Strasbourg - Épinal (Ligue Magnus, 13e journée)

Kuralt 6À l'Est, rien de nouveau !

Décidément, s'intéresser de près (ou de loin) aux Dauphins revient à suivre les péripéties d'un feuilleton riche en rebondissements. Dernier épisode en date : la mise à pied d'un Fabien Leroy connu pour ne plus être en odeur de sainteté avec son entraîneur et ses coéquipiers...

Le "cas Leroy" succède donc à cette "affaire Larocque" classée lundi dernier, après ce verdict tombé tel un couperet. La commission d'appel chargée de réexaminer ce dossier a tranché en défaveur des Vosgiens, les privant ainsi de ce joker défensif canadien qu'un mécène passionné (et désireux de soutenir financièrement l'ICE) s'engageait à "parrainer".

Un arrière supplémentaire n'aurait pourtant pas été superflu en vue d'une seconde partie de saison qu'un succès ramené de l'Iceberg permettrait d'aborder de la meilleure des façons. Mais gare à l'Étoile noire, qui brille cette année par son irrégularité et mise sur ce grand classique du paysage hockeyistique pour se relancer après deux défaites d'affilée. Deux revers largement évitables et terriblement frustrants, concédés devant Chamonix (1-2 a.p.) et Villard-de-Lans (4-5 t.a.b.)...

Ce trente-troisième "derby de l'Est" (en match officiel, depuis 2006) revêt donc une importance capitale pour Strasbourg, toujours privé d'un Michal Česnek purgeant son troisième et dernier match de suspension (suite à son "dérapage incontrôlé" en Coupe de France, sur la petite glace de Trimolet). Le défenseur slovaque (remplacé à l'arrière par le polyvalent Julien Burgert) est, avec Matt Lyall (malade), le seul absent côté alsacien, où l'on compte bien "laver l'affront" des précédentes confrontations... et enfin battre les Dauphins cette saison ! Les Spinaliens restent sur trois victoires face à l'Étoile noire depuis la rentrée (en pré-saison et Coupe de la Ligue)...

Même si tout n'a pas été parfait, les hommes de Raphaël Marciano ont su profiter d'un calendrier favorable pour amasser de précieuBourgautx points. Mais le côté imprévisible de cette formation alternant trop souvent le bon et le moins bon rend méfiants ses supporters, qui n'ont pas manqué de rallier Strasbourg et plus particulièrement son quartier de Cronenbourg. L'Iceberg, à deux bonnes heures de route d'Épinal, étant devenu un "pèlerinage" obligé pour les plus fervents habitués de Poissompré, venus nombreux (à raison d'une grosse centaine) encourager leurs protégés. Parmi lesquels Yoann Chauvière, utilisé derrière ou devant selon les besoins du moment... mais redevenu défenseur à plein temps avec les mesures disciplinaires prises à l'encontre de Fabien Leroy et le transfert avorté de Mario Larocque !

Et Chauvière, comme les autres arrières spinaliens, doivent rapidement s'employer pour contenir les velléités d'un ensemble alsacien prenant, d'emblée, le contrôle des opérations. L'intervention décisive de Francis Meilleur permet ainsi de contrer la tentative d'un Ján Cibuľa bien servi par Julien Correia (01'23"), son fidèle allié au sein d'un deuxième trio exceptionnellement complété par Damien Bourguignon (en l'absence de Lyall). Mais la menace se précise après cette obstruction de Meilleur (02'03").

Le jeu de puissance est aiguillé par Ján Pardavý, tête pensante d'un "cinq majeur" s'étant trouvé, en Cody Carlson, un parfait bras armé. Le vétéran slovaque, en véritable point d'ancrage, tient lieu de plaque tournante et de relais pour Élie Marcos, Édouard Dufournet et Sébastien Trudeau, également chargés de décaler ce défenseur canadien au si puissant lancer.

Reste que ces tirs, lointains ou rapprochés (comme celui de Suchánek, 03'24"), ne permettent toutefois pas à l'Étoile noire de matérialiser sa domination. Toutes ces bonnes intentions ne débouchent, paradoxalement, sur rien de bien dangereux. Un gros travail d'Élie Marcos derrière la cage manque pourtant de profiter à Peter Bourgaut, dont la reprise à bout portant est enrayée par un Andrej Hočevar (08'39") pouvant compter sur l'indéfectible soutien des Maxime Ouimet et autres Francis Meilleur, principaux "murs porteurs" d'une arrière-garde rarement ébranlée. Sauf sur ce shoot de Yan Turcotte difficilement repoussé... et qui aurait pu profiter à Marcos, fort bien placé (15'04") !

Très présent défensivement, "Domenico" Perna participe activement à l'effort collectif en cherchant, également, à se projeter le plus rapidement possible vers l'avant. Rien à voir, toutefois, avec l'explosivité d'un Kuralt bénéficiant d'une récupération de Sušanj, puis d'un service de Petrák, pour ouvrir le score au terme d'un deux-contre-un rondement mené. L'international slovène fusille, de près, un Hiadlovský jusqu'alors peu sollicité (0-1 à 17'27"). À force d'attaquer sans parvenir à marquer, l'Étoile noire a fini par se faire contrer...

CorreiaDominer n'est pas gagner et Strasbourg l'apprend à ses dépends. Une leçon de réalisme et d'efficacité administrée par des Spinaliens défendant plus qu'ils n'attaquent vraiment. Des visiteurs obtenant, dans la foulée, une supériorité (née d'un accrocher bas-rhinois, 17'36") qui permet à Francis Meilleur, sur jeu placé, d'exploiter un palet traînant dangereusement dans la zone de vérité pour le glisser entre les jambières du portier alsacien (0-2 à 18'11").

Le piège semble s'être refermé sur les hommes de Daniel Bourdages, décidés à sortir de l'ornière au retour des vestiaires. Mais l'efficacité leur fait toujours cruellement défaut. Même en supériorité numérique, où le faire trébucher d'Hordelalay (22'24") n'est pas rentabilisé malgré la vista de "Papy" Pardavý et la force de frappe de Cody Carlson (22'51"). Sans oublier cette reprise en one-timer de Stříž, qu'Hočevar détourne de sa trajectoire (24'11").

Des Dauphins "mi-Anže"... mi-démons !

Une nouvelle pénalité est ainsi tuée par les Dauphins, qui bénéficient à leur tour d'un avantage numérique sans vraiment parvenir à s'installer (24'33"). Mais un "passe-muraille" nommé Anže Kuralt va brillamment s'ouvrir le chemin des filets, d'un "slalom géant" dont il a le secret. L'international slovène arrive lancé pour passer toute la défense en revue et fondre sur Hiadlovský, qu'il crucifie du revers (0-3 à 26'20"). Pas étonnant, avec ce genre d'actions, qu'Anže Kuralt ait si rapidement gagné le cœur des supporters vosgiens !

L'exploit individuel de cet ailier sur-vitaminé agit tel un coup de massue sur les casques jaunes de l'Étoile noire, touchés... et presque coulés sur ce break d'un Hordelalay parti défier Hiadlovský à sa sortie du banc d'infamie ! Une chance, pour les Strasbourgeois, que l'ancien buteur rémois ne soit pas parvenu à glisser la rondelle entre les jambières du cerbère (29'26")...

Les Dauphins vont-ils regretter cette échappée ratée ? Conscients qu'un but alsacien pourrait tout relancer, les partisans spinaliens assistent, impuissants, aux "incarcérations" successives de Slovák (29'40") et Meilleur (30'50"). L'arrière canadien est sorti de ses gonds, ulcéré par les provocations répétées d'un Correia qu'il envoya proprement valdinguer !

Petrak2Mais cette "double peine" est courte durée. Un contre spinalien se dessine à la libération d'un Slovák violemment percuté par Suchánek, mais parvenant tout de même à lancer Breault dans la profondeur. Le centre québécois tente vainement de dribbler un Carlson parfaitement replié (31'50") à l'issue de cette action fatale à Suchánek. L'imposant défenseur tchèque, qui peine à se relever, souffre à l'évidence du genou... et se voit pénalisé, par-dessus le marché, pour son intervention "musclée" !

Dans son malheur, Jakub Suchánek rejoint Édouard Dufournet, lui aussi prématurément sorti et remplacé, au centre du premier trio, par le capitaine Élie Marcos. Et pour ne rien arranger, l'Étoile noire reste à la merci des contre-attaques spinaliennes, comme celle menée par un Martin Charpentier "oubliant" Ján Plch, à l'opposé (32'22"). Mais à force d'accumuler les pénalités, les joueurs de la Cité des Images vont finir par craquer sous les assauts répétés d'un powerplay alsacien arrivant (enfin !) à ses fins grâce à un buteur... spinalien ! Anže Kuralt dévie malencontreusement le centre de Ján Pardavý dans ses propres filets (1-3 à 37'11")...

Pardavý n'a pas suffi...

Un semblant d'espoir renaît, mais cette flamme, vacillante, est aussitôt soufflée par l'opportunisme d'un Michal Petrák bonifiant, dans une certaine confusion (et du revers), un palet tardant à être dégagé. En fait son propre rebond : le Tchèque ayant profité du bon décalage de Gašper Sušanj pour s'essayer d'un lancer axial repoussé par Vladimír Hiadlovský (1-4 à 38'45"). Les Dauphins prennent le large et la victoire semble à portée de main. Mais avec ces Spinaliens, on jamais sûr de rien... surtout qu'Élie Marcos va profiter d'une astucieuse remise de Ján Pardavý (qui a laissé dans son dos, en entrée de zone) pour s'excentrer et adresser un tir croisé filant sous la mitaine d'Andrej Hočevar (2-4 à 42'30") !

Le talent à l'épreuve du temps de Ján Pardavý a remis l'Étoile noire en selle. Mais ce rapproché est presqu'aussitôt annulé par ce diable de Petrák, à l'affût d'un rebond provoqué par l'inévitable Kuralt (2-5 à 43'43"). Le centre tchèque décroche les toiles d'araignées en expédiant, à bout portant, le puck dans le haut du filet, pour le plus grand bonheurs de supporters vosgiens ivres de bonheur... et vainqueurs, haut la main, du "match" des gradins !

Cette fois, le plus dur est fait, surtout qu'Hočevar répond immanquablement présent. Les Cibuľa, Trudeau et autres Correia trouvent porte close sur les rares opportunitPardavy2és concédées par ces Spinaliens défendant corps et biens devant leur gardien. Des Lorrains tenant bon jusqu'au bout, en résistant aux derniers assauts d'Alsaciens nullement découragés. L'Étoile noire, qui se bat avec l'énergie du désespoir, réduit toutefois l'écart par l'intermédiaire d'un Pardavý "oublié" au second poteau (mais bien servi par Trudeau, 3-5 à 55'12").

Les temps morts des uns et des autres ne changeant pas l'issue de ce "derby" remporté par de solides Dauphins. Chacun, côté spinalien, s'étant sont mis au service du collectif pour résister sans se laisser submerger grâce à un investissement défensif de tous les instants.

N'ayant définitivement pas besoin de cinquante occasions pour les mettre au fond, les Vosgiens ont encore fait preuve d'une froide efficacité en marquant cinq fois... en seulement dix-sept lancers ! Cet étonnant réalisme doit beaucoup à la forme "olympique" d'un Anže Kuralt affolant décidément les compteurs.

Ce soir encore, l'ailier slovène venu du championnat danois a fait la différence en signant un match à quatre points pour se hisser au deuxième rang des meilleurs pointeurs de Ligue Magnus (à six points et cinq buts d'un certain Danick Bouchard), porté par ses qualités de finisseur et son instinct de buteur. Une réussite déteignant sur Michal Petrák et Ján Plch, qui le suivent de près dans le bon wagon des top-scoreurs...

Dépourvus de telles individualités (seul l'inoxydable Pardavý paraît "boxer" dans la même catégorie), les Strasbourgeois ont eux fait l'essentiel du jeu sans parvenir à concrétiser. Un mal récurrent ces derniers temps, sûrement amplifié par le forfait de Matt Lyall et la sortie, en cours de partie, d'éléments très importants (Édouard Dufournet et Jakub Suchánek, tous deux blessés).

Certains diront que l'Étoile noire, battue pour la cinquième fois d'affilée cette année par sa "bête noire", bascule du côté obscur. Mais elle fait surtout grise mine, à l'image d'un Daniel Bourdages lassé de voir le même scénario inexorablement se répéter. La prochaine venue de Gap lui permettra t-elle de se relancer ?

 

Strasbourg - Épinal 3-5 (0-2, 1-2, 2-1).
Samedi 7 décembre à 17h30 à la patinoire de l'Iceberg. 1 626 spectateurs.
Arbitrage de Bruno Colléoni assisté de David Courgeon et Jérémy Metais.
Pénalités : Strasbourg 20' (4', 6' + 10', 0') ; Épinal 16' (4', 10', 2').
Tirs : Strasbourg 35 (10, 11, 14) ; Épinal 17 (5, 7, 5).

Évolution du score :
0-1 à 17'27" : Kuralt assisté de Petrák et Sušanj
0-2 à 18'11" : Meilleur assisté de Cacciotti et Perna (sup. num.)
0-3 à 26'20" : Kuralt assisté de Chauvière et Plch (sup. num.)
1-3 à 37'11" : Pardavý assisté de Marcos et Trudeau (sup. num.)
1-4 à 38'45" : Petrák assisté de Kuralt et Sušanj (sup. num.)
2-4 à 42'30" : Marcos assisté de Pardavý
2-5 à 43'43" : Petrák assisté de Kuralt
3-5 à 55'12" : Pardavý assisté de Trudeau et Marcos
 

Strasbourg

Gardien : Vladimír Hiadlovský (sorti de sa cage à 58'29").

Défenseurs : Yan Turcotte - David Stříž ; Jakub Suchánek [jusqu'à 31'50"] - Cody Carlson ; Hugues Cruchandeau (A) - Julien Burgert.

Attaquants : Peter Bourgaut - Élie Marcos (C) [puis Julien Baeumlin] - Valentin Michel ; Ján Pardavý - Édouard Dufournet [puis Marcos] - Sébastien Trudeau ; Julien Correia - Ján Cibuľa (A) - Damien Bourguignon [puis Romain Schmitt].

Remplaçants : Gilles Beck (G), Yann Pflieger. Absents : Michal Česnek (suspendu), Matt Lyall (malade).

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar.

Défenseurs : Maxime Ouimet (A) - Francis Meilleur ; Gašper Sušanj - Martin Charpentier ; Peter Slovák - Yoann Chauvière.

Attaquants : Steven Cacciotti (C) - Benjamin Breault - Dominic Perna ; Anže Kuralt - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Yannick Offret - Pierre-Charles Hordelalay - Kevin Benchabane.

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Romain Mauffrey, Anthony Rapenne, n°10, n°50. Absent : Fabien Leroy (écarté du groupe).