Neuilly-sur-Marne - Lyon (Division 1, 3e journée)

Le coach qui ne peut plus coacher

SadounLoicFrank Spinozzi, l'entraîneur de Neuilly-sur-Marne, a été lourdement suspendu après son jet de crosse lors des derniers play-offs. À l'appui de la vidéo produite par Brest, la commission l'avait suspendu pour 8 matches ferme et 8 avec sursis. Le Canadien a donc fait appel... et récolté un "12+12" au lieu d'un "8+8". Cela fait presque une moitié de saison. N'importe quel club aurait remercié son coach plutôt que de le rendre inopérant en match aussi longtemps. N'importe quel club... mais pas le HCNM93 : le président Ibrahim Soubra a fait exactement le contraire et a témoigné de sa totale confiance envers Spinozzi en lui confiant un contrat inédit de 5 ans. Une durée de cinq années qui relativise quelques mois de suspension.

Frank Spinozzi est donc sous "contrôle judiciaire" : non, il n'a pas de bracelet électronique à la cheville, mais il doit se positionner dans un coin de patinoire à la vue des arbitres, pour être certain qu'il ne pénètre pas dans la zone des bancs. Comme il n'y a rien de plus terrible pour un coach qui "vit son match" que d'être réduit à l'état de simple spectateur, il rumine donc et ronge son frein. Il n'envoie même pas de consignes par SMS à la manière de certains entraîneurs de football dans la même situation. Il faut dire qu'il y a un homme expérimenté sur le banc : Antoine Richer, qui prodiguait déjà ses conseils aux Bisons en fin de saison dernière, fait office de coach par intérim.

Les Lions de Lyon sont eux aussi victimes d'une suspension, celle d'Aymeric Gillet pour deux rencontres, ce qui les réduit provisoirement à quatre défenseurs titulaires. Ils attendent en effet aussi la qualification leur dernière recrue, Radovan Trefny, un arrière d'Extraliga slovaque, et ils seront donc bientôt six. Neuilly-sur-Marne, pour sa part, n'a pas encore trouvé la personne adéquate pour remplacer Steven Kaye : l'Américain devait être le meneur offensif mais s'est blessé trois fois en préparation et a donc préféré arrêter définitivement sa carrière. Le club savait qu'il y avait un risque à espérer le retour au jeu de l'ex-Tourangeau, et le pari n'a donc pas fonctionné.

Les deux adversaires du soir restent sur une déconvenue chez un promu : Neuilly-sur-Marne a été battu 7-2 à Cholet, et Lyon n'a plus rejoué depuis le match d'ouverture perdu 5-4 à Nantes. Aucune des deux équipes n'a encore joué à domicile en championnat.

Premières salves et banderille fatale

Les Bisons sont donc les premiers à se présenter devant leur public, et on comprend leur envie de bien faire. Ils partent fort, avec trois tirs dès la première minute. Le troisième est le bon, un tir croisé du revenant Lukas Pek, poteau rentrant (1-0, 00'52").

ToLandryVikhaelMais le rouleau compresseur lyonnais se met ensuite en marche, et il est sacrément bien huilé. Les Nocéens font preuve d'une certaine passivité dans leur enclave, et en sont sévèrement sanctionnés. Martin Bartos égalise sur une passe au second poteau de Miroslav Kristin (1-1, 03'20"), et Vikael To-Landry reprend directement un tir de Nicolas Biniek dans les bottes de Kevin Beech (1-2, 07'25"). Laberge peut aussi reprendre à bout portant un centre de Bartos (09'01"), mais Beech bloque le palet.

Clairement dominé à 5 contre 5, Neuilly-sur-Marne se remet dans le sens de la marche par un bon travail de l'unité d'infériorité numérique Sinkovic-Slupski. Les Bisons peuvent finir la période en avantage numérique. Sortis de la zone offensive par une passe mal assurée par leur nouveau centre Stanislav Polodna, ils s'installent à nouveau, et Oliver Styf rejoint Miroslav Kristin en prison pour la même faute (faire trébucher). Ces quelques secondes à 5 contre 3 sont bien exploitées par un lancer de la bleue de Jozef Wagenhoffer (2-2, 19'56").

Cela ne signifie pas que les unités spéciales seront forcément à l'avantage de Neuilly. La seconde supériorité numérique de Lyon, en début de deuxième période, l'illustre parfaitement : les Lyonnais fatiguent la défense en fond de zone pendant une minute, jusqu'à ce que Jonathan Laberge plante la banderille fatale dans le dos du Bison fatigué de tourner la tête (2-3, 25'14"). La même paire défensive tricolore est encore en difficulté quatre minutes plus tard sur une relance trop lente - et donc interceptée - de l'attaquant reconverti à l'arrière Clément Rey. Son camarade Arthur Cuzin revient couper l'accès à la cage une première fois, mais Biniek remet le palet dans le slot sur Alexander Olsson le glisse entre les bottes de Beech (2-4, 28'53"). Neuilly fait preuve de meilleures intentions après ce but encaissé, mais ces intentions sont contrariées par deux pénalités de Kadic et Da Costa.

Le favori qui s'assume et les cachottiers

Il faudra attendre la troisième période pour que les Bisons aient des occasions, notamment celle de Kadic sur une passe de derrière la cage de Sinkovic. Mais les Lyonnais donnent une leçon de réalisme quand Miroslav Kristin reprend une passe en retrait de Laberge, et on sait alors que le match est fini. Une minute plus tard, Beech reste immobile et surpris sur un tir à mi-distance de Julien Lebey (2-6, 45'15").

GuimbardKevinIl n'y aura même pas de miettes pour Neuilly-sur-Marne. Le "petit frère" Matej Kristin joue en effet l'aspirateur en captant de la mitaine une reprise de Kévin Guimbard, servi seul entre les cercles par une passe du coin de Timothée Franck (52'55"). La punition arrive dans la foulée par une longue passe de Martin Dufek qui trouve Vikhael To-Landry dans le dos de Maxime Dubuc. Personne ne peut le reprendre dans ces cas-là, et il dribble le gardien (2-7, 54'25"). Neuilly continue de pousser pendant un avantage numérique, avec un lancer de Pek dévié par l'épaule gauche de Kristin, mais c'est encore Lyon qui enfonce le clou par une dernière contre-attaque d'Elie Raibon (2-8, 58'38").

La défaite est dure pour Neuilly-sur-Marne. Le gardien a eu quelques absences, et la défense également, même si l'ex-Rémois David Vsetecka s'en est mieux sorti que les autres. L'attaque repose beaucoup sur des têtes connues (le duo Pek-Sadoun) et attend encore une impulsion supplémentaires des recrues. Mais y a-t-il vraiment des regrets à avoir sur le résultat, même avec une meilleure prestation ?

Cette équipe de Lyon paraît en effet un ton au-dessus. Elle dispose de trois bonnes lignes offensives, deux étrangères et une française, et a parfaitement tenu même avec quatre défenseurs. Ce sont plutôt leurs adversaires qui ont peiné à suivre le rythme lyonnais. On a donc bien retrouvé le favori, le seul qui s'assume comme tel, comme le rappelle François Dusseau qui invite les ambitieux cachés à sortir du bois.

Commentaires d'après-match

François Dusseau (entraîneur de Lyon) : "On a retrouvé notre groupe du mois d'août. On a su changer de visage après le match à Nantes, où on avait deux défenseurs d'un côté et trois attaquants de l'autre. Cela fait du bien de perdre, même si c'est facile à dire après coup : on a pris un coup de pied au cul, et tout le monde s'est mis à travailler. La force de notre équipe, c'est le patinage, on use l'adversaire car on a de petits gabarits rapides. On a un très bon préparateur physique qui a mis en place des exercices intéressants, et on commence à en voir les résultats. On a construit une équipe pour monter, on n'est pas les seuls, mais nous, on annonce nos objectifs. Les autres se gardent une excuse quand ils perdent en prétendant que ce n'est pas grave..."

Antoine Richer (coach par intérim de Neuilly-sur-Marne) : "Lyon est une équipe solide dans tous les compartiments du jeu : vitesse, placement, discipline. Un premier match à la maison est toujours délicat, et quand on est mené au score à domicile, la frustration gagne et n'est pas toujours payante. On a souffert."

Frank Spinozzi (entraîneur suspendu de Neuilly-sur-Marne) : "On ne peut pas perdre notre centre numéro 1 [Steven Kaye] sans conséquence. On n'a pas la hargne qui nous caractérise. Ce qui m'embête, ce n'est pas la défaite, c'est qu'on n'a pas vu 20 gars volontaires. On essaie d'être éducateur, mais il faudrait peut-être revenir aux bonnes vieilles méthodes : les faire patiner jusqu'à ce qu'ils vomissent. Si tu n'es pas volontaire, tu vas au casino : parfois tu gagnes le gros lot, mais entre-temps tu l'as dépensé trois fois."

 

Neuilly-sur-Marne - Lyon 2-8 (2-2, 0-2, 0-4)
Samedi 21 septembre 2013 à 18h30 à la patinoire municipale de Neuilly-sur-Marne. 289 spectateurs.
Arbitrage de Steve Bataillie assistés d'Anne-Sophie Boniface et Joffrey Yssembourg.
Pénalités : Neuilly 12' (2', 8', 2') ; Lyon 10' (4', 2', 4').
Tirs : Neuilly 25 (9, 4, 12) ; Lyon 42 (20, 12, 10).

Évolution du score :
1-0 à 00'52" : Pek assisté de Kadic et Sadoun
1-1 à 03'20" : Bartos assisté de Mi. Kristin et Laberge
1-2 à 07'25" : To-Landry assisté de Biniek et A. Olsson
2-2 à 19'56" : Wagenhoffer assisté de Dubuc et Sadoun (double sup. num.)
2-3 à 25'14" : Laberge assisté de Bartos et Mi. Kristin (sup. num.)
2-4 à 28'53" : A. Olsson assisté de Biniek et To-Landry
2-5 à 44'01" : Kristin assisté de Laberge
2-6 à 45'15" : Lebey assisté de Franck et Ma. Kristin
2-7 à 54'25" : To-Landry assisté de Millerioux et Dufek
2-8 à 58'38" : Raibon assisté de Lebey et Breton


Neuilly-sur-Marne

Gardien : Kevin Beech.

Défenseurs : David Vsetecka - Maxime Dubuc ; Jozef Wagenhoffer - Jonathan Lafrance ; Clément Rey - Arthur Cuzin.

Attaquants : Kevin Guimbard - Stanislav Polodna - Gabriel Da Costa ; Denis Kadic - Loïc Sadoun (C) - Lukas Pek ; Marc Slupski - Léo Cuzin - Julius Sinkovic.

Remplaçants : Rémi Husson (G), Jérémy Fritsch, Leyland Plaire.

Lyon

Gardien : Matej Kristin.

Défenseurs : Oliver Styf - Martin Millerioux ; Martin Dubek - Jules Breton.

Attaquants : Alexander Olsson - Nicolas Biniek - Vikhael To-Landry ; Elie Raibon - Timothée Franck - Julien Lebey ; Martin Bartos - Jonathan Laberge - Miroslav Kristin.

Remplaçants : Adrien Morel-Hervillard (G), Thomas Lapointe, Mathieu Touveron, Charly Cirgues, Léo Girod, Arnaud Magallon, Frédéric Figon.