Suède - Russie (Mondial U20, demi-finale)

1600px-Flag of Sweden.svgflag-russiaQui pour vaincre la Suède ? Chez elle, à la Malmö Arena qui a toujours fait salle comble, la "Juniorkronorna" connaît un parcours remarquable. Invincibles lors des quatre matches du tournoi préliminaire de ce Mondial Junior 2014, les Suédois de moins de 20 ans ont remporté pour la septième année consécutive leur groupe, une prouesse exceptionnelle.

En quart de finale, la Slovaquie n'a rien pu faire face à cette équipe explosive : 6-0, 3 buts en supériorité numérique, 8 points pour le duo Lindholm / Forsberg et 18 arrêts d'Oscar Dansk.

GrönborgLa sélection entraînée par Rikard Grönborg (photo ci-contre) ne cesse donc d'impressionner, même au-delà des frontières. Bob McKenzie, éminent consultant sur la chaîne canadienne TSN, n'a jamais vu une équipe suédoise aussi bonne depuis celle de 1993.

Si les compliments qui fleurissent font plaisir à entendre, cette équipe ne veut pas détacher de son esprit cette demi-finale avant même de penser à une opposition de rêve contre Équipe Canada Junior.

Car en 1993, la fameuse sélection aux trois couronnes de l'époque, menée par le duo de légende Markus Näslund / Peter Forsberg, n'avait pu obtenir la médaille d'or, au bénéfice du Canada.

S'il y a bien une formation qui souhaite mettre fin à l'enthousiasme suédois, c'est bien la Russie, qui a appris à détester la Suède en perdant huit des neuf dernières confrontations. En match de poule, les Russes, menés 2-0, se sont finalement inclinés 3-2, cédant sur un but de Jacob de la Rose à 2'22" de la fin. L'année dernière, les Russes, alors à domicile à Oufa, sont tombés en demi-finale à l'issue de la séance des tirs au but, essai décisif de Sebastian Collberg. Il y a deux ans, les Russes n'avaient obtenu que l'argent, craquant en prolongation sur un but de Mika Zibanejad par le plus petit score.

Il est évident que la jeune Sbornaïa n'a qu'une idée en tête : infliger à la Suède la même issue malheureuse qu'elle a elle-même subie en 2013. L'incontournable portier Andreï Vasilievski, témoin sur le banc de la finale 2012, victime sur le glace de la demie 2013, est sûrement le plus revanchard. En trois championnats du monde junior, "Vassya" n'a perdu que trois parties, toutes trois... contre la Suède.

Une Suède qui s'attend à tout, y compris à pas mal de provocation. Il faut dire que l'un de leurs adversaires du jour a largement fait parler de lui ces dernières 48 heures. Lors du quart de finale contre les États-Unis, tandis que le score était de 4-3 pour la Russie, Pavel Buchnevich avait profité de la glissade du défenseur américain Matt Grzelcyk pour marquer le but dans les filets déserts. Pour célébrer son but, Buchnevich n'a rien trouvé de mieux que d'aller narguer le banc adverse, entachant largement cette fin de match.

Ce genre de provocation, les jeunes Suédois ne veulent pas y penser... même s'ils n'en pensent pas moins pour ceux qui ont évoqué le sujet avec les médias. Ils ont toutefois annoncé la couleur, eux qui ont dix joueurs avec 5 points ou plus dans ce tournoi : jouer vite dans l'exécution pour faire flancher cet opposant frémissant.

RUS SUI Россия-Швейцария 4-3 SO  2013 IIHF Ice Hockey U20 World Championship 02.01.13 - YouTube-063806Seulement voilà, la Russie effectue un début de match tonitruant. Le défenseur Nikita Zadorov reprend puissamment de volée dès la première minute, Oscar Dansk repousse de la jambière gauche. Cette intensité d’entrée dérange Pettersson, sanctionné pour dureté.

En dépit de lancers lointains de Tryamkin (deux fois), Buchnevich et Osnovin, la Russie ne pourra profiter de ce premier jeu de puissance. Quant à la Suède, elle se crée sa première opportunité à 4'03" : près du banc, Jacob de la Rose effectue une passe dans le dos pour Filip Forsberg qui devance la défense russe mais son tir est capté de la mitaine par Vasilevski. Néanmoins, la jeune Sbornaïa continue d'impressionner. Après six minutes de jeu, elle domine la Suède 6-1 aux lancers.

Slepychev - un tir après un engagement remporté - et Zhafyarov - qui protège son palet derrière la cage et tire en pivot - sont parmi les plus dangereux. Le jeu s'équilibre quelque peu par la suite : reprise d'Arnesson puis de Bereglazov dont se saisit du gant Dansk, tentatives de de la Rose, Forsberg, Barbashev, Grigorenko, Zykov et Osnovin. Cette rivalité qui a vu le jour ces dernières années tient ses promesses.

Les actions s'enchaînent d'un côté comme de l'autre dans un début d'hostilités spectaculaires. Cependant, un premier tournant apparaît en fin de période. Dans un premier temps, la prison accueille Tryamkin. Collberg échoue de peu en touchant la mitaine de Vasilevski, et cette même mitaine bloque un puissant slap de Bengtsson. Dans un second temps, Barabanov rejoint également la prison. Mais c'est quand Tryamkin est libéré que la Suède trouve la solution. Forsberg patiente dans l'axe mais échoue sur sa passe, Lindholm récupère et lui redonne, Forsberg reprend de volée et marque petit côté (1-0, 19'11"). La Suède est plutôt bien récompensée face à une Russie plus entreprenante que l'on aurait pu le penser.

Au démarrage du deuxième tiers-temps, la Tre Kronor junior aurait pu bénéficier d'un nouvel avantage numérique, Barabanov faisant trébucher Norell. Pas de coup de sifflet, à croire qu'il s'agit d'une décision de compensation, un retard de jeu suédois n'ayant pas été signalé dans le premier vingt. De leur côté, les garçons de Mikhaïl Varnakov continuent de donner du fil à retordre à l'offensive. Lancer de Zadorov repoussé de la botte droite de Dansk. Zykov fait le tour de la cage. Puis une énorme reprise de volée de Slepyshev à la 28e minute passe au-dessus de la cage.

La Suède obtient également son lot d'occasions. Il manque notamment quelques centimètres pour parfaire le bon appel de Sundqvist dans le dos de la défense russe, Vasilevski détourne de la crosse. La Russie obtient un 2 contre 1, Yakimov le joue seul sans succès et son compère Khlopotov va s'écraser sur Oscar Dansk, interférence. À 5 contre 4, les Suédois ne parviennent pas plus à creuser l'écart. Forsberg délivre un bon centre en une touche de palet mais Andreas Johnson est cerné. Enfin, encore Sundqvist, plein champ, échoue sur un Vasilevski, toujours présent et qui immobilise la rondelle entre les jambes.

De l'autre côté, un rush splendide couloir gauche de Nikita Zadorov, un débordement d'Anton Slepyshev et un tir en pivot de Damir Zhafyarov voient le jour, la jeu défensif suédois joue tout de même serré pour éviter le danger. En attaque, à la 38e minute, de la Rose, à gauche, passe à Forsberg qui reprend de volée, sans réussite. À une poignée de secondes de la deuxième pause, le coach suédois Grönborg devient furieux quand les officiels sifflent une double pénalité mineure à l'encontre de Lindholm pour une crosse haute sur Vasiliev qui saigne du nez. Le sort du match n'est définitivement pas encore scellé.

Malmö ArenaLa Russie débute donc le troisième tiers-temps avec un avantage numérique d'une durée de 3 minutes 54 secondes, une configuration dont l'issue aura forcément une influence sur le résultat.

Poussés par ses 11 725 spectateurs, les Suédois puisent dans leurs forces face à un jeu de puissance russe, il est vrai, peu inspiré, mis à part des tentatives lointaines dont celles de Zadorov. Derrière, la sanction est quasi immédiate. Une minute après l'expiration de la seconde pénalité, une passe sublime d'Erik Karlsson, destinée à l'origine à Filip Sandberg en zone neutre, arrive jusqu'à Oskar Sundqvist qui part de nouveau seul, cette fois-ci son tir du revers passe sous la barre (2-0, 44'55").

Peu de temps après, Elias Lindholm envoie un lancer vicieux, "Vassya", masqué, fait tout de même une parade à l'aveugle solide. Toutefois, la Russie n'entend pas laisser filer ce match. Corner droit, Zhafyarov frappe fort dans un angle fermé. Du moins pas si fermé que cela, Dansk pouvant sentir la palet monter et retomber comme une feuille morte dans son dos (2-1, 46'37"). Ce but, c'est du baume au cœur pour les visiteurs. Et un nouvel élan. Deux tirs consécutifs de Grigorenko sur la même action. Puis un troisième de suite plein axe. À la 51e, placé à gauche, c'est poteau sortant pour Slepyshev ! Spinorama en entrée de zone de Barbanov, tir lointain de Zhafyrov, tour de la cage de Barbanov, la Russie se déchaîne.

Trois bonnes incursions suédoises auraient pu définitivement asseoir leur résultat. Tir de Collberg mais Johnson ne peut obtenir le rebond. Superbe tour de la cage de Burakosky qui revient vers la ligne bleue et qui passe à l'opposé à Olofsson, le défenseur de Colorado College ne peut cadrer. Enfin, Sörensen, à gauche, sert Sandberg devant l'enclave, Andreï Vasilevski arrête. Le gardien russe maintient son équipe dans le match mais son alter-ego suédois va clairement effectuer l'arrêt décisif à la 58e minute. À droite, Ivan Barbashev centre pour Bogdan Yakimov, Oscar Dansk repousse d'un poke-checking.

Oscar DanskLes secondes défilent, la Suède résiste mais concède une dernière pénalité à 19 secondes du dénouement, Jesper Pettersson brisant en deux la crosse de Tryamkin par un coup de bâton.

À 6 contre 4 avec un joueur de champ supplémentaire, la jeune Sbornaïa se présente à l'engagement offensif face à Elias Lindholm, près de 70% de réussite aux mises en jeu. La Russie pousse, reprise de volée de Slepyshev, coup de sifflet, ça brasse.

Il reste 6 secondes. L'engagement suivant s'éternise, la Suède tient sa victoire mais Oskar Sundqvist, en possession du palet, est plaqué au sol le long de la bande. Une situation qui échauffe les esprits, des gants sont jetés et cette fin dégénère.

À l'image du pénalisé Pettersson qui, dès le buzzer, quitte la prison pour se joindre à la bagarre. Cet acte lui coûte une suspension et donc une finale.

La Suède rejoint pour la troisième année consécutive la finale du Mondial Junior malgré une forte opposition russe aujourd'hui, malheureusement trop inconsistante sur les unités spéciales. Décidément, Andreï Vasilevski, irréprochable comme souvent, doit maudire la Tre Kronor, lui qui accorde sa quatrième défaite aux championnats du monde junior, sa quatrième contre les Suédois. Il s'agit d'un septième gain de rang de la Suède sur la Russie qui devra attendre l'année prochaine pour briser cette malédiction. Encore victorieuse de cette nouvelle rivalité junior, la Suède jouera dimanche une autre rivalité, ancestrale celle-ci. La Finlande, qui a obtenu l'or pour la dernière fois en 1998, a survolé sa demie face au Canada (5-1) et espère bien battre les faux-frères dans leur antre de Malmö.

Élus joueurs du match : Oscar Dansk pour la Suède, Damir Zhafyarov pour la Russie.

Commentaires d'après-match

Alexander Wennberg (attaquant de la Suède) : "Je pense que nous avons bien joué. La Russie est une grande équipe et à la fin, ce fut vraiment difficile. Ils se sont créé de nombreuses occasions mais nous avons fait un bon match et je pense que nous méritons cette victoire."

Damir Zhafyarov (attaquant de la Russie) : "Nous sommes déçus de ne pas gagner mais c'est la vie. Cela fait partie du hockey mais nous sommes prêts à nous battre demain pour la médaille de bronze. Ramener une médaille, c'est toujours important."


Suède - Russie 2-1 (1-0, 0-0, 1-1).
Samedi 4 janvier 2014 à 15h00 à la Malmö Arena. 11725 spectateurs.
Arbitrage de Antti Boman (FIN) et Rene Hradil (TCH) assistés de Benoît Martineau (CAN) et Joris Müller (SUI).
Pénalités : Suède 14' (2', 6', 6'), Russie 10' (4', 2', 4').
Tirs : Suède 21 (10, 8, 3), Russie 27 (10, 7, 10).

Évolution du score
1-0 à 19'11" : Forsberg assisté de Lindholm (sup. num.)
2-0 à 44'55" : Sundqvist assisté de Arnesson et E. Karlsson
2-1 à 46'37" : Zhafyarov assisté de Barabanov


Suède

Gardien : Oscar Dansk.

Défenseurs : Christian Djoos - Linus Arnesson ; Jesper Pettersson (6') - Gustav Olofsson (2') ; Robin Norell - Robert Hägg (2') ; Lukas Bengtsson.

Attaquants : Andreas Johnsson - Alexander Wennberg (A) - Sebastian Collberg ; Filip Forsberg (C) - Elias Lindholm (A, 4') - Jacob de la Rose ; André Burakovsky - Lucas Wallmark - Nick Sörensen ; Erik Karlsson - Filip Sandberg - Anton Karlsson ; Oskar Sundqvist.

Remplaçant : Marcus Högberg (G). En tribune : Jonas Johansson (G).

Russie

Gardien : Andreï Vasilevski [sorti à 58'50"].

Défenseurs : Nikita Zadorov - Andreï Mironov (A, -1, 2') ; Ilya Lyubushkin (+1) - Nikita Tryamkin (+1, 2') ; Alekseï Bereglazov - Kirill Maslov ; Valeri Vasiliev (-1).

Attaquants : Anton Slepyshev (C) - Mikhaïl Grigorenko - Pavel Buchnevich ; Damir Zhafyarov (+1) - Vyacheslav Osnovin (+1) - Aleksandr Barabanov (+1, 2') ; Ivan Barbashev - Bogdan Yakimov (A) - Vadim Khlopotov (2') ; Valentin Zykov (-1) - Nikolaï Skladnichenko (-1) - Eduard Gimatov ; Georgi Busarov (-1).

Remplaçant : Ivan Nalimov (G). En tribune : Igor Ustinski (G).