Chamonix - Rouen (Coupe de la ligue, finale)

DESROSIERSjulien20130914015Plus grand palmarès du hockey français, Chamonix n'a plus rien gagné depuis 35 ans. Mais aujourd'hui, le CHC accède à sa première finale depuis 20 ans, une consécration méritée pour la progression régulière de l'équipe de Stéphane Gros depuis quelques saisons. Face aux Chamois se dresse la plus haute montagne : le tenant du titre, la référence absolue du hockey français moderne, Rouen. Comme le championnat, la Coupe de la ligue est le jardin des Rouennais qui l'ont soulevée trois fois sur les six dernières années. C'est Gabriel Girard, plutôt que le vétéran Lhenry, qui est titularisé pour cette première finale de la saison, un premier gros évènement pour lui.

La force des Chamoniards, c'est qu'ils n'ont rien à perdre. Pour qu'ils n'aient également rien à regretter, leur entraîneur Stéphane Gros leur a recommandé dans le vestiaire : "Chaque shift, vivez-la à 200%". Avant d'ajouter en dernier rappel : "Et pas d'erreur"... Malheureusement, ses défenseurs commencent par ce qui ressemble à un scénario catastrophe : Riku Silveloinnen se met à la faute sur la première incursion rouennaise, et Kyle Hardy dégage dans les tribunes. Rouen joue donc à 5 contre 3, une configuration dont le Dragon se régale généralement. La précision de Julien Desrosiers fait mouche dans le haut du filet... mais le but est refusé car Janos Vas est venu mettre un patin dans la zone pour gêner le gardien et la défense. Stefanka trouve encore une passe vers Vas devant le but, mais Fouquerel est à la parade.

Chamonix revient donc à cinq avec un immense soulagement, et entre alors pleinement dans son match. Si Mathias Terrier se crée la première occasion, c'est surtout Laurent Gras qui mène ses coéquipiers avec toute son expérience. Celui qui n'était que junior lors de la finale 1994 a bien l'intention de vivre ce qui est aussi une première pour lui, une finale sous les couleurs de son club formateur, même s'il en a connu d'autres avec Amiens. Alors que Miroslav Guren est en prison pour une obstruction en entrée de zone, le tir du poignet de Gras frappe le poteau, mais il vient prendre son propre rebond (1-0, 06'24").

Maintenant, il n'y a plus qu'à guetter la réaction du Dragon vexé. Elle est progressive : le RHE s'efforce de mettre du rythme peu à peu car il joue à quatre lignes au vu du calendrier toujours chargé en janvier avec la finale européenne. Les jeunes ne sont pas les moins en vue, et quand un palet frappe la bande avant de revenir devant le but, Clément Fouqurerel n'arrive pas à l'écarter de la crosse, mais fait un magnifique arrêt-réflexe de la mitaine en voyant Romain Gutierrez reprendre à pleine vitesse. Chamonix tue une nouvelle pénalité de Cocar. Puis, sur une action étonnante, Yannick Riendeau arrive avec un brin de réussite à se retrouver face à la cage vide, mais Damien Torfou, qui s'était retrouvé à genoux devant la technique du Canadien, se relève et se rattrape juste à temps en dégageant ce palet si chaud.

torfou damien 091003 024S'ils sont passés tout près de la correctionnelle, les Chamoniards n'en font pas moins preuve d'un culot étonnant. Terrier, Hascoët, Biscard font un travail énorme de conservation de palet dans le coin de la zone rouennaise. Ils ne cèdent pas un pouce aux défenseurs adverses et finissent par provoquer une pénalité de Riendeau, même si elle n'est pas exploitée.

Chamonix n'a donc pas volé l'avantage au score... mais il lui est enlevé de la façon la plus cruelle. Les bandes et les plexis de Méribel sont en effet une source unique de rebonds bizarres que les "habitués" rouennais ne connaissent que trop bien, puisqu'ils avaient encaissé le premier but angevin de cette façon l'an dernier. Alors, ils les utilisent maintenant à leur profit. À douze secondes de la pause, Julien Desrosiers envoie la rondelle au fond et est tout heureux de... la voir revenir sur lui. Même en angle fermé, il ne manque pas l'occasion de viser le but mal couvert, car Fouquerel avait évidemment anticipé en se dirigeant derrière sa cage (1-1, 19'48").

"C'est anecdotique, ce but, on n'en rien à foutre", assène Stéphane Gros dans le vestiaire ouvert aux caméras de L'Équipe 21. Il est indispensable effectivement que ses joueurs aient cet état d'esprit pour continuer le match dans la même veine. Seul reproche : une entrée en zone pas toujours assurée en jeu de puissance. On avait déjà douté d'une passe en retrait un peu trop aveugle de Gadoury en première période, car le "quatrième attaquant" Julien Tremblay peine à couvrir la bleue. Il se fait prendre à revers par Loup Benoît, qui manque cependant de vitesse pour mener son échappée jusqu'à bon port. Après une pénalité pour surnombre, Rouen concède ensuite une prison de Guren. À force de s'exercer en supériorité numérique, le CHC finit par concrétiser, d'autant que Tavzelj et Guillemain sont cuits. Le scénario est identique au premier but : tir sur le poteau, signé Brent Patry, et rebond en cage vide, pour Arnaud Hascoët (2-1, 30'43").

Cette fois, la réaction des Dragons est vive, et même immédiate : le tir du poignet d'Anthony Rech en entrée de zone fuse dans la lucarne d'un Clément Fouquerel médusé (2-2, 30'59"). Mais le contrecoup psychologique ne fait pas partie du vocabulaire de Chamonix ce soir. Les Hauts-Savoyards ne doutent de rien, et surtout pas leur troisième ligne, celle des jeunes. Pour la construction du but, on ne change pas un principe qui gagne : Patxi Biscard tire sur le montant, et Mathias Terrier prend le rebond (3-2, 32'47"). Si Rouen sait utiliser les balustrades vicieuses, Chamonix manie donc la passe décisive du poteau !

Les Rouennais accumulent des fautes plus idiotes les unes que les autres : Vas charge Patry avec la crosse en zone offensive, et Tavzelj fait siffler un surnombre en touchant le palet en sortant du banc. Le jeu de puissance du CHC n'est pas exceptionnel, mais le nombre d'occasions fait le larron : Mathias Terrier dévie une passe de la droite de Tremblay puis prend son propre rebond (4-2, 37'41"). Non, cette fois, le palet n'a rebondi "que" sur un patin rouennais. La sirène sauve véritablement des Dragons désemparés, puisqu'un but est refusé aux Chamoniards : le lancer a été déclenché juste après le gong...

LHENRYfabrice20130914241Il reste encore une carte pour Rouen : Fabrice Lhenry, le gardien de 41 ans, remplace Girard, dont on ne peut cependant faire le seul coupable du score. C'est lui, le seul à avoir vécu sur la glace la finale de 1994. Il portait alors le maillot chamoniard...

Nanti de deux buts d'avance, le CHC ne se repose pas sur ses lauriers. Il prend la possession du palet, meilleure manière de contrôler la partie. Les Chamoniards gagnent la majorité des duels, en s'engageant avec détermination, mais sans perdre de vue les impératifs tactiques et le bon positionnement défensif. Mais un homme a porté Rouen dans les mauvais moments ce soir, et c'est un Haut-Savoyard, Anthony Rech. Clément Fouquerel est sanctionné pour un jet de crosse, et Rech transforme alors son tir de pénalité avec confiance, d'un revers entre les bottes du gardien (4-3, 45'28").

Les vieilles jambes rouennaises sont toujours en détresse face à la fougue de la troisième ligne chamoniarde, et Tavzelj fait obstruction sur Terrier dans l'axe pendant que Biscard déborde à droite. Lancé en échappée pendant l'infériorité numérique, Julien Desrosiers tente un beau mouvement mais Clément Fouquerel réussit un arrêt décisif. Et quand c'est au tour de Terrier d'aller en prison, la passe transversale de Yannick Riendeau est reprise à ras glace par François-Pierre Guénette (4-4, 53'00"). C'est le premier but de la partie inscrit par un joueur n'ayant pas la nationalité française, signe que les fondements du match sont en train de changer.

La paire Patry-Torfou n'arrive à repousser ni l'incursion de Desrosiers ni le palet, et Janos Vas donne l'avantage à Rouen d'une reprise en pleine lucarne (4-5, 53'23"). Stéphane Gros appelle son temps mort, mais malgré la force psychologique dont ses joueurs ont fait preuve, on imagine combien il doit être difficile d'y croire encore après tant d'espoirs envolés en vingt-trois petites secondes.

Chamonix bénéficie d'une aide inattendue : une pénalité stupide en zone offensive de l'homme de métier, Juraj Stefanka, qui retient Hardy. La pression est forte, très forte, sur le but de Fabrice Lhenry, qui tient le fort avec des arrêts fantastiques, suppléé une fois sur sa ligne par le dégagement d'un défenseur. À une minute de la fin, Fouquerel quitte sa cage, et Marc-André Thinel, bien discret dans cette finale, plante le dernier clou en cage vide (4-6, 59'48").

L'apprentissage des finales est amer pour une équipe de Chamonix qui a fait très bonne figure et a mérité la victoire pendant cinquante minutes, avant de subir l'implacable loi du plus fort. La loi du Dragon.

Désigné MVP de la finale : Anthony Rech (Rouen).

Commentaires d'après-match (sur L'Équipe 21)

Clément Fouquerel (gardien de Chamonix) : "C'était une belle expérience, collectivement et individuellement pour chaque joueur. C'est dommage. Il nous a manqué un peu de lucidité dans le dernier tiers, un peu de mordant. Comme toujours, c'est Rouen qui gagne, malheureusement."

Rodolphe Garnier (entraîneur de Rouen) : "On a manqué de discipline, on prend quatre buts sur des rebonds, on n'était pas là défensivement. Chamonix était bien en place et a travaillé défensivement. C'était un match difficile, il a fallu chercher profond pour trouver la victoire ce soir."

Julien Desrosiers (attaquant de Rouen) : "Au troisième tiers, on s'est parlé comme des hommes et on savait qu'on avait les ressources pour revenir. On savait qu'on avait mieux en nous et on a prouvé au troisième tiers-temps qu'on était une bonne équipe."

Anthony Rech (attaquant de Rouen) : "On a très mal joué les deux premières périodes. On s'est fait remonter les bretelles, mais au moins on a gagné."

 

Chamonix - Rouen 4-6 (1-1, 3-1, 0-3)
Jeudi 2 janvier 2014 à 20h30 à la patinoire de Méribel. 2500 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Jérémy Rauline assistés de Charlotte Girard et Thierry Caillot.
Pénalités : Chamonix 8' (6', 0', 2') ; Rouen 16' (4', 8', 4')
Tirs : Chamonix 37 (11, 15, 11) ; Rouen 36 (10, 15, 11)

Évolution du score :
1-0 à 06'24" : Gras assisté de Hardy et Masson (sup. num.)
1-1 à 19'48" : Desrosiers
2-1 à 30'43" : Hascoët assisté de Patry (sup. num.)
2-2 à 30'59" : Rech assisté de Guren
3-2 à 32'47" : Terrier assisté de Biscard et Patry
4-2 à 37'41" : Terrier (sup. num.)
4-3 à 45'28" : Rech (tir de pénalité)
4-4 à 53'00" : Guénette assisté de Riendeau et Thinel (sup. num.)
4-5 à 53'23" : Vas assisté de Desrosiers (sup. num.)
4-6 à 59'48" : Thinel (sup. num.)


Chamonix

Gardien : Clément Fouquerel.

Défenseurs : Riku Silvennoinen (2') - Arthur Cocar (2') ; Kyle Hardy (-2, 2') - Fabien Veydarier ; Brent Patry (-2) - Damien Torfou (-2).

Attaquants : Clément Masson (A, -1) - Laurent Gras (A, -2) - Alexandre Audibert (C) ; Julien Tremblay (-2) - Kévin Gadoury (-2) - Vincent Kara (-1) ; Arnaud Hascoët - Patxi Biscard - Mathias Terrier (2') ; numéro 9 - Jérémy Arès - Benjamin Rubin [une présence].

Remplaçants : Victor Goy (G), Clément Colombin, Léo Dutruel.

Rouen (4' pour surnombre)

Gardien : Gabriel Girard puis Fabrice Lhenry à 40'00".

Défenseurs : Lauri Lahesalu (+2) - Jonathan Janil ; Antonin Manavian (+3) - Miloslav Guren (4') ; Andrej Tavzelj (A, +2, 2') - Léo Guillemain (-1).

Attaquants : Yannick Riendeau (-1, 2') - François-Pierre Guénette (A, -1) - Marc-André Thinel (C) ; Julien Desrosiers (+2) - Janos Vas (+3, 2') - Loïc Lampérier (+2) ; Romain Gutierrez (+1) - Juraj Stefanka (+1, 2') - Anthony Rech (+2) ; Johan Saint-André - Loup Benoit (+1) - Dimitri Thillet.

Remplaçants : Raphaël Faure, Anthony Goncalves. Absents : Stanislav Hudec (départ), Juho Mielonen (épaule).