Rouen - Asiago (Coupe Continentale 2014, finale)

2014-01-10-Rouen-AsiagoLors de sa victoire en Coupe Continentale il y a deux ans, Rouen avait dévoré Asiago 6-0 en hors d'oeuvre et l'an passé, les Dragons avaient dominé Bolzano 6-1. À chaque fois, les supériorités numériques avaient fait enfler le score. Forcément, le fait de rencontrer de nouveau les champions d'Italie pourrait faire croire à un match facile. C'est oublier qu'en 2009, lorsque les Rouennais avaient battu les champions slovaques de Martin, ils avaient perdu la coupe à cause de leur défaite initiale contre Bolzano.

La mémoire courte est parfois le pire ennemi. Si le match de l'après-midi entre Stavanger et Donetsk a convaincu tout le monde de la difficulté des prochaines journées, Asiago reste un peu sous-estimé par tout le monde. Si Gabriel Girard, gardien en panne de confiance, a été titularisé ce soir plutôt que demain (en partant du principe que l'expérimenté Lhenry jouerait deux fois sur trois), c'est sans doute que l'adversaire est jugé a priori plus facile que Stavanger. La thèse peut se défendre, mais il n'est pas sûr que la marge soit si grande. Et puis, deux ans, c'est long en hockey. L'équipe d'Asiago a été renouvelée aux deux tiers par rapport à celle de 2011, elle est beaucoup plus patineuse qu'à l'époque où elle avait été prise de vitesse.

Rouen part fort : Guénette et Lampérier insistent sur le gardien visiteur Marozzi dès la première présence, et les autres lignes enchaînent de manière convaincante. Pendant trois minutes, la meilleure équipe semble évoluer en noir. La pénalité contre Paul Zanette à la quatrième minute est censée concrétiser cette impression favorable. Mais le "Dragon gourmand" pense trop à son estomac et pas assez à ses talons. D'abord, Sean Bentivoglio décale Chris DiDomenico qui tire droit dans le plastron de Gabriel Girard. Puis c'est Kevin DeVergilio qui s'échappe, pour un arrêt du bout de la jambière du gardien franco-canadien. La troisième contre-attaque italienne durant la même infériorité numérique (!) est mise au fond par Bentivoglio sur un rebond lâché par Girard (0-1).

2014-01-10-Rouen-Asiago2Petit flash-back : il y a deux ans, Asiago avait dominé trois minutes, Rouen avait alors marqué en infériorité et finalement gagné 6-0. Vous pouvez vérifier sur le compte-rendu en lien en début d'article. Revenons maintenant au présent...

Au moins Rouen tue-t-il sa propre infériorité numérique, même si Asiago est passé tout près de marquer. Quand Michele Strazzabosco a dévié un lancer de Paul Zanette, Matteo Tessari a mal pris le rebond. À cinq contre cinq, la défense normande continue cependant de prendre l'eau, et le défenseur Daniel Sullivan, monté en soutien offensif, compense l'imprécision préalable de ses attaquants avec un tir entre les cercles (0-2).

Le RHE a perdu son hockey ! Les sorties de zone de Léo Guillemain sont affublées d'un quota de pertes, même Desrosiers se fait subtiliser sa rondelle chérie en zone offensive. Marc Zanette humilie carrément Lauri Lahesalu en un contre un avant d'échouer sur le gardien. Les Dragons se font dévorer tout cru dans les duels.

Comme s'il pouvait renverser le match tout seul pour rattraper son erreur antérieure, Antonin Manavian décide alors de chevaucher à travers la glace tel un cavalier dothrak dans les steppes... mais ses Dragons vont boire le khaleesi jusqu'à la lie. Lorenzo Casetti dévie dans le slot un lancer axial de son capitaine David Borrelli (0-3). Et encore, heureusement que la mitaine de Girard capte un dernier lancer de DiDomenico, le meilleur marqueur du championnat italien...

Strazzabosco prend rapidement une pénalité en deuxième période, et cette fois, le powerplay rouennais ne se laisse plus humilier par des contres. On dirait que tout le Québec se mobilise : Riendeau à ras glace, puis Guénette et Thinel butent tour à tour sur Marozzi. Cette volonté offensive ne cache cependant pas une terrible fragilité défensive. Sean Bentivoglio s'échappe dans le dos de Guillemain et se défait de Girard (0-4).

2014-01-10-Rouen-Asiago3Le salut d'une équipe désorientée viendra-t-il, comme en finale de coupe de la ligue, d'Anthony Rech ? Son lancer est relâché par le gardien et retombe dans son dos. Vu de la tribune de presse, le palet semble franchir la ligne avant que le portier n'intervienne, mais l'arbitre estime le contraire. Il n'y aura pas de remontée, au contraire. Le pire est à venir. André Signoretti remonte toute la glace avec le palet et marque d'un tir totalement anodin (photo de droite) qui passe sous la botte de Gabriel Girard. Et dans la dernière minute avant la pause, une perte de palet de Desrosiers dans le coin permet à David Borrelli d'inscrire le 0-6.

Si après le premier tiers le public rouennais avait réagi calmement, persuadé d'une réaction ultérieure, maintenant il ponctue la sirène d'une véritable bronca. Les paroles du speaker ("vous savez que votre équipe peut le faire") ressemblent plus à de la méthode Coué à ce stade. Au retour des joueurs sur la glace, la patinoire est divisée entre huées et applaudissements. On pense maintenant à l'honneur, et non plus à la victoire. Un changement de gardien ne présente maintenant plus d'intérêt. Rouen tourne à quatre lignes et sept défenseurs pour préserver ses forces.

Il faut dire que même les habituelles valeurs sûres connaissent une soirée catastrophique. Janil rate une relance et le palet quitte doucement sa crosse ; autre exemple, le meilleur défenseur du début de saison Guren, parti flâner le long de la bande, laisse un boulevard pour passer la ligne bleue. Quant au nouveau chouchou Riendeau, il est tout bonnement transparent. Il n'y aura vraiment rien à retenir de la dernière période. Un but rouennais refusé car l'arbitre a sifflé auparavant, sans que le palet ne soit gelé. Et Manavian qui évacue sa frustration en donnant un coup de poing.

2014-01-10-Rouen-Asiago4Le speaker de la patinoire, apparemment doué pour les phrases décalées, conclut : "J'espère que vous avez passé une super-bonne journée. Revenez demain et après-demain, ça ne fait que commencer". Les Rouennais espèrent que, pour ce qui est de la défense en carton, ça va au contraire se terminer.

Asiago aura en tout cas eu sa revanche, de manière parfaite. 6-0. 0-6. Vivement le troisième set !

Plus sérieusement, il est étonnant de constater combien beaucoup de Rouennais (pas les joueurs et l'entraîneur qui dément catégoriquement une explication par un fléchissement physique, notez-le bien) semblent mettre cette mauvaise performance sur le compte du calendrier chargé des dernières semaines. Oui, les Dragons ont enchaîné les rencontres comme rarement une équipe le fait en France, mais il semble que ce club ait vocation à défendre une ligue de plus en plus professionnelle et donc à soutenir une telle augmentation des matches. Si les Dragons sont cramés au premier match, c'est un peu gênant et il y a de quoi craindre le pire. À eux de prouver que ce n'est pas le cas et qu'ils peuvent rebondir.

Si l'incompréhension règne, c'est que les Rouennais n'ont jamais vécu de telles défaites. On ne sait donc pas comment ils vont le vivre. La dernière fois qu'un tel cas s'était produit, c'était lors des finales de Coupe Continentale 2004 à Gomel. Sauf que Rouen était alors un club en crise, non qualifié pour la poule finale du "Super 16", pas une formation invaincue en Ligue Magnus à qui tout semblait réussir...

Désignés joueurs du match : Anthony Rech pour Rouen et Vincenzo Marozzi pour Asiago.

(photos de Christophe Delaville)

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Commentaires d'après-match :

Rodolphe Garnier (entraîneur de Rouen) : "Tout le monde est conscient qu'on est passé à côté du match, moi le premier. Nous n'avons pas manqué d'envie, nous avions au contraire envie de trop bien faire peut-être. On avait un peu de nervosité, on s'était mis la pression. Il faut être impliqués défensivement pour pouvoir rivaliser à ce niveau. À 3-0, il fallait prendre des risques, mais on n'a pas pris des risques intelligents. Asiago était patient et rapide en contre, ils ont bien tourné le jeu. Ils ont joué un vrai match qu'on doit jouer à l'extérieur. On a perdu trop de palets en zone neutre, on a commis des erreurs inhabituelles. Gabriel [Girard] n'a pas été aidé par le reste de l'équipe, il ne faut pas lui jeter la pierre. Fab' [Lhenry] a joué mardi, il était hors de question de le faire jouer quatre fois dans la semaine."

Anthony Rech (attaquant de Rouen) : "On est un peu assommés. On se pensait préparés, ce n'est pas le cas. On a vraiment déjoué. Ils ont joué sur leurs qualités et sur nos erreurs. On est capable de rivaliser avec cette équipe, on ne l'a pas fait. 6-0, ça touche à l'orgueil. On se prend une claque dans la gueule et on repart demain. On a tous vécu des choses improbables dans nos petites carrières de hockeyeurs, on jouera les deux prochains matches pour les gagner."

John Parco (entraîneur d'Asiago) : "On a très bien joué. On défend de la zone neutre aussi durement qu'on peut, et on a de la vitesse. Le mot revanche ne fait pas partie d'un vocabulaire. Chaque match est unique, c'est le sport. On dit que la KHL est la meilleure ligue d'Europe. Pour une équipe italienne, c'est un énorme challenge de jouer contre Donetsk."

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Rouen - Asiago 0-6 (0-3, 0-3, 0-0)
Vendredi 10 janvier 2014 à 20h00 sur l'île Lacroix, Rouen.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Maksim Sidorenko (BLR) assistés de Matjaz Hribar (SLO) et Joep Leermakers (HOL).
Pénalités : Rouen 10' (2', 2', 6') ; Asiago 8' (2', 2', 4').
Tirs : Rouen 46 (10, 16, 20) ; Asiago 27 (13, 8, 6).

Évolution du score :
0-1 à 05'36" : Bentivoglio assisté de DiDomenico et Casetti (inf. num.)
0-2 à 10'36" : Sullivan assisté de DiDomenico
0-3 à 19'10" : Casetti assisté de Borrelli et DeVergilio
0-4 à 29'24" : Bentivoglio assisté de DiDomenico et Signoretti
0-5 à 37'54" : Signoretti
0-6 à 39'16" : Borrelli assisté de DeVergilio et P. Zanette


Rouen

Gardien : Gabriel Girard.

Défenseurs : Lauri Lahesalu (-1) - Jonathan Janil (-1, 2') ; Antonin Manavian (-2, 4') - Miloslav Guren (-3) ; Andrej Tavzelj (A, -2) - Léo Guillemain (-2) ; Raphaël Faure.

Attaquants : Loïc Lampérier (-2, 4') - François-Pierre Guénette (A, -2) - Marc-André Thinel (C, -2) ; Julien Desrosiers (-3) - Janos Vas (-2) - Yannick Riendeau (-2) ; Anthony Rech (-1) - Juraj Stefanka (-3) - Romain Gutierrez (-2) ; Anthony Goncalves - Loup Benoît - Dimitri Thillet ou Johan Saint-André.

Remplaçant : Fabrice Lhenry (G). Absent : Juho Mielonen (fracture de la clavicule).

Asiago

Gardien : Vincenzo Marozzi.

Défenseurs : Lorenzo Casetti (+4) - André Signoretti (+3) ; Daniel Sullivan (+2, 2') - Stefano Marchetti (+1) ; Andrea Strazzabosco - Michele Strazzabosco (A, +3, 2').

Attaquants : Sean Bentivoglio (+3) - Christopher DiDomenico (+3) - Marc Zanette (+2) ; Paul Zanette (+3, 2') - Kevin DeVirgilio (+2) - David Borrelli (C, +3) ; Matteo Tessari - Luca Rigoni (2') - Federico Benetti (A).

Remplaçants : Gian Filippo Pavone (G), Luca Mattivi, Nicola Tessari, Mirko Presti, Michele Stevan.