Lettonie - France (Mondial 2013, à Helsinki)

2013-05-13-Lettonie-FranceÀ vingt-quatre heures et deux matches de la fin du premier tour, les Bleus sont encore concernés par la lutte pour le maintien – ce qui n'est pas surprenant – mais aussi par la qualification en quarts de finale – ce qui l'est plus. Et après un 9 mai historique pour le hockey français, battre la Lettonie et/ou l'Allemagne, selon la conjonction des résultats, devient mieux que possible, souhaitable même, pour ne pas rentrer frustrés. C'est sans doute à cela qu'il faut mesurer le chemin parcouru en neuf ans par Dave Henderson : aujourd'hui, une défaite contre les États-Unis devient presque une contre-performance.

Aucune surprise dans les alignements, notons simplement le maintien par Ted Nolan de la confiance en Kristers Gudlevskis, à moins que ce ne soit sa défiance en Masalskis, tandis que Bozon ne s'est pas équipé, Guttig prenant le centre de la quatrième ligne.

Première émotion après un peu plus de trois minutes, un échange d'actions qui permet de constater que les Français ont l'avantage du gardien. Cristobal Huet est très solide sur une tentative de Darzins, oublié à l'entrée du slot et sur le contre, Gudlevskis, mal placé, sauve comme il peut de la botte un lancer d'Hecquefeuille. Le rebond n'est pas exploité par Meunier. Conclusion : il faut lancer et Auvitu s'y applique, Gudlevskis repousse et perd le palet de vue. Pas ses défenseurs, heureusement pour lui. Janis Andersons est encore là pour couper un deux-contre-un mené par Brian Henderson. À première vue, la France est confiante et pas gênée par son costume fraîchement taillé de favorite. Attention, les Lettons n'en sont pas encore devenus des moins que rien. Surtout avec un maintien en jeu. La preuve, à mi-tiers, les lancers sont partagés (cinq partout).

2013-05-13-Lettonie-France5La statistique ne demande qu'à pencher côté bleu après le retard de jeu qui envoie Kenins en prison. Le jeu de puissance est vite installé et aboutit à… un one-and-one letton mal exploité par Ronalds Kenins oublié à sa sortie de geôle. Cristo, impavide, ferme les jambières. Bien partis, les Français ont baissé la garde. Soudain distraits, ils deviennent vulnérables à la vitesse de patinage lettonne. Et quand on parle de vitesse de patinage, on pense à la première ligne lettonne Darzins-Sprukts-Cipulis, qui tient son équipe debout depuis le début du Mondial. Huet oppose ses jambières à Sprukts mais Manavian doit accrocher Darzins quelques instants plus tard. L'avantage numérique est concrétisé en vingt secondes par Cipulis. Freibergs lance du cercle gauche, Sprukts dévie et l'attaquant pragois, seul au deuxième poteau, profite de la cage ouverte (0-1, 14'52").

L'avantage n'a rien de scandaleux et réveille les Bleus qui reprennent le forecheck, bataillent dans les coins et lancent dès que possible, dans l'attente du rebond favorable. Sacha Treille, puis Bellemare échouent à quelques centimètres. Janil ensuite, décalé par Desrosiers, teste Gudlevskis sans succès. Bien, mais à la première pause, le bilan français est négatif avec ce but de retard, un désavantage aux tirs et des stats de supériorité (2 sur 17, dixième) et d'infériorité (75% de pénalités tuées, douzième) qui se dégradent encore.

2013-05-13-Lettonie-France2Rien d'insurmontable, pourtant, avec un peu d'éveil, de la vigilance. Ne surtout pas laisser d'air à l'offensive adverse (enfin, à sa première ligne), il lui suffit de si peu… Une passe hâtive d'Hecquefeuille par exemple, interceptée par Cipulis, palet transmis à Sprukts qui n'offre aucune feinte et vise la lucarne de Huet (0-2, 25'07"). Les Bleus accusent le coup, perdent en impact (leur principale arme pourtant) et les Lettons prennent confiance. Darzins échoue de peu au deuxième poteau, Kulda posté à la bleue oblige Huet à fermer le gant. En face, seule situation chaude pour Fleury seul devant Gudlevskis, qui frôle la cage.

Il faudrait un petit signe du destin pour que les Français relèvent le casque. Un surnombre letton, par exemple, que les arbitres (tiens, ils sont là eux ?) mettent une bonne vingtaine de secondes à repérer. Passé la mi-match, il devient impérieux de réagir. Seule la deuxième ligne de puissance crée du danger. Et encore, un seul tir, Hecquefeuille au milieu de la boîte sur Gudlevskis qui ne cède plus rien. À la fin des deux minutes, Darzins vient encore rôder devant Cristo. Le héros de Lausanne maintient ses partenaires dans le match, eux qui sont surtout dans le dur. Le tiers se finit même sur une supériorité balte, Auvitu ayant pris deux minutes. Le buzzer retentit sur un double avantage letton : deux buts au tableau de marque et un homme sur la glace, pour une minute encore. Certes, même en perdant ici, une victoire contre l'Allemagne, en espérant que la logique soit respectée ailleurs, ouvrirait la porte des quarts aux Français. Mais soyons honnêtes, sur le contenu de ce tiers médian, les Bleus ne méritent pas d'y aller.

2013-05-13-Lettonie-France4Les Lettons veulent profiter du reliquat de power play pour finir l'affaire. Ils se précipitent avec un tel enthousiasme que Kenins prend deux minutes pour un coup de crosse. C'est au tour des Bleus d'être en avantage, à condition de s'installer. Roussel, qui a pris la place de Sacha Treille en supériorité, pose son campement devant Gudlevskis et ses compagnons finissent par bivouaquer derrière la bleue, invités en cela par Kulda qui se fait sanctionner lui aussi. Le puck tourne, Meunier et Yorick Treille traînent dans l'enclave. Il ne reste plus qu'à nourrir Desrosiers, qui attend comme un affamé. Quand arrive la proie, le Rouennais l'envoie entre la mitaine et la jambière de Gudlevskis et il faut beaucoup (trop) de temps aux arbitres pour valider le point, rendu évident par au moins deux angles de ralenti fournis tardivement (1-2, 43'27", photo de gauche).

On retrouve une équipe conquérante, aidée par la nervosité adverse. Sotnieks prend 2'+10' pour avoir testé la solidité de la boîte crânienne de Sacha Treille, si surpris d'être en position de recevoir ce qu'il donne si généreusement d'habitude (le cadet des Treille reviendra sur la glace). Bellemare trouve la barre, mais la pénalité meurt. Pas l'espoir. Yorick cherche à venger son frère en prenant un slap puissant à la bleue, Gudlevskis est chaud. Bien lui en prend, car ses partenaires fléchissent franchement, étouffés par le physique français qui passe entre les gouttes de l'indulgence arbitrale. Meunier, notamment, mériterait la prison pour un accrocher en zone offensive, vieil adage de l'équilibre des erreurs.

2013-05-13-Lettonie-France3Le déséquilibre des tirs, lui, s'affirme en faveur des Français, les Lettons acceptant de subir et de s'appuyer sur leur gardien au style peu académique, plus combatif que technique. Le chrono file et la patience finit par faire défaut face au sort contraire. Fleury accroche et prend deux minutes, la dynamique est cassée. La pénalité passe, la première ligne lettonne reste et Auvitu a une mauvaise inspiration en tentant face à Sprukts une feinte risquée en zone défensive. L'attaquant moscovite intercepte et inscrit son troisième point du match en assistant Darzins qui marque son cinquième but de la compétition (1-3, 56'24", grande photo ci-dessous). C'est fini, Huet ne sortira même pas.

Bons par éclipses, les Français ont accumulé trop de petites erreurs face à une équipe lettonne certes peu homogène, mais dont la première ligne a été redoutable d'efficacité et doublée par un gardien doucement monté en puissance. Les Lettons n'ont plus qu'à attendre que la Russie fasse le travail face à l'Autriche (victoire en temps règlementaire) pour célébrer le maintien. Les Bleus, eux, espèrent la même chose mais peuvent aussi rêver plus haut en battant l'Allemagne et en pariant sur une défaite slovaque contre les États-Unis. Pour ne pas rentrer frustrés…

Meilleurs joueurs du match : Julien Desrosiers pour la France et Janis Sprukts pour la Lettonie.

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Commentaires d'après-match

Ted Nolan (entraîneur de la Lettonie) : "Tous les matches qu'on joue contre la France peuvent basculer dans un sens comme dans l'autre. C'est une équipe très bien coachée, bien organisée, structurée, talentueuse. Heureusement pour nous, on a eu quelques échappées. Le match de qualification aurait pu basculer dans l'autre sens aussi. La qualification pour Sotchi a boosté l'équipe mais parce que nous sommes une petite nation, nous avons beaucoup de joueurs retenus chez eux pour diverses raisons (médicales, personnelles). Cette équipe est déjà largement différente. Cette équipe est plus jeune et ça a eu un impact car certains jeunes ont une chance de jouer aux JO. Girgensons par exemple n'a pas joué au TQO mais il est un choix de première ronde. Kristers, le gardien, est en train de se faire un nom. Lauris Darzins développe beaucoup son leadership. Tout cela grâce à l'impact des JO. Je n'aurai jamais peur jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espoir. Jusqu'à ce point, j'étais sûr qu'on avait une chance. Pour battre les Russes, il faut que tout soit parfait, que tout soit plus que parfait. Depuis, on a joué de mieux en mieux."

Zemgus Girgensons (attaquant de la Lettonie) : "On a été meilleurs, mais on aurait pu jouer beaucoup mieux. Les Français auraient pu mieux faire aussi parce qu'on sait qu'ils ont battu la Russie. C'est bien qu'ils nous aient donné l'occasion de les battre. Ils sont revenus avec leur but, mais je ne pense pas qu'ils avaient une chance de revenir. Les arbitres n'ont pas sifflé quelques fautes. On n'a pas été très forts, mais ils n'ont vraiment pas été forts non plus. Je me suis amélioré aussi pendant le tournoi, mais ce n'est pas mon meilleur tournoi non plus."

2013-05-13-Lettonie-France6Dave Henderson (entraîneur de la France) : "On n'a pas joué au premier tiers-temps. On n'avait pas les jambes, on les a retrouvées au troisième tiers. On n'a plus notre destin entre nos mains. On va regarder attentivement ce que fait l'Autriche ce soir. On n'est pas encore sorti de l'auberge. Il y a une équipe qui risque de se faire reléguer avec 5 points, le niveau se resserre. En cas d'égalité triangulaire à 6 points, on a encore +1, l'Autriche 0 et la Lettonie -1, c'est pour ça qu'on n'a pas sorti Cristo plus tôt. Par rapport aux rencontres où l'on était plus euphoriques, on avait cette demi-seconde de retard pour passer, réceptionner, shooter. Il fallait changer quelque chose au troisième, on a pris la décision de changer Antoine et Sacha. Sacha avait des difficultés sur l'aile gauche, on l'a mis à l'aile droite pour lui donner plus de possibilités de déborder sur la droite et couper à la cage avec sa crosse devant la cage. Teddy est centre ou ailier droit. Brian récupère des palets."

Julien Desrosiers (attaquant de la France) : "Déçu car on avait des plus grandes attentes. On manquait de jambes peut-être. Notre jeu, c'est de jouer simple, faire du fore-check, travailler fort dans les coins, gagner nos batailles. Aujourd'hui on a essayé peut-être de jouer un peu à la russe, on va dire. Mais ce n'est pas du tout notre jeu. Et les Lettons sont bons techniquement. Ils ont eu des occasions qu'ils n'ont pas ratées. [...] Moi-même je n'étais pas sûr d'avoir marqué. Je ne voyais pas le palet mais le gardien était dans la cage donc je me suis dit que c'était bon. De l'angle où j'étais, le palet était caché derrière comme une bande en plastique. À la reprise, on voyait bien comme tout le monde que c'était rentré. Alors quand l'arbitre a annulé le but la première fois, j'ai pas trop compris. Heureusement ils l'ont accordé. Ça nous donné un peu de jambes. Mais ensuite le 3-1, c'est un revirement qui nous coûte très cher. À l'image du match, au lieu de garder le jeu simple, on essaie de déjouer le gars, ça arrive. Le hockey c'est un jeu d'erreurs. Les Lettons nous font ch... cette année. Avec la qualif (olympique), ça fait beaucoup. Il va falloir simplifier contre les Allemands. Ils ont deux joueurs de NHL, leur championnat est plus reputé que le nôtre. La récupération va être importante. On a toutes nos chances."

Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : "Si on joue comme ça, c'est sûr qu'on va prendre une raclée contre les Allemands. Ce n'est pas une bonne nouvelle, ce match-là, on n'est pas encore sauvé. Ça reste possible, mais pour l'instant les quarts de finale, je n'y pense pas. On va essayer de se regarder de voir ce qui n'a pas été, moi le premier. Et revenir demain à 150%. C'est notre plus mauvais match du tournoi."

Antonin Manavian (défenseur de la France) : "Déçu, c'est une équipe qu'on pouvait battre. On a eu du mal à débuter. C'est le sixième match. Mais c'est pareil pour toutes les équipes. Des petites erreurs qu'on a pas fait contre la Russie. J'ai beaucoup appris en Autriche, ça forge le caractère. Mentalement, c'est assez dur. Là j'ai un rôle plus défensif en équipe de France."

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Lettonie - France 3-1 (1-0, 1-0, 1-1)
Lundi 13 mai 2013 à 16h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 2204 spectateurs.
Arbitrage de Vladimir Baluska (SVK) et Felix Brüggemann (ALL) assistés de Johannes Käck (SUE) et Jonathan Morrison (USA).
Pénalités : Lettonie 20' (2', 2', 16'), France 6' (2', 2', 2').
Tirs : Lettonie 26 (13, 7, 6), France 30 (10, 5, 15).

Évolution du score :
1-0 à 14'52" : Cipulis assisté de Freibergs et Sprukts (sup. num.)
2-0 à 25'07" : Sprukts assisté de Cipulis
2-1 à 43'27" : Desrosiers assisté de Hecquefeuille et Y.Treille (sup. num.)
3-1 à 56'24" : Darzins assisté de Sprukts

Lettonie

Gardien : Kristers Gudlevskis.

Défenseurs : Kristaps Sotnieks (2+10') - Krisjanis Redlihs (A, +1) ; Arturs Kulda (2', +1) - Ralfs Freibergs (+1) ; Agris Saviels - Janis Andersons ; Maris Jass.

Attaquants : Janis Sprukts (A, +2) - Lauris Darzins (C, +2) - Martins Cipulis (+2) ; Ronalds Kenins (4') - Zemgus Girgensons - Miks Indrasis ; Andris Dzerins – Gints Meija - Roberts Jekimovs ; Vitalijs Pavlovs - Juris Stals - Aleksejs Sirokovs.

Remplaçants : Maris Jucers (G), Armands Berzins. En réserve : Edgars Masalskis (G), Georgijs Pujacs, Koba Jass.

France

Gardien : Cristobal Huet.

Défenseurs : Yohann Auvitu (2', -1) - Antonin Manavian (2', -1) ; Vincent Bachet (A, -1) - Kévin Hecquefeuille (-1) ; Jonathan Janil - Nicolas Besch ; Maxime Moisand.

Attaquants : Julien Desrosiers (-1) - Laurent Meunier (C, -1) - Yorick Treille (-1) ; Sacha Treille - Pierre-Édouard Bellemare (A) - Damien Fleury (2') ; Brian Henderson (-1) - Antoine Roussel (-1) - Teddy Da Costa (-1) ; Damien Raux - Anthony Guttig - Charles Bertrand ; Nicolas Ritz.

Remplaçants : Florian Hardy (G). En réserve : Fabrice Lhenry (G, pied), Thomas Roussel, Tim Bozon.