Analyse de l'effectif suédois pour les JO

EKMAN-LARSSON Oliver-100511-469C'est finalement quelques heures avant le Canada et la Russie que Pär Mårts a dévoilé la sélection olympique suédoise à l'hôtel Sjöfartshotellet de Stockholm. L'entraîneur en chef de la Tre Kronor avait, depuis plusieurs mois, bon nombre de certitudes. Il avait en tête une base déjà établie lorsqu'il a dévoilé sa pré-sélection de 35 noms en juillet dernier.

Cet automne, Mårts a même rassuré treize joueurs quant à leur participation aux J.O., tout en leur précisant de ne pas divulguer l'information. On sait désormais qu'il s’agissait de Henrik Lundqvist, Erik Karlsson, Niklas Kronwall, Jonathan Ericsson, Niklas Hjalmarsson, Johnny Oduya, Daniel et Henrik Sedin, Henrik Zetterberg, Nicklas Bäckström, Alexander Steen et Loui Eriksson.

Depuis, ces certitudes n'ont eu de cesse de s'élargir à la liste finale des 25. La bonne forme des principales têtes d'affiche de la NHL et le statut de champion du monde en titre l'ont rapidement conforté dans ses choix. D'ailleurs, dans cette liste figurent huit joueurs qui ont contribué à la médaille d'or obtenue en 2013 et six vice-champions du monde de la campagne 2011, sous l'ère Mårts. Privilège donc aux principaux représentants suédois de la Ligue Nationale et à ceux qui n'ont pas rechigné à prêter main forte au pays lors des Mondiaux. Mårts n'avait d'ailleurs laissé aucun suspense aux appelés des trois premières étapes de l'Euro Hockey Tour, rappelant que la sélection olympique ne contiendrait quasiment que des joueurs NHL. En somme, il ne voulait distribuer qu'une ou deux places pour ceux évoluant en Europe et seul un cercle très fermé était concerné.

Parmi eux, on connaissait déjà la préférence qu'avait Mårts pour le capitaine de Frölunda Joel Lundqvist. Ce dernier a malheureusement connu un début de saison difficile en raison de lésions osseuses au dos, plus communément appelées fractures de stress. Le genre d’infortune qui l'a finalement éloigné d'un rêve double : disputer les premiers Jeux Olympiques de sa carrière avec son frère jumeau Henrik. Un honneur qui reviendra finalement à un autre capitaine de la SHL, un joueur au profil similaire, coéquipier de Pierre-Édouard Bellemare à Skellefteå : Jimmie Ericsson, quatre ans de plus que Jonathan.

Bien plus que le titre mondial acquis en 2013, Sotchi doit être une démonstration de la physionomie de jeu inculquée par Pär Mårts depuis quatre ans. La priorité à l'intensité et l'impact en offensive siéent forcément mieux aux joueurs évoluant outre-Atlantique mais la rigueur en défense ne sera pas à négliger. Cela peut tomber sous le sens avec des arrières de ce calibre. Mais en Suède, on a gardé en mémoire le fiasco du Mondial 2012 : 19 buts contre en 8 parties et une élimination en quart de finale, à domicile, après douze participations consécutives aux demi-finales. Une contre-performance à laquelle avaient participé les arrières Niklas Kronwall, Niklas Hjalmarsson, Jonathan Ericsson, Erik Karlsson et Victor Hedman. Cela doit donc forcer à l'application, la prudence et l'humilité.

 

Gardiens

Henrik Lundqvist (New York Rangers, NHL)
Jhonas Enroth (Buffalo, Sabres, NHL)
Jonas Gustavsson (Toronto Maple Leafs, NHL)

Jamais l'emprise de Henrik Lundqvist sur la cage des Rangers de New York n'aura été autant remise en cause au cours d'une première moitié de saison... qui l'a vu signer une prolongation de sept ans à 59,5 millions de dollars ! Mais un début d'exercice difficile conjugué aux manières du nouvel entraîneur Alain Vigneault à remettre en question la suprématie d'un gardien - ce fut déjà le cas lors de son passage à Vancouver - voilà le suppléant Cam Talbot qui s'illustre à Big Apple. "King Henrik" a même pris place trois fois de suite sur le banc, du jamais vu depuis 2006. Néanmoins, on ne peut nier l'expérience et l'aura de Lundqvist, élu sept fois sur huit meilleur joueur des Rangers, finaliste du trophée Vézina en 2012 remis au meilleur gardien de la NHL et grand artisan de l'or olympique en 2006 à Turin. Surtout pas par Pär Mårts qui le considère toujours comme son numéro 1. Preuve en est qu'il a clairement fait savoir que "Henke" sera partant pour au moins deux des trois parties du premier tour. Les excellentes performances de Lundqvist ces derniers temps, galvanisé par l'approche de l'olympiade, ne sauraient contredire la position du sélectionneur.

ENROTH Jonas-130518-077Derrière se poste Jhonas Enroth qui connait une situation inverse à Lundqvist. Son talent, indéniable, est encore contenu par l'unanimité dont bénéficie Ryan Miller, plus que jamais incontournable à Buffalo. Enroth est très bon dans le rôle du back-up en dépit du fait que les Sabres soient une des équipes les plus bombardées de la ligue, tout en sachant que le portier de 25 ans a soif de davantage d'adversité. Sous l'uniforme de la Suède, Enroth n'est justement plus l'éternel remplaçant.

Son premier championnat du monde en tant que titulaire devant les filets, il l'a disputé en 2013. Après des performances exceptionnelles, il a été élu meilleur gardien du tournoi et son équipe a rompu la malédiction - datant de 1986 - du pays-organisateur en devenant championne du monde. Dans l'éventualité d'une quelconque défaillance / blessure de Lundqvist, le feu serait rapidement au vert pour Enroth.

Enfin, le deuxième joker de la Suède se nomme Jonas Gustavsson, qui ne devrait cependant prendre place devant le but de la Tre Kronor. Sa sélection, il la doit avant tout à son passé convaincant sous l'uniforme jaune et bleu - deux médailles de bronze en deux championnats du monde - et à des derniers bons résultats avec Détroit, tirant davantage sur la corde de Jimmy Howard cette saison.

L'absent dans les cages : Viktor Fasth peinant à se remettre d'une inflammation musculaire, le candidat qui aurait pu se glisser dans cette sélection olympique, c'est Robin Lehner, 22 ans, des Sénateurs d'Ottawa. Si Gustavsson, souffrant de douleurs à l'aine dernièrement, n'a jamais pu pérenniser une place de titulaire en NHL, Lehner confirme ses belles promesses et prend de plus en plus d'envergure devant les filets des "Sens". Son nom retenu, cela aurait été un message d'encouragement et d'ouverture pour PyeongChang 2018. Si les résultats se confirment et se multiplient, nous devrions logiquement le voir à cette échéance.

 

Défenseurs

Niklas Kronwall (Detroit Red Wings, NHL) - Jonathan Ericsson (Detroit Red Wings, NHL)

Deux des duos défensifs sont des évidences car déjà en place dans la Ligue Nationale, dont celui du Michigan. Quand les Jeux Olympiques de Vancouver se sont tenus, Jonathan Ericsson était tout juste en train de percer en NHL. Depuis, il a considérablement mûri. Bénéficiant d'un physique avantageux pour une ligue aussi exigeante physiquement, c'est surtout au niveau de l'implication et de la vision du jeu qu'il a réellement progressé. Avec le patron de la ligne bleue des Wings qu'est devenu Niklas Kronwall, malgré une succession délicate après la retraite de Lidström qui les a finalement bonifiés tous les deux, ils sont en passe de devenir l'une des meilleurs paires défensives de la NHL et, par voie de conséquence, de ces Jeux Olympiques.

KARLSSON Erik-100514-974Oliver Ekman-Larsson (Phoenix Coyotes, NHL) - Erik Karlsson (Sénateurs d'Ottawa, NHL)

Erik Karlsson (photo ci-contre) a son originalité. Il n'y a aucun défenseur dans cette équipe de Suède qui peut mettre plus de danger que lui en attaque. Son autre atout, c'est qu'il tire de la droite, contrairement à ses sept autres collègues des lignes arrières. Bref, il représente un atout de taille, notamment sur les supériorités numériques où il pourrait se distinguer par son lancer ravageur et son excellent jeu de passe. Toutefois, son statut de meilleur défenseur de la NHL en 2012, il a eu beaucoup de mal à le digérer, les blessures lui rendant sa suite de carrière difficile.

Néanmoins, un retour convaincant sur le devant de la scène depuis la rentrée et le fait de lui attribuer un compagnon qui ne négligera pas le sale boulot, Karlsson peut briller à Sotchi. À défaut d'un Niklas Kronwall, il se pourrait bien qu'il soit aligné avec Oliver Ekman-Larsson. Âgé de 22 ans, soit un an de moins que Karlsson, le défenseur de Phoenix a clairement franchi un pas cette saison. Un excellent positionnement, une bonne vision du jeu et un apport offensif non négligeable, "OEL", qui bénéficie désormais d'un temps de jeu accru, est maintenant une référence en la matière, rien que ça.

Niklas Hjarlmarsson (Chicago Blackhawks, NHL) - Johnny Oduya (Chicago Blackhawks, NHL)

Il y a quelques années, Johnny Oduya était considéré comme un défenseur certes talentueux mais particulièrement sanguin. Retenu pour Vancouver 2010, il avait d'ailleurs écopé de 2'+10' dès le premier match contre l'Allemagne avant de se faire très discret. Toutefois, cette énergie, il semble l'avoir canalisée depuis son arrivée à Chicago en février 2012. Depuis, il constitue avec le très rigoureux Niklas Hjalmarsson un tandem qui prend une place importante dans le système de jeu des Blackhawks. Certes moins tranchant à l'offensive que la première paire de l'Illinois Duncan Keith - Brent Seabrook, la paire suédoise n'a toutefois absolument rien à leur envier quand il s'agit de protéger sa zone. En déplacement à Chicago en octobre dernier, Pär Mårts a été convaincu d'opter pour une deuxième ligne défensive déjà établie en NHL. Auréolés d'une Coupe Stanley en 2013, Hjalmarsson et Oduya vont clairement offrir beaucoup de sérénité dans le camp suédois.

Alexander Edler (Vancouver Canucks, NHL) - Henrik Tallinder (Buffalo Sabres, NHL)

Voilà deux choix fort discutables lorsque Pär Mårts a dévoilé la sélection olympique. Blessé au genou, Alexander Edler n'avait pas joué depuis le 3 décembre et vient tout juste de retrouver la glace. Mais ce n'est forcément pas cela qui intrigue le plus, une autre donnée aurait pu pencher en sa défaveur. En quart de finale du Mondial 2013 contre le Canada, le Canuck avait chargé irrégulièrement, genou contre genou, Eric Staal. Edler avait alors écopé de deux matches de suspension avant que le comité de discipline ne lui en délivre deux de plus. Absent de la demie puis de la finale, il lui reste donc deux rencontres à purger, un retour qui se fera lors du dernier match de la phase préliminaire. Quant à Henrik Tallinder, lui aussi blessé, 35 ans au compteur et cinquième ou sixième défenseur des moribonds Sabres de Buffalo, sa nomination ne semblait pas évidente. Mais Edler et Tallinder sont de bons élèves aux yeux de Pär Mårts, toujours prêts à renforcer la Tre Kronor quand il le faut et restant sur de bonnes performances sous le maillot suédois. L'un et l'autre seront d'intéressantes roues de secours lors de situations délicates, notamment sur les unités spéciales, Edler affichant sans conteste davantage d'implication dans le secteur offensif.

Les absents en défense : Deux jeunes joueurs ont suscité la surprise de par leur absence. Jonas Brodin effectue une première saison complète satisfaisante au Wild du Minnesota. Interrogé à son sujet, Mårts s'est défendu en arguant que la contribution d'un tel joueur aurait forcément entamé le temps de jeu des trois premières doublettes, ne souhaitant ni sacrifier son top 6, ni voir Brodin sur des laps de temps courts. L'absence du colosse Victor Hedman de Tampa Bay peut également surprendre. On a peu de choses lui à reprocher en Floride, mais il a éprouvé plusieurs fois des difficultés de repli sur des patinoires aux dimensions olympiques. Ne pouvant les caser sur les duos défensifs qui vont prendre une part importante dans ce tournoi, Mårts a préféré la loyauté d'Edler et la profonde expérience de Tallinder.

 

Attaquants

Johan Franzén (Detroit Red Wings) - Henrik Zetterberg (Detroit Red Wings, NHL) - Daniel Alfredsson (Detroit Red Wings, NHL)

Ce sont six joueurs des Red Wings de Détroit qui ont été retenus : un gardien, une ligne défensive ainsi qu'un trio offensif. Néanmoins, les blessures successives n'ont permis à l'entraîneur Mike Babcock d'installer durablement une entente entre l'hargneux Franzén, le polyvalant Zetterberg et le magicien Alfredsson. Pär Mårts osera-t-il une telle association ? Daniel Alfredsson brille dans le Michigan, à 41 ans, après 17 saisons passées à Ottawa, démontrant qu'il est toujours capable de se calquer sur un rythme élevé. Cependant, sa sélection ne semblait pas assurée. Il ne faisait pas partie des premiers plans de Mårts et il semble que ce dernier ait finalement cédé au lobby de quelques cadres, dont les jumeaux Sedin, qui auraient vécu la non-sélection de "Alfie" comme un affront. Alfredsson disputera donc une cinquième olympiade à Sotchi. Aux côtés de son éternel lieutenant Franzén, "Zäta", que l'on peut également convertir comme ailier, assurera le capitanat, signe qu'il assurera un rôle déterminant au sein de cette équipe.

SEDIN Henrik-130519-463Daniel Sedin (Vancouver Canucks, NHL) - Henrik Sedin (Vancouver Canucks, NHL) - Loui Eriksson (Boston Bruins, NHL)

Dès l'annonce de la liste des 25, le jeu pour déterminer les lignes a été lancé par fans et médias. Mais s'il y en a une qui ne fait aucun doute, c'est bien celle-ci. Un trio en or qui a largement contribué au neuvième sacre mondial de la Suède. Jugez plutôt : 25 points engrangés lors du Mondial 2013 alors que les jumeaux se sont greffés en cours de tournoi. Leur alchimie passée est donc source de confiance. Sur un tournoi court comme celui des Jeux Olympiques, cela pèsera forcément sur les résultats.

Carl Hagelin (New York Rangers, NHL) - Marcus Krüger (Chicago Backhawks, NHL) - Gabriel Landeskog (Colorado Avalanche, NHL)

Avant d'être entraîneur en chef de l'équipe senior, Pär Mårts avait pris en charge les catégories U19 et U20. Il connaît donc ces trois attaquants qui ont percé depuis en NHL. Krüger et Landeskog sont amis, ils ont été formés ensemble à Djurgården où ils sont devenus champions U18. Compagnons de chambrée à chaque occasion, ils ont également évolué ensemble lors du Championnat du monde 2012. Se retrouvant sur la même ligne durant 5 matches, ils avaient totalisé 9 points. Quant à Carl Hagelin, il s'agira, à 25 ans, de sa première sélection en équipe senior. L'ancien coéquipier de Damien Fleury à Södertälje lors du lock-out 2012/13 n'aura aucun mal à proposer la même intensité et le même défi physique que ses compagnons de ligne, choses qu'il maîtrise à Big Apple.

Alexander Steen (Saint Louis Blues, NHL) - Nicklas Bäckström (Washington Capitals, NHL) - Patrik Berglund (Saint Louis Blues, NHL)

Alexander Steen n'avait jamais été appelé par Pär Mårts. Mais comment passer à côté de ce début de saison tonitruant ? L'ailier des Blues de Saint Louis, joueur investi dans les deux sens de la patinoire, est en train de réaliser un sommet de carrière dans le Missouri, présent dans le top 10 des buteurs de la NHL. Une association avec le créateur et énergique Nicklas Bäckström, dans le top 5 des passeurs, voilà un duo explosif qui pourrait bien dérouter bon nombre d'adversaires. À leurs côtés, on peut imaginer Patrik Berglund, à l'inspiration plus limitée mais capable de s'investir dans les duels et d'apporter du muscle (192 cm) le long de la bande. L'avantage, c'est que Berglund a évidemment déjà joué aux côtés de Steen mais aussi aux côtés de Bäckström, notamment durant la grève NHL 2012/13 pour l'Euro Hockey Tour. Utilisé comme centre par Ken Hitchcock aux Blues car en réussite aux mises en jeu, il apporte une solution supplémentaire.

Jakob Silfverberg (Anaheim Ducks, NHL) - Jimmie Ericsson (Skellefteå AIK, SHL)

Après un sensationnel parcours en Suède, la jeune carrière en NHL a définitivement décollé pour Jakob Silfverberg, repêché par Ottawa mais désormais en train de s'épanouir à Anaheim. Il a même pris dernièrement le siège de Dustin Penner sur la première ligne des Ducks, aux côtés des superstars Ryan Getzlaf et Corey Perry. Jimmie Ericsson, lui, est un homme à tout faire à Skellefteå et sait pertinemment ce qui lui attend, si tenté qu'on lui donne sa chance. Un pur travailleur, agressif et endurant, qui n'hésite pas à aller au contact, Mårts saura s'en servir à bon escient pour un rôle avant tout défensif.

Les absents en attaque : Le champion du monde de Washington Marcus Johansson aura eu longtemps son nom sur la liste. Son altruisme se combinant parfaitement avec un buteur d'exception comme Ovechkin, son entente avec "Bäckis" qui aurait pu se prolonger aux Jeux Olympiques, Johansson, qui a explosé avec cette première ligne, est passé à un cheveu. Il restera toutefois près de son téléphone puisque, en cas de coup dur en attaque, il devrait être le premier appelé.

Quant à Patric Hörnqvist, son coach de Nashville Barry Trotz s'est déclaré furieux, ne comprenant pas son absence. Néanmoins, ces dernières années, Hörnqvist n'avait marqué aucun point sous l'uniforme Tre Kronor, au sens propre comme au figuré.