Ilya Kovalchuk rentre en KHL

khl--st-petersburg 2008-09L'attaquant vedette des Devils du New Jersey, Ilya Kovalchuk, a décidé de prendre sa retraite de la NHL après onze saisons passées outre-Atlantique. Un mouvement qui a surpris beaucoup d'observateurs nord-américains, même si des signes avant-coureurs étaient apparus lors du dernier lockout. Ce n'est finalement qu'un nouvel épisode de la guerre NHL-KHL, avec une défaite majeure pour la NHL.

Quelques jours après cette annonce, Kovalchuk a signé un contrat de quatre ans avec le SKA St. Petersbourg, où il avait évolué en début de saison dernière.

"Cette décision était quelque chose auquel je pensais depuis longtemps, depuis le lockout et ce début de saison en Russie. Même si j'ai décidé de rentrer à l'époque, Lou Lamoriello savait que mon souhait le plus cher était de rentrer au pays et d'avoir ma famille près de moi. Quitter les Devils de New Jersey est très difficile, car c'est une grande organisation pour laquelle j'ai beaucoup de respect, et nos supporters ont été formidables avec moi", a déclaré Kovalchuk dans un communiqué.

La décision a surpris principalement pour des raisons financières, Kovalchuk laissant sur la table pas moins de 77 millions de dollars.

Rappel de l'historique

Le 4 février 2010, New Jersey fait l'acquisition de Kovalchuk en offrant aux Thrashers d'Atlanta, où il évoluait depuis 2001, Niclas Bergfors, Johnny Oduya, Patrice Cormier et un premier choix de draft 2010. Kovalchuk termine la saison chez les Devils et l'équipe est éliminée dès le premier tour des playoffs.

Un transfert qui avait surpris à l'époque, New Jersey n'étant guère habitué à recruter des joueurs de ce calibre, ayant plutôt une tradition de joueurs de l'ombre, rigoureux défensivement. Certains observateurs estimaient à l'époque que le mouvement provenait plutôt d'un souhait des propriétaires de l'équipe pour faciliter la revente de la franchise, que du manager général, Lou Lamoriello.

Ce dernier parvient à convaincre l'attaquant de rempiler en tant qu'agent libre. Le 19 juillet 2010, Kovalchuk décline une offre majeure de Los Angeles et signe pour 102 millions de dollars et 17 ans dans le New Jersey. Un contrat rejeté par la NHL quelques jours plus tard, la ligue accusant les Devils d'avoir cherché à contourner le plafond salarial en ajoutant plusieurs années à bas prix en fin de contrat - une façon de lisser dans le temps le montant compté dans la masse salariale. Un mois plus tard, après quelques menaces de Kovalchuk d'aller jouer en Russie, la ligue valide un nouveau contrat de 15 ans et 100 millions de dollars.

Cela n'empêche pas la NHL de sanctionner New Jersey, qui doit abandonner un troisième tour de draft et surtout un premier tour dans les quatre ans qui suivent. Il s'agira finalement du choix 2014, les Devils ayant conservé leur choix 2011 (Adam Larsson, 4e choix), 2012 (Steffan Matteau, 29e choix) et échangé le 2013 (n°9) contre Cory Schneider.

La première saison de Kovalchuk aux Devils se passe mal : le nouveau coach John MacLean ne termine pas la saison et Kovalchuk ne trouve un nouvel élan qu'après Noël 2010, sous les ordres de Jacques Lemaire.

La saison 2011-2012 est bien meilleure et les Devils échouent d'un souffle en finale de coupe Stanley face aux Kings de Los Angeles - ironie de l'histoire ! - en six manches.

La saison 2012-2013 débute par le lockout, durant lequel Kovalchuk rejoint le SKA St. Petersbourg. Kovalchuk menace la NHL d'y rester dès le mois d'octobre si la ligue touche aux salaires des joueurs. La NHL reprend début janvier, mais Kovalchuk retarde son retour dans le New Jersey pour participer au All-Star Game en KHL. Il manque ainsi les trois premiers jours du camp d'entrainement et les Devils finissent par manquer les playoffs, perdant notamment dix matchs de suite lors d'une blessure de Kovalchuk au dos. Déjà, ce retard pour rentrer sonnait comme une alerte.

Cette retraite de la NHL intervient donc après 816 matchs, 417 buts et 399 passes pour un total de 816 pts, ce qui en fait l'un des Russes les plus prolifiques de l'histoire. Il a inscrit 89 buts, 201 pts en 222 matchs avec New Jersey.

Surtout, Kovalchuk abandonne pas moins de 77 millions de dollars en renonçant aux douze dernières années du contrat avec les Devils !

Les raisons

Les raisons sont multiples :

  • Un argument financier tout d'abord. Certes, Kovalchuk renonce à 77 millions de dollars, mais les rumeurs font état d'un contrat de 4 ans avec le SKA St. Petersbourg, pour un montant de 15 à 20 millions de dollars par saison. De quoi se refaire rapidement, d'autant que le taux d'imposition n'est que de 13%, contre 45 à 50% dans le New Jersey. Mieux, Kovalchuk échappe ainsi au rabais de 16% concédé par les joueurs aux propriétaires de franchise dans la nouvelle convention collective de la NHL, afin de tendre vers l'équilibre sur le partage des revenus générés par la NHL.
  • un argument familial : Kovalchuk souhaite que sa famille grandisse en Russie. "Je ne vais pas sur la Lune, la Chine ou le Japon. Je rentre à la maison, là où ma mère, ma soeur et mes amis vivent. Je suis plus à l'aise en Russie", affirme-t-il.
  • un argument sportif : Kovalchuk a réellement beaucoup aimé participer à la KHL pendant le lockout.
  • un argument médical : cet élément a été moins mis en avant, mais les problèmes récurrents au dos de la star russe ne sont peut être pas étrangers à ce retour au pays. Kovalchuk est apparu moins explosif et moins rapide depuis cette blessure. Le style de jeu moins physique en KHL lui conviendra sans doute plus.
  • un argument organisationnel : d'après un entretien avec la mère du joueur auprès de SovSport, les inquiétudes sur le changement de propriétaire des Devils ont pesé dans la décision.

Quel avenir pour les Devils ?

Pour les Devils du New Jersey, c'est un coup sévère porté à leurs chances de playoffs. Malgré les signatures de Michael Ryder et Ryane Clowe à l'ouverture du marché, le potentiel offensif des hommes de Pete DeBoer reste assez modeste. Le départ de Zach Parise à l'été 2012 avait déjà affaibli l'équipe : Kovalchuk apparaissait alors comme le joueur de franchise pour succéder à Martin Brodeur comme meneur d'hommes pour la décennie à venir. L'équipe ne compte guère de figure d'avenir : Brodeur a passé les 40 ans, Patrik Elias y va tout droit. Quant à Travis Zajac et Adam Henrique, ils n'ont pour l'heure pas montré l'envergure nécessaire au titre de "joueur de concession".

Privés de leur attaquant vedette, les Devils vont devoir s'en remettre à leur système, globalement pauvre en espoirs offensifs de qualité. La relève n'existe pas en interne. Le seul vrai talent offensif, Reid Boucher (auteur de plus de 60 buts en OHL la saison dernière), est loin de présenter de réelles certitudes d'évoluer durablement en NHL.

L'attaque sera collective, dispersée sur des lignes peut-être plus équilibrées et moins dépendantes d'une superstar.

A long terme, ce départ de Kovalchuk est sans doute la meilleure chose qui pouvait leur arriver ! La durée du contrat risquait en effet de voir l'équipe conserver un joueur déclinant à gros salaire. Mieux, en se retirant dès cette saison, Kovalchuk renonce aux années les plus coûteuses (56 millions en cinq ans) : une bouffée d'oxygène pour une équipe en difficultés financières, et une pénalité minime (250.000 dollars par an jusqu'en 2025) pour cette retraite anticipée. La pénalité étant calculée sur la base du montant déjà donné dans les années de contrat écoulées, éviter de comptabiliser les cinq années les plus chères est donc une bonne affaire pour les Devils.

La réaction de l'entraineur Pete DeBoer est claire : "Personne ne va être désolé pour les Devils du New Jersey dans la ligue. Quand le palet sera jeté en octobre, il faudra être prêt avec les joueurs dont nous disposons, et nous avons un bon groupe ici. Nous devons trouver un moyen, il n'y a pas de "qu'est-ce qu'on peut faire ?"".

Kovalchuk, le retour ?

Ilya Kovalchuk reviendra-t-il en NHL ? A court terme, certainement pas. Les quatre ans qui viennent se joueront en KHL.

La réglementation pour son retour reste en effet complexe : Kovalchuk devrait rester un an sans jouer pour pouvoir revenir et avoir l'accord des trente franchises NHL pour qu'il puisse rejouer, ce qui parait improbable ! A ce stade, même si la soeur de Kovalchuk a concédé qu'il souhaitait revenir dans trois ans, le joueur est totalement concentré sur la KHL.

Lorsqu'il aura 35 ans (15 avril 2018), Kovalchuk peut être retiré de la liste des "retraités" et tenter un retour en NHL en agent libre en 2018-2019, comme l'avaient fait Jaromir Jagr ou Dominik Hasek.

D'ici là, il aura accumulé une somme coquette en KHL, dont il sera le joyau.

"Nous avons le grand plaisir de confirmer qu'Ilya Kovalchuk a exercé son droit légal de poursuivre sa carrière en dehors de la NHL et a signé un contrat avec le SKA Saint-Petersbourg", a déclaré le président de la KHL, Alexander Madvedev. "Je dois aussi signaler que cet accord répond aux réglementations de la KHL et de la NHL et est en complet accord avec le Mémorandum d'entente pass entre les ligues. Le contrat sera officiellement enregistré dans la base de données de notre Bureau central d'information très bientôt."

La KHL a rapatrié l'un de ses joueurs phares, mais ne semble pas pour autant complètement prête à une guerre totale avec la NHL. Mais l'expansion en Europe, dont le rachat du Jokerit Helsinki n'est que le dernier opus, pourrait à long terme pousser des joueurs d'autres nationalités à rentrer au pays. 

Les réticences à sélectionner des Russes lors de la draft NHL ne sont quoi qu'il en soit pas prêtes de s'éteindre...