Épinal - Gap (Ligue Magnus, 12e journée)

Comme un air de déjà-vu...

MantylaS'il est un déplacement qu'Épinal "affectionne" tout particulièrement, c'est bien celui de Caen. Et pour cause, les Dauphins trouvent toujours le moyen d'en revenir gagnants. Comme samedi dernier (6-3), où l'ICE a su braver les vents contraires du premier tiers avant de prendre les devants... pour ensuite résister au forcing normand !

Priés de ne pas s'arrêter en si bon chemin, les Vosgiens doivent maintenant profiter de la venue du mal-classé gapençais pour engranger deux nouveaux points et ainsi poursuivre leur lente remontée au classement. Les Kuralt, Plch et autres Perna, portés par un courant ascendant, réaliseraient la passe de trois en championnat après leurs derniers succès caennais et morzinois.

Mais encore faut-il les terrasser ces Rapaces apparus si coriaces l'an passé, lors de leur dernière "virée" à Poissompré. Les Haut-Alpins, tout aussi mal en points, étaient alors parvenus à blanchir (4-0) les Dauphins en s'appuyant notamment sur leur excellent gardien. Un cerbère américain oeuvrant désormais devant des filets anglais...

Mike Zacharias, puisque c'est de lui dont il s'agit, garde aujourd'hui les cages de Coventry. Et si les Gapençais ont toujours pu s'appuyer sur de solides portiers depuis leur retour parmi l'élite du hockey français (2009), ils n'ont que tardivement trouvé patin à leur pied cette année. Tim Boron est vite reparti aux États-Unis, faute de s'être acclimaté, laissant Lucas Savoye jouer les intérimaires avant l'arrivée d'un goalie plus expérimenté.

Les Rapaces, qui ont débuté la saison par sept revers de rang (toutes compétitons confondues), présentent un bilan plus équilibré (cinq victoires pour autant de défaites) depuis que Michael Garman s'est vu confier les clés du filet. Le natif du Colorado n'est donc pas étranger à la solidité retrouvée des troupes d'Ari Salo, dont la capacité à marquer n'est pas la première des qualités.

L'attaque la moins prolifique du championnat ne compte d'ailleurs qu'un seul représentant (Valchař) parmi les soixante meilleure pointeurs de Ligue Magnus. Loin des six Dauphins (Kuralt, Petrák, Plch, Perna, Breault et Cacciotti) recensés dans ce même classement anecdotique, mais révélateur d'un rendement offensif insuffisant auquel les dirigeants gapençais ont tenté de remédier en remplaçant le décevant Daniel Despotovic par Roman Vondráček. Un ex-international junior tchèque formé au Sparta Prague qu'Ari Salo place au centre de son troisième trio, misant sur sa vivacité et sa technicité pour accéCharpentierlérer le jeu.

Affichants d'intéressantes dispositions, Vondráček patine sans relâche tout au long de la soirée et s'évertue à créer le danger au côté d'ailiers combatifs, mais limités (Nilsson et Lacheny), soutenu par un Milan Tekel retrouvant, pour la toute première fois, son ancien coéquipier Martin Charpentier (qui lui était apparié ces deux dernières années et dont il fut, en quelque sorte, le "mentor" attitré). Le remuant trio Virpiö-Moore-Circelli doit lui se passer des services d'un Kai Syväsalmi touché au visage (01'09") et remplacé, aux côtés de l'ex-Spinalien Niko Mäntylä, par le jeune Brice Mansouri.

La sortie prématurée du défenseur finlandais (qui fera néanmoins son retour dès la fin du premier tiers) ne va aucunement déstabiliser des Gapençais pressés d'entrée, mais profitant d'une première supériorité (01'49") pour s'enhardir et s'installer en zone offensive. Hočevar n'a pas à trop s'employer pour garder sa cage inviolée, mais le Slovène, qui souffre d'un genou endolori, reste vigilant en enrayant cette reprise à bout portant d'Arrossamena, idéalement servi par Mickaël Perez (5e).

Étonnement empruntés, les Spinaliens tombent lentement, mais sûrement dans ce piège tant redouté, collectionnant approximations et passes ratées. Quelques moments de flottement, inexploités par le duo Kuralt-Petrák (07'02"), rappellent néanmoins qu'un petit rien suffirait à véritablement relancer les Dauphins dans cette rencontre tournant à l'avantage de ces Rapaces bien en place.

Il suffit d'ailleurs d'une récupération de Colin Moore en zone neutre pour que le jeune Américain lance aussitôt Collin Circelli côté droit, vers un deux-contre-un habilement conclu par Jouni Virpiö au second poteau (malgré l'opposition de Charpentier). Le Finlandais, du revers, parvenant à suffisamment lever son palet pour marquer d'un "poteau rentrant" en angle très fermé, entre le gardien et son montant droit (0-1 à 09'34").

Du tac au tac !

Benjamin Breault, à l'affût d'un "chaud" rebond (né d'une poussée conjointement menée par Cacciotti, Meilleur et Perna), égalise presqu'aussitôt (1-1 à 11'25"). Mais la faute de Charpentier (11'47") suite au débordement de Virpiö réactive un powerplay gapençais renforcé par le retour de Syväsalmi. Un come-back gagnant pour l'arrière finlandais qui s'essaye d'un slap détourné du bouclier (13'30") avant de créer le décalage en amorçant une triangulation relayée, à sa gauche, par un Vondráček renversant parfaitement à l'opposé. Vers qui ? Vers Circelli pardi, qui jaillit pour imparablement couper au second poteau (1-2 à 13'50") !

PerezAttaquant sans trop se découvrir (et surtout sans négliger les replis), les visiteurs jouent parfaitement le coup. Déployés aux quatre coins de la zone neutre, ils s'attèlent à verrouiller l'entrejeu en appliquant un système défensif éprouvé (la trappe) pour filtrer les palets afin de contre-attaquer en misant, notamment, sur l'incessante activité des Perez, Valchař, Arrossamena et autres Circelli. Un effort collectif réduisant à néant chaque tentative d'incursion spinalienne. Même Anže Kuralt, qui était parvenu à s'engouffrer dans une (rare) brèche, a dû s'avouer vaincu en un-contre-un, face à un solide Niko Mäntylä (19e).

Peinant à desserrer l'étreinte et à trouver la faille dans ce modèle d'étanchéité, les Dauphins n'arrivent à rien. Mais grâce aux pénalités, les "Bleus foncés" retrouvent quelques couleurs. Un faire trébucher de Virpiö (22'23") permet ainsi a l'ICE d'assiéger la cage d'un Garman essuyant, sans trembler, sa première vraie pluie de lancers. Du moins jusqu'à cette superbe inspiration d'un Michal Petrák relayant, en première intention, la passe de Yoann Chauvière vers un Ján Plch imparablement décalé au second poteau (2-2 à 23'50").

Piqués au vif, les hommes d'Ari Salo se rebiffent aussi sec. Collin Circelli hérite d'une belle occasion mais le Canadien voit son lancer freiné par un gardien parvenant, finalement, à repousser le danger (24'01"). Kai Syväsalmi passe quant à lui la seconde couche en profitant d'un palet mal dégagé pour adresser un tir sur lequel Andrej Hočevar, en position assise, parvient à s'interposer (25e). Le Slovène ne fait toutefois que retarder l'échéance. Roman Vondráček, bien servi devant la cage par Milan Tekel, reprend à bout portant pour expédier la rondelle dans le haut du filet (2-3 à 25'38").

Et à la fin...

La joie spinalienne fut de courte durée. Gap n'a pas laissé le doute s'installer en scorant dans la foulée, donnant à cette rencontre une allure de course-poursuite. Mais connaissant ces Dauphins (que l'on sait potentiellement renversants) et les difficultés des Rapaces à tenir un score, il y a fort à parier que ce court écart sera tôt ou tard surmonté. Les Canadiens prennent d'ailleurs en main l'opération remontée. "Domenico" Perna lance Benjamin Breault dans l'intervalle, pour un lancer bien bloqué par Mike Garman (25'55").

Cet allant offensif est toutefois freiné par la chute d'un Radim Valchař déséquilibré par Maxime Ouimet selon les référés, qui envoient aussitôt le Québécois au cachot (28'09"). Une pénalité restant inexploitée par le powerplay gapençais, malgré de bonnes phases de circulation. Seule une hirvonen accélération côté de l'inévitable Vondráček met véritablement la défense sans dessus-dessous (30'31") !

Cette parenthèse refermée, le jeu de puissance vosgien revient aux affaires après une obstruction d'Alexandre Cornaire (31'17"). Mais la dangerosité du powerplay est atténuée par la sortie temporaire d'un Benjamin Breault victime d'un coup mal placé (a priori sur le nez, 32'19"). Petrák, Plch et Kuralt cherchent la faille sans vraiment la trouver, tirant sans cadrer et finissant par s'en remettre aux slaps d'un Yoann Chauvière s'improvisant toujours "cannonier" à la ligne bleue. Faute de mieux...

Faisant corps, au besoin, devant leur gardien, les Rapaces malmènent les Dauphins dans les coins et jouent d'abnégation pour bloquer un maximum de lancers. Et sur de rares occasions, ils parviennent à contre-attaquer. Comme sur cette remontée d'un Tekel lançant Valchař dans la profondeur. Le Tchèque a du champ mais rate son contrôle avant de tirer... ce qui aura permis à Hočevar de se replacer (36'57") !

... c'est Épinal qui gagne !

Les Dauphins, connus pour leur propension à se "réveiller" dans le troisième tiers (même lorsqu'ils ne sont pas dans d'excellentes dispositions), ont plus d'une fois prouvé leur capacité à renverser n'importe quelle situation. Et ce soir encore, ils seront à la hauteur de leur réputation. Mais qu'en serait-il advenu si Lacheny était parvenu à reprendre le centre tendu de Vondráček ?

Ça, nous ne le saurons jamais : Yannick Offret récupérant ce palet égaré côté gauche pour lancer un Pierre-Charles Hordelalay accélérant pour trouver "Domenico" Perna à l'opposé. L'ailier de poche italo-canadien profite du décalage pour ajuster son lancer, imparablement placé à mi-hauteur, côté mitaine de Garman (3-3 à 42'56").

Opportuniste à souhait, "Monsieur un but par match" a encore frappé. Mais cette énième réalisation de Perna, véritable Marciano des temps modernes, est rapidement éclipsée par un solo dont Petrák a le secret. Le Tchèque parvient à s'immiscer entre deux défenseurs gapençais pour contourner la cage et terminer son action en prenant Garman à contre-pied (4-3 à 44'00") ! Le gardien américain, en retard dans son déplacement latéral, n'a que "tardivement" couvert son premier poteau...

Passés maîtres dans l'art d'inverser la tendance, les Dauphins ont renversé la vapeur en un éclair, plantant deux couteaux dans le dos des hommes d'Ari Salo... qui Cacciotti6ne s'en relèveront pas malgré les tentatives répétées d'un Circelli ayant tout tenté pour égaliser (47e, 49'14") ! Mike Garman a pourtant entretenu le maigre espoir d'un retour en fermant bien ses bottes sur un slap de Yoann Chauvière (49'58"), puis en "boxant", du bouclier, la reprise de Ján Plch (52'25"). Hočevar l'imitant en bloquant le tir d'Arrossamena, pourtant bien décalé par Vondráček (54'11") sur un contre mené à la vitesse grand V.

Des deux faire trébucher successifs récoltés par Kuralt (52'40") et Hirvonen (53'58"), c'est celui du Finlandais qui portera le plus gros préjudice à ses coéquipiers. Steven Cacciotti, à l'affût près du gardien (au second poteau), pousse au fond des filets le lointain "centre-tir" de Francis Meilleur (5-3 à 55'41"). L'inoxydable Ján Plch a le dernier mot en profitant d'une cage vidée de son occupant (6-3 à 56'29"). Comme souvent ces derniers temps, les Dauphins ont gardé le meilleur pour la fin...

Rien ne sert de courir, il faut partir à point... sauf chez les Dauphins !

Décidément, les matchs se suivent et se ressemblent à Poissompré, où les Dauphins n'ont plus perdu, en championnat, depuis le 12 octobre dernier. Ce soir-là, Brest avait vu ses trois buts d'avance effacés en un rien de temps par ces Spinaliens renversants, qui ont ensuite reproduit ce scénario à l'envi, devant Lyon et Chamonix.

L'ICE s'est donc fait une spécialité de passer à l'orange, gagnant les matchs à ne pas perdre sans nécessairement convaincre grâce à l'endurance, aux ressources physiques et au talent de ses meilleures individualités, capables de forcer la décision sur une poignée d'actions. Ainsi Michal Petrák est-il passé à côté de sa soirée, multipliant les ratés... tout en compilant trois points (dont le but victorieux à seize minutes de la fin) ! Traversant les matchs comme une ombre depuis son arrivée (en août dernier), "Domenico" Perna a lui montré qu'il pouvait patiner avec envie, à l'instar d'un Yoann Chauvière ayant visiblement trouvé son poste de prédilection. Non plus derrière... mais devant, à l'aile droite du troisième trio !

Après avoir laissé filer la victoire, samedi dernier, face à Villard (2-3), les Rapaces ont encore craqué sur la fin... et restent donc sur leur faim ! À n'en pas douter, les Haut-Alpins traîneront encore longtemps dans ces profondeurs du classement qu'ils n'étaient pourtant pas destinés à fréquenter...

 

Épinal - Gap 6-3 (1-2, 1-1, 4-0).
Vendredi 29 novembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 488 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Bourreau assisté de Sébastien Geoffroy et Jérémy Métais.
Pénalités : Épinal 10' (4', 2', 4') ; Gap 10' (0', 6', 4').
Tirs : Épinal 26 (8, 11, 7) ; Gap 27 (10, 11, 6).

Évolution du score :
0-1 à 09'34" : Virpiö assisté de Circelli et Moore
1-1 à 11'25" : Breault assisté de Cacciotti et Perna
1-2 à 13'50" : Circelli assisté de Vondráček et Syväsalmi (sup. num.)
2-2 à 23'50" : Plch assisté de Petrák et Chauvière (sup. num.)
2-3 à 25'38" : Vondráček assisté de Tekel et Cornaire
3-3 à 42'56" : Perna assisté d'Hordelalay et Offret
4-3 à 44'00" : Petrák
5-3 à 55'41" : Cacciotti assisté de Meilleur et Breault (sup. num.)
6-3 à 56'29" : Plch assisté de Petrák (cage vide)

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar.

Défenseurs : Maxime Ouimet (A) - Francis Meilleur ; Gašper Sušanj - Martin Charpentier ;  Yoann Chauvière [puis Fabien Leroy] - Peter Slovák.

Attaquants : Steven Cacciotti (C) - Benjamin Breault - Dominic Perna ; Anže Kuralt - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Yannick Offret - Pierre-Charles Hordelalay - Kevin Benchabane [puis Chauvière].

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Romain Mauffrey, Anthony Rapenne, Maxime Martin, Kevin Pernot. Absent : Mario Larocque (en attente de validation).

Gap

Gardien : Michael Garman (sorti de sa cage de 55'41" à 56'29") .

Défenseurs : Jérémy Baridon - Pasi Hirvonen ; Niko Mäntylä - Kai Syväsalmi [ou Brice Mansouri] ; Alexandre Cornaire (C) - Milan Tekel (A).

Attaquants : Radim Valchař - Mickaël Perez - Nicolas Arrossamena ; Jouni Virpiö - Colin Moore - Collin Circelli (A) ; Niklas Nilsson - Roman Vondráček - Yoanne Lacheny.

Remplaçants : Guillaume Duquenne (G), Hugo Casini, Paul Schmidt, Jacques Evrard, Charly Brugière. Absents : Mathieu André (genou), Lucas Savoye (G, accidenté), Étienne Chiappino (convalescent), Matthias Aman (G, accidenté).