Analyse de l'effectif américain pour les JO

PACIORETTY Max-120504-037Comme aux précédents JO de Vancouver, Hockey Archives vous présente l'analyse détaillée de chacune des "grosses" équipes olympiques en essayant de deviner les lignes potentielles et en dévoilant les clés de chaque sélection.

Alors que la date pour nommer les équipes olympiques a été repoussée au 7 janvier par le lobbying russe, les États-Unis s'en sont tenus à la position initiale de la NHL en dévoilant leur effectif le 1er janvier, avec le risque de ne plus pouvoir enlever aucun nom sauf blessure une fois que le couperet est tombé.

Première parue, la sélection a déjà été très critiquée. Il faut dire que les Américains n'ont jamais eu une telle densité, et donc autant de choix difficiles. Ce qui rend cette liste historique, c'est que pour la première fois, un journaliste (Scott Burnside d'ESPN) a été convié à suivre tout le processus de sélection et a donc révélé - a posteriori bien sûr - comment les cotes des joueurs ont évolué sans rien cacher des propos tenus par les membres du comité.

L'expertise du comité de sélection peut difficilement être mise en cause : les hommes qui le composent (Stan Bowman, Dale Tallon, Dean Lombardi et Ray Shero) ont construit les équipes qui ont remporté quatre des cinq dernières Coupes Stanley. Le dernier mot revient cependant à David Poile (Nashville), nommé manager de la sélection nationale, et non plus à Brian Burke, qui n'a plus qu'un rôle d'assistant. L'influence de Burke, l'éternelle éminence du hockey américain, reste cependant présente.

 

Gardiens

Jonathan Quick (Los Angeles Kings)
Ryan Miller (Buffalo Sabres)
Jimmy Howard (Detroit Red Wings)

HOWARD Jimmy-120504-090Élu meilleur joueur des Jeux olympiques de Vancouver, Ryan Miller n'était prévu il y a quelques mois que dans un rôle de remplaçant. Mais de la façon dont il tient à bout de bras une équipe de Buffalo en totale déchéance, il pourrait bien, une nouvelle fois, arriver dans sa meilleure forme au bon moment pour le tournoi olympique. Longtemps, le numéro 1 devait revenir à Jonathan Quick, qui a conduit Los Angeles à une étonnante Coupe Stanley en 2012. Il a cependant longtemps été blessé aux adducteurs et revient à peine au jeu. Souvenons-nous surtout que Quick n'a absolument aucune expérience internationale.

La sélection de Jimmy Howard a été beaucoup plus discutée. Il connaît une mauvaise saison, il a subi la concurrence inattendue de Jonas Gustavsson à Detroit et a été blessé au genou en décembre. Mais son expérience l'a maintenu dans la liste. Quoi qu'il en soit, aucun autre pays - à part bien sûr la Finlande - ne peut se targuer d'aligner un trio de gardiens de ce niveau. Ce sera une fois de plus un point fort pour la bannière étoilée.

Les absents dans les cages : Poile a répété depuis le début qu'il prendrait les trois meilleurs, indépendamment de toute considération sur l'intérêt d'avoir un numéro 3 gardant un esprit positif en n'ayant guère de chance de jouer. C'est pourquoi le trio de départ n'a jamais été remis en cause, même si un Cory Schneider ou un Ben Bishop auraient correspondu au profil tout en ayant d'excellentes statistiques cette saison. Bishop avait en effet eu un comportement modèle aux derniers Mondiaux quand il avait perdu son poste au profit de John Gibson (talent prometteur qui n'a toujours pas eu sa chance en NHL et était donc hors course).

 

Défenseurs

Ryan Suter (Minnesota Wild) - Justin Faulk (Carolina Hurricanes)

Meilleur fiche +/- au dernier tournoi olympique, défenseur au plus gros temps de glace en NHL, Suter est une fois le plus le leader incontestable de la défense américaine, le joueur le plus indispensable aussi. Il est plus difficile de lui trouver un partenaire car les Américains ont peu d'arrières droits, poste auquel ils ont pris des jeunes. Osons miser sur le benjamin de l'équipe, Justin Faulk, étincelant aux deux derniers championnats du monde : il a toutes les qualités requises sur grande glace.

Ryan McDonagh (New York Rangers) - Kevin Shattenkirk (St. Louis Blues)

FOWLER Cam-120504-159Depuis leur apparition commune relativement discrète au Mondial 2011, ces deux joueurs ont accompli du chemin. McDonagh est considéré comme le futur grand spécialiste défensif de la NHL, et Kevin Shattenkirk a réussi à faire taire par son bon positionnement les doutes qui pèsent sur les défenseurs offensifs. Dans les unités spéciales, ils auront en tout cas des rôles bien distincts : McDonagh en arme dissuasive pour tuer les pénalités, Shattenkirk pour le jeu de puissance.

Brooks Orpik (Pittsburgh Penguins) - Paul Martin (Pittsburgh Penguins)

Le coach américain sera Dan Bylsma, l'entraîneur de Pittsburgh, avec son adjoint Tony Granato, et c'est pourquoi ces deux arrières n'ont jamais quitté la liste, malgré leurs malheurs : Brooks Orpik a été commotionné par une agression gratuite de Shawn Thornton (15 matches de suspension) début décembre, et Paul Martin ne reprendra le jeu que mi-janvier après une fracture du tibia. Ils avaient été tous deux déjà sélectionnés il y a quatre ans, mais Martin avait dû déclarer forfait sur blessure. Comme la paire est habituée à jouer ensemble, on voit mal leurs entraîneurs de club ne pas la réunir, avec certainement pour mission la neutralisation. Orpik n'a mis aucun point en deux compétitions internationales, mais son rôle est avant tout physique.

Cam Fowler (Anaheim Ducks) - John Carlson (Washington Capitals)

Fowler a obtenu sa sélection in extremis (6 voix à 3 contre Jack Johnson), mais maintenant qu'il est présent, il peut vite prendre un rôle plus important, notamment si Orpik montre ses limites sur grande glace. Héros de la prolongation en finale du Mondial junior 2010 qui a mis fin à la domination canadienne, John Carlson peut quant à lui être utile partout, en supériorité comme en infériorité, même s'il manque d'expérience internationale.

 
Les absents en défense : même s'il ne composent pas l'équipe, l'avis des entraîneurs reste écouté, et c'est en défense qu'il a le plus compté. Comme l'a révélé Burnside, le vibrant plaidoyer de Dean Lombardi en faveur de Keith Yandle n'a pas suffi à sauver ce parfait défenseur offensif, jugé "à risque" par les coaches. Pas plus que le cauchemar de David Poile, qui s'est réveillé en sueur un matin après avoir rêvé d'une non-inclusion de Jack Johnson qui se serait révélée une terrible erreur : ne pas prendre "JJ" fut un crève-coeur car il a toujours répondu à la bannière étoilée, mais un joueur actuellement hors de forme et hors de confiance ne peut prétendre à la sélection. L'ancien n°1 de draft Erik Johnson, finaliste à Vancouver en 2010, a été laissé de côté à 25 ans parce qu'on lui a préféré des arrières droits plus jeunes et surtout avec une meilleure vitesse de patinage. La volonté stratégique de privilégier des transitions rapides a finalement été fatale aux Johnson... sans bénéficier à Yandle.

 

Attaquants

Zach Parise (Minnesota Wild) - Ryan Kesler (Vancouver Canucks) - Patrick Kane (Chicago Blackhawks)

La première ligne réunira certainement les deux ailiers-vedettes, un Patrick Kane en grande forme et un Zach Parisé toujours important. On sait que les Américains ont moins de centres dominants, surtout quand on les compare aux Canadiens. Pour cette équipe, un Ryan Kesler en pleine forme est donc essentiel. L'ancien meilleur attaquant défensif de NHL a connu diverses blessures ces dernières années, mais il semble revenu à 100%. Alors que le meilleur marqueur Parisé était en première ligne, Kane et Kesler avaient évolué ensemble sur la troisième ligne aux derniers JO, et leur réunion aujourd'hui paraît naturelle. Un premier trio naturel.

James van Riemsdyk (Toronto Maple Leafs) - Joe Pavelski (San José Sharks) - Phil Kessel (Toronto Maple Leafs)

STASTNY Paul-130504-007Capable du meilleur comme du pire, le buteur naturel Phil Kessel a assis sa légitimité. Le chien fou a progressé, et son individualisme semblme appartenir au passé quand on le voit jouer avec un James van Riemsdyk flamboyant cette saison, tant les deux joueurs se servent mutuellement des occasions. Leur complémentarité ne laisse aucun doute sur la réunion des deux joueurs. Qui au centre ? Sans doute Joe Pavelski, joueur complet et responsable défensivement. Le staff envisage aussi de l'utiliser à la ligne bleue en jeu de puissance.

Max Pacioretty (Canadiens de Montréal) - Paul Stastny (Colorado Avalanche) - Blake Wheeler (Winnipeg Jets)

Centre de la première ligne il y a quatre ans, Paul Stastny a vu sa cote fondre pendant que l'Avalanche dégringolait la pente. Deux excellents championnats du monde en 2012 (avec Pacioretty à ses côtés) et 2013 ont convaincu les sélectionneurs qu'il n'avait rien perdu de son talent, ce qu'il confirme cette saison. Il est à son aise dans un jeu rapide, raison pour laquelle Blake Wheeler, choisi pour sa vitesse, pourrait aussi bénéficier de ces services.

Dustin Brown (Los Angeles Kings) - David Backes (St. Louis Blues) - T.J. Oshie (St. Louis Blues)

Candidat au capitanat, Dustin Brown marque de moins en moins mais son engagement physique de tous les instants peut être redoutable sur une ligne physique, surtout aux côtés d'un destroyer au forecheck comme peut l'être David Backes. Les entraîneurs avaient fait savoir qu'ils aimaient T.J. Oshie, sa possible complémentarité avec Backes, sa polyvalence et son talent aux tirs au but qui peut toujours être utile sur un tel tournoi.

Ryan Callahan (New York Rangers), Derek Stepan (New York Rangers)

Le staff avait demandé cinq centres, et le jeune Derek Stepan est donc le cinquième centre malgré une saison assez moyenne qui ne lui a tout de même pas coûté sa place. Son coéquipier Ryan Callahan sera sans doute plus utilisé par ses qualités défensives, particulièrement en infériorité numérique.


Les absents en attaque : dans une sélection concurrentielle, les défauts d'un joueur font plus souvent la décision que ses qualités. Bobby Ryan, pur buteur avec un fort impact physique, a ainsi pâti de sa passivité en patinage et en défense. Mais ce qui a particulièrement surpris l'Amérique, c'est que la candidature de Kyle Okposo ait été aussi rapidement écartée, car inadaptée à la grande glace. Un jugement un peu péremptoire, car en trois championnats du monde, il a toujours travaillé correctement, certes sans étinceler. Surtout, Okposo est le deuxième meilleur marqueur américain (derrière Kane) de l'actuelle saison NHL. Brandon Saad (21 ans), lui, a été cité tout au long du processus mais la jeune rélévation de Chicago a manqué de peu la sélection.