États-Unis - Russie (demi-finale du mondial U18)

Sochi - U18C'est tout un pays qui pousse derrière son équipe : la patinoire de Sochi affiche complet et fait grimper les décibels à chaque match de son équipe nationale U18. La Russie domine le tournoi, son tournoi, comme une seule autre équipe : le Canada. Le duel face à "l'ennemi" traditionnel est attendu par tous les supporters, mais avant cela, il faudra sortir un gros morceau, les États-Unis.

Dominatrice, la Russie, c'est un euphémisme : l'attaque russe a marqué 30 buts en 5 matchs. En fer de lance, le capitaine Valeri Nichushkin était très attendu. Il a su se montrer - avec notamment un triplé en quarts - mais c'est une autre ligne qui a fait parler la poudre. Vladimir Tkachyov (10 pts), Pavel Buchnevich (9 pts) et Ivan Barbashev (8 pts) intriguent les recruteurs. La prestation de Buchnevich, très suivi par les scouts, était attendue, celle de ses compères un peu moins. Les Russes bénéficient d'un bon apport de leurs défenseurs, notamment de Nikolaï Glukhov (7 pts), parfaite rampe de lancement. Dans les cages, Igor Shestyorkin a disputé l'essentiel du tournoi avec 94,17% d'arrêts et quatre victoires, dont celle en quarts face à l'Allemagne, 8-4. Un quart de finale tendu : Lysenko, Gavrikov et Setdikov ont été punis d'une méconduite, mais seront présents pour cette demi-finale.

Les Américains apparaissent malgré tout comme un os difficile à ronger. Tenants du titre, les joueurs à la bannière étoilée profitent de leur programme de sélection U18 pour aligner un effectif habitué à jouer ensemble toute l'année. Pas de problème d'alchimie et d'entente dans cette équipe. En quarts, les États-Unis se sont débarassés de la Suède grâce à leur meilleur match du tournoi. Une victoire 4-0 grâce à deux buts en supériorité et un blanchissage du gardien de deux mètres Thatcher Demko, remis des critiques du début de compétition. L'effectif paraît homogène. Une attaque menée par JT Compher (7 pts) et Tyler Motte (7 pts, dont 5 buts) fait la différence au bon moment. La défense s'appuie principalement sur le duo Gage Ausmus - Steven Santini, qui reçoivent l'essentiel du temps de jeu sans vraiment apporter offensivement. C'est plus le rôle du troisième larron, Will Butcher (2 buts, 4 pts), chargé de mener le jeu de puissance. Pour gagner dans ce contexte hostile, les Américains devront parfaitement gérer leurs temps forts et maximiser le temps de jeu de leurs meilleurs joueurs.

Cette demi-finale est une revanche du premier tour, durant lequel les Russes s'étaient imposés 4-3 en ouverture : c'était la première défaite américaine au Mondial U18 depuis 2009. Les États-Unis ont remporté sept médailles d'or, dont quatre de suite. La mission ne sera pas si simple pour les Russes.

McCarron en grognard

La Russie entame bien la partie et se crée beaucoup d'occasions dans les dix premières minutes. Thatcher Demko sort un premier tir d'entrée. Il s'impose à deux autres reprises et il faut attendre la 6e minute pour voir le premier tir américain. Mike McCarron sort deux minutes et la défense tient le choc. Tommy Vannelli sauve son camp lorsque Demko reste sur la glace. Le portier se montre solide, et petit à petit la défense reprend le contrôle. Les Américains forcent les Russes à faire les extérieurs, puis prennent le contrôle du palet.

Une pénalité de Barbashev change la donne : Will Butcher trouve le poteau et Mike McCarron impose son grand gabarit dans l'enclave, avec l'aide de Tyler Kelleher. C'est McCarron qui est finalement crédité du but (0-1). Sergei Stetsenko prend deux minutes dans la foulée. Igor Shestyorkin tient le choc et permet à son équipe de rentrer au vestiaire avec un seul but de retard. Après un bon début de match, les Russes, faute d'avoir concrétisé, se sont fait punir. Le but de Mike McCarron rebat les cartes et il faudra désormais que les locaux se montrent bien plus réalistes.

La Russie revient

Le deuxième tiers débute par un bon forecheck américain, qui contrôle le palet et reste à l'affût des interceptions. Une accélération offre même une échappée parfaitement sortie par la botte de Shestyorkin. Une grosse frayeur pour le public ! La sérenité des bleus et leur organisation gênent beaucoup les Russes. Tyler Motte et Mike McCarron savent porter le danger sur une défense à la peine.

Le tournant survient en quelques secondes avec deux pénalités sur la même séquence de Gage Ausmus et JT Compher. Deux minutes de cinq-contre-trois qui permettent à Tyler Motte et Hudson Fasching de contrer plusieurs tirs. Puis, Thatcher Demko vole Ivan Barbashev sur une passe à travers l'enclave de Buchnevich avec un grand écart, avant de bloquer une volée de ce dernier. La défense plie, Demko sort encore un tir mais doit s'incliner à 18 secondes de la fin des pénalités face à un tir puissant de Pavel Buchnevich, plein axe, exploitant un écran bien placé de Nikolai Demidov (1-1).

Le public reprend des couleurs mais reste inquiet : de retour au complet, les Américains confisquent le palet. McCarron domine la zone offensive et les Russes ne parviennent plus à se dégager : il faut un arrêt de Shestyorkin pour sauver les meubles. La défense russe est aux abonnés absents, multipliant les relances hasardeuses. Les Américains n'en profitent pas à cause du talent du gardien et d'un peu de maladresse.

Exploit de Nichushkin

L'attaque russe, pour sa part, parvient à se montrer un peu dangereuse et Demko sort la botte au bon moment sur un tir dévié. Le match s'accélère, sans temps mort. Les États-Unis s'installent, tournent dans la défense. Et le capitaine Valeri Nichushkin fait son show : il récupère un tir hors cadre le long de la bande, décolle à droite, résiste à Fasching et glisse le disque derrière Demko (2-1). Un contre assassin qui fait exploser la patinoire.

Les bleus repartent à l'assaut, profitant des relances calamiteuses des défenseurs russes. Shestyorkin demeure intraitable. Igor Kravchuk remobilise ses joueurs, acculés sur leur but. McCarron pèse à chaque présence, imposant son grand gabarit. Les tirs pleuvent, de loin, sur des passes en retrait, en tour de cage. La puissance des joueurs de Don Granato pousse finalement Vladimir Tkachyov en prison, incapable de rattraper le débordement de Compher. Le jeu de puissance s'installe, tout en technique, mais la sirène retentit sans but : la Russie a su profiter de ses rares chances pour prendre la tête. Conserver cette avance ne sera pas simple tant la deuxième moitié du deuxième tiers a été dominée par les visiteurs.

Shestyorkin résiste

Les États-Unis entament donc en supériorité et pilonnent le gardien. Sans réussite : la pénalité est tuée. La précision du jeu américain, à l'image de cette petite remise vers Tyler Motte qui dévie sur la jambière du gardien, impressionne. En face, les Russes cherchent beaucoup l'exploit individuel. La précision est finalement récompensée. Un centre devant le but met la défense comme le gardien hors de position et, quand le palet est ramené plein axe, le défenseur Tommy Vanelli profite de l'offrande et égalise (2-2).

Malheureusement pour les joueurs de Granato, leur discipline s'efface sur un accrochage totalement inutile de Hudson Fasching en zone offensive. L'équipe spéciale russe, fort de son 1/4 dans ce match, tente de destabiliser les lignes arrières américaines, sans trop de réussite. Agressifs sur le porteur de palet, les bleus dégagent toutes les tentatives et aucun tir sur Demko n'apparaît. Le portier brille en revanche quelques instants plus tard sur une remise en retrait de Nichushkin vers Dmitri Yudin plein axe : bien avancé, il repousse le palet. Igor Shestyorkin n'est pas en reste avec un double arrêt à la mi-période, pour tenir son équipe à flots.

Sang-froid américain

La Russie sort tout de même un peu de sa boîte et tente quelques incursions, sous l'impulsion de Nichushkin et Barbashev notamment, ainsi qu'avec la technique de Nikita Setdikov. Il reste moins de six minutes lorsque Compher déborde à droite et est accroché par Vyacheslav Leshenko. Les deux minutes sont logiques. Tommy Vannelli mène le jeu, cherchant des angles de passe, mais le disque finit par sortir de la zone et les Russes le maintiennent loin du but presque jusqu'à la fin de la pénalité. Sorti de prison, Leshenko récupère et déborde sur l'aile : son tir excentré trouve un trou de souris entre les jambières de Demko (3-2). Un mauvais but encaissé à trois minutes de la fin !

Les bleus réagissent immédiatement. Le débordement de Will Butcher, relayé derrière le but par Sean Malone, offre une chance dans l'enclave à McCarron, lancé. Lui et Motte cherchent le rebond, écrasé sous une forêt de joueurs. Le disque est au fond mais les officiels avaient sifflé... Le public est debout. John Hayden efface un défenseur, Shestyorkin arrête alors que Motte est mis au sol. La pression est intense et la Russie craque : à deux minutes de la fin, Anthony Louis reprend une passe de derrière le but. Le palet revient sur Fasching, Shestyorkin sauve mais le disque est libre. Louis se jette et glisse sa crosse sous la botte (3-3). Tout est à refaire pour la Russie, dont les relances ne rassurent toujours pas... Evan Allen manque d'en profiter, plein axe. Le sifflet retentit : Prolongations !

Une défense impériale

Le scénario se poursuit : les Américains contrôlent le palet, les Russes jouent en contre. Clint Lewis teste ainsi Shestyorkin de l'aile, sans réussite, pas plus que Compher. Le jeu reste prudent des deux côtés, à quatre contre quatre. Compher pèse sur la défense, n'hésitant pas à attaquer la cage. Sur une rare incursion offensive, Barbashev se retrouve au sol : deux minutes contre Will Butcher et temps mort demandé par Igor Kravchuk. Une occasion en or pour la Russie à 3'30" de la fin.

Les gros bras sont de sortie : Nichushkin, Barbashev, Buchnevich, Tkachyov. La défense se sacrifie pour contrer les tirs : la pénalité est tuée avec beaucoup d'abnégation. Le danger passe sur l'autre but lorsqu'un tir lointain de Santini n'est pas maîtrisé. Personne ne parvient à se saisir du palet libre. Un ultime tir excentré de Louis trouve la plaque de Shestyorkin : fusillade !

Les artistes russes feront-ils la différence face aux besogneux Américains ? Ces derniers remportent le lancer de pièce et décident de débuter la séance.

Le tenant du titre ne craque pas

Tyler Kelleher s'avance doucement, fixe le gardien et loge le disque au fond des filets (0-1).

Tolchinski riposte en pleine vitesse mais Demko ne mord pas et sort la botte.

Louis cherche le revers mais Shestyorkin s'impose.

Buchnevich s'excentre, repique au centre et Demko ne tremble pas.

Compher à son tour... il fixe et ajuste la cible : les Américains se qualifient pour la finale et tenteront la passe de cinq !

Victoire à l'arrachée des Américains : dominateurs (58 tirs !), ils ont manqué de réalisme et ont failli se faire piéger sur les contres rapides des Russes. Igor Shestyorkin, désigné homme du match côté russe, aura fait son possible pour tenir son équipe dans le coup, pas vraiment aidé par une défense à la relance catastrophique tout au long du match. En face, c'est Steven Santini qui est désigné joueur du match. Le défenseur a été utilisé 31'45" dans la partie.

 

Russie - États-Unis 3-3 (0-1, 2-0, 1-2, 0-0) / 0-2 aux tirs au but
Vendredi 26 avril 2013, 20h. Bolchoï Ice Dome de Sochi, Russie. 6779 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Bjork (SUE) et Rene Hradil (TCH) assistés de Pasi Nieminen (FIN) et Rudolf Tosenovjan (TCH).
Tirs : Russie 29 (8, 11, 5, 5), Etats-Unis 58 (12, 16, 22, 7)
Pénalités : Russie 8' (4', 2', 2', 0'), Etats-Unis 10' (2', 4', 2', 2')

Évolution du score
0-1 à 16'09" : McCarron (sup. num.)
1-1 à 25'14" : Buchnevich assisté de Nichushkin (double sup. num.)
2-1 à 32'49" : Nichushkin assisté de Buchnevich
2-2 à 44'04" : Vannelli assisté de Kelleher et Allen
3-2 à 56'41" : Leshenko assisté de Barbashev
3-3 à 57'55" : Louis

Russie

Gardien : Igor Shestyorkin.

Défenseurs : Nikolaï Glukhov - Nikolai Demidov ; Rushan Rafikov (A) - Dmitri Yudin ; Artyom Zub - Vladislav Gavrikov ; Vladislav Lysenko - Sergei Stetsenko.

Attaquants : Ilya Ivanov - Pavel Buchnevich - Valeri Nichushkin (C) ; Sergei Tolchinski - Vladimir Tkachyov - Ivan Barbashev (A) ; Ruzal Galeyev - Nikita Shatski - Nikita Setdikov ; Yevgeni Svechnikov - Andrei Alexeyev - Vyacheslav Leshenko.

Remplaçant : Nikita Serebryakov (G). En tribunes : Ivan Bocharov (G).

États-Unis

Gardien : Thatcher Demko.

Défenseurs : Steven Santini - Gage Ausmus ; Will Butcher (A) - Keaton Thompson ; Connor Clifton - Clint Lewis ; Tommy Vannelli - Dawson Cook.

Attaquants : JT Compher (C) - Anthony Louis - John Hayden (A) ; Sean Malone - Tyler Motte - Hudson Fasching ; Evan Allen - Tyler Kelleher - Mike McCarron ; Kevin Labanc - Jack Eichel - Shane Eiserman.

Remplaçant : Blake Weyrick (G). En tribunes : Hunter Miska (G).