Analyse de l'effectif slovaque pour les JO

SATAN Miroslav-130506-004En 2010, la Slovaquie n'était pas parmi les favorites, et elle avait pourtant terminé toute proche d'une médaille grâce à un excellent Pavol Demitra. Malheureusement, Demitra est décédé dans l'accident d'avion du Lokomotiv Yaroslavl un an et demi plus tard, et laisse un grand vide dans l'attaque slovaque. Si le deuil avait été un moment de rassemblement du hockey slovaque, il se divise à nouveau autour de "l'affaire Šatan".

Miroslav Šatan, meilleur joueur du titre mondial 2002, a toujours tout donné à la sélection nationale, mais pourtant le sélectionneur tchèque Vladimir Vujtek a décidé de ne pas le prendre car sa forme actuelle ne le mérite pas. Une décision courageuse. Il a peut-être préféré la prendre maintenant que de devoir envoyer un vétéran trop déclinant en tribune, comme ce fut le cas avec Stümpel aux derniers Mondiaux.

La polémique fait cependant rage, alimentée par quelques arrières-pensées électorales à nquelque mois des élections européennes. La députée européenne conservatrice Anna Zaborska a dénoncé une "discrimination par l'âge" envers Šatan (39 ans) parce que Vujtek a préféré des joueurs plus jeunes, en mentionnant une violation de l'article 21 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ! Plus étonnant, son collègue du parlement européen Peter Šťastný - qui connaît bien mieux le hockey mais ne perd jamais une occasion de critiquer une fédération politiquement opposée - lui a emboité le pas. Ancienne idole du hockey slovaque qui avait passé la main au junior Šatan lors des Jeux olympiques de Lillehammer en 1994, Šťastný a déclaré que c'était un "manque de respect", "une honte" et "une insulte".

Après les critiques sur l'absence de rajeunissement de l'équipe nationale, voilà que l'opinion publique est agitée par un soubresaut opposé. Šatan a une telle aura que la décision est incomprise même si elle n'étonne guère les connaisseurs.

 

Gardiens

LACO Jan-120515-298Jaroslav Halák (St. Louis Blues, NHL)
Peter Budaj (Montréal Canadiens, NHL)
Ján Laco (Donbass Donetsk, KHL)

Même si sa place de titulaire est menacée par Brian Elliott depuis la saison dernière à Saint-Louis, Halák reste le titulaire logique. Il a un positionnement plus sûr que Budaj, qui se repose plus sur sa vitesse de déplacement. La Slovaquie a de bons gardiens, qui devrait être correctement protégés, et ce n'est plus vraiment ce poste qui pose souci. Cependant, les deux portiers de NHL n'ont jamais vraiment connu de très grandes performances en équipe nationale, comme Laco l'a fait en arrivant de nulle part au Mondial 2012.

L'absent dans les cages : Rastislav Stana, le gardien du CSKA Moscou, était le quatrième prétendant. Les explications de Vujtek ne feront qu'aviver ses regrets : "Nous avons décidé entre Laco et Stana. Il n'y avait pratiquement aucune différence. Nous avons dû choisir un gardien. Je sais que Stana sera déçu, mais c'est la vie d'un hockeyeur."

 

Défenseurs

Zdeno Chára (Boston Bruins, NHL) - Dominik Granák (Dynamo Moscou, KHL)

C'est la tête la plus connue de l'effectif slovaque, et pas seulement parce que sa tête dépasse au-dessus de tout le monde à 2,06 m. À 36 ans, Chára, le joueur le plus grand de l'histoire de la NHL, reste dominant. Même s'il est forcément en difficulté face aux attaquants rapides, il a prouvé qu'il pouvait aussi avoir un impact sur grande glace. Ses meilleures apparitions ont été aux côtés de Dominik Granák, joueur intelligent et parfait complément. Il avait été oublié il y a quatre ans à cause de son manque de gabarit, mais si Chára tient le slot, le reproche ne fait plus sens.

Ivan Baranka (Avangard Omsk, KHL) - Andrej Sekera (Carolina Hurricanes, NHL)

SEKERA Andrej-130503-078C'était l'autre ligne dominante de l'équipe vice-championne du monde en 2012. Défenseur offensif, Sekera est remarquable à chaque fois qu'il porte le maillot national. En cinq championnats du monde, il a toujours été élu dans les trois meilleurs joueurs de son équipe par son coach. Il n'a que 27 ans mais est déjà un cadre majeur, au meilleur de sa forme. Baranka est également un joueur fiable qui inspire confiance, dans un style moins remarquable et plus défensif.

Michal Sersen (Slovan Bratislava, KHL) - Andrej Meszároš (Philadelphia Flyers, NHL)

C'est là que ça se corse. Après ce quatuor majeur, la défense slovaque - normalement le point fort - connaît des petites difficultés. Depuis que Vladimír Vujtek est devenu sélectionneur, Sersen fait partie intégrante de son effectif... mais il est encore incertain car il a actuellement des soucis d'adducteurs. Andrej Meszároš n'apparaît que tous les quatre ans pour les JO, mais il n'a jamais dépassé les points de sa saison rookie et ne vaut plus du tout les 4 millions de dollars annuels de son contrat qui s'achève cet été. Peu utilisé à Philadelphie, il a cependant inscrit 3 assistances le lendemain de sa sélection : n'était-il pas trop tôt pour tirer une croix sur lui à 28 ans ?

Lubomír Višnovský (New York Islanders, NHL), Martin Marincin (Edmonton Oilers, NHL)

Višnovský souffre d'une commotion cérébrale et a été mis sur la liste parce qu'on peut toujours remplacer un joueur blessé, pas l'inverse. S'il peut revenir au jeu, la présence du vétéran sera un vrai plus, surtout en supériorité numérique. Marincin est quant à lui la surprise de la sélection : on n'attendait pas vraiment ce joueur qui a quitté le pays à 18 ans, mais il a progressé rapidement et a été appelé en NHL par Edmonton le mois dernier. Grand gabarit comme il en existe beaucoup en Slovaquie, Marincin n'est pas comparable à ces autres géants qui avaient passé leurs jeunes années en Amérique du nord (les Valabik ou Mihalik). Il est bien meilleur relanceur, plus précis dans son jeu de crosse et plus mobile. Bref, il a un certain potentiel, mais son inexpérience devrait sans doute le laisser sur le banc.


Les absents en défense : Vujtek a dit qu'il avait "quatre ou cinq solutions" pour remplacer les blessés. Tomas Starosta amènerait du jeu physique, de même que Kristian Kudroc, encore plus rugueux mais un peu moins sûr. Comme profil offensif à la Visnovsky, Peter Podhradský, le défenseur du Donbass Donetsk, est le plus adapté, mais il n'a plus été appelé en équipe nationale depuis l'échec du Mondial 2011.

 

Attaquants

Marián Gáborik (Columbus Blue Jackets, NHL) - Michal Handzuš (Chicago Blackhawks, NHL) - Marián Hossa (Chicago Blackhawks, NHL)

Marián Gáborík et Marián Hossa n'ont plus Pavol Demitra, leur centre fétiche, et il ne reste plus qu'un seul centre naturel dans l'effectif, Michal Handzus. Avec le temps (il a 36 ans), celui-ci est de moins en moins un gros pointeur en NHL, ce qui ne l'a pas empêché de jouer un rôle, et pourtant il reste extrêmement précieux pour l'équipe nationale. Handzus est le seul joueur à avoir participé aux trois finales mondiales de la Slovaquie, et souvenons-nous sa contribution au Mondial 2012 : sa présence dans le slot avait masqué Huet et battu la France dans un match-couperet pour la qualification, sa mise au jeu gagnée puis sa déviation avaient sorti le Canada en quart de finale, puis son interception décisive en demi-finale avait éliminé les confrères tchèques.

Néanmoins, si le travail dans les deux sens de la glace de Handzus est précieux, la Slovaquie a aussi besoin de pur talent. Le buteur Gáborík en possède comme personne, s'il n'y avait ces blessures à répétition qui ont gâché la carrière de ce patineur d'exception. Il s'est blessé à la clavicule avant Noël, et il a été sélectionné en sachant qu'il y avait un fort risque de devoir le remplacer. Même si sa convalescence se passe bien, sa présence est loin d'être certaine.

TATAR Tomas-120506-237Tomáš Tatar (Detroit Red Wings, NHL) - Tomáš Kopecký (Florida Panthers, NHL) - Richard Pánik (Tampa Bay Lightning, NHL)

Tomáš Kopecký a joué ailier gauche aux deux derniers championnats du monde, mais il a révélé que le coach lui avait demandé s'il était prêt à jouer au centre. Il est polyvalent et servira plus dans cette position. Même s'il tient un rôle défensif contre les meilleures lignes adverses en Floride, la Slovaque a plus besoin de son intensité physique pour compléter l'énergie de ses jeunes. Tatar et Pánik sont un peu considérés comme des jumeaux en équipe nationale : ils ont tous deux été appelés à 19 ans aux Mondiaux 2010, seuls juniors dans ce cas depuis douze ans, mais ils ont été laissés à la maison un an plus tard par le même sélectionneur (Glen Hanlon) pour les championnats du monde à domicile, où les vétérans voulaient soudain revenir.

On se demandait alors si la Slovaquie hypothéquait son avenir, tant les jeunes talents se font rares. Ne faut-il pas choyer ces jeunes vite portés au pinacle ? Passé en AHL dès l'âge junior, Tatar l'a quittée en étant couronné MVP des play-offs 2013 avec ses 16 buts. Il est maintenant titulaire à Detroit où il apporte sa vitesse et sa maîtrise du palet. Panik est plus en difficulté à Tampa Bay avec sa fiche négative qui rappelle les doutes sur ses capacités défensives. Il doit donc mériter sa place sur une ligne offensive pour être utile, sinon la surprise Jurco pourrait l'y remplacer.

Tomáš Záborský (Salavat Yulaev Ufa, KHL) - Tomáš Surový (Dinamo Minsk, KHL) - Michel Miklík (Slovan Bratislava, KHL)

Des joueurs défensifs, la Slovaquie n'en a pas tant que ça sur les ailes. Ni Záborský ni Miklík, deux purs buteurs, ne sont à ranger dans cette catégorie. Ils formeront donc une troisième ligne à vocation également offensive. Tomáš Surový, que Vujtek utilisait d'abord à l'aile avant de le mettre au centre, pourrait les compléter car le sélectionneur a plutôt tendance à regrouper les joueurs de KHL.

Peter Ölvecký (Slovan Bratislava, KHL) - Tomáš Marcinko (Košice, SVK) - Milan Bartovic (Slovan Bratislava, KHL)

OLVECKY Peter-130504-584Tomáš Marcinko est un peu la surprise du chef dans cette sélection. Seul représentant de l'Extraliga slovaque, ce centre défensif - dont le père a disputé les JO de Lillehammer - ne compte que 10 sélections, mais a gagné sa place lors du dernier Arosa Challenge en Suisse, par son grand gabarit et sa force aux engagements et dans le jeu défensif. L'expérimenté Bartovic rend une fiche positive malgré le mauvais classement, et il pourra donc enfin jouer ses premiers JO à 32 ans. Quant à Peter Ölvecký, c'est un des rares profils défensifs, qui peut jouer tant à l'aile qu'au centre.

Marcel Hossa (Dinamo Riga, KHL), Tomáš Jurco (Detroit Red Wings, NHL)

Deux jokers dont on ne sait trop à quoi s'attendre. Marcel Hossa, talent sous-exploité reste un mystère : il ne marque des buts qu'au Dinamo Riga, avec un gros temps de jeu, mais n'a jamais montré sa valeur dans des effectifs plus complets, y compris chez les Canadiens de Montréal dont il fut un espoir. Il n'a pas plus convaincu en équipe nationale, mais si Gaborik ne se rétablit pas, on risque de devoir compter sur lui. Quant à Jurco, il pourrait être la grande surprise : benjamin de l'équipe à 21 ans, il vient de remporter trois titres en trois ans (deux en junior majeur et un en AHL) avant de faire ses débuts en NHL le mois dernier. Le timing est idéal pour lui, et son rêve se réalise avec cette sélection olympique. Vujtek en a dit beaucoup de bien, et il pourrait lui mettre assez vite le pied à l'étrier.


Les absents en attaque : Branko Radivojevic est perçu en Russie comme un joueur à problèmes, mais en Slovaquie comme un rassembleur de vestiaire. Il a été annoncé d'abord comme le "remplaçant de Gaborik", avant que l'on n'explique que rien n'était défini. La porte resterait-elle donc ouverte à Miroslav Šatan ? Le problème du vétéran est qu'il n'est revenu au jeu que récemment car il se ressent encore des séquelles d'une commotion cérébrale due à une charge de... Chara. Les deux hommes acceptent de se parler de nouveau, mais leur conflit a divisé le pays et on ne sait si ce serait une bonne idée de réunir les deux capitaines potentiels dans le vestiaire. Mais plus le temps passe, plus Šatan reprend le rythme et rend un rappel crédible.

Le centre défensif Mario Bliznak a aussi peiné à retrouver son jeu après une blessure, et il a donc perdu sa place au profit d'un Marcinko un peu plus affûté et plus fort physiquement. Quant à Juraj Mikus, il n'a pu faire valoir son profil plus rare de centre offensif, assez irrégulier.