Enquête sur les agents sportifs : 1- un panorama sur la fonction

« Parlez-en à mon agent ! » Une réplique bien connue dans le monde du sport, entre stars du foot et champions NBA, mais beaucoup moins quand on parle de hockey français. Et pour cause ! Le milieu des agents de joueurs est un monde véritablement méconnu du grand public.

Pourtant, il existe réellement dans le domaine du hockey sur glace, et au-delà des ligues nord-américaines cela constitue en France un petit réseau qui méritait bien un coup de projecteur. Nous avons souhaité mettre en avant ce domaine d’activité du hockey français dans une chronique en trois temps. Pour cela, nous avons fait appel à Stéphane Baills, ancien gardien de but et agent sportif licencié à la FFHG. Dans ce premier article, nous vous proposons une présentation du monde des agents de joueurs, un « état des lieux » de la situation en France et des explications nécessaires sur les règlements en la matière et sur les responsabilités de ces acteurs discrets mais si importants dans le hockey français.


La petite histoire d’une fonction atypique

Quand est apparue la fonction d’agent sportif ? Répondre précisément à cette question relèverait de l’utopie. En effet, à partir du moment où les liens entre sportifs et clubs ont été régis par des contrats, le sport a revêtu un caractère commercial. Et quand il y a du commerce, il y a forcément des intermédiaires ! Le sport, et en l’occurrence celui qui nous intéresse, ne déroge pas à cette règle. En ce sens, quelque part cela a « toujours » existé. Néanmoins, la rapide professionnalisation des sports principaux, notamment le football, a généré un besoin de régulation et conduit à la création d’un nouveau métier, celui d’agent sportif, dans le but de gérer au mieux les conditions d’intervention des personnes souhaitant jouer les intermédiaires. Le hockey sur glace a suivi cette logique, et en Amérique du Nord par exemple, les agents se sont multipliés. Par la suite, le milieu a évolué en générant la création d’agences sportives. Ces agences ont permis de développer l’idée de base, en permettant à différents agents de collaborer entre eux au sein d’une même organisation, mais aussi avec d’autres professionnels au rôle primordial dans le milieu, comme les avocats spécialisés en droit du sport ou autres conseillers (finances, préparation physique, coaching mental, ...). Aujourd’hui, certaines agences sportives sont de véritables entreprises et regroupent parfois des agents spécialisés dans différents sports.

De même, la fonction d’agents ne nécessite pas forcément une totale indépendance envers les fonctions sportives d’un club de hockey. Ainsi l’écossais Gareth Chalmers, agent sportif pour le groupe “9 Hockey Management”, est en outre “directeur des opérations Hockey” pour le club écossais du Braehead Clan (EIHL). Une pratique totalement illégale dans l’hexagone.

Et d’une manière générale, en France, le constat n’est pas du tout celui-ci. Avec les premiers contrats, certains joueurs se sont naturellement entourés de « personnes de bons conseils », au sein de leur famille ou parmi leur entourage proche. Egalement, depuis un certain nombre d’années, des joueurs étrangers ont rejoint le championnat de France sur les recommandations d’intermédiaires ou d’agents du même pays (officiels ou non), à l’époque où finalement il n’y avait qu’une feuille blanche dans ce domaine au sein des instances du hockey français, profitant d’ailleurs pour certains de ce vide réglementaire pour tenter d’imposer leurs propres conditions. Et c’est justement cette absence de règles en la matière qui a conduit, en France, un certain nombre de personnes à vouloir s’improviser « agent de joueurs » il y a déjà une petite quarantaine d’années. La situation est restée floue pendant ce temps passé, et ce n’est que récemment, depuis la saison sportive 2009-2010, que les instances fédérales se sont conformées à la réglementation française en vigueur en délivrant, au printemps 2010 et après examen, les deux premières licences d' "agent sportif FFHG de hockey sur glace & ringuette" à Stéphane Baills et Jonathan Zwikel.

C’est donc en 2010 qu’est apparue la première promotion d’agents FFHG. Les modalités d’obtention de la licence sont régies par un règlement disponible auprès de la fédération. D’une manière générale, l’obtention se passe après le passage d’un examen en deux épreuves : la première épreuve écrite, dépendante du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), permet d’évaluer les aptitudes des candidats dans des domaines d’ordre juridique au sens large (droit social, droit fiscal, droit des contrats, etc.). En cas d’obtention de la moyenne, le candidat passe alors une seconde épreuve dépendante celle-ci de la FFHG qui porte cette fois sur la réglementation sportive et les institutions fédérales du hockey français et international. Le candidat obtenant alors la moyenne à la seconde épreuve se voit délivrer sa licence officielle, sésame donnant droit d'exercer comme agent sur le territoire français.

On pourrait penser alors que les licences d’agents ont pullulé depuis 2010, mais en réalité il n’en est rien. À ce jour, la France compte en tout et pour tout quatre agents officiels FFHG. Ces agents ne sont autres que Stéphane Baills, Jonathan Zwikel, Dragan Percevic et Dorian Auzou. Ces agents (plus ou moins actifs dans le milieu du hockey français) ne se partagent pourtant pas « le gâteau » à eux quatre, bien au contraire. Ils demeurent minoritaires dans un milieu où les agents étrangers suivent souvent les joueurs avec lesquels ils sont sous contrat, mais aussi où les intermédiaires non déclarés continuent « d’exercer ». Ainsi, en France, outre les agents officiels sous licence, on peut compter une bonne vingtaine d’intermédiaires (voire plus) qui font fonction, certains plus ou moins déclarés comme tel, d’autres non. Ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes.

Des difficultés de toutes parts…

En effet, au sujet des intermédiaires officieux, entendons par là qu'ils sont sans licence, s’il faut souligner que pour certains d’entre eux la relation avec les agents officiels se passe en bonne intelligence (des personnes qui exercent depuis 15 ou 20 ans, en respectant les usages et qui n’ont simplement pas fait la démarche du passage par l’examen), ce n’est pas forcément le cas pour tous les intermédiaires. D’autres profitent clairement de l’absence de contrôle et donc de sanction en la matière pour intervenir dans une tractation entre un joueur et une équipe en dépit du respect de certaines dispositions légales ou réglementaires, notamment celles concernant la réglementation sur les contrats, autrement dit le droit du travail.

Ainsi, selon la Convention collective nationale du sport (CCNS) qui fait donc office de droit du travail en France, un contrat a une durée minimale qui correspond à une saison sportive, soit l'équivalent d'une année calendaire, pour une durée maximale de 5 saisons. Selon le règlement fédéral [cf. : règlement intérieur], un contrat devrait théoriquement courir du 1er mai au 30 avril de l’année suivante au moins, fin officielle de la saison sportive FFHG. Une sécurité pour un joueur mais qui devrait également apporter une garantie au club, puisque la réglementation vise de manière générale à assurer une protection pour les deux parties.

Or,  ce point primordial est régulièrement bafoué, et pire encore la responsabilité est collective. La faute à l’action de certains intermédiaires qui parasitent parfois cette disposition. Mais aussi à l’action de certains clubs lorsque ceux-ci proposent des contrats qui ne respectent pas cette durée légale. Enfin la fédération tient probablement une certaine responsabilité en validant malgré tout ces contrats.

Une situation qui complique grandement la tâche des agents officiels qui, par leurs fonctions, cherchent à faire respecter les dispositions dans l’intérêt des joueurs qu’ils représentent, et par conséquent également celui des clubs.

Un problème que l’on retrouve assez souvent auprès de joueurs étrangers. Ce qui peut se comprendre fondamentalement, car pour un joueur « de passage » dans le championnat de France (qui ne prévoit pas d’y faire carrière), la réglementation française en la matière est un peu le cadet de ses soucis. Et certains agents étrangers (même officiels) de ces joueurs ne les conseillent pas forcément toujours en se conformant aux règles établies.

Car c’est un fait étonnant, mais selon les dispositions en vigueur, un agent étranger ne peut invoquer sa licence étrangère pour participer à une transaction entre un joueur et un club français. Officiellement, l’agent en question doit faire la demande d’une « équivalence » pour lui permettre d’exercer légalement en France. Une demande qui n’est finalement qu’administrative, mais qu’à ce jour aucun agent basé à l'étranger n’a formulée.

En même temps, on peut finalement se demander pourquoi ils le feraient, puisqu’en dépit des dispositions, les règles en vigueur dans ce domaine ne sont pas appliquées. Ainsi, des agents étrangers ou non officiels interviennent effectivement dans la signature de certains contrats liant des joueurs à des clubs, et ils ne sont aucunement sanctionnés. Cette liberté dont ils disposent renforce l’impression d’un système à deux vitesses, qui cherche dans les instances à réglementer la fonction (examen de passage qui s’appuie sur des textes légaux, délivrance de licence), mais qui permet à des personnes qui ne rentrent pas dans ce cadre (agents étrangers non habilités en France, intermédiaires officieux) d’exercer tranquillement.

Les grands perdants sont finalement les agents officiels, puisqu’en cherchant à appliquer les règlements qui, le cas échéant, peuvent parfois apparaître comme des contraintes, ils se confrontent à une réalité où parfois clubs et joueurs « non regardants » (représentés ou pas) préfèrent gérer eux-mêmes leurs tractations, puisque de toute façon ils ne risquent pas grand-chose. Egalement, la relation entre un agent et un joueur reposant essentiellement sur la confiance, ces mêmes clubs n’hésitent pas à tenter de court-circuiter l’action des représentants, et il n’est pas rare que des joueurs français entendent de la part de dirigeants que de toute façon, ils n’ont « pas besoin d’agent ».

Bref la réalité des agents sportifs les confrontent à un certain nombre de difficultés, et il est surprenant de découvrir le relatif « laxisme » en la matière dans les applications auprès des instances. Pour autant la fonction est riche et passionnante, elle nécessite une forte responsabilité mais les agents agissent par passion. Et loin de l’imagerie de l’agent sportif régissant ses activités comme un homme d’affaires qui brasse l’argent quitte à piétiner les règles et les personnes, ce qui prédomine dans le discours des agents français, c’est « l’humain » avant tout. Et qui mieux que les agents eux-mêmes sont les mieux placés pour se confier sur leur fonction.