Roller Hockey: été bien mitigé pour les français

Comme chaque année se tiennent en juillet les championnats du monde de roller hockey organisés par la FIRS (Fédération Internationale de Roller Sports), c'est à ce Mondial que participe la France (un autre Mondial étant organisé chaque année par l'IIHF mais avec des règles différentes). La fédération française a décidé d'envoyer seulement une équipe senior et une équipe junior masculine à Anaheim en Californie, les féminines ont donc été sacrifiées cette saison pour des raisons budgétaires, mais nul doute qu'on les retrouvera en 2014 à Toulouse, ville organisatrice des prochains mondiaux. Par ailleurs, les bleus iront dès la semaine qui suit le Mondial à Cali en Colombie pour disputer les World Games (antichambre des Jeux Olympiques avec des disciplines comme l'ultimate, l'escalade ou encore le rugby à 7).

Sans douches et sans public

Si on s'attendait à un Mondial exceptionnel en termes d'organisation, force est de constater que le monde du roller hockey est resté quelque peu sur sa fin, en effet plusieurs « tuiles » sont apparues au cours de cette édition. Tout d'abord les juniors et les féminines ont pu constater que le lieu de la compétition (magnifique complexe avec trois terrains) ne disposait pas de douches... Imaginez des joueurs de hockey pleins de sueur devant faire 20 minutes d'autocar pour pouvoir se doucher à l'hôtel, tout ceci n'est bien sûr pas des plus agréables pour les participants mais aussi pour l'entourage. Chez les hommes, la compétition se tenait en grande partie au Honda Center, l'antre des Ducks d'Anaheim pouvant accueillir plus de 17 000 spectateurs, sauf que cette arène ne fut jamais remplie, elle a même sonné un peu creux durant ce Mondial où l'affluence ne dépassait guère quelques centaines de spectateurs. On est loin de la magnifique ambiance du Mondial colombien en 2012 où la finale junior s'est jouée devant plus de 3000 spectateurs. La finale ne s'est d'ailleurs pas tenue au Honda Center privatisé par la star de NBA LeBron James, la dernière journée s'est donc déroulée sur les terrains annexes.

Pour ceux qui n'ont pu faire le déplacement jusque dans le sud de la Californie, un live vidéo a été mise à la disposition par les organisateurs. S'il fut gratuit durant le Mondial des juniors masculin et féminin, il fut payant pour le reste du tournoi avec une formule pay-per-view (très appréciée là-bas) à 2,50 $ le match. C'est un gros point négatif pour le développement et la médiatisation de la discipline, le Comité International fut le premier déçu que les Américains soient passés par un live payant et d'une qualité bien médiocre (une seule caméra et lag régulier).

Côté sportif, on est plutôt dans le positif avec la création d'un Mondial junior féminin qui a réuni 6 équipes pour sa première édition. Par ailleurs bien que de nombreuses nations n'ont pu faire le déplacement en raison de la crise économique actuelle (l'Espagne notamment), de nouvelles nations ont fait leur apparition. La Suède, tout d'abord, qui revient enfin dans un mondial FIRS (habitué à celui de l'IIHF) avec une équipe composée principalement de joueurs provenant de la glace et de D3 suédoise. Débutant dans le groupe B, elle s'est finalement largement imposée face à ses adversaires et a pu participer aux quarts de finale en compagnie des grandes nations du roller (USA, Canada, France...) avec une victoire sur le pays-hôte et ultra-favori du tournoi en prolongation, au final la Suède termine quatrième du tournoi sénior masculin avec de belles perspectives pour les prochaines éditions. Autre nouvel arrivant et beaucoup plus exotique : l'Inde qui a envoyé deux équipes seniors chez les hommes et chez les femmes. Entraîné par le coach du club de Paris XIII Guillaume Silliès, l'Inde a bien souffert dans ce Mondial mais ceci est très positif pour le roller hockey, prouvant qu'il est capable de se développer dans ces pays-là, où le hockey sur glace ne peut émerger (on pense aussi au continent africain où le Comité International a déjà fait des campagnes d'initiation au Kenya notamment).

Juniors français : entre déception et espoir

Bernard Séguy, directeur des équipes de France, a constitué une sélection juniors de transition pour ce Mondial américain avec des joueurs qui sont éligibles pour une dernière année et d'autres beaucoup jeunes (certains sont de 1996) afin de préparer au mieux l'échéance toulousaine de 2014. On retrouve donc les meneurs de cette équipe pour leurs dernière compétition internationale en junior comme Baptiste Bouchut, Louis Tran ou encore Cyril Basset et de jeunes pousses qui constituent l'avenir de cette équipe. La formule est assez particulière cette année : deux poules de 7 équipes avec les 2 premiers qui accèdent aux demi-finales, la France n'a pas été épargnée au tirage puisqu'elle se retrouve avec la République Tchèque, le Canada et la Suisse comme principaux rivaux alors que dans l'autre poule les Etats-Unis ont un large boulevard vers les demies.

Avec 6 matchs de poule au total, les bleuets devront jouer parfois deux matchs dans la même journée, et ce fut le cas pour le premier jour de compétition avec des oppositions face à l'Allemagne et Hong-Kong ; deux adversaires que la France dominera sans problèmes avec des victoires respectivement 12-1 et 9-2. Le lendemain, les Français faisaient face à l'Australie, non sans mal ils se sont imposés 2-0 face à des wallabies difficiles à jouer.

Le 10 juillet était la journée la plus importante pour les bleuets, en effet ils rencontraient dans cette même journée le Canada et la Suisse, deux adversaires directs pour une place en demi-finale. Malheureusement les juniors perdirent leurs deux rencontres de peu (6-3 face au Canada et 6-5 face à la Suisse) et voyaient leurs rêve s'envolé. Restait un dernier match de poule le lendemain face aux redoutables Tchèques, champion du monde en titre avec plusieurs joueurs évoluant au plus haut niveau en glace comme le gardien Dominik Hrachovina qui évoluera en SM-liiga, à Tappara l'an prochain. L'objectif de ce dernier match de poule est de se rassurer avant de jouer les rencontres pour la cinquième place, malgré la défaite 3-2 les jeunes Français ont montré un beau visage montrant des promesses intéressantes pour l'avenir. Les bleuets finiront donc cinquièmes de ce tournoi après deux victoires nettes contre la Grande-Bretagne 7-1 et 8-2 contre les Helvètes pour leur dernier match. La République Tchèque est une nouvelle fois sacrée après leur ultime victoire face aux USA 3-2.

Cette cinquième place est à la fois encourageante et décevante tant il y avait du potentiel chez cette équipe de France avec des joueurs qui ont prouvé leur qualité comme Baptiste Bouchut qui termine second meilleur compteur du tournoi. Les Juniors doivent donc se remettre au travail afin de préparer le Mondial toulousain l'année prochaine où l'objectif sera clairement de décrocher une médaille.

Les Seniors se loupent par deux fois

Place aux seniors pour cette deuxième semaine, l'équipe de France après un Mondial 2012 mi-figue mi-raisin, part en reconquête lors de cette édition avec une équipe quelques peu remaniée et un renouvellement de  la génération passée  qui suit son court... Sauf chez les gardiens où Terry Lefranc l'expérimenté gardien rethélois retrouve le maillot bleu, préféré à Roman de Préval le gardien amiénois auteur d'une grosse saison (élu meilleur gardien de la Ligue Elite par ses pairs). En défense, peu de changement si ce n'est l'arrivée de Lambert Hamon des Yetis de Grenoble et le retour de Clément Grégoire préféré à Antoine Rage. En attaque après la retraite internationale de Renaud Crignier et l'indisponibilité de Karl Gabillet, Bernard Séguy appelle là aussi un jeune Grenoblois en la personne de Théo Fontanile, on retrouve par ailleurs toujours les cadres habituels avec les Kévin Beziau, Yohann Jalinier, Jeremy Lapresa et autre Baptiste Boitard.

Dans un groupe compliqué avec le Canada, la République Tchèque et la Lettonie où l'objectif était d'éviter la dernière place pour avoir un huitième de finale relativement facile par la suite. Le premier match face aux redoutables Tchèques avec les Rouennais Simo, Cik et Sebek se soldera par une défaite 4-1 mais somme toute logique tant les adversaires des bleus étaient dominateurs dans tous les compartiments du jeu. Le second match face aux Canadiens se soldera là aussi par une défaite mais ô combien frustrante, l'inefficacité offensive aura couté chère à la France avec une deuxième défaite dans ce tournoi 2-1. Il fallait donc tout donner dans cet ultime match de poule face à des Lettons bien faibles cette année pour éviter la quatrième place et un huitième face aux Suédois, la logique fut parfaitement respectée avec une large victoire des bleus 8-0.

Le huitième de finale voyait la France opposée à l'Argentine, nation émergente de la discipline mais proposant déjà un jeu intéressant et rapide avec de très bons joueurs comme Sebastian Marengo qui a évolué cette saison aux Hawks d'Angers. Ce match n'a pas posé beaucoup de problèmes aux Français puisqu'ils ont dominé les Argentins 7 buts à 1. Les choses vont se compliquer dès les quarts avec un match très relevé contre le voisin suisse qui prendra rapidement l'avantage. Même si la France reviendra au score, les trop nombreuses pénalités coûteront le match aux bleus avec une défaite 5-2. L'équipe de France peut maintenant espérer au mieux une cinquième place, si la première étape fut franchi facilement face à la Grande Bretagne avec une belle victoire 3-0, les choses furent beaucoup plus compliquées face aux USA dans l'ultime match. Éliminés dès les quarts de finale par la surprenante équipe suédoise, les États-Unis n'ont fait qu'une bouchée de l'équipe de France en remportant ce match pour la cinquième place sur le score sans appel de 6-1.

Beaucoup de regrets pour les bleus dans ce Mondial avec encore un échec en quart de finale pour la troisième année d'affilée. Si les joueurs ont montré des choses intéressantes, il y a eu cependant beaucoup de déchets et d'inefficacité dans le jeu français pour aller plus loin dans ce Mondial remporté comme chez les juniors par la République Tchèque vainqueur en finale du Canada par 8 buts à 2. Les huit équipes qualifiées pour les World Games n'ont pas le temps de se reposer puisque le tournoi a lieu dès la semaine suivante.

On prend les mêmes et on recommence dans le même ordre que les championnats du monde, la France avec un effectif inchangé débute ces Jeux Mondiaux face à la République Tchèque, dans un match serré les bleus parviennent à accrocher le nul 1-1 pour ce premier match. Face au Canada, les bleus ne parviennent malheureusement pas à rééditer le bon match de la veille et perdent le match 3-1. Pour le dernier match de poule face à des Lettons qui prennent « rouste sur rouste » depuis le début de l'été, l'équipe de France ne parviendra pas à s'imposer et va concéder un nouveau nul 4-4 très frustrant pour terminer 3e de sa poule.

Dans un quart de finale contre l'Italie, les affaires débutent très mal pour les Français qui sont rapidement menés, on en est même à 5-1 en début de seconde mi-temps pour la Squadra azzurra. À partir de là, les Français vont se réveiller et revenir à 5-5 à 1 minute de la fin du temps règlementaire, une barre de Benjamin Tijou sauvera l'Italie. En prolongation les Français louperont leur chance en début de période et verront les italiens marquer à 5 secondes de la fin de l'over time (défaite 6-5 pour la France). Le coup est rude pour la France, une nouvelle fois éliminée en quart. Les bleus joueront par la suite les matchs de classement avec une défaite 3-2 face à la Suisse et une victoire 11-2 face à la Colombie qui leur permettent de finir 7e sur 8 du tournoi où les USA finiront avec la médaille d'or autour du cou.

Campagne 2013 très décevante pour les français qui finissent avec un bilan de 4 victoires, 2 nuls et 7 défaites. Avec aucunes victoires contre des équipes du top-6, la France réalise une des plus mauvaises performances de son histoire, trop souvent inefficace offensivement les bleus n'ont pas réussi à créer un fond jeu capable de battre les grandes nations du roller hockey. Pourtant le talent et le collectif sont là avec des joueurs évoluant dans l'une des ligues les mieux structurées d'Europe, il faudra se remobiliser pour le Mondial 2014, qui se tiendra du 29 juin au 12 juillet à Toulouse.