Suisse - République Tchèque (Mondial 2013, quart de finale)

L'avènement d'une nouvelle grande nation de hockey ?

HOLLENSTEIN Denis-120506-321La Suisse a accompli un tournoi presque parfait jusqu'ici, et ne compte aucun blessé (c'est moins grave que prévu pour Reto Suri), mais c'est maintenant que le plus dur commence. Il ne faut pas tout gâcher en succombant, une fois de plus, au mur des quarts de finale. Même si la Nati a largement prouvé sa capacité de battre n'importe quel adversaire, il lui reste un ultime défi avant de devenir grande : battre une grosse nation dans un match à élimination directe, ce qu'elle n'a jamais réussi dans son histoire.

Cela peut donc être un vrai évènement dans le hockey mondial, une consécration internationale, mais un évènement sans public : Stockholm, décidément pas une ville de hockey, boude même ce quart de finale !

L'adversaire, même s'il s'est qualifié très tardivement pour ce quart de finale, n'a rien d'un faire-valoir : les Tchèques ont donné le sentiment de monter en puissance sur la fin de ce championnat du monde. Après bien des tâtonnements, Hadamczik a enfin trouvé l'équilibre de ses lignes offensives, qui ont repris confiance en explosant la Norvège (7-0) dans un match-couperet où la République Tchèque tenait la corde de la guillotine face à une victime désignée.

Les deux équipes sont bien en place, et il est clair que le premier but aura de l'importance. C'est la Suisse qui le marque à la sixième minute, avec un peu de chance. Une très bonne passe en zone neutre de Severin Blindenbacher pour Denis Hollenstein, qui tire du revers. Le rebond touche le patin de Zidlicky et revient vers les filets (1-0, 05'45"). Les Tchèques arrivent rarement avec assez de vitesse pour déstabiliser un bloc suisse compacte. Le capitaine Jiri Novotny sera le seul à y parvenir, il évite Josi qui s'est couché, mais Gerber détourne de justesse son tir avec le gant.

ZIDLICKY Marek-110513-045Les Tchèques disposent de deux supériorités numériques pour tenter de revenir, car Suri commet un mauvais geste et Seger met sa crosse entre les jambes de Hudler. Ils font bien circuler le palet et peuvent s'appuyer sur le lancer très puissant de Marek Zidlicky, mais quand le défenseur prend trop son temps, la boîte suisse peut forcer et se dégager. Ces deux pénalités n'aboutissent donc à rien d'autre qu'une sortie de prison en breakaway de Reto Suri. Il feinte le lancer et tente un dribble, mais est trop près du gardien et laisse échapper le palet en venant buter sur Pavelec.

Julian Walker fait trébucher Voracek juste avant la pause, et la mission de Hadamczik dans les vestiaires doit donc être de réorganiser son jeu de puissance. Peine perdue, il ne trouve toujours pas la solution.

La Suisse, elle, est beaucoup plus efficace dans ce domaine. Si la crosse levée de Tlusty au visage de Suri reste sans conséquence, ce n'est pas le cas de la dureté de Hubacek. La Suisse travaille fort au niveau du cercle gauche et y absorbe la défense, jusqu'à ce que Ryan Gardner se retourne pour servir Roman Josi, dont le lancer passe entre les jambières de Pavelec (2-0).

Les Tchèques impriment pour la première fois le rythme de la rencontre avec une longue séquence en zone offensive instaurée par leur première ligne : elle peut changer, mais pas les Suisses, qui s'essoufflent loin de leur banc avec Josi, Seger et la ligne de Gardner. Voracek cherche deux passes transversales intéressantes, mais Martin Gerber se déplace bien. Dès que la Nati s'en sort, cependant, elle reprend le contrôle de la partie, et finit même par provoquer une pénalité de Zbynek Michalek, qui retient Suri derrière la cage.

Il est temps que la République Tchèque passe la vitesse supérieure au troisième tiers-temps. Un accrochage de Reto Suri lui en donne l'occasion. Le jeu de puissance est beaucoup plus pressant. Jiri Hudler, entouré de maillots à croix blanche et avec Roman Josi couché en travers, ne peut convertir un rebond. Mais la seconde unité de powerplay y parvient, grâce à l'inattendu Zdenek Kutlak dans l'enclave (2-1). Septième défenseur, Kutlak - qui a passé les six dernières saisons... en LNA suisse - avait joué moins de deux minutes dans les deux premières périodes, et Hadamczik, déçu de ses cadres, lui a donné sa chance sur ce dernier avantage numrique.

BLINDENBACHER Severin-120505-180C'est maintenant qu'on saura si les nerfs suisses peuvent tenir à la hauteur d'une grande équipe. La Nati est sous pression, elle est acculée dans sa zone, et Severin Blindenbacher fait trébucher Fleischmann. Malgré une tentative de Plekanec sorti de derrière la cage, la pénalité est tuée.

Les Suisses font tout ce qu'il faut pour défendre : compacts, collectifs, présents dans les duels. Et puis, à trois minutes de la fin, inexplicable catastrophe : une mauvaisse passe à l'entrée de la zone neutre de Blindenbacher donne un breakaway à Radim Vrbata. Martin Gerber est surpris et n'a pu s'avancer de son but, mais l'attaquant tchèque se lance quand même dans une feinte... et perd le palet.

La dernière chance ? Pas tout à fait. À vingt-deux secondes de la fin, Roman Josi dégage directement un rebond relâché par le gardien par-dessus le plexiglas. Les Tchèques réclament aussitôt une pénalité, et les arbitres forment un conciliabule. La preuve qu'ils n'ont pas tout vu dans le feu de l'action est qu'ils enverront Suri en prison et non Josi. Cette dernière mise au jeu à 6 contre 4 ne donnera cependant rien.

La Suisse arrache donc sa première grande victoire dans un match éliminatoire, devant un Martin Gerber solide et autour d'un Roman Josi qui file tout droit vers une élection dans l'équipe-type du tournoi. Pour la première fois depuis quinze ans, la Nati est donc dans le dernier carré. Mais si elle veut entrer dans la cour des grands, elle aura besoin d'une médaille, et pour cela, il faut gagner une seconde rencontre éliminatoire... si possible dans une demi-finale ouverte face aux États-Unis.

La République Tchèque a tout remis dans les mains de ses jokers : Tomas Plekanec a joué plus de 21 minutes, et Tomas Zidlicky a joué... 30 minutes ! Mais même quand elle a joué à deux lignes et demi et rassemblé ses principales armes offensives sur une ligne majeure Hudler-Plekanec-Voracek en fin de match, elle n'a pas vraiment résolu ses difficultés à produire de l'offensive.

Désignés joueurs du match : Martin Gerber pour la Suisse et Zdenek Kutlak pour la République Tchèque.

Commentaires d'après-match

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "Les Suisses ont montré une excellente performance dans ce tournoi. Leur hockey est fondé sur le patinage et les duels individuels. Ils étaient à temps partout et ont été agressifs. Nous nous sommes améliorés graduellement, mais nous n'avons mis qu'un but en powerplay. À part contre les Norvégiens, nous n'avons marqué qu'un ou deux buts par match, c'est dur de gagner. Notre tournoi n'était pas optimal. Précédemment, nous avions gagné 16 matches sur 20 en championnat du monde. Dans la vie, cela arrive de réussir deux années et pas la troisième. Le public a le droit de critiquer. Personnellement, je suis extrêmement insatisfait, mais c'est le sport. Il s'est avéré que certains joueurs de NHL ont besoin d'adaptation aux grandes patinoires et au décalage horaire. À Sotchi, le tournoi commencera deux jours après leur arrivée. Il nous faudra des joueurs endurants, aussi bien ceux venant d'Amérique du nord que d'Europe. Mais il y a le temps pour ces considérations."

Tomas Plekanec (attaquant de la République Tchèque) : "La Suisse est prise pour une équipe faible, mais elle a réaffirmé qu'elle joue très bien. Elle patine bien, elle joue un style agressif. Nous n'avons pas pu percer leur défense, ils étaent cinq à la ligne rouge. Pendant deux tiers-temps, ils étaient plus vivants, nous n'avons pas rivalisé. Au troisième tiers, oui, mais il était trop tard. Nous avons eu le palet dans nos crosses tout le match, mais nous n'avons pas réussi à maintenu une pression constante. Il y en avait trop peu autour de la cage."

 

Suisse - République Tchèque 2-1 (1-1, 0-0, 1-0)
Jeudi 16 mai 2013 à 14h45 au Globen de Stockholm. 2237 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin (RUS) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Jimmy Dahmén (SUE) et Andre Schrader (ALL).
Pénalités : Suisse 12' (6', 0', 6'), République Tchèque 6' (0', 6', 0').
Tirs : Suisse 32 (10, 15, 7), République Tchèque 34 (8, 12, 14).

Évolution du score :
1-0 à 05'45" : Hollenstein assisté de Blindenbacher et Suri
2-0 à 33'08" : Josi assisté de Gardner et Diaz (sup. num.)
2-1 à 45'29" : Kutlak assisté de Plekanec et Voracek (sup. num.)


Suisse

Gardien : Martin Gerber.

Défenseurs : Julien Vauclair (A) - Mathias Seger (C, 2') ; Philippe Furrer (+1) - Severin Blindenbacher (+1, 2') ; Raphael Diaz - Roman Josi ; Patrick von Gunten [jusqu'à 20'].

Attaquants : Simon Moser - Martin Plüss (A) - Nino Niederreiter ; Reto Suri (+1, 6') - Ryan Gardner - Andres Ambühl ; Denis Hollenstein (+1) - Luca Cunti (+1) - Simon Bodenmann ; Julian Walker (2') - Morris Trachsler - Matthias Bieber.

Remplaçants : Reto Berra (G), Thibaut Monnet. En réserve : Robin Grossmann (bras), Eric Blum.

République Tchèque

Gardien : Ondrej Pavelec.

Défenseurs : Tomáš Zidlický (-1) - Petr Cáslava ; Ladislav Šmíd (-1) - Zbynek Michálek (A, 2') ; Jakub Nakládal - Jan Hejda ; Zdenek Kutlák.

Attaquants : Jirí Tlustý (2') - Tomáš Plekanec - Tomáš Fleischmann ; Jirí Hudler - Tomáš Hertl - Jakub Vorácek ; Petr Koukal (-1) - Martin Hanzal - Radim Vrbata (A) ; Petr Hubácek (2') - Jirí Novotný (C, -1) - Zbynek Irgl (-1) ; Petr Tenkrát [une présence].

Remplaçant : Pavel Francouz (G). En réserve : Alexander Salák (G, doigt cassé), Petr Vrána (commotion), Jan Kovár.