Suède - Bélarus (Mondial 2013, à Stockholm)

UGAROV Alexei-110505-205Les organisateurs suédois du Championnat du monde de hockey sur glace avaient fait couler beaucoup d'encre l'année dernière en raison d'une politique tarifaire élevée pour un évènement également mal vendu au niveau de la promotion. Cette année, ils font reparler d'eux pour avoir obligé des supporters biélorusses à ranger leurs drapeaux.

L'autre drapeau du pays, une ligne rouge sur fond blanc, est un emblème contestataire au régime dictatorial du président Loukachenko et il est totalement interdit de le brandir en terre biélorusse. Une poignée de spectateurs l'ont fait lors du match Bélarus - Slovénie de dimanche dernier à Stockholm, un clin d’œil au président contesté sûrement sur son canapé devant son téléviseur à cette heure. Yauhen Vorsin, le président de la fédération biélorusse, aurait alors demandé à la sécurité d'intervenir, parlant de "chiffon à poussière" pour désigner le drapeau géant. Celle-ci a exécuté les ordres, de manière très musclée même. Une action qui a totalement scandalisé, choqué, créant une vague d'incompréhension dans tout le pays et bien au-delà, enrageant par la même occasion de nombreux militants des droits de l'homme.

Tony Wiréhn, secrétaire général de la fédération suédoise, a vite réagi en affirmant que "les messages politiques n'avaient pas leur place à l'intérieur de l'arène". Vorsin, lui, s'est enfoncé plus bas que terre en affirmant que "parmi eux il y avait des noirs et qu'ils étaient sûrement payés pour faire ça". Puisque la liberté n'a apparemment pas sa place dans le Globen, une manifestation, avec drapeaux apparents bien sûr, s'est tenue avant ce Suède - Bélarus.

Sportivement, le Bélarus continue son chemin sans complexe, restant sur une victoire aux dépens des Slovènes (4-3) et l'équipe entraînée par l'ancienne gloire Andrei Skabelka conserve un mince espoir de jouer les quarts de finale. La Tre Kronor se présente avec une composition identique à celle qui a battu les Tchèques (2-1). Incertains car ils ne s'étaient pas entraînés dimanche, l'assistant-capitaine Niklas Persson et le défenseur Elias Fälth sont bien en uniforme.

Première constatation, les Biélorusses patinent avec énergie et envie, la Suède paraît déstabilisée. En désavantage numérique, elle laisse même un 2 contre 1 biélorusse se former : Andrei Stas sert Mikhail Stefanovich qui reprend de volée, arrêt de Jhonas Enroth. Après que la tentative de Calle Järnkrok soit sauvée sur la ligne, la Tre Kronor bénéficie d'une double supériorité numérique... qu'elle gâche sans même apporter un réel danger sur la cage de Dmitri Milchakov. Sa défensive concède une nouvelle reprise de volée biélorusse signée Roman Graborenko à la 11e minute.

Sous les yeux du Prince Daniel de Suède, la sélection aux trois couronnes est loin d'être souveraine face à un Bélarus survitaminé. L'ouverture du score des visiteurs en sera la preuve. L'intervention défensive est brillante, le palet devient libre pour Konstantin Koltsov qui passe les deux dernières lignes, part en diagonale et bat Enroth d'un tir croisé ras de terre placé sous le patin du gardien de Buffalo (0-1, 17'34"). Cela récompense une légère - et étonnante - domination de la Biélorussie dans ce premier tiers-temps.

Le Bélarus obtient un troisième jeu de puissance dès le début de la seconde période, Ilya Kaznadei en profite d'ailleurs pour lancer sur le casque de Jhonas Enroth. Cet avantage numérique sera toutefois annulé par une faute de Kulakov. Bien aidé par ce 4 contre 4, Nicklas Danielsson réussit à éliminer un joueur adverse et délivre alors une passe en or deuxième poteau... que personne ne peut reprendre. Quelques minutes plus tard, le géant Staffan Kronwall slalome côté droit dans la défense biélorusse, Oscar Lindberg, à l'opposé, hérite du rebond et frappe. Dès l'arrêt de jeu, l'arbitre fait appel au juge-vidéo, deux fois (on n'est jamais trop sûr !). Le palet est bien rentré dans les filets avant d'en ressortir aussi vite. Il a en effet manqué quelques millimètres à la crosse de Dmitri Milchakov (1-1, 25'40").

Si le Bélarus éprouve un coup de fatigue dans ce tiers médian, la Suède n'est pas exempte de tout reproche. Installée dans le camp adverse, une passe mal ajustée contrarie Erik Gustafsson qui se fait dépasser sur le sprint par Koltsov, ce dernier ne réussit toutefois pas à trouver Ugarov dans ce 2 contre 1 qui s'était formé. Si les Suédois peinent à créer des situations dangereuses, ils restent attentifs à la moindre erreur de leurs adversaires.

D'abord, alors que la Suède évolue en infériorité numérique, Oscar Lindberg frappe, Jimmie Ericsson se jette alors sur le rebond, Milchakov s'étire pour stopper de justesse la trajectoire sur sa ligne. Puis à la 35e minute, Calle Järnkrok contre une relance et donne à Danielsson, arrêt de nouveau de Milchakov. Uniquement dangereuse lorsqu'on lui offre des cadeaux, la Tre Kronor est toujours aussi mauvaise élève en avantage numérique (1 but sur 16 tentatives), y compris encore à 5 contre 3. Dans cette configuration, tout n'a reposé que sur les épaules du défenseur Johan Fransson dont les tentatives lointaines sont bien trop prévisibles. Néanmoins, la Suède se sera largement rattrapée en terme de possession.

Au début du dernier tiers-temps, Kitarov retient la crosse d'Axelsson qui avait jailli à travers la défense. Sans surprise la pénalité sera tuée par les visiteurs qui en profitent ainsi pour améliorer leurs statistiques en désavantage numérique. Par ailleurs, les Biélorusses se font de nouveau menaçants en supériorité durant les pénalités de Gabriel Landeskog puis de Dick Axelsson, Andrei Flichkin et Pavel Charnaok touchent respectivement le poteau gauche et la transversale. Les Scandinaves s'en sortent plus que bien.

Ils s'en sortent d'autant mieux qu'ils vont prendre l'avantage. Joel Lundqvist gagne un engagement en attaque, Fredrik Pettersson tire illico lucarne opposée (2-1, 51'36"). C'est rageant pour des Biélorusses vaillants mais mal récompensés. Démoralisés, ils laissent les Suédois établir leur campement chez eux dans les dernières minutes. Pettersson qui loupe un rebond et un Landeskog actif mais trop individualiste seront les dernières menaces du match.

La Suède, en mal d'efficacité, doit se contenter d'une courte victoire face à un étonnant Bélarus. Elle n'a pas marqué plus de deux buts par match depuis le début du Mondial. Des renforts NHL – les jumeaux Sedin étant notamment en mauvaise posture dans leur série (0-3) face aux Sharks de San José – pourraient apporter ce brin de magie qui lui manque. Nouveau défi pour les Biélorusses prévu vendredi contre le Canada, seront-ils encore au rendez-vous ?

Désignés joueurs du match : Fredrik Pettersson pour la Suède et Konstantin Koltsov pour le Bélarus.

Commentaires d'après-match

Niklas Persson (attaquant de la Suède) : "Ce ne fut pas un grand match aujourd'hui. Évidemment, si nous marquons la moitié de nos opportunités, la physionomie aurait été différente. C'est un combat de chaque instant, nous devons garder de l'intensité et nous créer des occasions. Il est clair que nous devons être plus prolifique mais nous allons de mieux en mieux au fil du tournoi."

Joel Lundqvist (attaquant de la Suède) : "Nous n'avons pas pris assez de vitesse en zone neutre et nous avons eu des difficultés à garder le palet en zone offensive. Il nous faut mieux jouer mais la victoire reste le plus important, c'est 3 points de plus pour nous."


Suède - Bélarus 2-1 (0-1, 1-0, 1-0)
Lundi 6 mai 2013 à 20h15 au Globen de Stockholm. 10473 spectateurs.
Arbitrage de Keith Kaval (USA) et Daniel Piechaczek (ALL) assistés d'Andre Schrader (ALL) et Miroslav Valach (SLO).
Pénalités : Suède 12' (4', 4', 4'), Bélarus 14' (4', 6', 4').
Tirs : Suède 29 (8, 12, 9), Bélarus 21 (12, 3, 6).

Évolution du score :
0-1 à 17'34" : Koltsov assisté de Goroshko
1-1 à 25'40" : Lindberg assisté de Kronwall et Pettersson
2-1 à 51'36" : Pettersson assisté de Lundqvist


Suède

Gardien : Jhonas Enroth.

Défenseurs : Staffan Kronwall (C) - Elias Fälth (-1, 2') ; Henrik Tallinder (+1) - Erik Gustafsson (+1, 2') ; Petter Granberg (+1) - Johan Fransson (-1).

Attaquants : Loui Eriksson - Niklas Persson (A) - Dick Axelsson (2') ; Simon Hjalmarsson (4') - Joel Lundqvist (A, +1) - Andreas Jämtin (+1) ; Gabriel Landeskog (2') - Oscar Lindberg (+1) - Jimmie Ericsson (+1) ; Martin Thörnberg (-1) - Calle Järnkrok (-1) - Nicklas Danielsson (-1) ; Fredrik Pettersson (+2).

Remplaçant : Jacob Markström (G).

Bélarus

Gardien : Dmitri Milchakov [sorti à 59'15"].

Défenseurs : Ilya Kaznadei (-1) - Pavel Chernaok (-1, 2') ; Andrei Filichkin (2') - Roman Graborenko ; Oleg Goroshko - Ilya Shinkevich ; Yaroslav Maslenikov.

Attaquants : Dmitri Meleshko - Aleksandr Kitarov (4') - Aleksandr Kulakov (A, 2') ; Konstantin Koltsov (C, -1) - Yevgeni Kovyrshin (+1) - Aleksei Ugarov (A, -1) ; Aleksei Yefimenko - Andrei Stas (-2) - Mikhaïl Stefanovich ; Vyacheslav Andrushchenko (2') - Artyom Demkov (2') - Artyom Kisly.

Remplaçant : Stepan Goryachevskikh (G). En réserve : Yevgeni Solomonov.