Asiago - Donbass Donetsk (Coupe Continentale 2014, finale)

Définition ukrainienne du club "officiel" de supporters

On avait déjà remarqué l'allure très organisée de la délégation du Donbass hier dans la tribune, c'est encore plus flagrant maintenant que tous les supporters ont troqué leurs maillots blancs pour un maillot rouge. L'effet est d'autant plus étrange que, comme hier, les joueurs de Donetsk évoluent en rouge. Ce changement de parure veut évidemment dire que les maillots sont financés par le club... et le voyage aussi du reste. Ils ont eu droit à une visite guidée de Paris et de... la chaîne d'information en continu Euronews, confidentielle en France (son siège) mais très regardée en Europe de l'est.

Le club utilise ces lycéens propres et disciplinés pour afficher une image irréprochable et surtout parfaitement calibrée. Ils sont ainsi encadrés par des hommes cravatés en costume sombre, qui les accompagnent jusqu'aux toilettes pour éviter qu'ils ne fassent des bêtises. À les voir chanter tous ensemble puis s'arrêter subitement, ils n'ont pourtant vraiment pas l'air de rebelles... Leur présence rappelle d'autres temps et d'autres moeurs qu'on croyait révolues... Mais dans l'est de l'Ukraine russophile, le laisser-aller "démocratique" de la jeunesse occidentalisée a mauvaise presse.

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Pour ce deuxième match, le Donbass sort de son chapeau le meilleur gardien du championnat du monde 2012, le Slovaque Jan Laco, convié aux prochains JO. L'Italo-Canadien Vincenzo Marozzi, qui a blanchi Rouen hier soir, est évidemment conservé dans les cages d'Asiago, mais il peut s'attendre à une journée plus difficile. Les Italiens affrontent en effet une équipe très talentueuse qui a reçu un sévère avertissement hier contre Stavanger en ne gagnant qu'aux tirs au but, et qui va désormais jouer avec beaucoup plus de sérieux.

2014-01-11-Asiago-DonetskTout comme hier, le Donbass a besoin d'un temps de rodage et accélère progressivement. À la cinquième minute, les tirs commencent à se succéder pendant une longue séquence installée qui finit par avoir raison des efforts défensifs italiens. Une bonne passe en retrait de Maksim Yakutsenia trouve le centre tchèque Vaclav Nedorost au coeur de l'enclave (0-1). Le même duo se crée une autre occasion en or à la onzième minute, quand Nedorost prend son propre rebond : son tir croisé dans un angle fermé passe derrière le gardien... mais devant le but (photo de droite) !

La vitesse d'Asiago lui permet encore de se procurer quelques contre-attaques, mais ils ne sont pas joués à fond comme contre Rouen. Dès lors qu'aucune ouverture ne se présente en première intention, les Italiens reculent immédiatement, de peur de ce que coûterait un mauvais placement. Le problème est que, s'ils n'essaient pas d'égaliser maintenant, ils n'y arriveront plus une fois que Donetsk aura aura déroulé le score.

2014-01-11-Asiago-Donetsk2Les Ukrainiens n'ont en effet pas besoin d'attendre que leurs adversaires laissent des espaces, leur maîtrise technique leur suffit pour marquer après s'être proprement installés en zone offensive. La première pénalité du match, un cinglage de Marc Zanette, est ainsi expédiée en... quatre secondes. Le temps que Nedorost gagne l'engagement pour Yakutsenia et que le palet parvienne à Oleg Piganovich à la ligne bleue, et il fait parler son slap reconnu. Quatre-vingts secondes plus tard, Clay Wilson ajoute un troisième but depuis le cercle droit (0-3, photo de gauche).

La seule chance d'Asiago, c'est que le Donbass est moins discipliné qu'hier. Kiiskinen prend la première pénalité, et en fin de tiers, Gennadi Razin gifle Paul Zanette qu'il accuse d'une charge avec la crosse dans son dos (on comprend très bien le russe quand il est exprimé avec des gestes). L'explication ne convainc cependant les arbitres qui l'envoient seul en prison. Malheureusement pour les Italiens, ils paraissent beaucoup moins dangereux sur les actions installées qu'en contre-attaque. Le seul moment chaud est une remontée de palet rapide de DiDomenico qui évite avec acrobatie le retour des défenseurs russes, mais son centre ne trouve personne pour autant.

2014-01-11-Asiago-Donetsk5Au vu du score après vingt minutes, on peut craindre le pire pour Asiago, surtout que les jaunes encaissent deux pénalités dans les cinq premières minutes. Mais ils résistent parfaitement à quatre contre cinq, et le jeu est plus équilibré qu'en première période.

Il faut une douzaine de minutes pour que le Donbass passe la vitesse supérieure. Lukas Kaspar manque la cible grande ouverte sur une passe transversale de Randy Robitaille. Sur l'action suivante, le palet est au fond de la cage italienne, mais l'arbitre a sifflé plusieurs secondes auparavant une faute offensive de Toryanik. Dans cette même infériorité numérique, les Ukrainiens se procurent trois occasions. Pareil qu'Asiago contre Rouen ! Sauf qu'aucune d'entre elles ne rentre : Ruslan Fedotenko se fraye un chemin jusqu'à la cage une première fois et bute sur le gardien ; la défense relance, Petteri Wirtanen vole le palet au centre de la glace au capitaine adverse Paul Borrelli, mais ne cadre pas ; enfin, Marozzi fait l'arrêt face à Nedorost à bout portant.

En troisième période, Asiago vend toujours chèrement sa peau et souffre principalement pendant une pénalité de DiDomenico. Le gardien Marozzi y fait une illustration d'école de l'arrêt "papillon", les quatre membres écartés à l'extrême, sur un lancer de la bleue de Clay Wilson. Pour autant, après plus de trente-cinq minutes de répit, Donbass finit par marquer de nouveau grâce au talent de finisseur de Dadonov, sur une mêlée devant la cage (0-4). Néanmoins, les Italiens tiennent à sauver l'honneur. André Signoretti signe un joli but servi par Sean Bentivoglio (1-4). Ce dernier se présente encore seul en contre-attaque, mais bute sur Jan Laco.

2014-01-11-Asiago-Donetsk4Donbass a cependant gardé le plus beau pour la fin. Petteri Wirtanen prépare une géniale passe transversale vers Ruslan Fedotenko qui tire en pleine lucarne (1-5).

Deux Canadiens, Sean Bentivoglio et Clay Wilson, jettent les gants pour une petite échauffourée sans signe avant-coureur. La condamnation de la violence ne fait pas apparemment partie du programme pédagogique de Donetsk, puisque les petits supporters à la croix de bois chantent alors "Wilson" lorsque leur joueur prend le chemin de la prison.

Désignés joueurs du match : Vincenzo Marozzi pour Asiago et Jan Laco pour Donetsk.

Commentaires d'après-match

John Parco (entraîneur d'Asiago) : "Vous savez quoi ? Nous n'avons pas joué pour ne pas perdre, nous avons essayé de gagner. Nous n'avons jamais reculé. Ils ont un effectif deux fois plus profond que le nôtre. Nous étions un peu hésitants, nerveux, dans les quinze premières minutes. Beaucoup de joueurs n'avaient pas joué à ce niveau. Peut-être que si nous avions joué tout le match comme les quarante dernières minutes, nous aurions fait mieux. [...] Vince [Marozzi] a un grand futur dans le hockey, le ciel est la limite. Il s'améliore de manière impressionnante. [...] Je peux vous dire une chose : de ce que je vois à la télé, il n'y a pas beaucoup de joueurs en Europe aussi spectaculaires que Chris [DiDomenico]. Les rumeurs [qui envoient l'attaquant à Ambrì la saison prochaine] ? Je ne suis au courant de rien."

Andrei Nazarov (entraîneur de Donetsk) : "Le premier match d'un tel tournoi est toujours difficile. Nous avions fait un long voyage depuis la Russie, nous avions été retenus à la douane. Pour le match d'aujourd'hui, j'ai parlé aux joueurs et je leur ai dit que c'était important de gagner pour l'histoire du club. [Interrogé sur son désir de jouer la future Ligue des Champions boycottée par la KHL] Ce n'est pas moi qui décide. Je ne suis que le coach."

 

Asiago - Donbass Donetsk 1-5 (0-3, 0-0, 1-2)
Samedi 11 janvier 2014 à 16h30 sur l'île Lacroix, Rouen. 2000 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Thomas Caillot et Gwilherm Margry (FRA).
Pénalités : Asiago 12' (2', 4', 6') ; Donetsk 10' (4', 2', 4').
Tirs : Asiago 24 (12, 5, 7) ; Donetsk 42 (16, 16, 10).

Évolution du score :
0-1 à 04'28" : Nedorost assisté de Yakutsenia
0-2 à 12'31" : Piganovich assisté de Yakutsenia (sup. num.)
0-3 à 13'51" : Wilson
0-4 à 51'00" : Dadonov
1-4 à 51'36" : Signoretti assisté de Bentivoglio
1-5 à 56'57" : Fedotenko assisté de Wirtanen et Laine


Asiago

Gardien : Vincenzo Marozzi.

Défenseurs : Lorenzo Casetti (-2) - André Signoretti (+1, 2') ; Daniel Sullivan (-1) - Stefano Marchetti (+1) ; Andrea Strazzabosco (-2) - Michele Strazzabosco (A, -3).

Attaquants : Sean Bentivoglio (-1, 4') - Christopher DiDomenico (2') - Marc Zanette (4') ; Paul Zanette - Kevin DeVirgilio - David Borrelli (C) ; Matteo Tessari (-2) - Luca Rigoni (-3) - Federico Benetti (A, -2) ; Mirko Presti (-1).

Remplaçants : Gian Filippo Pavone (G), Luca Mattivi, Nicola Tessari, Michele Stevan. Absent : Layne Ulmer (blessé).

Donbass Donetsk

Gardien : Jan Laco.

Défenseurs : Jan Kolar - Oleg Piganovich ; Peter Podhradsky (+3) - Clay Wilson (+3) ; Oskars Bartulis - Gennadi Razin (2').

Attaquants : Teemu Laine (+1) - Ruslan Fedotenko (C, +1) - Petteri Wirtanen (+2) ; Evgeni Dadonov (A, +3) - Vaclav Nedorost (+3) - Maksim Yakutsenia (A, +2) ; Dmitri Kagarlitsky (-1) - Randy Robitaille (-1) - Lukas Kaspar (-1) ; Oleksandr Toryanyk (2') - Sergi Varlamov - Tuomas Kiiskinen (2').

Remplaçants : Michael Leighton (G), Denys Petrukhno, Roman Blagy.