Présentation de la KHL 2013/14 : division Kharlamov

SVITOV Alexander-120520-373Il faut toujours prendre garde à ce que les déclarations intempestives ne reviennent pas comme un boomerang quelques années plus tard. En revenant à l'Ak Bars Kazan, Aleksandr Burmistrov était attendu avec un sourire en coin. Tout le monde se souvenait qu'il avait déclaré il y a trois ans préférer la NHL parce que la KHL était une "ligue pour les joueurs âgés". À croire qu'il se considère déjà comme un vieux à même pas 22 ans ! Le prétexte du trou de mémoire ne tenant plus face à des archives implacables, il a été obligé de préciser sa pensée a posteriori : il ne voulait pas offenser la KHL, mais simplement souligner que les clubs russes ne font pas assez confiance à leurs jeunes...

C'est vrai pour les juniors, mais les trois années passées en NHL ont apparemment débarrassé son club formateur des prévenances à l'égard de Burmistrov. C'est en effet le plus jeune joueur à avoir été enregistré comme "joker hors plafond salarial" : on imagine donc que la rémunération proposée a joué un rôle dans ce revirement d'opinion. L'autre motif, c'est qu'il était barré pour les deux premières lignes à Winnipeg et qu'il veut se montrer pour participer aux Jeux olympiques de Sotchi.

Quoi de mieux que Kazan, ancien club du sélectionneur national Zinetula Bilyaletdinov, dont l'adjoint Valeri Belov entraîne toujours l'équipe, pour mettre toutes les cartes de son côté pour être sélectionné pour les JO les plus chers de l'histoire ? C'est le même raisonnement qu'a tenu Aleksandr Svitov, centre de la quatrième ligne aux derniers Mondiaux. Et le triple champion du monde Aleksei Tereshchenko est toujours là, puisqu'il a signé à 32 ans un nouveau contrat de trois saisons. Comme aune de comparaison, on ne peut pas rêver mieux : trois centres potentiels pour l'équipe de Russie se retrouvent dans le même club !

De ce fait, Kazan a pu recruter des étrangers aux ailes : Tim Stapleton, le meilleur marqueur du Dynamo Minsk qui peut jouer centre ou ailier, et deux joueurs de NHL, l'Américain Chris Bourque et le Tchèque Tomas Vincour. L'international finlandais Janne Pesonen est toujours présent. S'y ajoute un renfort de la sélection olympique élargie, Mikhaïl Varnakov. La défense s'est aussi enrichie de Shaun Heshka, le Canadien élu meilleur défenseur en élite finlandaise.

Pour faire oublier rapidement le légendaire duo Zaripov-Morozov, Kazan a donc mis les moyens : l'attaque est rajeunie avec des joueurs qui montent en puissance, et les Tatars veulent clairement rebâtir une nouvelle place forte.

 

ZARIPOV Danis-110512-522Le Metallurg Magnitogorsk continue de miser sur des entraîneurs nord-américains, même si cela lui aura apporté peu de succès. Les négociations pour un retour aux affaires de l'ancien duo d'entraîneurs nationaux Bykov-Zakharkin étaient pourtant avancées, mais le grand patron Rashnikov a refusé leurs demandes salariales. Un des atouts des entraîneurs canadiens est en effet leur prix : eux se contentent de moins d'un million de dollars, même les plus célèbres.

Mike Keenan est en effet un nom qui marque, voire qui faisait peur. Il dirigeait à Philadelphie puis à Chicago les équipes les plus physiques de la NHL, avant de conduire en 1994 les New York Rangers à leur seule Coupe Stanley depuis la guerre. Keenan dit s'être assagi avec les années. Il est devenu un homme de réflexion, qui officie depuis quatre ans comme analyste pour la chaîne de télévision NBC.

Keenan sera vite mis au parfum : après quatre années sans médailles, Magnitka veut absolument faire un grand cadeau pour la vingtième année de présidence de Viktor Rashnikov, directeur du puissant combinat métallurgique dont le club est l'émanation. Le meilleur signe de cette ambition est l'acquisition de Vassili Koshechkin, jugé trop cher même par le SKA. Il est désormais le gardien le mieux payé de KHL. On parle de cinq millions de dollars par saison.

Autres recrues-phares, Danis Zaripov, qui n'a pas dit son dernier mot à 32 ans, et Jan Kovar, le meilleur marqueur des play-offs tchèques. Ils se joignent au buteur-vedette Sergei Mozyakin pour former une offensive redynamisée. Une offensive qui peut compter sur le soutien de Chris Lee : meilleur pointeur des défenseurs en DEL puis en élite suédoise, le Canadien réussira-t-il la passe de trois dans un nouveau championnat ?


 
KUZNETSOV Yevgeni-120520-383Le Traktor Chelyabinsk a été bien avisé de prolonger les contrats de la plupart de ses joueurs avant les play-offs. Ils auraient pris de la valeur après avoir atteint la finale de KHL. Le plus important est évidemment d'avoir conservé Evgeni Kuznetsov, qui a changé son numéro 92 (référence à son année de naissance) en numéro 84. Les Capitals de Washington en ont assez d'attendre et veulent le voir dans leurs rangs en 2014/15, et le seul moyen de persuader Kuznetsov de rester dans sa ville natale serait un contrat très long. Si 2013/14 est sa dernière saison, elle est en tout cas mal partie : le jeune ailier a confessé sa "honte" après avoir terminé le match d'ouverture avec une fiche de -4, puis il s'est blessé à la première minute du deuxième match sur une mise en échec légale de Rybin. Il doit soigner à nouveau son épaule en Allemagne, où il avait déjà été opéré. Son absence pour trois mois paraît sonner le glas de sa participation aux JO de Sotchi, mais il veut toujours y croire.

La blessure de Kuznetsov n'ampute pas seulement la première ligne qu'il devait former avec Jan Bulis et Stanislav Chistov. Elle complique toutes les compositions d'équipe. Un nouveau règlement de la KHL impose deux joueurs nés après 1992 et deux joueurs nés après 1993 sur la feuille de match. Sans les deux super-talents locaux Evgeni Kuznetsov et Valeri Nichushkin (né en 1995 mais déjà parti en NHL), l'entraîneur Valeri Belousov estime ne pas avoir de jeunes prêts à jouer à ce niveau. Il s'en tire en laissant des jeunes cirer le banc, dont un second gardien junior : l'autre évolution réglementaire selon laquelle un portier étranger peut jouer sans restriction arrange en revanche Belousov, qui a toute confiance en Michael Garnett.

Belousov est un entraîneur à l'ancienne, toujours prompt à calmer l'impatience des jeunes. Ses systèmes très soviétiques conviennent en revanche mieux à des hockeyeurs techniques comme le centre Anton Kuryanov (ex-Omsk) et l'ailier letton Lauris Darzins (ex-Kazan).

La principale faiblesse du Traktor est la défense, qui a perdu le vétéran américain Deron Quint. On espérait avoir gagné en mobilité avec Aleksandr Guskov et Renat Mamashev, mais cela n'est pas si évident. Arrivé en tant que meilleur compteur des défenseurs de KHL, Mamashev éprouve toutes les peines du monde à confirmer son explosion de la saison dernière. Il a même été envoyé dans l'équipe-ferme de VHL, le Chelmet Chelyabinsk. Une difficulté à confirmer qui ne concerne pas que lui, mais tout le collectif ouralien.

 

IMMONEN Jarkko-120504-452Le Torpedo Nijni Novgorod a été transféré dans la conférence est du fait de l'afflux de clubs à l'ouest. Un déménagement qui allonge ses déplacements mais lui assure certainement un retour en play-offs. Il n'y a pas que la division géographique qui ait changé. Tout est nouveau, même – et surtout – le coach. Le Torpedo avait initialement essayé d'engager Dmitri Kvartalnov, l'entraîneur du Sibir Novosibirsk, qui n'était pas disponible, et s'est finalement rabattu sur son adjoint, Peteris Skudra.

Le Letton de 40 ans n'était pas une célébrité, même dans son pays, car il n'a jamais été titulaire en équipe nationale. Mais il a très vite fait parler de lui dans sa nouvelle fonction, car il ménage aucun interlocuteur, ni les journalistes ni les joueurs que l'on dit froissés. L'agressivité n'est pas qu'en parole. Le credo de Skudra, c'est un hockey physique, où tout le monde finit ses mises en échec, et offensif, où les cinq joueurs participent à l'attaque.

Qui dit nouvelle philosophie dit nouveaux joueurs, avec 15 départs pour 19 arrivées. Le Torpedo a recruté des hockeyeurs motivés, notamment de ceux qu'on avait peut-être trop vite oubliés. Qui se souvient de Piotr Schastlivy, capitaine de la Russie gravement blessé aux Mondiaux de Moscou 2007 ? Qui a encore en mémoire que Georgi Gelashvili a conduit Yaroslavl en finale de KHL en 2009 ? Qui croit encore en Denis Parshin, porté disparu depuis son échange du CSKA à Kazan ? Skudra, lui, se rappelle avoir souffert de la technique de Parshin à l'entraînement quand il gardait les cages du club militaire, et il est certain que le jeune papa a mûri sans avoir rien perdu de sa vitesse. Il estime aussi que le défenseur Vadim Khomitsky, autre vieille connaissance du CSKA, a des qualités offensives qui n'étaient plus exploitées à Ufa.

Tout cela peut faire une sacrée équipe, surtout qu'il faut ajouter trois Finlandais, dont le meilleur marqueur des championnats du monde 2011 Jarkko Immonen, et deux Canadiens arrivant de NHL, le centre défensif Tim Brent et l'ailier Wojtek Wolski, deux joueurs a priori idéaux pour le nouveau style de Skudra.

 

RADIVOJEVIC Branko-120515-266Pour la troisième fois de sa carrière, Vladimir Krikunov est de retour au Neftekhimik Nijnekamsk. À chacun de ses passages, l'ancien entraîneur d'équipes nationales (Slovénie, Bélarus, Russie) est resté trois ans et a atteint au moins une fois les quarts de finale. Ce serait un beau challenge, et c'est ce qui a manqué l'an passé pour couronner une bonne saison. Les Tatars savent que c'est en fin de championnat que l'on fait le bilan, et sont lassés d'être performants en août en pré-saison pour ensuite échouer au printemps. La préparation intensive à la mode Krikunov devra viser plus loin. Mais avec la concurrence supplémentaire du Torpedo, il faut déjà aller en play-offs.

Le Neftekhimik a perdu son meilleur marqueur, Renat Mamashev, qui n'était autre qu'un défenseur. Sous Krikunov, la production offensive devrait surtout revenir aux attaquants. Un vrai talent a en effet été embauché avec Vyacheslav Anisin. Le petit prince du bel canto a subi une extinction de voix forcée la saison passée, pâtissant de déclarations intempestives au sujet du staff du Dynamo. C'est dans la discrétion d'une petite ville de province, où il pourra vainement chercher l'opéra, qu'Anisin devra relancer sa carrière en silence.

Autre joueur ayant gagné à Moscou une réputation de frondeur, l'ex-Spartakiste Branko Radivojevic rejoint son compatriote Martin Cibak, qui n'est autre que le capitaine du Neftekhimik. Radivojevic remplace ainsi le Tchèque Netik, tandis que les autres renforts étrangers sont toujours là : le centre international tchèque Petr Koukal et le colosse finlandais Oskar Osala. Après la retraite de Maksim Sokolov (aujourd'hui entraîneur des gardiens à l'Atlant), le gardien canadien Matt Dalton devra dorénavant partager la cage avec Aleksandr Sudnitsin, héros des play-offs de VHL 2011 qui fait donc deux ans plus tard ses grands débuts en KHL.

 

YugraAndrei Belmach venait initialement du hockey sur glace, mais c'est dans le volleyball qu'il a acquis sa réputation. Il dirigeait les deux clubs d'Odinstovo (banlieue de Moscou), et a atteint la finale de la Ligue des Champions chez les hommes comme chez les femmes. Le club féminin a aussi été deux fois champion de Russie, par contre le club masculin vient d'être relégué. Belmach, pour sa part, vient d'être engagé comme nouveau directeur sportif du Yugra Khanty-Mansiysk.

Ses premières déclarations tracent un grand projet : "Un des objectifs de notre staff est de faire du Yugra une école de champions. Dans nos avant-postes du nord, nous n'avons que la volonté. Des garçons jouant avec des étincelles dans les yeux apparaissent dans les régions les plus rudes du pays. Tout le monde se souvient qu'Andrei Nikolishin a commencé sa carrière de hockeyeur à Vorkuta, et Sergei Fedorov à Apatity. Maintenant, c'est à Khanty-Mansiysk que les futures stars du nord se transformeront dans les nouveaux Fedorov."

Pour l'instant, il n'y a guère de  futurs hockeyeurs à Khanty-Mansiysk. Le club n'existe que depuis sept ans, néanmoins, malgré sa position dans la capitale du pétrole russe, il se comporte comme devrait se comporter un club formateur, en maintenant un effectif stable. Les rares noms connus (Masalskis, Demagin, Glazachev et le capitaine Anton But) ne sont plus là, mais ce n'est pas pour autant que le Yugra est à écarter des pronostics. L'essentiel est d'avoir un collectif, et il peut même compter sur un retour, celui de Mikhaïl Yakubov, qui a pu constater à Magnitogorsk que le temps de jeu dans un grand club n'est pas garanti. Il est revenu à Khanty-Mansiysk nanti du statut de nouveau capitaine.

 

LEPISTO Sami-110512-041Cela fait quatre ans que l'Avtomobilist Ekaterinbourg joue en KHL, mais il ne suit pas une pente ascendante, tout au contraire. Il s'enfonce chaque année un peu plus bas et voit son total de victoires diminuer : 8 seulement la saison dernière.

L'arrivée de Leonid Vaisfeld comme directeur sportif doit marquer normalement un nouveau départ. Pour autant, le club ouralien ne séduit guère et a toute une réputation à refaire. Il n'a même pas réussi à remplir son quota d'étrangers (5) au début de la saison. Pas évident pour un hockeyeur venu d'ailleurs de débarquer chez la lanterne rouge de KHL, dans une équipe où il ne connaît personne !

En effet, les étrangers qui ont voulu venir viennent tous de pays différents : le plus connu est Sami Lepistö, l'international finlandais, mais il y a aussi un Suédois en défense, Tobias Viklund. La recrue la plus importante pourrait bien être le gardien Jakub Kovar, doté d'excellentes statistiques en Extraliga tchèque. L'adaptation la plus difficile a été celle du Canadien Éric Bélanger. Il était un peu surprenant de voir ce vétéran qui a fait toute sa carrière en NHL (861 matches, 365 points) débarquer ainsi dans ce petit club peu attractif, mais il n'avait plus trop le choix, viré par Edmonton après le déclin rapide de ses performances. Après une pré-saison prometteuse, il n'a pas réussi à inscrire un seul point en sept rencontres officielles et a fait part aux dirigeants de son mal-être. Il a donc mis un point final à sa carrière, remplacé par… un autre Canadien, Anthony Stewart, tout juste recalé au camp de San José. S'adaptera-t-il mieux ?