Épinal - Lyon (Coupe de France, 8e de finale)

Trois tiers pour un quart

miro kristinBeaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis le dernier Épinal-Lyon. Une éternité depuis ce 29 mars 1997, qui vit les Lions de Christer Eriksson s'imposer à Poissompré (7-2) avec un doublé du jeune international Maurice Rozenthal. L'ultime soirée d'une saison galère pour des Renards spinaliens qui endossèrent ce soir-là, pour la dernière fois, un maillot vert en championnat.

Épinal et Lyon ne se sont donc plus rencontrés depuis seize longues années. Mais l'heure est venue de "dépoussiérer" ce grand "classique" des années 90 appelé à ressusciter. Lyon s'étant donné les moyens de remonter parmi l'élite du hockey français, treize ans après ce dépôt de bilan l'en ayant durablement éloigné.

Leaders incontestés de leur championnat, les coéquipiers d'Élie Raibon et Aymeric Gillet (les deux anciens spinaliens de ce contingent lyonnais) n'ont plus perdu depuis le 7 septembre dernier et survolent toutes les catégories statistiques en Division 1. Miroslav Kristín, Jonathan Laberge et l'imposant Martin Bartoš affolent les compteurs et trônent en tête du classement des meilleurs pointeurs.

On frise même le carton plein avec Vikhaël Tô-Landry, qui les suit de près (juste derrière le duo bordelais Brodeur-Desrosiers) et devance deux autres attaquants rhodaniens. Julien Lebey et Nicolas Biniek, tous deux buteurs samedi face au Mont-Blanc (5-3), lors d'un match "renversant" qui aura vu les Lions difficilement s'imposer après avoir été "lourdement" menés (0-3)...

Voilà qui en dit long sur le potentiel offensif d'un LHC décidément aussi fort devant (avec 67 buts marqués en onze journées) que derrière, où brille tout particulièrement Matej Kristín. Un gardien de premier plan arrivé cet été dans la capitale des Gaules... où opère, depuis l'an passé, son frère aîné !

Lyon sort les griffes...

Tombeur de Chamonix au tour précédent (6-4), ce "roi" Lyon régnant sans partage sur la D1 n'a rien d'une proie facile pour ces Dauphins connus pour cultiver l'art de se mettre en difficulté. Empruntés, les "rouges et noirs" prennent d'ailleurs un faux départ, laissant les hommes de François Dusseau, plus consistants, s'appliquer défensivement pour se mieux se projeter vers l'avant. Les Lyonnais profitant de chaque brèche pour s'y engouffrer.

Bien en place, les visiteurs mettent du cœur à l'ouvrage et ne manquent donc pas d'exploiter les espaces laissés à leur disposition. Timothée Franck, lancé dans l'intervalle par Élie Raibon, est même tout près d'ouvrir le score mais son tir des poignets heurte le montant droit d'Andrej Hočevar (02'25").

Les bonnes intentions lyonnaises sont néanmoins récompensées. Oliver Styf bloquant un dégagement à la bleue (dans le "coin" gauche") avant d'armer un lancer imparablement dévié par Vikhaël Tô-Landry, oublié sur la droite du gardien (0-1 à 04'44"). Plus mordants, les Lions manquent même de doubler la mise mais le cadre se dérobe devant Franck (04'53"). Un deux-contre-un mené côté gauche par Julien Lebey étant lui gâché par une passe mal ajustée en direction d'Aymeric Gillet (05'20").

Les Lions, qui s'annonçaient difficiles à manœuvrer, donPlch6nent du fil à retordre à leurs hôtes... que l'on a connu plus inspirés ! Anže Kuralt et Ján Plch, bien seuls à surnager dans ce début de partie dominé par de très solides Lyonnais, unissent pourtant leurs efforts sur un gros travail du Slovène derrière la cage, permettant au vétéran d'hériter d'une grosse opportunité. Mais Matej Kristín n'est pas le meilleur gardien de Division 1 pour rien... et le prouve magistralement en sortant sa plus belle mitaine à bout portant (07'24") !

Sanctionné d'un faire trébucher en zone offensive, Michal Petrák (10'17") complique la tâche de ses coéquipiers, contraints d'affronter le "cinq majeur" lyonnais en powerplay (la première ligne Bartoš-Laberge-Kristín renforcée par Radovan Trefný et Julien Lebey). Une combinaison presque perdante sur cette récupération d'un Francis Meilleur envoyant loin devant... vers un Ján Plch voyant s'ouvrir un véritable boulevard. Mais pour le break-away, on repassera. Le Slovaque coupe inexplicablement son accélération, sonnant le glas de son échappée en facilitant le repli de Trefný. Plch gardera toutefois le contrôle du palet... mais pour n'adresser qu'un tir en pivot non cadré (11e) !

Indémodable valeur sûre de l'attaque vosgienne, l'exemplaire Ján Plch est encore remarquable de combativité. La régularité du vétéran (bientôt 40 ans !) a de quoi impressionner, surtout que l'intéressé garde, match après match, un niveau de jeu élevé. Toujours aussi affûté techniquement, il est même tout près d'égaliser. Mais le centre de Petrák est coupé par un vigilant Gillet (14e).

C'est qu'il y a toujours une crosse ou un patin rhodanien pour contrarier les desseins de Spinaliens plus d'une fois contrés par un adversaire exploitant parfaitement le moindre espace. Une récupération de Tô-Landry côté gauche permettant à l'ailier canadien de renverser sur Trefný à l'opposé, pour un lancer dévié par Olsson qu'Hočevar repousse de la jambière (14'36").

Puni d'une obstruction à la toute fin de cette action (14'38"), Gašper Sušanj donne une nouvelle chance au jeu de puissance lyonnais, pour un siège infructueux suivi d'un contre "sublimé" par l'inspiration d'un Benjamin Breault. Le centre québécois laissant le puck dans son dos, pour servir Perna d'une "passe-abandon" permettant à l'Italo-canadien de se frayer un chemin jusqu'au gardien. Mais en vain : l'essai du Montréalais, vraisemblablement dévié, s'envole par-dessus la baie vitrée (16'56")...

Une division d'écart sépare l'ICE du LHC sur le papier. Mais sur la glace, il en va tout autrement. Il fallait s'attendre à forte adversité de la part de ces Lyonnais taillés pour la montée et bien partis pour survoler la D1 jusqu'au printemps prochain. Les hommes de Marciano ont donc fort à faire pour se qualifier... surtout que les "Gones" enfoncent le clou au retour des vestiaires sur un double rebond provoqué par Martin Bartoš et Jonathan Laberge qu'Olivier Styf, en embuscade dans le slot, s'avère être le plus prompt à exploiter (0-2 à 21'10") !

styfPas dans un grand soir, les Dauphins peinent à passer la seconde. Et ne commenceront à changer de braquet qu'après cette mise au jeu remportée (sur le côté gauche en zone offensive) par Michal Petrák. Le centre tchèque remisant aussitôt derrière lui, vers un Anže Kuralt se recentrant légèrement pour mieux faire parler ses poignets. Son tir, précis, s'enfilant dans la lucarne d'un Kristín resté pantois (1-2 à 24'21").

L'opération remontée est enclenchée, surtout qu'Épinal bénéficie ensuite d'une première supériorité (suite à un retenir de Miroslav Kristín, 26'43"). Mais à trop faire circuler le palet, les Lorrains en oublient de lancer... et font contrer, sitôt cette pénalité tuée ! Kristín file côté gauche avant de repiquer au premier poteau, sans pour autant parvenir à se jouer d'Hočevar (28'55"). Le Slovaque, redoutable attaquant, se mue en parfait défenseur sur le box-play suivant (31'06") en se jetant pour contrer le slap d'un Chauvière (31'25") repositionné à l'avant. Et de nouveau aligné à la pointe du powerplay.

Contenant difficilement l'activité des meilleures individualités lyonnaises, capables d'excellents mouvements et de belles combinaisons, les Dauphins n'assurent pas leurs arrières. La vivacité de Nicolas Biniek s'accorde à la technicité d'un Vikhaël Tô-Landry excellant tout particulièrement dans la conservation du palet. Des qualités de vitesse et de rapidité partagées avec... Benjamin Breault ! Du moins lorsque le centre canadien des Dauphins parvient à accélérer le jeu et à donner la pleine mesure de ses possibilités ! Comme sur ce débordement côté gauche d'un Breault passant la surmultipliée pour enrhumer Trefný en un-contre-un et s'en aller défier Kristín en angle fermé (32'55")...

... avant que Chauvière ne mange du Lyon !

Vendant toujours aussi chèrement leur peau, les Lions sortent indemnes d'une pénalité sifflée à l'encontre d'Aymeric Gillet (31'06") et font apprécier leur vitesse d'exécution sur un "une-deux" rondement mené par Franck et Olsson (33'16"). Mais leur partition, jusqu'alors sans fausses notes, pâtit d'un dégagement raté de Radovan Trefný. L'arrière slovaque, sous pression, renvoyant le puck dans l'axe, en plein sur Pierre-Charles Hordelalay, qui bascule aussitôt au second poteau vers un Yoann Chauvière opportunément placé (2-2 à 33'49").

Lesmatej kristin Dauphins ont maintenant passé la seconde et prennent, enfin, le match en main. Les joueurs du LHC, quelque peu émoussés, subissent sans craquer, bien aidés il est vrai par la réactivité d'un Matej Kristín contribuant à prolonger la série d'inefficacité d'un Petrák n'ayant plus marqué depuis le 26 octobre dernier. Ce portier slovaque à la fameuse culotte "extra large" (paraissant exagérément rembourrée) a pourtant bien failli être surpris par un centre de Chauvière dévié par son défenseur. Une action initiée par Fabien Leroy, dont le lointain dégagement libéra Yoann Chauvière côté droit (36'03").

Ces efforts sont toutefois réduits à néant. Un palet perdu, doublé d'un repli inexistant, débouchant sur un contre rondement mené. Biniek filant côté droit pour trouver Raibon à l'opposé. Du moins officiellement : Élie Raibon, présumé buteur sur cette action, ne reconnaissant pas la légitimité de cette réalisation (2-3 à 38'11"). Le doute n'aurait en revanche pas été permis si l'ancien Spinalien, bien placé devant le gardien, était parvenu à cadrer dans la foulée (38'23")...

L'exploit est à portée de crosse des Lyonnais, qui débutent le dernier tiers en infériorité (après l'accrocher de Biniek, 39'38"). Une sanction tuée sans coup férir par un ensemble appelé à récidiver suite à l'incarcération d'un Aymeric Gillet coupable d'avoir gêné Steven Cacciotti au moment de tirer (42'22"). Mais cette fois, les Lions vont chèrement payer cette pénalité permettant, au jeu de puissance spinalien, d'arriver à ses fins. Petrák ressort le palet sur Chauvière, à la bleue, dont le slap fait trembler les filets (3-3 à 42'53").

Un vent de folie souffle sur Poissompré, attisé par cette passe de Benjamin Breault lançant "Domenico" Perna dans l'intervalle. Le tir du petit ailier italo-canadien, freiné par Kristín, file sous le bras du gardien... pour lentement glisser au fond des filets (4-3 à 43'15") !

Les Dauphins ont renversé la vapeur en deux temps trois mouvements, confirmant bien leur capacité à retourner n'importe quelle situation. Mais la rébellion lyonnaise n'est pas encore matée, malgré cette pénalité différée (consécutive à un retenir de Nicolas Biniek sur Maxime Ouimet en zone offensive) permettant à Ján Plch de déborder Oliver Styf... sans pour autant parvenir à franchir l'obstacle suédois (49'32") ! Le jeu de puissance vosgien est rapidement installé, donnant lieu à un slap de Chauvière détourné par Kristín (50'13"). Plch est au rebond sur la gauche du gardien mais le but bouge légèrement... provoquant l'exaspération d'un Matej Kristín qui balance sa cage, de rage, à l'arrêt de jeu suivant (50'18") !

Cette réaction épidermique n'aggrave pas le cas du Slovaque, puni d'un retard de jeu (purgé par son frère aîné) qui double la sentence de ses coéquipiers. Lesquels se retrouvent à trois contre cinq pendant plus d'une minute, à la merci d'un powerplay multipliant les ratés... plutôt que d'achever la bête blessée ! Et comme souvent en pareil cas, un contre ravageur vient jouer les éléments perturbateurs. Miroslav Kristín profitant d'un long dégagement d'Aymeric Gillet pour s'échapper côté gauche et repiquer vers la cage, pour s'en aller battre Andrej Hočevar de près (4-4 à 52'34").

Le suspens est relancé, préservé par un poke-check salvateur d'HCacciotti5očevar devant Biniek (53'45"). Un air de K-O flotte sur Poissompré, prêt à chavirer... ou à s'indigner en cas de but lyonnais ! Une éventualité écartée par la montée d'un Martin Charpentier présent, au bon endroit (et au bon moment) pour expédier le palet dans une cage grande ouverte après une succession de rebonds (5-4 à 55'12"). Le jeune défenseur spinalien sort de l'ombre pour se mettre en lumière... et lever une énorme option sur la qualification !

Jouant leur va-tout, les Lions tentent bien, dans un ultime sursaut, d'arracher l'égalisation. Leur capitaine Martin Millerioux, qui estimait Épinal "un cran au-dessus de Chamonix", préserve un semblant d'espoir en coupant l'herbe sous le pied d'Anže Kuralt (57e). Mais le forcing lyonnais reste vain. Les Vosgiens tenant bon, jusqu'au bout, après avoir éprouvé les pires difficultés pour venir à bout de valeureux rhodaniens...

Battus d'un rien et conscients d'avoir laissé filer un match à leur portée, les Lions sont partagés entre la déception de l'élimination et la satisfaction d'avoir fait jeu égal avec Épinal. Des Dauphins nous habituant décidément aux séances de "hockey de rattrapage", à force de courir derrière le score et d'enchaîner les "demi matchs". Mais à trop jouer avec le feu, on finit par se brûler...

Réactions d'après-match (sur le site officiel des Lions de Lyon) :

François Dusseau (entraîneur de Lyon) : "C'est une défaite de justesse. On perd la tête haute. Nous avons posé beaucoup de problème à cette équipe d'Épinal et nous n'avons pas à rougir de cette défaite qui aurait pu être largement une victoire en notre faveur. À 2-0, on a raté deux échappées. Cela s'est joué sur des petits détails, ceux du très haut niveau. La décision a penché en faveur des Dauphins, c'est pourquoi toute l'équipe nourrit des regrets."

Martin Millerioux (défenseur et capitaine de Lyon) : "Il y a de la déception. On tenait le match et de petites erreurs individuelles nous coûtent le match. Pour jouer en Magnus, il faut plus de rigueur et chaque relâchement se paye cash. On sait ce qu'il nous reste à travailler pour espérer monter. Le point positif, c'est que l'on a su tenir tête à cette équipe, et nous avons retrouvé une envie collective et un fond de jeu qui nous faisait défaut ces dernières semaines."

 

Épinal - Lyon 5-4 (0-1, 2-2, 3-1)
Mardi 19 novembre à 18h30 à la patinoire de Poissompré. 614 spectateurs.
Arbitrage de Jérémy Rauline assisté de David Courgeon et Jérémy Kahli.
Pénalités : Épinal 4' (4', 0', 0') ; Lyon 12' (0', 6', 6').
Tirs : Épinal 28 (5, 10, 13) ; Lyon 26 (8, 7, 11).

Évolution du score :
0-1 à 04'44" : Tô-Landry assisté de Styf et Olsson
0-2 à 21'10" : Styf assisté de Kristín et Bartoš
1-2 à 24'21" : Kuralt assisté de Petrák
2-2 à 33'49" : Chauvière assisté d'Hordelalay et Benchabane
2-3 à 38'11" : Raibon assisté de Tô-Landry et Olsson
3-3 à 42'53" : Chauvière assisté de Petrák et Plch (sup. num.)
4-3 à 43'15" : Perna assisté de Breault et Ouimet
4-4 à 52'34" : Kristín assisté de Gillet
5-4 à 55'12" : Charpentier assisté de Cacciotti et Breault

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar.

Défenseurs : Maxime Ouimet (A) - Francis Meilleur ; Gašper Sušanj - Martin Charpentier ;  Fabien Leroy - Peter Slovák.

Attaquants : Steven Cacciotti (C) - Benjamin Breault - Dominic Perna ; Anže Kuralt - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Kevin Benchabane - Pierre-Charles Hordelalay - Yannick Offret [puis Yoann Chauvière à 20'].

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Romain Mauffrey, Anthony Rapenne, Maxime Martin. Absents : Mario Larocque (en attente de validation), Victor Pivron (parti).

Lyon

Gardien : Matej Kristín (sorti de sa cage à 58'48").

Défenseurs : Martin Dufek - Martin Millerioux (C) ; Oliver Styf - Radovan Trefný ; Jules Breton - Aymeric Gillet (A).

Attaquants : Martin Bartoš - Jonathan Laberge - Miroslav Kristín ; Alexander Olsson (A) - Nicolas Biniek - Vikhaël Tô-Landry ; Élie Raibon - Timothée Franck - Julien Lebey.

Remplaçants : Adrien Hervillard (G), Frédéric Figon, Thomas Lapointe, Léo Girod, Charly Cirgues, Mathieu Touveron.