Suisse - République Tchèque (Mondial 2013, à Stockholm)

Les Tchèques et leurs quatre gardiens

BERRA Reto-120506-311La formule des championnats du monde en deux poules de huit délivre un calendrier ardu aux équipes classées à la neuvième et à la dixième place mondiale. Elles doivent en effet affronter les trois meilleures équipes de leur groupe en début de compétition ! Un véritable exercice de patience qui peut porter ses fruits : l'an passé, Slovaques et Norvégiens avaient perdu leurs deux premières rencontres avant de marquer leurs premiers points à leur troisième tentative... et d'enchaîner par quatre victoires, et même six pour la Slovaquie.

Ces deux pays ont donc grimpé dans la hiérarchie, et cette année ce sont l'Allemagne et la Suisse qui font face à ce calendrier "crescendo". Mais les Helvètes ne font rien contre tout le monde : on a apparemment oublié de leur dire qu'ils jouaient contre les favoris ! Ils ont déjà battu Suédois et Canadiens, et ils veulent donc enchaîner avec la République Tchèque, avec le soutien de leurs 3000 supporters.

Les Tchèques vivent un invraisemblable imbroglio de gardiens. On sait enfin où Pavelec a mal : à la cheville. Mais on ne sait toujours pas quand il rentrera... Ce devait être aujourd'hui, c'est encore décalé. Or, l'autre gardien Alexander Salak s'est fracturé samedi la dernière phalange de l'annulaire droit - un doigt de la main qui tient la crosse - et on a appris qu'il a joué contre les Suédois malgré cette blessure.

C'est pourquoi un quatrième gardien tchèque, Jakub Kovar, est arrivé hier midi. L'ironie de l'histoire est qu'il devait initialement être le troisième gardien, mais qu'il avait été renvoyé chez lui la semaine dernière (et remplacé par le jeune Francouz)... parce qu'il avait une angine ! Finalement, c'est encore ce qui se guérit le plus vite... Le règlement prévoit que Kovar puisse être joker médical si deux gardiens se blessent. Pour l'instant, les Tchèques attendent de savoir comment se porte Pavelec.

La Suisse ne lève pas le... pied

Les Tchèques se heurtent comme leurs prédécesseurs à une équipe suisse solide, qui verrouille parfaitement la zone neutre mais donne aussi de dures mises en échec. Et même si elle fait le dos rond, c'est elle qui se procure les occasions les plus tranchantes. Lorsqu'une opportunité se présente sous la forme d'une pénalité de Čáslava, elle est immédiatement exploitée : Ryan Gardner centre de la droite pour la reprise d'Andres Ambühl dans l'axe (0-1).

MICHALEK Zbynek-110515-230En deuxième période, les Tchèques ne trouvent toujours pas de solution contre cet adversaire sérieux et mobile et s'exposent à des contre-attaques. Le défenseur Zbynek Michalek se couche sur un centre de Simon Moser, mais le palet traîne juste derrière lui et est repris par Nino Niederreiter (0-2). L'entraîneur tchèque Alois Hadamczik, qui a lancé Vrana sur la glace à la place de Kovar, puis il commence à tester de nouveaux trios en testant Tenkrat en deuxième ligne à la place de Fleischmann.

Ce qui sauve les Tchèques, c'est une obstruction de Plüss. Les Suisses sont si disciplinés qu'il aura fallu 32 minutes avant de voir cette première pénalité. Reto Berra, titularisé pour ce troisième match, fait face à un véritable bombardement, et il s'incline au quatrième lancer, signé Jiri Hudler dans le cercle gauche (2-1). Hudler remet ça en fin de tiers-temps. Il se retrouve seul face à la cage pour récupérer un centre du revers de Zbynek Irgl, et peut s'y reprendre à deux fois sans être vraiment gêné par Ambühl, inhabituellement passif sur cette action. Est-ce à dire que les patineurs suisses fatiguent ?

Le début de troisième période prouve le contraire. Martin Plüss fait le tour de la cage et centre pour Simon Moser qui le redirige entre les bottes du gardien avec un patin qui n'a certes pas changé de direction de façon flagrante, mais qui est tellement aligné avec la cible que c'en est louche. Après le but égalisateur discutable de Niederreiter face au Canada, on se dit que ce but-là ne peut pas être accordé. Et bien, si ! La Suisse est mise sur les rails de la victoire avec un nouveau but du patin (2-3). On pourrait alimenter les métaphores footballistiques, mais c'est bien avec un hockey volontaire et énergique que les hommes de Sean Simpson bâtissent l'essentiel de leur succès.

Deux joueurs de NHL cloués sur le banc !

Alois Hadamczik a réduit sa rotation à trois lignes. Jusque là, rien d'exceptionnel, il est coutumier du fait en fin de match. La surprise vient des trois joueurs qui sont retirés de l'alignement : Petr Vrana et... les deux ailiers de NHL Tomas Fleischmann et Radim Vrbata !

HOLLENSTEIN Denis-120506-321Cette décision courageuse ne suffira pas à briser l'élan suisse. En tout cas pas celui d'un Denis Hollenstein déchaîné qui perce entre les deux défenseurs et, en allongeant sa crosse, parvient à décaler du revers son compère Simon Bodenmann qui est ainsi démarqué (4-2). Les Tchèques essaient jusqu'au bout de revenir, mais le dernier mot reviendra en cage vide à Reto Suri.

Les Tchèques concèdent deux défaites lors de leurs trois premières rencontres, ce qui ne leur était plus arrivé dans un championnat du monde depuis la partition de la Tchécoslovaquie. Le dernier précédent remonte à 1991. Mais le problème tient de la comparaison des deux lignes NHL : l'une fonctionne très bien, celle de Hudler, et l'autre... pas du tout !

La Suisse, quant à elle, est maintenant première de poule, avant de rencontrer les quatre adversaires les "plus faibles". Ce serait dommage de tout gâcher. Mais même si elle pratique un système moins ouvertement défensif que sous Krueger, elle sera tout de même testée sur d'autres qualités, car il lui faudra faire le jeu contre des équipes qui l'attendront prudemment. Après avoir accompli les plus grands exploits, les Helvètes devront maintenant retourner aux tâches plus ingrates, mais également importantes, pour que la dynamique de cette première semaine se poursuive loin...

Désignés joueurs du match : Roman Josi pour la Suisse et Jiri Hudler pour la République Tchèque.

Commentaires d'après-match

Jiri Novotny (capitaine de la République Tchèque) : "Nous savions que ce serait un match important. Quand on bat un adversaire fort comme ils l'ont fait, cela donne confiance. Dans ce match, nous sommes allés dans le slot, mais 5 buts en 3 matches, c'est peu pour une équipe avec notre potentiel offensif. [...] La décision du coach doit être respectée. Si je ne joue pas bien, je n'aurai pas de problème si le coach me fait asseoir, bien que je sois capitaine. L'entraîneur veut les meilleurs résultats. [...] Nous devons nous dire dans les yeux qui fait des erreurs. Nous sommes 25, nous ne jouons pas pour nous-mêmes comme au tennis. Nous devons réagir en équipe."

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous cherchons encore les partenaires de Hanzal. Je pense que Tenkrat et Hertl ont ravivé sa ligne. C'est dur de décider de laisser des joueurs sur le banc, mais c'est aussi dur d'attendre que ça aille mieux pour eux. Il y a 10 matches dans le tournoi, pas 52 journées. On a besoin de buts rapidement. Dès que les attaquants ne mettent pas de pression sur le but, il faut prendre des décisions. On veut gagner et on ne regarde pas les noms. En voyant [le junior] Hertl, et en calculant comment de mises en échec il donne, ce serait un mauvais alibi de s'arrêter aux noms. Les priorités, ce sont le patinage et le jeu dans le slot. Il faut jouer comme Voracek ou Hudler, avec verve et vigueur. La technique, cela ne fonctionnera pas."

 

Suisse - République Tchèque 5-2 (1-0, 1-2, 3-0)
Lundi 6 mai 2013 à 16h15 au Globen de Stockholm. 3537 spectateurs.
Arbitrage de Ian Croft (USA) et Jyri Petteri Rönn (FIN) assistés de Sakari Suominen (FIN) et Christopher Woodworth (USA).
Pénalités : Suisse 6' (0', 2', 4'), République Tchèque 4' (2', 2', 0').
Tirs : Suisse 31 (15, 9, 7), République Tchèque 39 (14, 15, 10).

Évolution du score :
1-0 à 17'56" : Ambühl assisté de Gardner et Josi (sup. num.)
2-0 à 26'36" : Niederreiter assisté de Moser et M. Plüss
2-1 à 33'02" : Hudler assisté de Tlusty et Voracek (sup. num.)
2-2 à 39'12" : Hudler assisté d'Irgl
3-2 à 45'47" : Moser assisté de M. Plüss
4-2 à 53'22" : Bodenmann assisté de Hollenstein et Cunti
5-2 à 59'21" : Suri assisté de Walker et Vauclair (cage vide)


Suisse

Gardien : Reto Berra (2').

Défenseurs : Julien Vauclair (A, +2) - Mathias Seger (C, +2) ; Philippe Furrer - Severin Blindenbacher ; Patrick von Gunten - Roman Josi ; Eric Blum (+1) - Robin Grossman (+1).

Attaquants : Simon Moser (+2, 2') - Martin Plüss (A, +2, 2') - Nino Niederreiter (+2) ; Denis Hollenstein (+1) - Luca Cunti (+1) - Simon Bodenmann (+1) ; Reto Suri - Ryan Gardner (-1) - Andres Ambühl ; Matthias Bieber - Morris Trachsler - Julian Walker (+1).

Remplaçant : Martin Gerber (G).

République Tchèque

Gardien : Alexander Salák [sorti de 56'44" à 57'05" et de 57'22" à 59'21"].

Défenseurs : Ladislav Šmíd (-2) - Zbynek Michálek (A, -1) ; Jakub Nakládal - Jan Hejda (-1) ; Zdenek Kutlák (-1) - Petr Cáslava (-2, 2').

Attaquants : Jirí Tlustý (-1) - Jirí Hudler (-2) - Jakub Vorácek (-2) ; Tomáš Fleischmann (-1) - Martin Hanzal - Radim Vrbata (A) ; Petr Tenkrát - Jan Kovár puis à 20' Petr Vrána (-1) - Tomáš Hertl (-2) ; Petr Hubácek (2') - Jirí Novotný (C, -1) - Zbynek Irgl (+1).

Remplaçant : Pavel Francouz (G).