Présentation de la KHL 2013/14 : division Tarasov

KOMAROV Leo-120504-413On ne change pas une équipe qui gagne, et encore moins quand elle est entraînée par Oleg Znarok. Il faudrait un observateur très attentif pour relever les différences entre le nouveau Dynamo Moscou et celui de l'an passé : les mêmes lignes, les mêmes unités spéciales, le même système de jeu parfaitement huilé. Le même Aleksandr Eremenko dans les cages. Le même Leo Komarov de retour de NHL comme s'il n'était jamais parti. Après deux titres consécutifs, il est tout naturel de poursuivre sur la lancée.

On compte tout de même une perte notable : Ilya Gorokhov, un des joueurs les plus respectés dans le vestiaire, est retourné chez lui à Yaroslavl. Cela n'entamera pas la cohésion de cette équipe sans star, qui ne compte qu'un seul joueur dans la pré-sélection olympique : Denis Kokarev, un pur joueur de devoir qui touchait moins de 200 dollars par mois comme junior à Tver avant d'intégrer le système du MVD/Dynamo.

La tentative d'un recrutement plus glamour s'est soldée par un échec : le Dynamo a payé dix millions de dollars les droits du prodige de 18 ans Valeri Nichushkin au Traktor... mais il est parti aussi sec en NHL. Le club pense que c'est trop tôt - et il a sans doute raison car les joueurs qui mûrissent en Europe réussissent mieux - mais il garde foi en un retour si jamais Nichushkin n'arrive pas à se faire une place dans la composition de Dallas.

D'un extrême à l'autre, en plus du très jeune Nichushkin, le Dynamo a également invité le très ancien Andrei Nikolishin (40 ans) qui avait arrêté sa carrière mais s'est remis dans le bain de la façon la plus brutale qui oit, par le camp de préparation de Znarok à Pinsk, réputé épuisant. Au bout de l'effort... rien ! La convalescence de Grigori Shafigullin devant s'achever plus vite que prévu, le Dynamo compte déjà six centres et n'imaginait pas parquer Nikolishin en équipe-ferme : il a donc proposé à ce joueur formé au club de lui organiser un match d'adieu à sa guise quand il le souhaiterait.

 

HOLOS Jonas-100513-089Le Lokomotiv Yaroslavl aimerait bien suivre les pas du Dynamo, car la stabilité a toujours été sa politique. Elle n'a été arrêtée que par des raisons indépendantes de sa volonté : un tragique crash aérien. Maintenant que le club s'est ré-établi en KHL, il s'est d'abord assuré de faire revenir deux vétérans de 36 ans formés au club, Aleksei Vasilyev et Ilya Gorokhov, gages de continuité avec les temps anciens. Gorokhov, qui compte maintenant quatre titres de champion de Russie (2002 et 2003 à Yaroslavl, 2012 et 2013 à Moscou), a été nommé capitaine.

La défense ne manque pas de leadership avec l'international suédois Staffan Kronwall, prolongé deux ans, et la recrue norvégienne Jonas Holøs, engagé avant son championnat du monde décevant pour un joueur qui avait toujours tenu son rang. Avec l'expérience du duo Sanford/Kolesnik dans les cages, le Loko a une bonne base arrière.

L'attaque semble un peu en deça, par manque de grand talent. On a privilégié le travail défensif, et c'est pourquoi le meneur de jeu biélorusse Aleksei Kalyuzhny a vu sa dernière année de contrat rachetée (au tiers du prix selon le règlement KHL) après une saison douteuse conclue par une fiche de -10. Il n'a pas été remplacé pour l'instant. La seule recrue notable est David Ullström, qui alterne depuis deux ans entre AHL et NHL (New York Islanders), où il doit se contenter d'un rôle de troisième ou quatrième ligne avec ses 192 cm un peu trompeurs. Le jeu physique n'est pas sa caractéristique principale, et il pourrait retrouver sa vivacité offensive avec plus de temps de jeu à Yaroslavl.

 

La contradiction ne dérange pas Andrei Nazarov. Quand il entraînait le Severstal Cherepovets, club formateur, il se plaignait que la presse russe soit aveuglée par les recrues à paillettes venues de NHL et néglige les talents locaux tout aussi méritants. Maintenant qu'il a été embauché par le Donbass Donetsk, club de construction récente autour de la fortune d'un oligarque, il se plaint que la presse n'ait pas assez objectivement relayé le recrutement de Ruslan Fedotenko, selon lui parce que ce vétéran de NHL est ukrainien et non russe.

LACO Jan-120515-285Quoi qu'il en dise, les clubs entraînés par Nazarov ont rarement à se plaindre d'un manque d'attention de la presse, car il est le meilleur chargé de communication qui soit. Sa méthode ? Les compliments emphatiques sur ses joueurs. Fedotenko est ainsi le "Datsyuk ukrainien, qui n'a pas gagné moins de trophées en NHL que Pavel ou Evgeni Malkin." C'est vrai si on ne compte que les Coupes Stanley (2), mais il ne s'est jamais vu décerner de distinctions individuelles, contrairement aux deux stars avec lesquelles cette comparaison hasardeuse est osée. Encore plus joliment tournés, les lauriers dressés à Teemu Laine : "Laine me plaît. Il travaille comme un Canadien et pense comme un Européen. Honnêtement, je ne peux qu'être heureux pour l'équipe nationale finlandaise qu'elle ne le convoque pas. Cela signifie que nos voisins du Nord ont dans leur équipe des étoiles du niveau de Crosby, et qu'on ne les arrêtera pas à Sotchi." Le tout s'achevant dans un éclat de rire.

Le seul défaut des déclarations survendues, c'est qu'il faut assurer le service après-vente. Mais aucun journaliste n'ose venir chicaner Nazarov en ressortant des questions qui fâchent, car tout le monde a en mémoire ses combats en NHL. Il a donc pu claironner en toute quiétude que l'équipe nationale d'Ukraine - qu'il entraîne aussi - "vengerait la Russie" de sa défaite face à la France au dernier championnat du monde. En fait, elle n'a pas réussi à battre ce qui n'était qu'une France A'. Qu'importe, le public a suivi et Nazarov sait jouer de la corde patriotique en portant au pinacle Fedotenko (qui a malheureusement une commotion cérébrale et ne rejouera pas avant mi-novembre). Mais les projets de naturalisations que Nazarov fomente pour la sélection nationale paraissent encore peu concrets. Et pour l'instant, c'est au contraire l'autre Ukrainien de NHL, Aleksei Ponikarovsky... qui a pris un passeport russe pour signer au SKA au lieu de rentrer au pays.

Le Donbass est sans doute mieux armé que l'équipe d'Ukraine pour aller loin. Il continue en particulier de blinder ses cages en proposant, en concurrence avec le meilleur joueur du Mondial 2012 Jan Laco, un gardien mieux payé (un million de dollars environ), Michael Leighton, qui avait conduit Philadelphie en finale de Coupe Stanley en 2010 mais n'y a jamais retrouvé de place de titulaire par la suite.

 

RADIVOJEVIC Branko-120515-261Autrefois le "club du peuple", le Spartak Moscou est aujourd'hui aux mains des financiers. Ce qui ne signifie pas grand-chose sur sa gestion. Actionnaires banquiers ou pas, il est aussi peu rentable que les autres clubs russes. Et ce, même en restant parmi les plus petits budgets.

Le club moscovite, avant-dernier à l'ouest, a encore pas mal bougé à l'intersaison, mais cette fois, il semble enfin avoir réussi sa campagne de transferts. Il a commencé par racheter la dernière année de contrat de Branko Radivojevic, l'international slovaque dont le salaire avait grimpé (1,2 million de dollars) aussi vite que ses performances déclinaient, en plus de poser problème dans le vestiaire. Dorénavant, le meneur de jeu est le respecté Vyacheslav Kozlov (41 ans), flanqué des deux renforts Rastislav Spirko (slovaque) et Tom Wandell (suédois) qui se sont rapidement entendus malgré les différences de nationalité.

Les plus gros investissements ont été consentis en défense. Le centre Nikolaï Bushuyev a en effet été cédé au Severstal en échange du recordman du monde du slap le plus puissant, Aleksandr Ryazantsev, qui fait son grand retour dans son club formateur. Le Spartak a aussi offert un contrat de deux années à un million de dollars chacune afin d'attirer le vétéran américain Deron Quint (37 ans). L'accord a été préparé en février, avant qu'il n'atteigne la finale avec le Traktor.

Les discussions durent aussi depuis longtemps avec Jeff Glass, qui a presque doublé son salaire mais qui souhaitait aussi quitter la Conférence Est et les vols interminables en Sibérie. En fait de verre, Glass a plutôt tout de la vitre blindée. Et il prend d'autant plus d'importance que les règles limitant le temps de jeu des gardiens étrangers ont été abolies cette saison : il pourra être titulaire autant de fois que souhaité. Et le Spartak souhaite qu'il le soit très souvent afin de faire son retour en play-offs.

 

STEPANEK Jakub-110515-332Le pillage du Severstal Cherepovets était annoncé. Le club ne s'est cependant pas laissé complètement faire en tirant le meilleur parti qu'il en pouvait. Il a retenu les deux attaquants internationaux très convoités, Vadim Shipachev et Evgeni Ketov, afin de s'en servir comme monnaie d'échange pour les envoyer au club le plus riche (le SKA Saint-Pétersbourg) et obtenir en retour de bonnes compensations, y compris financières.

Comme l'effectif du SKA déborde de toutes parts, le Severstal a aussi obtenu des joueurs sur lesquels reconstruire. Le plus attendu est Gleb Klimenko car il s'agit d'un grand retour : il a été formé au club mais n'y avait joué qu'en équipe-réserve. Ce petit gabarit n'a débuté en élite qu'à 24 ans, mais depuis ce temps, il a largement prouvé ses talents de buteur en KHL, même s'il ne défendait pas forcément assez bien pour une troisième ligne à Saint-Pétersbourg.

Ce n'est pas tout, puisque Cherepovets a également gagné dans ces échanges le gardien Ivan Kasutin, qui sera en duo avec un autre ancien du SKA (Jakub Stepanek) pour tenter de combler à eux deux l'ombre gigantesque laissée par le gardien de deux mètres Vassili Koshechkin.

Le Severstal a aussi embauché un cadre d'expérience avec l'ex-international Vladimir Antipov. Même s'il a perdu ses plus grands talents, le club de Cherepovets n'est pas pauvre. Sa masse salariale a même sensiblement augmenté grâce à des économies... au poste d'entraîneur. Il a a en effet surpris en remplaçant Andrei Nazarov par son adjoint Igor Petrov, une véritable idole locale puisqu'il est le meilleur marqueur de l'histoire du club, mais qu'on ne destinait pas forcément à une carrière de coach. Sa première grande mission sera de "cornaquer" Pavel Buchnevich, grand talent de 18 ans que l'on dit rétif au travail et trop présomptueux de ses qualités indéniables. Quand il s'était plain de son temps de jeu, Nazarov l'avait renvoyé en junior. Il devrait acquérir une place bien plus importante cette année.

 

ATYUSHOV Vitali-100516-492L'Atlant Mytishchi a beau exister sous ce nom depuis cinq ans seulement, il a déjà succombé à la mode "occidentale" du relooking. Il aurait investi un million de roubles (23 000 euros) cet été pour remanier légèrement son logo (en y enlevant le rouge) et changer de maillot. Pour le premier match à domicile, il a donc mis les petits plats dans les grands en plaçant un T-shirt aux nouvelles couleurs sur chaque siège.

Mais l'équipe, comment a-t-elle relookée ? Avec des muscles, ceux du colosse aux 122 kilos Evgeni Artyukhin. Avec des défenseurs offensifs, surtout. Le manager Aleksei Zhamnov a fait signer des contrats de deux ans à l'ex-international Vitali Atyushov, dont le point fort réside dans les passes, et à l'Américain Bobby Sanguinetti, qui était sixième/septième défenseur des Carolina Hurricanes la saison dernière, et qui excelle surtout pour porter le palet à l'offensive. Mais il y avait déjà le Finlandais Janne Niskala, et on peut se demander si Mytishchi n'aurait pas dû mettre plus de soin à des joueurs au positionnement défensif sûr.

La pré-saison, commencée très tôt puisque l'entraîneur Sergei Svetlov a convoqué tout le monde le 12 juillet, a surtout démontré que l'Atlant souffrait d'un déficit de talent offensif. Il lui manque simplement un ou deux snipers capables de mettre les occasions au fond. Le meilleur buteur de SM-liiga Juha-Pekka Haataja est bien sûr le plus attendu dans ce registre, mais c'est la première fois qu'il quitte la Finlande et il semble peiner à s'adapter à son nouvel environnement. Du coup, l'équipe de Mytishchi n'a pris qu'un point en cinq rencontres... et Svetlov s'est déjà fait virer.

 


Le niveau du bas de tableau de la KHL semble se relever, surtout à l'ouest où plus aucune équipe n'est larguée. Le Vityaz est également devenu compétitif. Il faut dire que sa masse salariale a augmenté de 60%. Le gouvernement de l'oblast de Moscou a renforcé son soutien, en même temps qu'il a donné son accord à un nouveau déménagement. Le club quitte à nouveau Chekhov (où évolueront les juniors) pour retourner à Podolsk où il avait déjà évolué entre 2000 et 2003. Une patinoire de 5500 places l'y attend.

AFINOGENOV Maxim-100516-679Le recrutement s'est adapté à ce nouvel environnement. Oubliée, la boxe sur glace, plus populaire dans l'ambiance particulière de Chekhov. Il y a bien encore des Nord-Américains, mais ils n'ont rien de gros bras. Comme Josh Hennessy, déjà présent l'an passé, Mike Iggulden ne joue pas énormément de son physique et amène surtout sa contribution offensive : il a toujours marqué au moins 30 points par saison depuis ses débuts professionnels.

Aleksandr Korolyuk n'est plus le seul à savoir dribbler. La nouvelle mode est au talent. Maksim Rybin et Maksim Afinogenov en ont toujours eu, mais ils étaient frustrés l'an passé où ils ont bien peu joué dans l'effectif pléthorique du SKA Saint-Pétersbourg. On compte sur la motivation intacte de ces trentenaires pour qu'ils retrouvent une seconde jeunesse. Du coup, le Vityaz est maintenant pris au sérieux comme une vraie équipe de hockey.