Enquête sur les agents sportifs : 3- la parole est aux joueurs !

BuysseHenriCorentinPour le deuxième volet de l’enquête, les trois agents officiels français FFHG nous en ont dit plus sur leur fonction, leurs motivations, mais aussi leurs relations avec les joueurs. Aussi afin de « boucler la boucle », nous avons voulu laisser la parole aux joueurs eux-mêmes, afin qu’ils nous donnent leurs avis sur les agents et leur ressenti quant à cette activité. Parmi les joueurs sondés, nous avons choisi de mettre en lumière les propos de quatre d’entre eux aux situations diverses, afin de confronter les points de vue sur le domaine tel qu’il peut être perçu par les acteurs principaux.

Comme nous l’expliquions déjà dans l’article précédent, le contact entre un joueur et un agent peut se nouer de différentes manières. Le gardien de but international français Henri-Corentin Buysse travaille depuis plusieurs saisons avec Stéphane Baills. Il explique qu’il est rentré en contact avec lui grâce à Christopher Lepers, à l’époque coach du Mont-Blanc. Le portier était « embêté » avec son intermédiaire de l’époque et l’entraîneur lui a indiqué que Stéphane pourrait l’aider à rompre le contrat qui le liait à cette personne mais également à s’occuper de sa carrière.

Un joueur étranger en contrat avec Jonathan Zwikel nous explique lui que cela faisait plusieurs années qu’il entendait parler de l’ancien international comme agent, puisqu’il connaît parfaitement le championnat de France et qu’il a de très bons contacts avec les clubs. Alors il l’a contacté directement pour savoir s’il accepterait de le représenter.

Il faut dire que pour un joueur étranger dans un championnat, il y a une nécessité de pouvoir trouver une personne de confiance afin de l’aider tant dans son intégration que dans la vie quotidienne. Le néo-Amiénois Mathias Arnaud a connu cette situation en arrivant en Suède. S’il n’est sous contrat avec aucun agent à ce jour, il le fut durant son passage à Borlänge, et ce contact s’est fait par l’intermédiaire d’amis du joueur, qui évoluaient en Suède.

Une relation basée avant tout sur la confiance

Ces trois joueurs confirment également l’idée que la relation entre les deux parties peut revêtir différents aspects selon les volontés des joueurs. Mathias Arnaud explique qu’il avait un lien d’amitié avec son agent de l’époque, qu’ils s’appelaient ou s’envoyaient des messages très souvent et pas uniquement pour parler de hockey. Bien évidemment, cela n’empêchait pas des échanges sportifs et financiers à des moments clés de la saison.

Le joueur en contrat avec Jonathan Zwikel précise également que cela dépend vraiment de la période : « si c’est l’intersaison et que tu cherches un club, tu es beaucoup plus en contact avec ton agent que pendant la saison ». Il ajoute qu’il parle de tout avec lui, que son agent va prendre de ses nouvelles, lui envoyer des e-mails notamment après des bons matchs, et que même s’ils ne communiquent pas tous les jours avec lui, il sait qu’il peut le contacter à tout moment en cas de problème et que ce dernier lui répondra vite.

Henri-Corentin Buysse insiste sur l’excellente relation qu’il entretient avec Stéphane Baills. Ils s’appellent régulièrement pendant la saison pour savoir comment cela se passe tant sur la glace qu’en dehors.

Nous les avons questionnés sur l’importance, selon eux, de la fonction d’agent et du fait d’avoir recours à leurs services. Le joueur qui travaille avec Jonathan Zwikel pense que pour un joueur étranger, comme c’est son cas, c’est très important, « surtout si tu ne parles pas la langue ». Il ajoute que si le joueur a envie de changer de club, cela peut être un plus d’avoir un agent pour le représenter plutôt que de contacter les clubs soi-même. Par contre, selon lui, quand le joueur reste dans le même club, cela apparaît moins comme un besoin puisque le joueur est déjà bien connu dans son équipe.

Mathias Arnaud met en avant les questions légales dans sa réponse : « je pense que c’est de plus en plus utile et important pour les joueurs. Cela permet de faire respecter les contrats en cas de litige. Le joueur n est plus seul à se battre en cas de problème avec un club, l’agent connait mieux les lois sur le code du travail et sait quoi faire tant pour les litiges que les négociations ». Il explique en outre que certains joueurs, notamment les plus jeunes, préfèrent avoir le soutien d’un agent qui pourra négocier "mieux qu’eux", ou tout simplement pour ceux qui n’ont pas envie de s’embêter avec les offres et laissent cette tâche à leur conseiller.

Henri-Corentin Buysse développe l’idée : « je pense c'est un rôle très important, et dans n'importe quel sport. Tout d’abord, ils sont forcement plus au courant de ce qu'il se passe dans les clubs et savent qui recherche quoi. Deuxièmement ils sont aussi nécessaires pour valider le contrat, c'est à dire faire attention à ce qu'il n'y ait pas des choses que nous, joueurs, aurions pu rater ».

Qu'en est-il des joueurs sans agent ?

Afin de rendre compte au plus près des différentes conceptions des joueurs sur le sujet, nous avons également interrogé un joueur qui n’est sous contrat avec aucun agent. Robin Drogue, jeune défenseur des Ours de Villard de Lans a accepté de répondre à nos questions. Il explique qu’à ce jour, il n’a tout simplement pas besoin des services d’un agent pour le représenter. Jusqu’à maintenant, il a su créer lui-même les contacts avec les clubs dans lequel il a évolué (comme Toulouse ou Villard) grâce à des connaissances mais aussi grâce à sa famille : son cousin Rémi Peronnard ou encore son père, qui a joué et entraîné longtemps et qui a conservé beaucoup de contacts dans différents clubs.

Pour le moment, il n’est « pas dans ses plans » de faire appel à un agent, car il est conseillé par son père qui a l’expérience du milieu. Pour autant il précise que ce n’est aucunement un refus catégorique et qu’il ne ferme pas la porte à cette idée un jour, qu’il attend juste d’en avoir réellement besoin car pour le moment il peut se débrouiller seul.

Quant à la question de l’intérêt de la fonction, il répond dans le même sens que certains joueurs précédemment cités au sujet des joueurs qui jouent dans un autre championnat : « C'est sûr que cette fonction est importante, d'ailleurs je comprends pleinement les joueurs qui font appel à un agent pour gérer leurs intérêts. Un agent est bien plus compétent et mieux placé pour négocier avec les clubs que nous les joueurs. Cela dit, je pense tout de même qu'on peut s'en passer tant que l'on ne souhaite pas partir à l'étranger. Là c'est différent, pour moi il faut un agent dans ce cas-là. Mais sinon, en France, je pense que ça n'est pas indispensable, même si ça peut être un plus dans les négociations. »

Ainsi s’achève ce reportage sur les agents de joueurs, en remerciant chaleureusement les différents intervenants qui ont participé à l’élaboration de celui-ci. Ce domaine se veut aussi passionnant que mystérieux, à l’ombre des projecteurs du milieu. Aussi nous espérons que cette enquête vous aura permis de vous faire une idée plus précise sur la fonction des agents et sur la réalité de cette activité, tellement importante dans le hockey d’aujourd’hui.