Norvège - Suède (Mondial 2013, à Stockholm)

La victoire, plus les Sedin

HOLTET Marius-110430-394

Comptablement, la Suède (7 points) et la Norvège (6 points) sont à peu près dans leur tableau de marche après trois rencontres. Mais sur le plan du jeu pratiqué, les deux voisins sont très insatisfaits. La Tre Kronor ne régale vraiment pas son public, et comme toujours, le sélectionneur (Pär Mårts) en prend pour son grade. On lui reproche d'avoir ignoré des joueurs capables au moins de faire le spectacle, et de n'avoir choisi que des besogneux incapables de marquer plus de 2 buts par match. Il devait cependant avoir une idée en tête car il a gardé assez de places en réserve pour les jumeaux Sedin et pour le défenseur Alexander Edler, dont les Canucks de Vancouver viennent juste de se faire éliminer en NHL.

En Norvège, personne ne discute de la sélection, c'est la même que l'an passé. Le problème, c'est que l'équipe n'affiche plus la même forme. L'entraîneur Roy Johansen a réclamé plus de sacrifice à ses hommes, qu'il veut voir bousculer les Suédois intrinsèquement plus talentueux. Et il a envoyé un message en brisant sa première ligne, qui n'avait pas bougé depuis l'an passé. La star Patrick Thoresen, très en deça de l'an passé où il avait été élu dans la première équipe étoile, a été placé et avec deux anciens joueurs de troisième ligne (Kristian Forsberg et Marius Holtet, de retour de suspension). Røymark le remplace sur le premier trio. "C'est pour faire de Per-Åge [Skrøder] le meilleur joueur sur sa ligne, mais aussi pour créer un nouvel environnement pour Patrick [Thoresen]", a expliqué Johansen.

La critique à l'encontre de ces deux équipes a des motifs chiffrés : on a sur la glace les deux plus mauvaise jeux de puissance de la compétition. Vu que la Norvège est à zéro pointé, Joel Lundqvist peut se permettre une "faute utile" en faisant obstruction sur Mads Hansen, servi au second poteau en cage ouverte.

Kristian Forsberg commet un risque plus grand avec son coup de coude, car Mårts a modifié ses formations de jeu de puissance et travaillé spécifiquement ce secteur. La seconde unité de supériorité numérique marque au moment où la pénalité d'achève. Pendant que Niklas Persson effectue le travail ingrat devant la cage, les quatre autres joueurs développent un jeu de passes rapides : Elias Fälth côté gauche, Johan Fransson à la pointe, Dick Axelsson côté droit et Gabriel Landeskog dans le slot (0-1).

Ole-Kristian Tollefsen, de retour après son match de suspension, n'empêche pas Loui Eriksson de marquer le deuxième but, en essayant vainement de contrer le palet d'un mouvement de crosse (0-2). Après une faute de Hansen, le deuxième jeu de puissance suédois est moins convaincant et est surtout marqué par un curieux gadin de Loui Eriksson qui tombe tout seul dans le cercle droit au moment de tirer.

La deuxième période s'ouvre par un fauchage en règle de Fredrik Pettersson en zone offensive, une pénalité idiote mais toujours sans conséquence. Revenue à cinq, la Suède est très rapide dans ses jeux de transition. Sur une passe en retrait norvégienne mal contrôlée, Dick Axelsson est lancé dans une échappée solitaire. Bonsaksen lui donne un coup de crosse au moment où il doit armer son tir, et les arbitres accordent un pénalty logique. L'attaquant de Frölunda feinte à droite, mais son revers échoue dans la botte de Lars Haugen.

Les pénalités s'accumulent. Landeskog est envoyé en prison après une échauffourée devant la cage norvégienne, puis Holtet est sanctionné pour simulation après un plongeon effectivement grotesque même s'il y avait une petite faute. Il espérait sûrement un 5 contre 3... mais son équipe l'obtiendra bel et bien quelques minutes plus tard. Sept secondes après une pénalité d'Elias Fälth, Tallinder est sanctionné d'une crosse haute en soulevant le bâton de son adversaire. C'est une chance inouïe pour la Norvège de revenir dans ce match, mais la passe de Patrick Thoresen passe entre les jambes de Marius Holtet au poteau opposé, sans qu'il arrive à reprendre le palet. Le gros travail dans le coin de Lundqvist et Fransson tue les dernières secondes d'infériorité, avant de relancer vers Tallinder au moment où il sort de prison. Le breakaway n'est pas l'exercice favori du défenseur, et il perd son face-à-face avec le gardien norvégien Lars Haugen.

MARKSTROM Jacob-100511-371Loin de ruminer sa double supériorité numérique gâchée, la Norvège continue de presser. Thoresen oblige le jeune Petter Granberg à une sortie de zone délicate, que Niklas Persson n'arrive pas à contrôler. Marius Holtet s'empare du palet et part redonner vie à la rencontre en trompant Jacob Markström (1-2). Ole Kristian Tollefsen est pénalisé en fin de tiers pour avoir retenu une crosse suédoise dans le slot, et Haugen, qui aurait pu arrêter ce but, se rattrape avec plusieurs arrêts décisifs avant la pause.

Au début du troisième tiers-temps, la Suède n'a donc toujours pas match gagné. Johan Fransson envoie le palet à la cage d'un tir en pivot, dévié par le patin d'Andreas Jämtin, juste devant la jambière du gardien. L'arbitre fait appel à la vidéo. On y voir l'attaquant jeter un coup d'oeil vers son pied juste avant la déviation décisive, et sans doute ajuster sa position. Le but est pourtant accordé. Au moins l'arbitrage est-il cohérent dans ce championnat du monde : tant qu'il n'y a pas de mouvement net du patin, les buts marqués de la sorte sont accordés (1-3).

Ce but du patin tue le match, car aussitôt après, un beau mouvement collectif sert Elias Fälth dans l'enclave qui tire dans le haut du filet de Haugen (1-4). La Suède est toujours en contrôle, elle essaie juste de se sortir de la pression physique norvégienne pour assurer cette victoire à laquelle sa supériorité technique la destine.

Il faut également éviter les blessures et suspensions, entre des joueurs qui se croisent souvent dans l'Elitserien suédoise et qui règlent des comptes. Le jeune Landeskog devra apprendre à éviter les provocations de l'inénarrable Tollefsen, au lieu de chercher à s'expliquer aux poings avec le rugueux défenseur. Il est le seul pénalisé dans l'affaire. L'entraîneur norvégien Roy Johansen appelle son temps mort pendant la supériorité numérique pour préparer une option tactique surprenante : le tout pour le tout, à 6 contre 4 ! Avec trois buts de retard, c'est peut-être plus provoquer un déclic psychologique pour la suite du tournoi. En tout cas, c'est raté. Landeskog sort de prison et finit par marquer dans une cage vide que protègent comme ils peuvent les six joueurs norvégiens (1-5).

La Norvège finit le match à 3 contre 5, sans Thoresen qui a chargé avec la crosse Axelsson, et sans Tollefsen auteur d'un coup de crosse vicieux dirigé vers les parties intimes de Järnkrok. Elle n'aura pas réussi à faire sortir les Suédois de leurs gonds, ni à les empêcher de déployer leur jeu.

La Norvège a essayé de retrouver son état d'esprit ce soir, mais on a l'impression qu'elle est revenue en arrière et qu'elle est revenue à sa situation de 2010, avant ses quarts de finale, quand elle se perdait dans des mauvais coups et suspensions, et qu'elle était capable du meilleur comme du pire. Et le pire, c'est son powerplay, catastrophique y compris avec deux hommes de plus. À part le 6 contre 3, on ne voit pas ce que Johansen peut tester d'autre...

Avec cinq buts, plus la venue confirmée des frères Sedin et d'Edler pendant le match (la première fois que les jumeaux disent oui à la Tre Kronor depuis le sacre de Turin en 2006 !), voilà de quoi redonner un peu d'optimisme à des Suédois trop vite défaitistes. Cette équipe devra cependant affronter sans autre renfort le Canada demain, et ce sera un très gros test pour voir ce qu'elle a dans le ventre.

Désignés joueurs du match : Marius Holtet pour la Norvège et Gabriel Landeskog pour la Suède.

 

Norvège - Suède 1-5 (0-2, 1-0, 0-3)
Mercredi 8 mai 2013 à 20h15 au Globen de Stockholm. 12293 spectateurs.
Arbitrage de Vladimir Baluska (SVK) et Matt Kirk (CAN) assistés de Pierre Dehaen (FRA) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Norvège 16' (4', 4', 8'), Suède 16' (2', 8', 6').
Tirs : Norvège 21 (6, 8, 7), Suède 48 (10, 17, 21).

Évolution du score :
0-1 à 09'26" : Landeskog assisté d'Axelsson et Fransson
0-2 à 14'00" : Eriksson assisté de Persson et Axelsson
1-2 à 31'53" : Holtet
1-3 à 44'11" : Jämtin assisté de Fransson
1-4 à 44'59" : Fälth assisté d'Axelsson et Persson
1-5 à 56'33" : Landeskog assisté de Hjalmarsson et Eriksson (cage vide)


Norvège

Gardien : Lars Haugen [sorti de 56'00" à 56'33"].

Défenseurs : Alexander Bonsaksen - Jonas Holøs (-3) ; Ole-Kristian Tollefsen (C, -2, 6') - Mats Trygg (-3, 2') ; Henrik Solberg (-2) - Henrik Ødegaard.

Attaquants : Martin Røymark (-1) - Mads Hansen (2') - Per-Åge Skrøder (-1) ; Patrick Thoresen (A, -1, 2') - Kristian Forsberg (-1, 2') - Marius Holtet (-1, 2') ; Ken Andre Olimb (-1) - Anders Bastiansen (A, -1) - Mathis Olimb (-1) ; Lars Erik Spets (-1) - Morten Ask (-1) - Andreas Martinsen (-1) ; Niklas Roest.

Remplaçants : Lars Volden (G), Robin Dahlstrøm. En réserve : Steffen Søberg (G), Daniel Sørvik.

Suède

Gardien : Jacob Markström.

Défenseurs : Henrik Tallinder (2') - Erik Gustafsson ; Staffan Kronwall (C, +3) - Elias Fälth (+4, 2') ; Petter Granberg - Johan Fransson (+1).

Attaquants : Loui Eriksson (+2) - Niklas Persson (A, +2) - Dick Axelsson (+2) ; Gabriel Landeskog (+2, 4') - Oscar Lindberg - Jimmie Ericsson (2') ; Martin Thörnberg - Calle Järnkrok (2') - Nicklas Danielsson ; Fredrik Pettersson (+1, 2') - Joel Lundqvist (A, +1, 2') - Andreas Jämtin (+1) ; Simon Hjalmarsson (+1).

Remplaçant : Jhonas Enroth (G).