Amiens - Grenoble (Ligue Magnus, 10e journée)

Les Gothiques avaient tendu leur piège à loups

2013-11-17-Amiens-Grenoble-1Opposition de style en cette fin d’après-midi au Coliséum d’Amiens. Ce « classique » du championnat laisse place à une affiche entre deux équipes à la trajectoire bien différente. Les saisons se suivent et tendent à se ressembler pour Grenoble. Après un début en fanfare, marque de fabrique des pensionnaires de Pôle Sud, les hommes de Jean-François Dufour commencent à marquer le pas et à connaître leurs premières difficultés. Restant pourtant sur un match encourageant à domicile (défaite aux tirs au but face à Angers), Grenoble se présente dans la Somme sans Christophe Tartari, toujours blessé à la clavicule, et sans ses « juniors » (Carry, Delemps, Martenon) en compétition jeunes au même moment.

Pour les Gothiques, le bilan est bien différent. Après un début d’exercice extrêmement poussif, les Amiénois ont adopté un rythme de croisière des plus constants : des victoires à domicile et des défaites en déplacement ! En revanche, s’ils peuvent s’attendre à voir leur antre pleine à craquer pour cette rencontre, ils déplorent que leur infirmerie le soit tout autant : après Martin Gascon, Aziz Baazzi et Nicolas Leclerc, Vincent Bachet est venu ajouter son nom à cette longue liste après la défaite à Dijon (3-2).

L’une des questions qui se posait au coup d’envoi était de savoir qui garderait les cages des Bruleurs de Loups. Le titulaire habituel Sébastien Raibon a grandement souffert en semaine lors de l’élimination de son équipe en Coupe de la Ligue face à Chamonix (5-6). De fait, face à Angers, Antoine Bonvalot a pris place sur la glace et, pour sa part, a plu aux observateurs. Mais du haut de ses 19 ans, la question d’enchaîner deux matchs de Magnus sur un même week-end pouvait forcément se poser. Le coach Dufour a tranché : Bonvalot se mesurera aux attaquants picards.

La rencontre débute sur un faux rythme, et peine franchement à emballer le public dans les premières minutes. Les Isérois tiennent le palet et commencent à chauffer gentiment Ramon Sopko par l’intermédiaire de leur deuxième ligne, tandis que Luc Tardif est lui déjà bien chaud dans ses mises en échec. La première tentative amiénoise est à mettre à l’actif de l’inévitable Danick Bouchard sur un travail de David Bastien. Bonvalot est vigilant, mais quelques instants plus tard, il voit débouler Mathias Arnaud qui se joue avec brio de la défense, transmet à Fabien Kazarine qui arrive lancé. Celui-ci trouve la brèche d’un lancer glissé et offre l’ouverture du score aux Gothiques (1-0, 08’36’’).

2013-11-17-Amiens-Grenoble-2Les Bruleurs de Loups ont plutôt la maîtrise du puck, et se voient offrir une belle opportunité à mi-tiers quand Mathias Arnaud est pénalisé pour cinglage. L’équipe iséroise impressionne en power play : la mise en position de tirs est expéditive, et Francis Charland en profite pour inquiéter Sopko par deux fois. Le palet circule vite, vraiment TRÈS vite, avec le risque de s’exposer à un contre amiénois… Bouchard et Ouimet en profitent « avec l’aspiration » pour partir en deux contre un. Face à son ancienne équipe, le second cité embarque tout sur son passage, la cage y compris, mais non sans avoir au préalable glissé la rondelle derrière la ligne, pour un modèle de contre attaque en infériorité numérique (2-0, 11’46’’).

Les Gothiques se retrouvent avec une avance de deux buts sans dominer outrageusement leur adversaire, simplement en profitant des opportunités. Et le duo Ouimet-Bouchard n’était pas loin d’offrir un « bis repetita » juste avant qu’Arnaud ne sorte de prison, si l’ancien Spinalien avait pu cadrer son lancer. Le jeu s’équilibre ensuite mais sans grandes occasions pendant de longues minutes. La possession du palet est plutôt grenobloise, pour autant Amiens est incisif en contres : à un petit lancer de Maks Selan sur lequel intervient Sopko répond une superbe interception de Bouchard qui fait la passe à Bastien, mais le natif de Mascouche loupe son dribble dans les dernières secondes du tiers.

Surbooking pour le médecin Gothique...

La première période s’achevait sur un geste raté par Bastien, la deuxième démarre au contraire sur une merveille de technique par ce même joueur, qui conserve périlleusement un palet en faisant parler sa maîtrise et ce même un genou au sol. Mais au-delà de ce coup d’éclat qui a régalé le public du Coliséum comme Martin Gascon en tribune de presse, le tiers médian démarre aussi doucement que le précédent, à l’exception peut être d’un jeu plus à l’avantage des joueurs locaux. Amiens reste en zone offensive pendant un bon moment. Sur un beau mouvement orchestré par Bouchard, Ouimet ne cadre pas. Bonvalot capte avec autorité un lancer de Bault. Seulement l’histoire se répète souvent, et cet après-midi elle avait décidé de ne pas être à l’avantage des équipes qui s’installent en attaque. Sur la seule sortie grenobloise de cette phase de jeu, Amar trouve Tardif qui fait parler son physique pour s’échapper et tromper Sopko pour la première fois de la rencontre (2-1, 27’22’’).

2013-11-17-Amiens-Grenoble-3Les Gothiques ne s’en laissent pas compter, et il faut un Bonvalot très solide sur la remise en jeu pour dévier un lancer de Serer. Le jeune gardien réalise également un superbe arrêt sur un tir de Claireaux, parti seul dans l’axe. Puis Grenoble reprend la domination et bute sur une défense très solidaire, en témoignent les deux « sacrifices » sur des essais isérois qui, pour sûr, auraient mis en danger le gardien slovaque s’ils étaient arrivés jusqu’à la cage. Pour autant, nous ne sommes pas loin de l’égalisation sur une passe astucieuse de Treille pour Amar qui met simplement sa crosse en déviation, mais Sopko avait bien suivi.

Les Gothiques parviennent à réagir, et Arnaud puis Bouchard, pourtant en position idéale, manquent l’occasion de recreuser l’écart. Le gardien rouge est lui aussi dans son match, et intervient sur des lancers consécutifs de Sivic et de Lafrance.

C’est alors qu’un fait de jeu se produit, handicapant encore une équipe amiénoise qui, il faut bien le dire, n’avait pas besoin de ça. Sur une charge de Baylacq à proximité des bancs, le défenseur finlandais Jimi Santala reste au sol de longues minutes. Il se relève avec difficulté et regagne directement les vestiaires tandis que l’arbitre principal Jimmy Bergamelli discute avec les Grenoblois sous la bronca du public. Au final, il décie de n’attribuer aucune pénalité. Il convoquera d’ailleurs les coachs à la pause pour expliquer sa décision, qui par la suite fera l’objet de vives discussions sur les réseaux sociaux, y compris par l’arbitre lui-même.

Le tiers se termine sur les deux équipes qui se rendent coups pour coups. Treille est oublié et il faut un grand Sopko pour éviter l’égalisation. Puis Bouchard et Carpentier côté picard, Lafrance et Petit côté dauphinois, ont des opportunités mais le score restera inchangé à l’issue de ce tiers-temps qui a vu le rythme s’accroitre progressivement.

Le palet? Mais gardez-le !

2013-11-17-Amiens-Grenoble-4Quand démarre la dernière période plane une réelle incertitude sur l’issue de ce match. Martin Gascon revient en tribune avec des nouvelles rassurantes sur l’état de santé de Santala, mais l’effectif amiénois s’en retrouve forcément perturbé. Quant aux BdL qui ne sont menés que d’un but, ils peuvent s’appuyer sur le fait d’être la meilleure équipe de la ligue en troisième tiers-temps, sans en avoir perdu un seul.

S’écrit alors un scénario qui ne se démentira plus sur cette fin de match : du fait de l’effectif réduit, les Amiénois décident de faire bloc au détriment de la possession du palet. Les joueurs du coach Dufour en héritent, mais Sopko supplée parfaitement quand la défense ne parvient pas à éviter les lancers adverses : c’est le cas devant Lessard, Le Blond, puis Charland à deux reprises.

Amiens tient peut être une chance de sortir un peu plus de sa défense quand Gervais gagne le banc de pénalité pour accrocher, mais les locaux ne feront rien de ce power play. En revanche, la stratégie, peut-être imposée par les conditions de jeu, fonctionne vraiment à merveille : Sivic et confrères se retrouvent comme « aspirés » en zone offensive, et Amiens possèdent des contre-attaquants de génie. Sur l’unique réelle sortie des joueurs de Leime, Ouimet contrôle le puck avant de le transmettre dans les meilleures conditions à Bouchard. « Le chat » ne se fait pas prier pour marquer un nouveau but, son 11e en saison régulière (3-1, 49’10’’).

2013-11-17-Amiens-Grenoble-5Les Grenoblois n’ont plus le choix : ils doivent absolument faire quelque chose de cette possession du palet. Joffre et Charland butent sur l’attentif gardien amiénois. Et comme la différence ne peut se faire sur la technique, les Isérois s’en remettent à un bon vieux cafouillage des familles, pour qu’Amar fasse parler l’expérience et offre à nouveau l’espoir d’un retour pour les siens (3-2, 56’44’’). Mais il reste peu de temps, et Grenoble ne porte pas non plus un danger fou devant le but tenu par Sopko. Ce dernier doit quand même sortir l’arrêt qu’il faut sur un gros lancer de Lessard.

Dans les dernières secondes, Bonvalot sort et Dufour demande un temps-mort. Il reste alors 36 secondes à l’horloge. Du temps que les Grenoblois ne parviendront pas à mettre à profit, notamment suite à un temps de confusion quand le palet passe par la porte des Bruleurs de Loups sur un changement de ligne. Sur l’ultime phase de jeu, Bouchard veut partir en contre mais perd sa crosse. Qu’importe, il exécute une « conduite au pied » à faire pâlir les milieux de terrain de l’Amiens SC, conduisant par la même ses coéquipiers à une belle victoire, acquise au courage. Face à eux, les Isérois poursuivent leur mauvaise série faute d’avoir su hausser leur niveau de jeu. Et pourtant ils ont été crédités d’un temps impressionnant de possession du palet, mais la victoire stratégique fut pour les Gothiques !

Désignés joueurs du match : Luc Tardif pour Grenoble, François Ouimet pour Amiens

Commentaire d’après-match :

François Ouimet (attaquant d’Amiens) : « C’était un match très important après la défaite à Dijon vendredi, et de plus une grosse victoire pour la première fois face à une équipe dans les quatre premiers. Chacun a bien tenu son rôle, un rôle de plus en plus important avec les blessés, et tout le monde l’a bien fait aujourd’hui. »



Amiens – Grenoble 3-2 (2-0, 0-1, 1-1)
Dimanche 17 novembre 2013 à la patinoire du Coliséum. 2600 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Joffrey Yssembourg et Aurélien Smeeckaert.
Pénalités : Amiens 2’ (2’, 0’, 0’) ; Grenoble 2’ (0’, 0’, 2’)
Tirs : Amiens 15 (5, 9, 1) ; Grenoble 31 (9, 8, 14)

Évolution du score :
1-0 à 08’36’’ : Kazarine assisté d’Arnaud et Serer
2-0 à 11’46’’ : Ouimet assisté de Bouchard et Bastien (inf. num.)
2-1 à 27’22’’ : Tardif assisté d’Amar et Treille
3-1 à 49’10’’ : Bouchard assisté de Ouimet et Bault
3-2 à 56’44’’ : Amar assisté de Perret et Bedin

Amiens

Gardien : Ramon Sopko.

Défenseurs : Jimi Santala - Kevin Dusseau ; Johan Ohlsson ; Romain Bault – Fabien Bourgeois.

Attaquants : François – David Bastien (C) – Danick Bouchard (A) ; Romain Carpentier – Valentin Claireaux – Ilpo Salmivirta ; Fabien Kazarine – Marius Serer (A) – Mathias Arnaud.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Rémi Thomas. Absents : Martin Gascon (fracture du poignet), Aziz Baazzi (entorse de la cheville), Nicolas Leclerc (blessé), Vincent Bachet (luxation de l’épaule)

Grenoble

Gardien : Antoine Bonvalot.

Défenseurs : Pierre-Luc Lessard – Stéphane Gervais ; Baptiste Amar (C) – Nicolas Antonoff ; Jason Crossman – Maks Selan.

Attaquants : Mitja Sivic – Felix Petit – Toby Lafrance (A) ; Luc Tardif Jr – Yorick Treille (A) – Mathieu Le Blond ; Joris Bedin – Jordann Perret – Francis Charland ; Julien Baylacq – César Joffre.

Remplaçant : Sébastien Raibon (G). Absents : Christophe Tartari (clavicule), Mathieu Pons, Sébastien Delemps (junior), Romain Carry (junior), Kévin Martenon (junior).