Une première pour Yale

Frozen Four 2013L'université de Yale a remporté samedi le premier titre NCAA de son histoire en battant en finale Quinnipac 4-0. Une performance inédite d'autant plus étonnante que les Bulldogs n'étaient que tête de série n°15 sur les 16 équipes qualifiées pour les tournois régionaux. Pour remporter le titre, il leur aura fallu battre successivement les têtes de série numéro 2, 8, 3 et 1. Quinnipiac avait pourtant battu Yale à trois reprises cette saison.

Le carré final était composé de quatre équipes qui n'avaient jamais remporté le moindre titre. A ce petit jeu, le derby final entre Yale et Quinnipiac - les deux universités sont situées sur la même avenue, à une dizaine de kilomètres d'écart - a donc tourné en faveur de l'outsider.

Des finales régionales surprises

YaleLe 30 mars, Yale avait battu lors du "West regional" l'université du Minnesota (2) au premier tour, sur le score de 3-2 après prolongation sur un but du défenseur Jesse Root. Dans le même temps, North Dakota (8) se défaisait de Niagara (10) 2-1 en fin de match.
La finale régionale tournait à l'avantage de Yale, victorieux 4-1 grâce à quatre buts dans le dernier tiers, Root étant à nouveau crédité du but vainqueur.

Le même jour, le tournoi régional "Northeast" voyait la victoire de l'université Massachussets-LowellU. Mass-Lowell, tête de série n°3, qui sortait Wisconsin (14) 6-1 au premier tour. New Hampshire (7) s'imposait 5-2 sur Denver (9) mais s'inclinait en finale 2-0 face à l'ancienne université de Laurent Meunier, Baptiste Amar et Yorick Treille. Les "RiverHawks" avaient remporté leur ligue, l'Hockey-East, en saison régulière et en playoffs. L'équipe était au bord de la disparition en 2007 mais les nouveaux dirigeants ont su réinvestir pour développer le programme. Le renouveau de l'équipe est en grande partie la conséquence du choix d'un nouvel entraineur, Norm Bazin, stratège décisif.

Le 31 mars se déroulaient les deux autres finales régionales.

Quinnipiac BobcatsDans la région "East", Quinnipac, tête de série n°1 de la saison, ne manquait pas l'occasion. Une victoire difficile sur le petit poucet Canisius (16) sur le score de 4-3, après avoir été mené au score, leur ouvrait une finale face à Union (12), vainqueur surprise de Boston College (6) sur le score de 5-1 avec un doublé de Josh Jooris. Quinnipac ne ratait pas sa finale et gagnait 4-1 grâce à un triplé de Matthew Peca en 3'12". Les "Bobcats" avaient remporté le titre de leur conférence, l'ECAC, avec dix points d'avance, grâce à une série d'invincibilité de 21 matchs entre novembre et février. La clé, un système défensif exceptionnel pensé par son coach Rand Pecknold, à la tête de l'équipe depuis 19 ans. Un système agressif, avec un échec-avant très haut, qui limite le temps passé dans leur propre zone. Le reste du temps, le talent de la défense menée par Zach Davies pour bloquer des tirs aide l'excellent gardien Eric Hartzell.

St. Cloud StateDans la région "Midwest", Miami-Ohio (5) devançait Minnesota State (11) 4-0 au premier tour. Notre Dame, tête de série n°4 et favori du tournoi, se faisait surprendre par St. Cloud State (13) 5-1 d'entrée. Les Huskies de St. Cloud continuait à surprendre en gagnant la finale régionale 4-1, après avoir gagné la saison régulière de leur ligue, la WCHA. St Cloud State a profité dans cette finale régionale de l'éclosion de Joey Benik : le première année s'était fracturé la jambe au premier entrainement de la saison. De retour, il signe deux doublés et une passe dans ce carré régional.

Quinnipiac, St. Cloud State, Yale, Massachussets-Lowell : le plateau du "Frozen Four" était totalement inédit, les quatres équipes n'ayant jamais remporté le titre NCAA. Il fallait remonter à 1958 pour voir un carré final composé exclusivement de novices ! Parmi ces quatre équipes, seule Yale a déjà participé au Frozen Four, avec une troisième place en 1952.

Vers une nouvelle tendance ?

Le phénomène pousse certains observateurs à anticiper une tendance lourde. Les places fortes traditionnelles, comme Boston College ou Minnesota paient en effet un lourd tribut à la NHL. Ces universités de renom attirent les meilleurs jeunes espoirs, mais aussi les recruteurs. Minnesota, par exemple, subissait une véritable saignée. Pas moins de sept joueurs quittaient l'université pour les rangs professionnels dès l'élimination.

Les meilleures universités doivent donc s'habituer à perdre les meilleurs jeunes du pays plus tôt que prévu, après une, deux ou trois saisons. Il leur faut perpétuellement reconstruire.

A l'inverse, des universités moins connues, comme les quatre finalistes de cette année, peuvent conserver leurs joueurs sur la durée et dominer une ligue grâce à une alchimie de joueurs bien rôdée et plus expérimentée.

Le "Frozen Four" pour Yale

Le "Frozen Four" disputé ce week-end a donc consacré l'université de Yale. Les Bulldogs ont eu toutes les peines du monde à se débarasser de Massachussets-Lowell au premier tour. Après avoir dominé tout le match et s'être heurté au gardien Connor Hellebuyck (44 arrêts), ils ont du patienter jusqu'à la prolongation pour arracher leur billet en finale, grâce à un exploit invididuel de leur capitaine Andrew Miller.

Dans le même temps, Quinnipiac, très solide en défense toute la saison, muselait St. Cloud State 4-1. Le match tournait court assez vite, les Bobcats marquant trois fois dans les douze premières minutes.

Quinnipiac et Yale, deux universités séparées par quelques kilomètres à peine - elles sont situées sur la même rue, "Whitney Avenue" - se retrouvaient donc en finale, à Pittsburgh.

Malheureusement pour Quinnipiac, son gardien Eric Hartzell, arme fatale toute la saison, craquait en finale. Son homologue de Yale, Jeff Malcolm, repoussait 36 tirs et portait Yale au titre, 4-0. Yale ouvrait le score à seulement 3,5 secondes de la fin du deuxième tiers : sur un palet mal relancé par Hartzell, un tir lointain du défenseur Gus Young était dévié au fond des filets par Clinton Bourbonais. Dominés par Quinnipiac au début du dernier tiers, les Bulldogs pliaient sans rompre avant de casser les reins de leur adversaire grâce à un but en contre de Charles Orzetti, exploitant une rare erreur de Hartzell sur un rebond. A dix minutes de la fin, le capitaine Andrew Miller, désigné meilleur joueur du tournoi final, concluait une échappée en beauté pour le 3-0. Un dernier but cage vide de Jesse Root finissait le travail.

Yale est la plus faible tête de série à remporter le titre depuis 1981 (15e), après avoir battu successivement les trois premières têtes de série.

Le Hobey Baker pour Drew LeBlanc

Hobey Baker AwardSi St. Cloud State n'a pas remporté le titre NCAA, les Huskies se sont consolés avec le trophée de joueur de l'année pour Drew LeBlanc, meilleur marqueur de l'histoire de cette université (42 buts, 105 passes en 171 matchs). Une revanche pour l'attaquant qui avait manqué toute la saison dernière suite à une fracture de la jambe après 10 matchs lors de sa quatrième saison. LeBlanc avait alors demandé le statut de "medical redshirt", un système permettant de repousser d'un an la fin de l'égibilité NCAA. Pour sa "cinquième" saison, LeBlanc a compté 50 pts, terminant meilleur passeur du championnat (37 passes) aux côtés de son équipier Ben Hanowski - l'un des joueurs impliqués dans l'échange Jarome Iginla - tout en excellant dans ses études. Potentiel professeur de mathématiques, Drew LeBlanc s'efforcera de mettre les probabilités de son côté pour réussir une carrière professionnelle avec les Chicago Blackhawks.

LeBlanc a devancé Eric Hartzell, le gardien de Quinnipiac, et le buteur de Boston College John Gaudreau pour le trophée. Hartzell signait pour sa part chez les Pittsburgh Penguins le lendemain de la finale perdue. LeBlanc est le premier joueur de St. Cloud State à remporter ce trophée.

Ruée sur les meilleurs joueurs NCAA

La victoire de Yale est aussi la consécration pour l'un des agents libres les plus observés cette saison. Le Québécois Antoine Laganière, l'un des meilleurs marqueurs de la saison, termine son cursus en beauté et a reçu une pile d'offres de contrats, dont celle du Canadien de Montréal. Il choisit finalement les Ducks d'Anaheim. Il illustre parfaitement un phénomène qui prend de l'ampleur depuis plusieurs saisons : les bonnes affaires NCAA.

De nombreux joueurs non draftés par les franchises NHL se font découvrir sur le tard et suscitent un fort intérêt de la part des recruteurs, parfois avant même la fin de leur quatrième année. L'exemple de Stéphane Da Costa est bien connu du public français, mais il n'est pas le seul. Ces dernières années, des joueurs comme Matt Gilroy, Justin Schultz, ou Cory Conacher se sont imposés en NHL après une solide carrière NCAA. Cela dit, la tendance n'est pas nouvelle : New Jersey avait par exemple construit ses titres 2000 et 2003 avec des joueurs comme Brian Rafalski et John Madden, non draftés.

Cette année, le joueur le plus convoité était sans aucun doute le défenseur Danny DeKeyser. L'arrière de Western Michigan était suivi par presque toutes les équipes mais il a logiquement rejoint les Red Wings de Detroit. De Keyser avait disputé quelques camps d'été chez les Wings et est un proche du fils du propriétaire.

Le départ pour les professionnels de DeKeyser après seulement trois saisons NCAA a donné le coup d'envoi d'une succession de départs. Plus de trente joueurs sont passés professionnels avant la fin de leur cursus, la plupart après trois saisons NCAA, qu'ils soient draftés ou non. Une bonne partie des "seniors" (4e année) ont aussi obtenu un contrat. 

Certaines équipes universitaires ont subi de lourdes pertes :

  • Michigan avec les départs de ses défenseurs vedettes Jacob Trouba (Winnipeg) et Jon Merrill (New Jersey)
  • Minnesota avec les départs de ses défenseurs offensifs Nate Schmidt (Washington) et Mark Alt (Philadelphie) et de sa première ligne d'attaque : Nick Bjugstad (Florida), Zach Budish (Nashville) et Erik Haula (Minnesota)
  • Denver avec son meilleur marqueur Nick Shore (Los Angeles), son gardien de deuxième année Juho Olkinuora (Winnipeg) et le défenseur Scott Mayfield (Islanders)

Qu'ils soient draftés ou non, ce sont des joueurs majeurs qui partent plus tôt que prévu. Mais aussi des renforts de poids pour les équipes NHL.

  • Tampa Bay a ainsi pu reconstruire sa défense avec le Tchèque Andrej Sustr (Nebraska-Omaha).
  • San Jose s'est particulièrement distingué en renflouant son système vide de bons espoirs avec les attaquants Rylan Schwartz (Colorado College), meilleur marqueur de NCAA avec 53 pts, Eriah Hayes (Minnesiota State), Matt Nieto (Boston University) et Chris Crane (Ohio State), ainsi que le gardien d'Union College Troy Grosenick.
  • Vancouver tentait sa chance sur Kellan Lain (Lake Superior), un attaquant de grande taille au jeu très physique. Lake Superior perdait aussi Buddy Robinson (Ottawa), autre grand gabarit.
  • Philadelphie avait ouvert le bal avec Kyle Flanagan (St. Lawrence), auteur de 147 pts en 134 matchs NCAA malgré une taille modeste.
  • Buffalo, enfin, lançait immédiatement Chad Ruhwedel en défense, ce dernier ayant à peine perdu la demi-finale du Frozen Four avec Massachussets-Lowell, et ajoutait le centre-défensif Tim Schaller (Providence).
  • De nombreux anciens premiers choix de draft ne terminent donc pas leurs cursus. Outre Trouba et Bjugstad, citons Derek Forbort (Los Angeles).
  • Parmi ces joueurs NCAA obtenant des contrats, certains ont cependant bien terminé leur cursus, comme Steven Whitney (Anaheim), petit gabarit prolifique de Boston College. Whitney rejoint donc Laganière chez les Ducks : deux renforts en agents libres qui s'ajoutent à un troisième, Charles Sarault, 2e meilleur marqueur de l'OHL (junior majeur). De quoi rattrapper des drafts manquées !

Et l'intersaison est loin d'être terminée...