Boston Bruins - Chicago Blackhawks (finale de la coupe Stanley, match 6)

Bruins BostonBlackhawks ChicagoBoston n'a plus le choix : il faut gagner ! Les Bruins paraissaient pourtant dans une situation idéale après leurs deux victoires consécutives aux matches 2 et 3. Surtout, le troisième, totalement dominé, leur avait donné une confiance considérable.

Mais Joel Quenneville a su trouver la clé : en réunissant Patrick Kane et Jonathan Toews - ce qu'il avait déjà fait pour renverser la série face à Detroit - il a perturbé le jeu défensif bien huilé des Bruins. Claude Julien a insisté sur son duo Seidenberg-Chára face à ce duo offensif et les deux géants ont peiné à suivre le rythme. Huit des neuf derniers buts marqués par Chicago l'ont été face au capitaine de Boston !

Pire, la blessure de Bergeron au cinquième match a sur-exposé David Krejčí. Laminé aux mises au jeu, le Tchèque n'a pas un jeu défensif au même niveau que Bergeron et sa ligne a laissé des boulevards dans lesquels les Blackhawks se sont promenés pour approcher Rask.

Les clés de ce sixième match seront donc : la capacité de la défense de Boston à suivre la vitesse adverse, le jeu défensif de la première ligne des Bruins, le retour de Patrice Bergeron, qui a reçu le feu vert pour participer.

De l'autre côté, Jonathan Toews, qui n'a pas joué lors du troisième tiers du match 5, sera de la partie. Son entente avec Kane, et la prestation de Crawford sur ce fameux "côté mitaine" tellement mis en avant par la presse après le match 4, joueront un rôle majeur pour tenter de décrocher le titre à l'extérieur, comme en 2010 sur la glace des Flyers.

Tornade sur Crawford

Le début de match tourne totalement à l'avantage des Bruins. Les locaux mettent beaucoup d'intensité et appuient leurs contacts. Bergeron se teste ainsi avec une série de mises en échec. Chicago ne parvient pas à franchir la neutre et n'obtient qu'une séquence offensive notable, par le duo Toews-Kane, ce dernier étant même pris par trois joueurs en même temps dans le coin : Boston sait d'où vient le danger !

Boston se crée rapidement plusieurs situations, notamment par Lucic ou Krejčí, tourne le palet et s'installe en attaque. Crawford, vigilant, reste attentif sur les essais lointains de Boychuk ou Seidenberg, et s'impose devant une remise de Paille vers Kelly qui reprend ras glace dans le slot. Le gardien a su placer sa mitaine juste à temps. Quelques secondes plus tard, une mise au jeu gagnée par les Bruins pousse Krug à monter pour contrer un palet. Celui-ci revient sur Paille, qui prend la défense à revers en trouvant Seguin à gauche. Le jeune centre contrôle du gant et glisse le palet du revers pour Kelly à l'opposée, pour une cage ouverte (1-0). Une ouverture du score on ne peut plus logique tant Boston domine.

Et ce n'est pas fini, avec encore une grosse présence de Bergeron et Jágr qui se termine par un tir de l'aile de Ference. En face, pas grand chose. Le seul tir dangereux revient à Frolik, lancé sur l'aile gauche dans le dos de la défense. Une nouvelle situation chaude après un lancer de la bleue provoque une bataille dans l'enclave et Oduya est pris par la patrouille. Deux minutes de pénalité qui permettent à Boston d'insister : Krejčí à deux reprises, Horton, puis Jágr, échouent sur Crawford. Lucic, bien servi en retrait par Krejčí, échoue lui sur Seabrook, qui se jette pour contrer un tir. Seguin termine la séquence par un lancer à bout portant, bloqué par Crawford. Dans les dernières secondes du jeu de puissance, Jágr rentre au vestiaire. Après une quinzaine de minutes, Boston mène seize occasions à une !

Chicago est dans les cordes, à l'image de Shaw, séché par un palet au visage, puis de Rozsíval, sanctionné pour une crosse haute sur Marchand. Les Bruins finissent le tiers en avantage numérique. Marchand efface magnifiquement Hjalmarsson et sert Krejčí devant le but, qui rate le cadre car le palet bondissait. Boston allume encore deux mèches lointaines avant que les arbitres ne sifflent la pause, mettant fin au calvaire de Chicago, acculé dans son camp. 17 mises au jeu à 7, 12 tirs à 6, et 21 chances de marquer pour Boston. Un premier tiers à sens unique, qui n'est pas sans rappeler la domination de Chicago lors du premier tiers du match 2. Les Hawks se sont sacrifiés pour contrer un maximum de tirs dans ce coup de tempête.

Le capitaine donne l'exemple

Le deuxième tiers repart sur la même base. Jágr est à l'origine de l'action, et Marchand sert Krejčí pour une chance au cercle, hors cadre. Les esprits s'échauffent et l'indiscipline de Shaw, coupable d'un geste d'humeur sur Seguin, place les joueurs de Quenneville à un de moins. La défense, notamment un Keith excellent dans ce match, parvient à dégager le palet. À la toute dernière seconde, une mise au jeu est gagnée par Chicago dans la neutre. Toews démarre en deux-contre-un avec Kane. Le capitaine des Hawks fusille Rask ras glace (1-1). Chára avait anticipé le long de la bande et s'est fait surprendre dans son dos par la passe de Rozsíval. Coup de froid dans la patinoire ! Le public reprend des couleurs dans la minute qui suit lorsque Seabrook fait trébucher Krejčí derrière la cage de Crawford. La pression noire et or continue, à grand renfort de lancers de Krug de la bleue. Les Hawks s'en sortent et respirent.

L'égalisation leur a même redonné des couleurs et ils s'invitent un peu plus en zone offensive. Mieux, une supériorité numérique survient pour un accrochage de Seguin. Sharp lance, Rask sauve et prend aussi le rebond de Bickell du bout de la botte. Chára sauve alors les meubles en volant le palet juste devant Kane, à l'affût d'un deuxième rebond ligne de fond. Avertissement sans frais pour Boston, qui revient au complet mais domine bien moins le match qu'au premier tiers. Match nul après quarante minutes, 1-1 : Chicago a repris vie après son but. Les Bruins pourront s'en vouloir de leur inefficacité patente en supériorité numérique.

Un final renversant

Tout reste à faire dans les vingt dernières minutes. Boston tente de reprendre sa domination, obtenant un tir excentré par Paille. Puis, c'est Söderberg, de derrière la cage, qui tente sa chance. La défense se trouve sous pression mais Crawford résiste avec autorité. Le jeu s'est équilibré, se déroulant plus dans la neutre. Chicago approche plus souvent du but de Rask, avec des actions de Frolík, puis Sharp par exemple. Boston n'est pas en reste : Paille, servi au cercle, repique au but et échoue sur la botte de Crawford, en grand écart ! Le match s'accélère : Peverley d'un côté, Seabrook de l'autre manquent de faire la décision alors que le compteur de tirs s'équilibre. Boston se montre cependant plus menaçant et finit par être récompensé. Derrière la cage, Krejčí, aidé par Lucic, intercepte une passe de Keith pour servir Lucic planté devant le but. Le grand gabarit trouve un espace mi-hauteur côté plaque (2-1).

Les Hawks réagissent bien : Stålberg, puis Shaw contraignent Rask à deux interventions difficiles. À six minutes de la fin, Leddy monte à l'offensive, résiste le long de la bande et pousse Kelly à la faute. Deux minutes et un moment majeur du match se joue. Chicago pousse mais peine à s'installer. La meilleure chance revient à Kane, qui s'infiltre dans l'axe mais lance hors cadre alors que Chára écrase Toews sur la barre transversale, sans réaction des arbitres. Shaw, touché peu avant au visage, doit rentrer au vestiaire pour stopper le saignement. La pénalité se termine et il ne reste que trois minutes à jouer.

Marchand déborde en contre, Seguin récupère en retrait et tire... Poteau ! Une occasion monstre pour Boston, qui manque de tuer le match au moment où Chicago confisque le disque et pousse sur le but de Rask. Crawford sort à 1'20" de la fin et Kane slalome, arrêt de Rask. Le palet reste en zone offensive grâce à la montée de Keith pour aider Kane, et les Hawks sortent du coin. Toews, qui s'avance ligne de fond et dispose de deux choix : Handzuš occupe les défenseurs, Toews sert Bickell à l'opposée pour l'égalisation (2-2). Engagement au cercle, Chicago s'avance en attaque. Le palet revient à la bleue pour un tir puissant d'Oduya sur le poteau, Bolland surgit entre deux défenseurs pour planter le rebond (2-3). Deux buts en 17 secondes ! Temps mort immédiat pour Claude Julien devant un public sonné. Boston sort Rask dans la foulée et cherche un miracle : trop tard !

Chicago remporte sa deuxième coupe Stanley en quatre ans, à l'issue d'un incroyable renversement de situation en fin de match. Complètement dominés pendant la moitié de la rencontre, les Hawks se sont appuyés sur Crawford et Keith pour tenir le choc en défense. Puis, ils ont progressivement desserré l'étau avant le coup de poignard de la dernière minute. Boston aura tout donné, et méritait sans doute mieux sur ce match. Le manque de réalisme, à l'image de ce poteau de Seguin juste avant le doublé en fin de match, a coûté très cher. Boston a tenu la distance grâce à Rask mais la disparition offensive lors des playoffs de ses leaders en saison régulière (Marchand, Seguin par exemple) leur a vraiment compliqué la tâche.

Après le match, on apprendra que de nombreux joueurs évoluaient blessés. Outre Toews, sonné au match 5, les plus touchés étaient Marián Hossa (dos), Nathan Horton et surtout Patrice Bergeron, qui a joué ce match 6 malgré une côte cassée, des dommages ligamentaires et une épaule démise !

Désigné MVP des playoffs (trophée Conn Smythe) : Patrick Kane (Chicago).

Réactions d'après-match :

Jonathan Toews (attaquant de Chicago) : "En 2010, on ne savait pas vraiment ce que l'on faisait. On jouait du grand hockey et on était un peu inconscient de cette belle manière de jouer. Cette fois-ci, on savait définitivement à quel point il faut travailler pour ça, combien de sacrifices il faut pour revenir à ce niveau et c'est vraiment un groupe incroyable. On n'a traversé beaucoup de moments difficiles et c'est une superbe manière de finir la saison."

Joel Quenneville (entraîneur de Chicago) : "C'est toujours le meilleur sentiment du monde, ça ne peut jamais être meilleur. Donc une fois que vous l'avez fait, vous ne pouvez pas faire autre chose que de vouloir y goûter à nouveau. Les petites histoires, les hauts et les bas et tout ce processus pour essayer de gagner la coupe, c'est ça qui rend les choses si particulières."

 

Boston Bruins - Chicago Blackhawks 2-3 (1-0, 1-1, 1-2)
Lundi 24 juin 2013, 20h20, TD Garden de Boston. 17565 spectateurs.
Arbitrage de Wes McCauley et Dan O'Halloran assistés de Jay Sharrers et Pierre Racicot.
Tirs : Boston 25 (12, 6, 7), Chicago 31 (6, 9, 16)
Pénalités : Boston 4' (0', 2', 2'), Chicago 8' (4', 4', 0')

Récapitulatif du score
1-0 à 07'19" : Kelly assisté de Seguin et Paille
1-1 à 24'24" : Toews
2-1 à 52'11" : Lucic assisté de Krejčí
2-2 à 58'44" : Bickell assisté de Toews et Keith
2-3 à 59'01" : Bolland assisté de Frolík et Oduya

Boston Bruins

Gardien : Tuukka Rask (sorti de sa cage à 59'15")

Défenseurs : Zdeno Chára (C) - Dennis Seidenberg ; Johnny Boychuk - Andrew Ference ; Adam McQuaid - Torey Krug.

Attaquants : Milan Lucic - David Krejčí - Nathan Horton ; Brad Marchand - Patrice Bergeron (A) - Jaromír Jágr ; Carl Söderberg - Rich Peverley - Tyler Seguin ; Daniel Paille - Chris Kelly (A) - Shawn Thornton.

Remplaçant : Anton Khudobin (G).

Réservistes : Niklas Svedberg (G), Wade Redden, Dougie Hamilton, Matt Bartkowski, Aaron Johnson (D), Jay Pandolfo, Kaspars Daugaviņš, Jordan Caron, Chris Bourque, Carter Camper (A).

Blessé : Gregory Campbell (fracture du péroné, A).

Chicago Blackhawks

Gardien : Corey Crawford (sorti de sa cage de 58'39" à 59'01")

Défenseurs : Brent Seabrook - Duncan Keith ; Michal Rozsíval - Nick Leddy ; Niklas Hjalmarsson - Johnny Oduya.

Attaquants : Brandon Saad - Dave Bolland - Andrew Shaw ; Patrick Sharp - Michal Handzuš - Marián Hossa ; Bryan Bickell - Jonathan Toews - Patrick Kane ; Michael Frolík - Marcus Krüger - Viktor Stålberg.

Remplaçant : Ray Emery (G)

Réservistes : Carter Hutton, Henrik Karlsson (G), Steve Montador, Dylan Olsen, Shawn Lalonde, Klas Dahlbeck, Adam Clendening, Ryan Stanton, Sheldon Brookbank (D), Jeremy Morin, Daniel Carcillo, Jamal Mayers, Brandon Pirri, Jimmy Hayes, Brandon Bollig, Ben Smith (A).