Épinal - Brest (Ligue Magnus, 5e journée)

Mieux vaut tard que jamais !

DupontTreize ans qu'Albatros et Dauphins ne s'étaient plus volé dans les plumes. Treize ans, déjà, que le "petit prince" Tomáš Myšička gratifiait Poissompré de ses exploits et prenait une part active dans les deux victoires acquises aux dépends du futur champion brestois (5-4 et 5-3)...

Tout ceci ne nous rajeunit pas. Mais ces faits d'armes, s'ils commencent à dater, nous rappellent que le dernier succès breton dans la Cité des Images remonte à la grande époque des Roger Dubé, Benoît Groulx et autres Tom Hartogs, qui firent les beaux jours du club cher à Briec Bounoure... et le malheur des jeunes coéquipiers de "Féfé" Marciano, surclassés (10-0) un soir de novembre 1996.  Les rapports de force étaient alors disproportionnés entre un promu spinalien désargenté et cette grosse cylindrée généreusement financée qui trôna, durant deux ans (de 96 à 97), au sommet du hockey français. Avant de se saborder...

Fines crosses tricolores et étrangères s'entrechoquèrent donc dans le Finistère, où l'an passa ces dix années passées à batailler dans les divisions inférieures. Mais après quelques déconvenues (et trois finales perdues), les portes de l'élite se sont ouvertes aux hommes de Sébastien Oprandi. Les Avenel, Pain, Carlsson et autres Poulin, piliers d'un groupe placé sous le signe de la continuité. Et toujours porté par l'efficacité du fameux duo Pard-Croteau, menace toute trouvée pour ces Dauphins si performants en Coupe de la Ligue... qu'on en oublierait presque leur statut de mal classé en championnat, où ils restent sur quatre défaites en autant de journées (et toujours sur le plus petit des écarts) !

Ce provisoire ne devrait pas durer compte tenu du potentiel et des moyens dont disposent les Spinaliens, bientôt rejoints par Mario Larocque (leur ultime renfort canadien). À moins que ces Brestois restant sur deux succès d'affilée en championnat (à Chamonix et devant Villard-de-Lans) ne poursuivent sur leur lancée... et refassent le coup des précédents promus Mulhouse et Neuilly, vainqueurs à Poissompré ces deux dernières années !

MeilleurUn tel camouflet serait assurément du plus mauvais effet et personne, ici, n'espère voir l'histoire se répéter. Et surtout pas les premiers concernés, ces Dauphins étonnement fébriles et approximatifs, comme si l'obligation de résultat les empêchaient de pleinement se libérer (comme ils savent si bien le faire en Coupe de la Ligue). À croire que l'enjeu tue le jeu côté spinalien, où l'on souffre de l'incessant pressing d'attaquants (et des frères Avenel notamment) s'employant à faire déjouer des locaux que l'on a connu plus inspirés...

Les Albatros, qui s'annonçaient difficiles à manœuvrer, laissent volontiers le contrôle du palet.... pour mieux contre-attaquer ! Assurément leur grande spécialité comme en témoigne cette récupération de Croteau, en infériorité, servant de rampe de lancement à Pard, côté gauche, qui finit par lui remettre au centre. Mais la passe du buteur canadien, mal ajustée, termine dans les patins dans l'ancien mulhousien (05'39"). Ce n'est que partie remise pour les deux Québécois, grands animateurs d'une attaque privée d'Erwan Pain (blessé samedi dernier), mais bien soutenue par des arrières parvenus à tuer la première pénalité de la soirée sans concéder le moindre lancer !

Trois claques...

Michaël Dupont, le gardien canadien né en Suisse (où son père, Normand, était venu faire trembler les filets au crépuscule de sa carrière), n'est donc guère inquiété. Contrairement à Andrej Hočevar, sollicité sur une échappée de Jaroslav Prošvic (07'06") et vigilant sur une reprise à bout portant de David Croteau (08'33"). Une action initiée par l'inévitable Nicholas Pard, qui aura bien travaillé derrière la cage pour servir son compère, plus en réussite, par la suite, sur la première supériorité numérique bretonne de la soirée. Croteau, totalement démarqué dans l'enclave, adressant un lancer transperçant la mitaine d'Hočevar, qui aura freiné la course du palet... sans pour autant l'empêcher de mourir au fond des filets (0-1 à 10'01").

Coup de froid sur Poissompré, où la décision d'emprisonner Francis Meilleur ne fera pas l'unanimité. L'intervention du défenseur canadien, qui s'était jeté pour enrayer l'échappée de Pard (13'11"), ne paraissant pas illicite vu des gradins. Ni même aux yeux de l'intéressé, également puni d'une méconduite pour avoir manifesté son mécontentement. Une bien mauvaise nouvelle pour l'arrière-garde spinalienne, qui n'apporte pas d'énormes garanties et se voit prise à défaut sur un slap d'Holík qu'Hočevar repousse à sa droite. Le Slovène laisse une cage grande ouverte à Nicholas Pard... mais rattrapant bien le coup en se mouvant suffisamment rapidement pour détourner ce tir puissant (15'04"), dans son style instinctif si caractéristique !

CroteauLa pression s'intensifie devant la cage d'Hočevar, livré à lui-même devant Prošvic, qui paraît surpris de se retrouver si bien placé et rate une occasion grandeur nature par manque de spontanéité (17'00"). Une tergiversation que les Brestois ne vont cependant pas regretter bien longtemps. Les parades successives d'Hočevar, littéralement mitraillé (malgré l'abnégation sans faille d'Ouimet), n'empêchent pas Croteau de reprendre un palet traînant dangereusement dans la zone de vérité pour nettoyer le haut du filet (0-2 à 17'20")...

Punis de leurs manquements défensifs, les Spinaliens rentrent donc au vestiaire doublement menés, avec deux tiers pour rectifier le tir. Mais le pire, pour eux, est à venir avec ce palet mis en retrait que Peter Slovák tarde à récupérer. Une relative lenteur profitable à Nicholas Pard, qui fait parler sa pointe de vitesse pour le "coiffer au poteau" et s'emparer d'une rondelle qu'il transmettra ensuite au centre, vers un David Croteau s'offrant un parfait coup du chapeau (0-3 à 20'31"). Littéralement déposé sur cette action, le Slovaque regagnera le banc... pour ne plus en ressortir ! Le polyvalent Victor Pivron est par la suite désigné pour le remplacer au côté de Martin Charpentier.

... puis le déclic !

Touchés, mais pas encore coulés, les Dauphins redeviennent dangereux sous l'impulsion d'un Benjamin Breault décidé à prendre les choses en mains. Le virevoltant québécois sonne la charge d'une accélération côté gauche, éliminant Poulin en un-contre-un pour repiquer vers la cage et tenter, en vain, de glisser la rondelle entre les jambières de Dupont (23'03").

Le portier brestois remet ça peu après devant ce même Breault, venu à lui après s'être joué d'Holík (25'03"), mais tellement isolé sur le front de l'offensive qu'il lui faut jouer en solo. Pas l'idéal pour forcer le verrou breton, qui va néanmoins céder sur un rebond d'Hordelalay - pourtant dans un angle très fermé - consécutif à un slap du "revenant" Francis Meilleur (1-3 à 25'39").

SlovakPetit à petit, les Dauphins redressent la barre. Et reprennent espoir, accentuant leur domination et soufflant sur les "Breizh" en provoquant de "chauds" rebonds, qui restent toutefois inexploités. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer, à l'image d'un Dominic Perna lancé par Benjamin Breault (mais gêné dans son approche par Aïna Rambelo, 27'33") ou d'un Ján Plch crochetant Daniel Carlsson sans pour autant éviter l'obstacle suédois. L'ex-Rouennais parvient à bloquer son lancer excentré (31'35")...

Le salut spinalien vient finalement d'Anže Kuralt, qui se venge d'un break raté (31'11") en tirant sur réception d'une passe de Ján Plch (2-3 à 31'47"). La reprise du Slovène, légèrement déviée, déjoue la vigilance d'un Dupont s'efforçant de préserver une avance fondant comme neige au soleil. Un pécule encore fragilisé par la stupide pénalité récoltée par Nicholas Pard, puni pour s'en être pris à Maxime Ouimet sur un regroupement né d'un contre de David Croteau avorté par le défenseur canadien des Dauphins (32'38").

Cette nervosité mal placée est lourde de conséquence pour ses coéquipiers, poussés dans leurs derniers retranchements et forcés d'affronter un powerplay emmené par ce diable d'Anže Kuralt. Un "serial buteur" qui fait encore parler la poudre en reprenant la petite passe de Sušanj pour ajuster la lucarne opposée, d'un maître-tir aussi précis que puissant (3-3 à 33'27").

Les Dauphins reviennent de loin, sortis de l'ornière par un doublé de leur "super" ailier slovène, en forme "olympique" à cinq mois des Jeux de Sotchi ! Mais gare à ces vagues successives, qui déferlent à présent sur la cage bretonne... et peuvent à tout moment se transformer en bonne opportunité avec de tels contre-attaquants. Aussi Benjamin Breault se fait-il chiper le palet en zone offensive par Jonathan Avenel, relayé par Nicholas Pard puis David Poulin, qui part à l'abordage pour mieux servir David Croteau, bien placé près du gardien. L'action est rondement menée. Brest croit pouvoir marquer... mais c'est sans compter sur le retour salvateur de l'excellent Francis Meilleur (35'09") !

Parfait au côté du solide Ouimet, qui n'hésite pas à faire le ménage pour écarter toute forme de danger, Meilleur tire son épingle du jeu et ne cesse de s'affirmer comme un maillon fort du collectif spinalien. L'ancien défenseur des Las Vegas Wranglers (en ECHL) est même devenu indispensable à la bonne marche des Vosgiens, parvenus à rendre inopérant le jeu de puissance brestois (rappelé sur un accrocher de Petrák à 36'59") et à se procurer deux belles occasions en toute fin de période. Kuralt, trop court pour reprendre le centre de Plch (39'36"), se muant en passeur pour son aîné, dont la tentative est stoppée sans coup férir par un inflexible portier (39'59").

carlssonTout reste donc à faire dans ce troisième tiers, démarré sur plusieurs alertes d'individualités brestoises retrouvées. Nicholas Pard attaquant la cage au retour des vestiaires (40'56") avant de combiner avec Michal Dian, qui verra son tir contré par Gašper Sušanj (43'44"). Puis arrive cette incursion de Pierre-Charles Hordelalay, retenu par Quentin Berthon... mais également sanctionné pour avoir ensuite accroché l'ancien junior rouennais (45'17").

Michal Dian, trop insistant dans son pressing sur Yoann Chauvière, est lui aussi pénalisé dans la foulée (46'48"), pour nantir l'ICE d'un court avantage numérique. Une poignée de secondes permettant à l'ICE  de faire suer une défense dépassée par cette reprise de Breault, au second poteau, sur un centre tendu de Perna. Mais sauvée par la réactivité de Michael Dupont (47'01"), également présent sur la tentative d'un Steven Cacciotti ayant bénéficié d'un dégagement du revers raté par Thomas Evans (47'26").

Petrák force la décision

Sortant sa panoplie de grand gardien, Dupont s'érige en muraille infranchissable devant le filet, maintenant le navire à flot en se rattrapant de tous ses rebonds. Au fort de la domination spinalienne, le portier canado-suisse va pourtant quitter ses coéquipiers, regagnant son banc à la grande surprise de spectateurs croyant cette sortie dictée par une blessure.

Mais Arnaud Goetz ne fera qu'un passage-éclair sur la glace de Poissompré, restant moins d'une minute en jeu avant de céder sa place au titulaire, rappelé pour affronter un powerplay spinalien né d'un retard de jeu sifflé à l'encontre de David Poulin (49'05"). La pénalité de trop pour les Bretons, battus sur un enchaînement de passes initié et conclu, de près (et avec beaucoup de réussite), par Michal Petrák, qui voit son centre involontairement dévié par le gardien (4-3 à 50'50")...

Cette fois, le plus dur est fait. Du moins le pense-t-on car ce but ô combien libérateur réveille les ardeurs d'Albatros fermement décidés à rentabiliser ces quelques 940 km avalés, du Rïnkla Stadium à la patinoire de Poissompré.

Sentant le match leur échapper, ils repartent donc à l'assaut d'une cage bien gardée mais laissent passer leur chance d'égaliser en dépit d'une ultime supériorité (55'07"). Sébastien Oprandi n'aura donc pas d'autres choix que de sortir son gardien (58'43"), persistant à le garder sur le banc malgré la pénalité récoltée par Croteau (59'30"), qui donnera lieu à une mise au jeu en zone défensive... et devant des filets désertés ! Une cage vide préalablement ratée par un Benjamin Breault ayant expédié son tir des poignets... sur le poteau (59'27") !

Kuralt4Poussés par leur public, les Vosgiens arriveront à leur fin en profitant d'une passe en retrait mal ajustée (de Dian vers Pard) pour donner plus d'ampleur à ce score étriqué. Michal Petrák ne ratant pas la cible (5-3 à 59'57"), à la plus grande joie de spectateurs passés par toutes les émotions. Mais n'ayant jamais cessé d'encourager leurs protégés, qui ont su refaire surface pour gagner le match à ne pas perdre.

Kuralt, la nouvelle "arme fatale" d'Épinal ?

Difficile de ne pas insister sur le rôle essentiel tenu par Anže Kuralt dans le succès de cette "opération remontée". Danger permanent capable de "dynamiter" n'importe quelle défense a tout moment, l'ailier slovène s'affirme, de match en match, comme l'attaquant numéro un des Dauphins (Benjamin Breault, s'il ne démérite jamais, n'étant pas si bien entouré). Pas étrangère à ce degré de performance élevé, son association avec Ján Plch et Michal Petrák fut encore, ce soir l'un des éléments moteurs d'une formation spinalienne toujours trop inconstante, mais ne s'avouant décidément jamais vaincue grâce à sa force de caractère.

En s'appuyant essentiellement sur leur gardien (Michaël Dupont) et leurs tous meilleurs attaquants (Nicholas Pard et David Croteau), les combatifs Albatros ont bien failli perpétuer la "malédiction" des promus. Failli, seulement, car ces Dauphins "renversants" en ont décidé autrement...

Réactions d'après-match (dans Vosges-Matin) :

Raphaël Marciano (entraîneur d'Épinal) : "On a montré que l'on avait du caractère, mais on s'est fait vraiment peur. On ne pourra pas faire cela à chaque fois car ça ne passera pas toujours. Les joueurs ont cravaché et c'est très bien. On est aussi revenu sur la condition physique et on l'a vu dans le troisième tiers temps. À partir du moment où on a réussi à imposer notre rythme, cela a été mieux."

Sébastien Oprandi (entraîneur de Brest) : " C'est dommage car il y avait des points à aller chercher. On a mené 3-0 alors que j'avais senti que nous n'étions pas trop dedans à l'échauffement. On a pris trop de pénalités dont certaines que l'on peut déplorer et qui sont discutables. Peut-être que le public a influencé ça mais on sait que cela peut arriver à l'extérieur. On est aussi sorti de notre plan de match."

 

Épinal - Brest 5-3 (0-2, 3-1, 2-0)
Samedi 12 octobre à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 100 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez assisté de Jérémy Metais et David Courgeon.
Pénalités : Épinal 18' (2'+10', 2', 4') ; Brest 24' (2', 4', 8' + 10').
Tirs : Épinal 37 (5, 16, 16) ; Brest 23 (8, 9, 6).

Évolution du score :
0-1 à 10'01" : Croteau assisté de Holík et Pard (sup. num.)
0-2 à 17'20" : Croteau assisté de Pard
0-3 à 20'31" : Croteau assisté de Pard
1-3 à 25'49" : Hordelalay assisté de Meilleur et Leroy
2-3 à 31'47" : Kuralt assisté de Plch et Chauvière
3-3 à 33'27" : Kuralt assisté de Sušanj et Chauvière (sup. num.)
4-3 à 50'50" : Petrák assisté de Kuralt et Plch (sup. num.)
5-3 à 59'53" : Petrák assisté de Ouimet et Kuralt (cage vide)

 

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar.

Défenseurs : Maxime Ouimet (A) - Francis Meilleur [Pivron de 13'11" à 23'11"] ; Gašper Sušanj - Yoann Chauvière ; Peter Slovák [puis Victor Pivron à partir de 24'] - Martin Charpentier.

Attaquants : Steven Cacciotti (C) - Benjamin Breault - Dominic Perna ; Anže Kuralt - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Anthony Rapenne - Pierre-Charles Hordelalay - Fabien Leroy.

Remplaçants: Pierre Mauffrey (G), Kevin Benchabane, Yannick Offret, Romain Mauffrey. Absents : Maxime Martin et Nicolas Ravel (D3).

Brest

Gardien : Michaël Dupont, remplacé par Arnaud Goetz de 48'59" à 49'05" (et sorti de sa cage à 58'43" à 59'53").

Défenseurs  : Daniel Carlsson (C) - Thomas Evans ; Vladimir Holík - David Poulin ; David Hennebert (A) - Gaëtan Cannizzo.

Attaquants : Michal Dian - Jaroslav Prošvic (A) - Graham Avenel ; Jonathan Avenel - David Croteau - Nicholas Pard ; Aïna Rambelo - Nicolas Motreff - Quentin Berthon, Valentin Dumélié.

Remplaçant : Aurélien Gréverend. Absent : Erwan Pain (blessé).