 à 14’54’’).

Quel retournement de situation ! Les Nocéens ont su revenir puis dépasser leur adversaire grâce à leur énergie. Arnaud Goetz est parfois mal protégé ou gêné par sa défense. Comment se fait-il que Vinatier ait pu tout seul tirer trois fois à quelques centimètres du cerbère local ? Goetz est de nouveau à l’œuvre par la suite. Il faut un lancer de bottes pour débouter un dangereux Martin Tomasek qui ne profite pas du rebond dégagé par Graham Avenel (16’40’’). Pour ce match, l’ancien Caennais et Grenoblois arbore une visière intégrale après son nez cassé la semaine dernière.

Neuilly domine mais néanmoins sur une bonne combinaison « à toi, à moi » entre Alexandre Lefebvre et Quentin Berthon, les Albatros reviennent à la marque à moins de deux minutes de la pause (3-3 à 18’02’’). Le but inscrit par l’ex-Rouennais est très important mentalement après la splendide remontée de Neuilly. Les Bisons ne sont pas loin de repasser immédiatement devant sur un slapshot de Lafrance détourné de manière magistrale par Goetz avec son casque (18’30’’). Un arrêt spectaculaire qui est à l’image de cette première période intense dans laquelle six buts ont été inscrits.

Suite à des échauffourées à la fin du premier tiers, Neuilly sur Marne débute la deuxième période par 3’33’’ d’infériorité numérique. Une occasion en or pour Brest qui ne donne strictement rien. Le jeu de puissance local, si performant en saison régulière et décisif au match aller, semble bien à la peine. C’est encore pire sur une prison de Daniel Volrab puisque Hugo Vinatier parvient à s’échapper en infériorité numérique mais il perd son duel face à Goetz. Sur la continuité de l’action, il est percuté à la tête par Graham Avenel et tombe sonné sur la glace (25’45’’). Les arbitres n’ont rien vu et ne sifflent rien à l’encontre de Brest. Une situation injustifiée car il y avait bien faute.

Kevin BeechGraham Avenel a décidément des comptes à régler ce soir puisqu’il assène peu après un nouveau coup (pas réellement puissant) à un Nocéen qui en rajoute un peu en s’étalant de tout son long. Cette fois l’attaquant breton n’échappe pas à la prison (28’09’’). Les Bisons confirment leur efficacité retrouvée en supériorité numérique sur un tir mis au fond par Cuzin suite à un bon centre de Vinatier (3-4 à 29’06’’). Le jeune défenseur, s’en doute euphorique après son doublé, va crânement narguer le public. De quoi s’attiser un peu plus les « sympathies » d’une foule qui ne semble vraiment pas porter les Bisons dans son cœur.

Une équipe qui « plante » en supériorité numérique et l’autre non : voilà ce qui fait la différence pour l’instant dans ce match tendu. À ce rythme les choses semblent désormais mal embarquées pour Brest. Clément Gonzales et William L’Arvor sont même brièvement mis dans le grand bain pour une présence sur la glace (32’30’’). Un signe que les lignes commencent peut être à fatiguer.

Le coup de « boost » va venir de là où on ne l’attend pas forcément. Alan Dana n’a pas toujours été très convaincant depuis son arrivée de Nice (perte de palet qui aurait pu être fatale face à Dunkerque, des prisons évitables). Son énergie fait néanmoins un bien fou ce soir aux Albatros. L’enjeu de la rencontre semble avoir un effet bénéfique sur son jeu. Alors certes son attitude n’est pas des plus remarquable lorsqu’il provoque gratuitement Cuzin (30’47’’) sans s’attirer le courroux du corps arbitral. Cependant il montre aussi qu’il est capable de coups d’éclat et pas seulement de coups tout court.

Après un quatre contre quatre (33’14’’) où les Albatros s’en sont difficilement tirés face aux assauts des Sherbatov et consorts, Alan Dana fait exploser de joie la patinoire. Sur un rush rageur à l’aile droite, il dribble son vis-à-vis avant d’assener un lancer frappé en pleine course qui trompe Beech à mi-hauteur (4-4 à 36’15’’). Le joueur et le public exultent.

Brest bénéficie d’un gros temps fort en cette fin de période puisque Sherbatov va au cachot pour deux minutes quelques secondes après le but égalisateur de Dana. Mais ça ne veut toujours sourire aux Albatros en supériorité numériques. Les tirs à la pointe sont systématiquement contrés par les Nocéens très bien placés. Kevin Beech sort un très gros arrêt sur Berthon et empêche Brest de basculer en tête à dix petites secondes de la fin du deuxième tiers.

Le suspense est à son comble pour ce troisième tiers entre deux équipes qui ne se lâchent pas. Brest est néanmoins un ton au-dessus dans les premières minutes et a davantage la possession du palet. Sur un jeu en triangle fulgurant entre le trio canadien Poulin-Pard-Croteau, Brest repasse devant (5-4 à 47’24’’). L’action est allée tellement vite que même le public n’a pas tout de suite réagi.

La fatigue commence à se faire sentir. À mi-tiers, la ligne locale emmenée par Croteau souffre et ne peut sortir le palet sans dégagement interdit, ce qui les force à rester sur la glace. C’est pourquoi Sébastien Oprandi choisit ce moment pour prendre son temps mort (49’55’’). Neuilly fait de même à la 56e minute mais avec un autre effet que de reposer les joueurs. Dix secondes après le temps mort visiteur, le très technique Eliezer Sherbatov travaille derrière la cage et du revers remet dans l’enclave pour Martin Tomasek qui égalise d’une reprise instantanée (5-5 à 55’23’’).

Un but magnifique qui pousse les deux équipes à jouer une prolongation. Le héros de la fin de match Tomasek va très vite se transformer en bourreau pour les siens puisqu’il écope d’une pénalité peu évidente mais fatale après 28 secondes de jeu dans la prolongation. Une décision lourde de conséquence du corps arbitral dans cette configuration de mort subite qui réduit Neuilly-sur-Marne à trois joueurs de champ seulement.

Pard-EischenLe jeu de puissance breton, muet depuis le début de la rencontre, doit absolument se réveiller dans ce moment décisif. Le premier bloc emmené par Jaroslav Prosvic ne trouve pas la faille et laisse sa place au bloc « canadien ». Le virevoltant Nicholas Pard est excentré à gauche et tente une première fois sa chance d’un tir vicieux en angle très fermé mais Beech ne se fait pas prendre en collant ses jambières contre son poteau droit. La deuxième tentative de Pard, quelques instants après, est la bonne sur un lancer du poignet mi-hauteur qui envoie les Bisons en vacances et Brest en demi-finale !

Pard et ses coéquipiers ainsi que les spectateurs exultent littéralement après un éprouvant marathon qui aura marqué la rencontre la plus intense de la saison jusqu’à présent. Le score aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre. Une pénalité en aura décidé autrement et provoque l’élimination de Neuilly-sur-Marne en deux manches sèches dès les quarts de finale.

La débauche d’énergie offerte par les protagonistes tout au long du match est impressionnante. Un vrai match de play-off ! Neuilly, malgré un départ difficile, n’aura jamais lâché comme prévu et n’a pas grand chose à se reprocher. Les Bisons ont livré toutes leurs forces et ne sont pas passés loin d’une troisième manche. Les sifflets qu’ils écopent en sortant de la glace sont d’ailleurs bien injustifiés et indignes du public présent. Il faut sans doute y trouver des restes de frustration issus de la finale de 2011. Cette qualification va peut-être définitivement effacer ces souvenirs.

Malgré un powerplay défaillant sur ce match (qui s’est réveillé au moment décisif), l’aventure se poursuit pour Brest qui parvient au carré final de Division 1 pour la quatrième saison consécutive. Ce fut très dur mais il ne peut en être autrement quand on constate la qualité des équipes en course pour ces play-off. La suite promet d’être tout aussi difficile.


Brest – Neuilly-sur-Marne 6-5 après prolongation (3-3, 1-1, 1-1, 1-0)
Samedi 6 avril 2013 à 18h40 au Rïnkla Stadium. 1300 spectateurs.
Arbitrage de Stéphane Rousselin assisté de Jérémie Douchy et Romain Herrault.
Pénalités : Brest 12' (6', 4', 2', 0), Neuilly-sur-Marne 28' (10', 6', 0', 2’+10’)

Évolution du score :
1-0 à 05’46’’ : Croteau assisté de Lemoine et G. Avenel
2-0 à 06’53’’ : Pard assisté de Croteau
2-1 à 08’14’’ : Cuzin assisté de Lascek et Vinatier
2-2 à 12’32’’ : Lafrance assisté de Tomasek et Eischen
2-3 à 14’54’’ : Vinatier (sup. num)
3-3 à 18’02’’ : Berthon assisté de Lefebvre
3-4 à 29’06’’ : Cuzin assisté de Vinatier et Lascek (sup. num)
4-4 à 36’09’’ : Dana assisté de Carlsson
5-4 à 47’24’’ : Croteau assisté de Pard et Poulin
5-5 à 55’23’’ : Tomasek assisté de Sherbatov et Dubuc
6-5 à 61’35’’ : Pard assisté de Poulin et Croteau (sup. num)

Brest

Gardien : Arnaud Goetz.

Défenseurs : David Poulin – Aurélien Gréverend ; Daniel Carlsson (A) – Alan Dana ; Vladimir Holik – David Hennebert ; Gaëtan Cannizzo.

Attaquants : Tristan Lemoine [Prosvic de 17’ à 40’] – David Croteau – Nicolas Pard ; Jonathan Avenel – Erwan Pain – Graham Avenel ; Alexandre Lefebvre (C) – Jaroslav Prosvic (A) [Berthon de 17’ à 40’] – Quentin Berthon [Lemoine de 17’ à 40’] ; William L'Arvor – [Berthon] – Clément Gonzales (une présence de cette ligne à 32’30’’).

Remplaçants : Léo Bertein (G), Jérémy Cormier.

Neuilly-sur-Marne

Gardien : Kevin Beech.

Défenseurs : Sergejs Louskins – Maxime Dubuc (A) ; Jonathan Lafrance – Clément Rey ; Arthur Cuzin, Thomas Eischen (alternance avec l’attaque).

Attaquants : Marc Slupski – Daniel Volrab – Michal Pinc ; Stanislav Lascek – Hugo Vinatier – Kevin Guimbard [alternance avec Eischen] ; Eliezer Sherbatov – Martin Tomasek – Loïc Sadoun (C).

Remplaçants : Rémi Husson (G), Jérémy Fritsch, Leyland Plaire. Absents : Jozef Wagenhoffer (suspendu), Miroslav Kecka (coach par intérim).