Bilan de la KHL 2012/13 (III) : équipes classées de 1 à 8

Dynamo Moscou (1er) : l'autorité martiale

OVECHKIN Alexander-120520-392Premier titre en club pour Aleksandr Ovechkin ! Le meilleur joueur de NHL de la saison a en effet obtenu un titre de champion de Russie, où il a joué jusqu'en janvier. Son nom a été gravé sur la Coupe Gagarine, tout comme celui de Leo Komarov... mais pas celui de Niklas Bäckström, le troisième joueur passé pendant le lock-out. Pour beaucoup, c'est une vraie injustice envers le Suédois, qui est resté plus longtemps que Komarov, coincé initialement en AHL pour ne pas troubler les relations avec son nouveau club Toronto. Mais c'est apparemment un choix interne au vestiaire, où Komarov est certainement plus adopté que Bäckström : il reviendra d'ailleurs l'an prochain, ayant décidé de quitter la NHL où son rôle habituel d'attaquant défensif aura pourtant été apprécié durant ces quelques mois, notamment en infériorité numérique.

Pour être accepté au Dynamo, il faut rentrer dans le moule, et ne surtout pas discuter l'autorité martiale. Après sa bouderie salariale de l'été et son arrivée tardive, le petit Mikhaïl Anisin a été recadré par l'entraîneur Oleg Znarok qui ne le faisait plus jouer qu'en quatrième de ligne, sans temps de jeu en supériorité. Quand il a été envoyé en équipe-ferme, il a craqué : il a déclaré que le Dynamo n'appartenait pas à "un ou deux Napoléons" (Znarok et le manager Safronov, qui l'isolaient et le présentaient comme un égoïste) et a refusé de se présenter. Il a alors été licencié pour absentéisme : ce n'était pas au club de l'indemniser, mais au contraire à lui de payer les deux tiers du montant restant de son contrat (600 000 euros) ! Finalement, Anisin s'est excusé de ses mots prononcés sous le coup de la fièvre, et son ex-entraîneur Nazarov l'a sauvé en le recueillant.

Znarok n'en était que conforté dans son autorité sans faille. Le joker tchèque Jakub Petruzalek, arrivé en janvier dans un échange tripartite, a pu s'en apercevoir. Il a été le meilleur marqueur de l'équipe en play-offs, mais quand il a reculé dans un duel par peur du colosse du SKA Artyukhin, Znarok l'a vu et l'a sorti de l'effectif au match suivant. On ne badine pas avec le combat au Dynamo, équipe de groganards durs au mal dont le meilleur défenseur Ilya Gorokhov a fini les play-offs avec une fracture de la cheville. Ici, les vedettes sont les anonymes, à l'instar d'Aleksei Sopin, qui a passé toute l'année avec la réserve avant d'être appelé juste avant les play-offs et d'y marquer 10 points.

Les deux joueurs-phares de l'équipe, ce sont Denis Kokarev et Sergei Soïn, les travailleurs de la quatrième ligne de l'équipe nationale de Russie. Soïn a fait son retour en championnat du monde après dix ans d'absence, grâce à sa grande utilité démontrée en play-offs : il a neutralisé Radulov dans le derby contre le CSKA, puis a fait de même avec les stars du SKA.

Il restait donc la finale contre le champion de la Conférence Est, le Traktor Chelyabinsk. Un journaliste suicidaire a tenté d'interroger Znarok à l'idée de croiser cet adversaire familier de sa ville d'origine. La réponse fut lapidaire : "C'est ma ville natale, mais l'équipe m'est étrangère !" Znarok avait quitté le Traktor à 19 ans pour Riga et avait alors été suspendu un an avant de pouvoir rejouer. C'est donc sans pitié et sans la moindre émotion (le mot ne fait pas partie de son vocabulaire) que Znarok et son style défensif ont battu l'équipe au jeu le plus attrayant, comme l'an passé avec Omsk. L'histoire se répète et le Dynamo reste champion.

 

Traktor Chelyabinsk (2e) : les étoiles filantes

KUZNETSOV Yevgeni-120520-380Le Traktor Chelyabinsk, sous la houlette du vieil entraîneur "tarasovien" Valeri Belousov, est une des dernières équipes de KHL à pratiquer un hockey soviétique, en essayant d'entrer en zone offensive par des passes et des combinaisons, au lieu d'envoyer le palet au fond. On ne lui prédisait pourtant pas un grand destin en play-offs à cause d'une défense sans joueur flamboyant : la première paire d'arrières Dmitri Ryabykin - Deron Quint n'est plus très mobile à 36 ans chacun.

Certes, le Traktor dispose d'une authentique star locale : Evgeni Kuznetsov, dont on attendait déjà qu'il mène l'attaque à l'âge de 20 ans. Lors du match des étoiles de KHL organisé à Chelyabinsk, le héros de la ville, qui avait été battu d'un centième de seconde par Mikelis Redlihs l'an passé, s'est adjugé le record du tour de piste. Mais en championnat, il a parfois peiné à assumer les responsabilités. Bien qu'il fût le meilleur marqueur de son équipe, il s'est morigéné du bilan négatif de son premier trio (avec le centre tchèque Jan Bulis et un autre ailier formé au club, Stanislav Chistov) alors que les attaquants de la deuxième ligne Petri Kontiola et Maksim Yakutsenia ont offert un total exceptionnel de +32 chacun en incluant les play-offs !

Au début de ces play-offs, le ciel est d'abord tombé sur la tête de Chelyabinsk ! Il y eut tout d'abord cette pluie de météorites sur toute la région qui a endommagé beaucoup de bâtiments, dont l'Arena Traktor - un trou sans gravité. Puis il y eut deux défaites à domicile contre le Barys pour commencer le premier tour des play-offs. Belousov indiquait alors que le gardien Michael Garnett "n'avait pas le droit d'encaisser de tels buts", mais quelques semaines plus tard, il le complimentait pour la meilleure saison de sa carrière... Entre-temps, Garnett a établi un record de 211'41" d'invincibilité contre Omsk en demi-finale de conférence.

La révélation de ces play-offs fut un gamin qui y a fêté ses 18 ans, Valeri Nichushkin. Intégré dans l'équipe première depuis seulement quelques mois, il a commencé à marquer des buts importants, avec un salaire ridiculement bas pour la KHL (100 000 euros annuels...). Ce grand ailier doté d'une puissance de jambes phénoménale a attiré l'attention des recruteurs mondiaux. Le Traktor se doutait déjà qu'il ne le conserverait pas, et qu'il fallait profiter au maximum de ces semaines où il a explosé : ensuite l'équipe se disperserait, puisque la moitié des joueurs était en fin de contrat.

Or, Nichushkin était évidemment convié pour les Mondiaux des moins de 18 ans, qui commençaient sur le site olympique de Sotchi... en même temps que la finale de la Coupe Gagarine ! Comment imaginer que le Traktor se prive d'un tel joueur alors qu'il finissait chaque match à trois lignes ? La profondeur de banc n'était pas son point fort, surtout depuis la perte au deuxième tour de Konstantin Panov : ce combattant qui avait pris énormément de muscle à l'intersaison est tombé sur les fesses, et l'hématome est descendu sur toute la cuisse jusqu'à bloquer son genou et empêcher son retour. Nichushkin était indispensable pour l'équipe nationale U18, et l'était devenu à Chelyabinsk : on se l'arrachait ! La fédération a accepté qu'il manque la préparation, à condition qu'il soit là pour le premier match de la compétition. Il n'aurait donc pas pu jouer un septième match de la finale... mais le Traktor a perdu en six manches. C'est alors le jet privé du président de la KHL Aleksandr Medvedev qui a amené Nichushkin à Sotchi le lendemain matin... Mais on y a retrouvé un joueur épuisé, surtout mentalement, par la défaite en finale et le tourbillon soudain autour de sa personne.

 

SKA Saint-Pétersbourg (3e) : le pragmatisme finlandais

ARTYUKHIN Yevgeni-110515-325Dans une ville dominée sportivement par le football, le SKA Saint-Pétersbourg a réussi à se faire une place en quelques années avec de gros investissements et un marketing très efficace. Si autrefois la patinoire était à moitié pleine, aujourd'hui on se rue sur les billets. Le public a de quoi être alléché par les stars et par le spectacle offert par la meilleure attaque de la ligue.

Mais c'est justement ce jeu spectaculaire qui a coûté sa place à l'entraîneur tchèque Milos Riha fin novembre. Le comité directeur craignait qu'une fois de plus l'équipe domine la saison régulière mais se fasse éliminer en play-offs par son incapacité à protéger le résultat. Plutôt qu'un passionné comme Riha, le club recherchait un tacticien plus pragmatique. Il a donc engagé Jukka Jalonen, lui faisant quitter son poste de sélectionneur de la Finlande en fin de saison. Très méthodique, Jalonen a regardé en vidéo tous les matches du SKA depuis deux ans et a mis en place un système de jeu précis. Le SKA a gagné 18 des 22 dernières rencontres de saison régulière. Était-il donc enfin taillé pour les play-offs ?

Il restait quand même un problème : le SKA devait remplacer les trois joueurs arrivés pour le lock-out (Ilya Kovalchuk, Vladimir Tarasenko et le gardien Sergei Bobrovsky). Le cas du portier était sans doute le plus épineux. Après un but-gag sur un dégagement adverse en janvier, Ilya Ezhov aurait-il les nerfs pour être titulaire ? Le club s'est couvert en engageant Ivan Kasutin en joker, et Jalonen n'a pas choisi entre ses gardiens. Lors de la finale de conférence ouest contre le Dynamo Moscou, revanche de l'an passé, Kasutin a encaissé 3 buts en première période et a été remplacé par Ezhov au deuxième match.

En attaque, les différents jokers (Mikhaïl Varnakov, Artemi Panarin, Teemu Ramstedt) ont intensifié la concurrence toujours vive dans une équipe qui ne manque pas de ressources humaines. Des joueurs de renom comme Fedor Fedorov, Maksim Rybin et le vieillissant Maksim Afinogenov - qui a fini avec une fiche négative au sein de la meilleure équipe de la ligue - ont parfois suivi le match en tribunes. Mais le plus mécontent était encore Evgeni Artyukhin, qui voulait finir sa carrière à Saint-Pétersbourg mais qui a vu son temps de jeu réduit à 12 minutes sous Jalonen. Il s'épanchera en fin de saison après son départ : "Un Finlandais est arrivé et il a tué tous mes rêves. [...] Nous avons lutté toute la saison, et ensuite des gens sont arrivés et ont commencé à jouer dans les deux premières lignes. Ils ont eu un temps de jeu dingue, et n'ont rien montré. Le seul qui s'est battu, c'est Misha Varnakov. Le reste... Ils ont joué pour eux-mêmes, et c'est tout."

Sauf que tous ses joueurs ont statistiquement été plus utiles qu'Artyukhin, le pire bilan du club (-7). Malgré sa timidité finlandaise et son intégration pas évidente dans un vestiaire russe, c'est bien Teemu Ramstedt qui a pris la parole quand le SKA a été mené 3 victoires à 0 par le Dynamo, pour évoquer l'incroyable remontée de ses Espoo Blues dans la même situation l'an passé en SM-liiga. Il a assez inspiré l'équipe pour qu'elle remonte deux victoires... mais pas trois.

Le but vainqueur du Dynamo a été inscrit pendant une pénalité de Viktor Tikhonov, ce qui est assez cruel pour le petit-fils du légendaire entraîneur de l'URSS. Il a en effet travaillé fort toute la saison, s'adaptant à chaque position pour le bien de l'équipe. Après avoir passé l'essentiel de la saison au centre, il est passé ailier droit en play-offs, aux côtés de Patrick Thoresen et de Tony Mårtensson sur la première ligne, et y a été le meilleur joueur pétersbourgeois avant cette prison fatale.

 

Ak Bars Kazan (4e) : le collectif pantouflard

IMMONEN Jarkko-120504-571Après la mauvaise expérience du précédent lock-out, Kazan a pris gare à ne pas déstabiliser son collectif en s'aveuglant d'étoiles. Un seul joueur a débarqué, le défenseur Aleksei Emelin, qui reste considéré comme un membre de l'équipe même s'il est parti depuis quelques années à Montréal. La clé de Kazan est la complémentarité de l'effectif : quand Morozov et Zaripov étaient blessés en début de saison, les Finlandais (Janne Pesonen, Jarkko Immonen et Niko Kapanen) ont mené l'équipe à leur manière, dans la discrétion.

Le modèle collectif de Kazan est aussi dû au fait que les hockeyeurs sont hébergés dans des appartements au voisinage direct de la patinoire. Certains arrivent même à l'entraînement en chaussons, puisqu'ils ont juste un ascenseur à prendre. Les joueurs n'ont pourtant pas pantouflé : ils ont dominé la conférence est.

C'est une équipe sûre d'elle qui a abordé les play-offs : les lignes, stables, n'ont été modifiées qu'une fois, pour le retour de blessure de Danis Zaripov. Il a été le meilleur joueur du match 7 contre Ufa avec un but et une assist. Un septième match qui avait fait le plein, puisque les places se vendaient au triple du prix au marché noir. Mais le reste du temps, la Tatneft Arena peinait à se remplir en play-offs, les tarifs (10 à 25 euros) étant élevés pour le pouvoir d'achat des Tatars.

En finale de conférence face au Traktor Chelyabinsk, Zaripov était encore au centre de l'attention : il a été formé à l'autre club de la ville ouralienne, le Mechel. Il a été le joueur-clé des deux premiers succès à domicile, puis a marqué le but en prolongation au match 4. Menant trois victoires à une, Kazan était tout proche de la finale... mais s'est fait remonter par un adversaire plus joueur et plus entreprenant. Les schémas de jeu de Valeri Belov, hérités de l'actuel sélectionneur national Bilyaletdinov, ne sont donc plus garants de réussite. C'est sur cette frustrante élimination qu'une page se tourne à Kazan : Danis Zaripov et Aleksei Morozov quittent le club après respectivement 12 et 9 ans de loyaux et services, et trois titres de champion de Russie.

 

Avangard Omsk (5e) : les printemps ne se ressemblent pas

NIKITIN Nikita-120520-375Finaliste sortant de la KHL, l'Avangard Omsk s'est retrouvé dernier de sa division après une série de cinq défaites en septembre. Il a alors promptement évacué vers le Lev Prague le vieux défenseur tchèque Martin Skoula (-7 en 8 rencontres) et a utilité le montant du transfert pour racheter à Kazan les droits de Nikita Nikitin. Si les Tatars voulaient limiter les pigistes, les Sibériens avaient bien besoin de ce défenseur pour la durée du lock-out. Le champion du monde 2012 Nikitin a confirmé être un arrière sans point faible, formant une paire solide avec Anton Belov : conservé par le club malgré l'affaire de dopage de la dernière finale, ce dernier a démenti la théorie russe selon laquelle les hockeyeurs sont moins performants l'année de leur mariage, et il a signé avec Edmonton en NHL pour l'an prochain.

Le talon d'Achille de l'Avangard a été celui du hockey russe tout entier : le poste de centre. Sergei Kalinin puis Anton Kuryanov, qui a dû être opéré de la main en Allemagne, ont été absents jusqu'à la trêve de novembre. Il ne restait plus que trois centres et l'ailier Aleksandr Popov a encore dû être déplacé par force majeure. Mais comme on le verrait aux championnats du monde, ce n'est pas sa position. Omsk a donc recruté le défensif Matti Kuparinen, ex-coéquipier du buteur slovaque Tomas Zaborsky aux Ässät, puis s'est tourné vers le pays des centres, le Canada. Claude Giroux a brusquement réévalué ses prétentions à la hausse en pleine négociation (avant de signer à Berlin pour bien moins), puis Andrew Ladd s'est rétracté après avoir signé le contrat parce qu'il "avait réfléchi et préférait rester auprès de sa femme enceinte". Il se dit que la veuve de Ruslan Salei - décédé dans le crash de Yaroslavl - a téléphoné aux joueurs canadiens pour les dissuader d'aller jouer en KHL...

Via l'entraîneur-adjoint (et ex-sélectionneur du Bélarus) Eduard Zankovets, les Sibériens se sont rabattus sur un ailier très créatif, Sergei Kostitsyn. Lui aussi est reparti en NHL avec des louanges : "nous avons invité un joueur et nous en avons obtenu trois", a commenté un dirigeant, faisant allusion au regain de forme de ses compagnons de ligne Dmitri Syomin et Aleksandr Frolov. Le capitaine Frolov, qu'un mémo affiché dans le vestiaire du Dynamo pendant la finale 2012 décrivait comme "un joueur qui ne va pas au combat", a été remis en confiance cette saison, mais il est tombé malade au début des play-offs et a alors rechuté.

Omsk a laissé beaucoup de plumes dans un derby physique contre Novosibirsk, décidé au septième match sur un slalom gagnant d'Aleksandr Perezhogin. On croit alors retrouver le héros du printemps 2012... mais ce but restera le seul et il disparaîtra de nouveau au deuxième tour contre le Traktor. L'élimination a donc été bien plus rapide que l'an dernier.

Conséquence : le manager Vladimir Kapulovsky a dû remettre sa démission. Outre les vraies-fausses arrivées des centres canadiens, on lui reproche que les jokers arrivés en cours de saison (Oleg Piganovich et Sergei Gusev) n'ont pas stabilisé la défense. Le nouveau manager sera Yuri Karamnov, qui tenait cette position pendant trois ans au CSKA avant de s'occuper du recrutement du Lokomotiv.

 

CSKA Moscou (6e) : abandon de la tradition

BRYZGALOV Ilya-090506-437Il était fréquent ces dernières années de voir le CSKA Moscou concéder des 2 contre 1 ou des breakaways à ses adversaires. Valeri Bragin y a mis fin en adoptant une tactique avec priorité à la défense. Tous les supporters n'appréciaient cependant pas cette rupture nette avec la tradition du club militaire : la stratégie défensive, c'est bon pour le Dynamo, le rival de toujours ! Ce manque de respect pour l'héritage du club, qui s'est aussi traduit par la ré-attribution scandaleuse du numéro retiré de Sergei Makarov, explique que les spectateurs n'aient pas été plus nombreux malgré l'adjonction temporaire d'attaquants spectaculaires comme Mikhaïl Grabovsky et Pavel Datsyuk, avec ses gestes de classe et ses pénaltys de rêve.

Un troisième joueur est arrivé pendant le lock-out, mais c'est un cas à part, dans tous les sens du terme. Après une visite et une photo en scaphandre, le gardien lunatique Ilya Bryzgalov a fait se tordre de rire ses coéquipiers en leur conseillant sérieusement de se préparer au centre d'entraînement des cosmonautes pour progresser en condition physique. La presse russe s'est emparée de l'anecdote et affuble depuis lors Bryzgalov du sobriquet de "cosmonaute". Il a eu plus souvent la tête dans les étoiles que les pieds sur la glace, car il s'est montré incapable de déboulonner le titulaire slovaque Rastislav Stana, plus motivé que déstabilisé par la concurrence. Bryzgalov a ainsi mal commencé une saison parsemée d'échecs, avec Philadelphie puis avec la sélection nationale : il a peut-être perdu sa place en équipe de Russie et a vu son contrat en or racheté par Philadelphie.

Le CSKA, pour sa part, gagnait sans son aide : il était tranquillement installé dans le top-4 de l'ouest quand son entraîneur Valeri Bragin fut licencié à la surprise générale. "Il y a de bonnes raisons. le temps et les évènements le diront", prétendait le manager Sergei Fedorov. Aucune explication n'a été donnée à cette décision, même avec le recul.

Fedorov a embauché à la place son vieil ami connu à l'école du CSKA, Vyacheslav Butsaev. Celui-ci a conservé un jeu défensif, avec un accent encore plus prononcé sur la discipline interne. Le plus malheureux en a été Aleksandr Radulov, sevré de sa liberté d'action. La star capricieuse a même été renvoyée une semaine pour violation disciplinaire ! Avant le dernier match de la saison régulière, ce fut au tour de Sergei Shirokov d'être puni en se voyant retirer le capitanat. Le "C" a ensuite été confié en play-offs... au toujours indispensable Radulov, pour qui la roue avait tourné !

"L'original est toujours meilleur que la copie", disait autrefois Anatoli Tarasov, qui inventa le style soviétique au CSKA. Le Dynamo l'a démontré en demi-finale de conférence ouest : il maîtrise les fondamentaux défensifs depuis longtemps et sait bien mieux travailler collectivement et neutraliser les meilleurs joueurs adverses. Son métier reste supérieur à celui du CSKA. Les vétérans de sa génération que Fedorov a recrutés en cours de saison pour encadrer l'équipe (Daniil Markov, Viktor Kozlov) n'auront pas apporté grand-chose de ce point de vue.

 

Salavat Yulaev Ufa (7e) : les millionnaires fatigués

SAPRYKIN Oleg-090506-509Le Salavat Yulaev Ufa comptait 19 joueurs avec des contrats de plus d'un million de dollars. Beaucoup trop. La deuxième masse salariale de KHL était plombée par des vedettes en grand déclin. L'étoile au centre Sergei Zinoviev a pâli depuis longtemps, mais la palme du joueur le plus inutile était remise par les supporters à Oleg Saprykin, qui ne s'est jamais vraiment remis de sa non-sélection olympique en 2010 et a carrément disparu de l'effectif. Quant à Igor Grigorenko, loin de son poids de forme, il a été envoyé à l'automne retrouver son ex-partenaire Radulov au CSKA en retour de Denis Parshin... qui ne jouait plus en fin de saison à cause d'un conflit avec le nouvel entraîneur .

Ufa a en effet encore changé de coach en cours de saison. Vener Safin a tenu moins de 14 mois et a été viré le 24 décembre, juste avant la Coupe Spengler. Le club, profitant de son séjour suisse, espérait alors désespérément convaincre Slava Bykov, l'homme qui l'avait conduit au titre, mais celui-ci n'a pas pardonné les circonstances de son départ et n'avait aucune intention de revenir. Vladimir Yurzinov junior a donc repris l'équipe en mains, n'hésitant pas à se priver des vétérans prestigieux pour introduire les jeunes dans l'effectif.

Une nouvelle dynamique s'est alors emparée du Salavat, jusqu'à faire dire au capitaine Vitali Proshkin avant les play-offs que "l'objectif minimal est une finale". Cette déclaration présomptueuse a fait gloser sur internet, mais elle a été partiellement suivie d'effet. Ufa, qui n'avait jamais figuré dans le top-4,  de sa conférence, s'est qualifié contre l'avantage de la glace face à Magnitogorsk et s'est ouvert la voie à un duel contre Kazan, premier à l'est.

Les duels contre le représentant de la république voisine enflamment toujours la Bachkirie. C'est d'ailleurs un comportement déplacé lors de ce derby qui a provoqué la dissolution du fan-club officiel en début de saison. Grâce à un tir puissant à mi-distance du joker Brent Sopel, le Salavat s'est offert un septième match à l'extérieur, comme au tour précédent. Avec la fatigue accumulée, se qualifier deux fois de suite dans ces conditions aurait relevé du miracle. Ufa espère cependant que ce redressement en fin de saison augure d'un grand retour.

 

Severstal Cherepovets (8e) : pas de limite aux compliments

KOSHECHKIN Vasili-110512-345Que ce fût le Traktor ou le Vityaz, les équipes entraînées par Andrei Nazarov avaient toujours terminé parmi les deux plus pénalisées. Quelle surprise donc de voir le Severstal finir quatrième cette année au classement du fair-play. En fin de compte, Nazarov a très peu utilisé Pakhrudin Gimbatov, le lutteur du Caucase qui avait fait tant causer durant la pré-saison. En dernier recours, il l'a ressorti de sa boîte quand son équipe était au bord de l'élimination : abattant sa dernière carte, il l'a envoyé en chasse du colosse adverse Artyukhin. Non seulement ce dernier a refusé les invitations à se battre, mais en plus il a mis le dernier but pendant que Gimbatov croupissait en prison.

De toute manière, un monde sépare les deux clubs, puisque la masse salariale du SKA vaut plus du triple que celle du Severstal. Il aurait fallu des exploits du gardien Vassili Koshechkin, or celui-ci a encaissé autant de mauvais buts dans cette demi-finale de conférence que durant le reste de la saison. A-t-il atteint ses limites physiques et mentales ? Comme il l'avait annoncé, Nazarov a fait de Koshechkin son seul titulaire et lui a appris à enchaîner les rencontres sans répit. Le gardien géant a tenu le choc au point que toute la Russie se demandait s'il réussirait l'exploit de jouer l'intégralité de la saison régulière. Mais avec l'équipe nationale en plus, cela faisait beaucoup. À son retour de sélection en février, Koshechkin a été enfin reposé, au cinquantième match de championnat. La fatigue détectée alors a peut-être pesé en play-offs.

"Notre héros", c'est ainsi que Nazarov se référait à Koshechkin. Il n'a cessé de mettre en avant ses jeunes joueurs, qui sont selon lui les véritables vedettes de la KHL, plutôt que les oiseaux de passage dont la presse fait ses choux gras. Quand il s'agit de compliments, Nazarov fait rarement dans la demi-mesure. Il a ainsi déclaré en janvier de son meilleur marqueur Vadim Shipachev qu'il est "le meilleur n°87 au monde, avec tout le respect dû à Sidney Crosby qui retrouve juste sa condition physique".

Cette attitude tranche avec la tradition russe, dans laquelle on recommande de remettre à leur place les jeunes freluquets. C'est pourquoi Nazarov, qui s'était occupé de Mikhaïl Anisin au Vityaz, a insisté pour le recruter au moment où le Dynamo claironnait qu'aucun club n'en voulait. Il a ainsi relancé la carrière du petit chanteur sans croix de bois. Comme preuve qu'à Cherepovets on ne met aucun frein à l'égo des joueurs, on a accepté de lui donner le numéro 99 ! Anisin a gardé la forme pendant les semaines de conflit et a mené la deuxième ligne, constituant une alternative précieuse au duo offensif Shipachev-Ketov.

Cela s'est avéré utile en play-offs quand Vadim Shipachev est tombé malade. Privé de son partenaire, le capitaine Evgeni Ketov a quand même été décisif contre le Lokomotiv : il a donné un but en troisième prolongation à Denis Kazionov et a inscrit les deux buts au dernier match. La qualification ainsi obtenue parmi les huit meilleurs constitue la meilleure performance du Severstal Cherepovets depuis cinq ans, et sans doute la meilleure avant longtemps... Les principaux joueurs vont partir, et Nazarov ne sera resté qu'un an : il a racheté la seconde année de son contrat car le Donbass lui offre un pont d'or.