Analyse de l'effectif slovène pour les JO

Les quatre représentants de Ligue Magnus aux Jeux Olympiques

L'effectif de la Slovénie est peut-être le plus facile à déterminer, car ce pays aux 150 licenciés adultes recensés ne regorge pas de joueurs. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut sous-estimer ce "petit poucet" : sa qualification aux JO arrive à un moment idéal pour lui, alors qu'il aligne la meilleure équipe de son histoire, avec une très bonne complémentarité. Ce sera son meilleur atout face à des adversaires évidemment bien plus forts individuellement.

 

Gardiens


GracnarLuka2013Robert Kristan (Nitra, SVK)

Luka Gracnar (Salzbourg, AUT)
Andrej Hocevar (Épinal, FRA)

Longtemps, Robert Kristan a été imprévisible. Premier gardien de son pays à attirer l'attention de l'étranger, en réussissant le tour de force de s'imposer comme titulaire en élite suédoise, il est pourtant rentré à Jesenice parce qu'il avait le mal du pays. On l'a aussi connu capable de se faire arrêter pour conduite en état d'ivresse en pleins play-offs autrichiens avec le Medvescak Zagreb... et de récupérer sa place une semaine plus tard. Ses relations avec l'équipe nationale étaient compliquées à une époque, le précédent sélectionneur John Harrington le laissait même de côté. Mais depuis que Matjaz Kopitar est en poste (décembre 2010), il a installé Kristan en titulaire. Ses performances en club semblent aussi plus constantes, et il affiche encore 93% d'arrêts cette saison.

Mais l'an passé, un junior, Luka Gracnar, a tout bouleversé. Non content de faire pâlir des concurrents de grande expérience au très haut niveau à Salzbourg, il a déjà pris une option sur les cages de l'équipe nationale à même pas vingt ans, en se montrant plus à son avantage que Kristan aux derniers Mondiaux. Il devrait donc y avoir une alternance entre les deux hommes. Andrej Hocevar, qui s'est raté à ses deux dernières sorties internationales, n'est plus que numéro 3, et certains Slovènes auraient même souhaité que Gašper Krošelj (qui joue en Norvège) prenne sa place. Mais Hocevar a assez servi son pays pour mériter de vivre ces JO.

 

Défenseurs

Mitja Robar (Krefeld, ALL) - Blaž Gregorc (Pardubice, TCH)

Même si la Slovénie a avant tout des talents offensifs, elle n'aurait pas connu les mêmes succès si elle n'avait pas stabilisé sa défense. Elle aligne en particulier une première ligne très solide. Gregorc, 24 ans, amène ce gabarit qui faisait autrefois défaut aux arrières slovènes, et il s'impose cette année dans un grand championnat en Extraliga tchèque. Quant à Robar, il a éliminé au fil des ans ses petits moments de déconcentration pour devenir un arrière discret et fiable.

Klemen Pretnar (Villach, AUT) - Aleš Kranjc (Cologne, ALL)

TavzeljAndrejLes interrogations commencent à partir de la deuxième paire défensive. Klemen Pretnar est un joueur très rapide, très bien adopté dans le vestiaire de Villach : il s'y sent aussi très bien car cela lui permet d'habiter au pays (il réside à Bled, à seulement 50 kilomètres). Mais depuis cet été, alors qu'il a re-signé pour deux ans, les supporters du VSV ne le reconnaissent plus : sa qualité de relance a disparu et il multiplie les erreurs idiotes. Quel Pretnar verrons-nous à Sotchi ? Aleš Kranjc après a connu une étonnante première saison à Cologne (il avait d'abord été invité à un simple essai après avoir croisé un espoir du club dans une salle de sport), mais a un peu perdu de son impact offensif. Le plus important dans un contexte olympique très relevé sera qu'il se concentre sur les tâches défensives.

Andrej Tavželj (Rouen, FRA) - Žiga Pavlin (Troja-Ljungby, SUE-2)

Ayant récemment fêté sa centième sélection, Andrej Tavzelj est un pur défenseur défensif, capable de faire barrage de son corps face aux tirs et aux joueurs adverses. Il est en particulier très utilisé en situation d'infériorité numérique. Žiga Pavlin aura essentiellement un rôle similaire, même si, comme Kranjc, il dispose aussi d'un slap très puissant, plus compliqué cependant à employer au niveau international.

Sabahudin Kovacevic (Sary Arka Karaganda, KAZ/RUS-2), Matic Podlipnik (Dukla Jihlava, TCH-2)

Kovacevic a connu un très bon championnat du monde, et même s'il est le moins expérimenté, ce solide arrière pourrait déloger un de ses coéquipiers précédemment cités. En revanche, Matic Podlipnik ne sera sans doute que le défenseur remplaçant. À 21 ans, le petit nouveau sera là pour apprendre.


L'absent en défense : les sept titulaires n'ont pas changé depuis les qualifications, la seule place "ouverte" était celle du huitième arrière. Podlipnik a été choisi, et on imagine la déception pour Luka Tošic, le défenseur de Villard-de-Lans, qui avait tenu ce rôle de remplaçant aux derniers Mondiaux.

 

Attaquants

Jan Urbas (Munich, ALL) - Anže Kopitar (Los Angeles, NHL) - Jan Muršak (CSKA Moscou, RUS)

Même si la Slovénie s'est qualifiée sans Anže Kopitar, sa présence lui confère bien évidemment une toute autre aura. Le meilleur marqueur des play-offs NHL 2012 est un des meilleurs joueurs du monde, le meilleur à venir d'un aussi petit pays, et on n'aurait peut-être pas cru du coup le voir un jour aux JO. Cette opportunité est donc un rêve pour lui. On peut s'attendre à un Kopitar leader autour duquel construire une ligne. On peut penser que l'autre grand talent du pays Muršak sera placé à ses côtés sur un premier trio très fort, ne serait-ce que pour ne pas perturber l'alchimie des autres blocs. La vitesse de Jan Urbas peut les compléter à l'aile gauche : même si ce n'est pas un joueur très constant, il est capable de connaître de grands soirs, en témoigne son doublé qui a fait trembler le Canada.

Robert Sabolic (Ingolstadt, ALL) - Rok Ticar (Cologne, ALL) - Žiga Jeglic (Ingolstadt, ALL)

Si les adversaires se focalisent un peu trop sur Kopitar, ils risquent d'avoir une mauvaise surprise. Tous ceux qui ont vu jouer la Slovénie ces dernières années savent que ce trio a développé une phénoménale complémentarité en perçant ensemble à Jesenice. La faillite du grand club formateur slovène les a dispersés, mais Ingolstadt a recruté Jeglic il y a quelques semaines avec une arrière-pensée en tête : reconstituer ce trio magique en club, car le contrat de Ticar - très apprécié à Cologne pour sa contribution dans les deux sens de la glace - se termine en fin de saison. À chaque fois qu'ils se retrouvent en équipe nationale, ils dynamitent les équipes adverses par leur énergie et leur enthousiasme. Jeglic souffre actuellement d'une inflammation au coude, mais il doit revenir fin janvier : la force de la Slovénie est de n'avoir aucun blessé, car l'absence d'un maillon réduirait grandement l'effet de cette ligne.

Kuralt3Tomaž Razingar (Troja-Ljungby, SUE-2) - Marcel Rodman (Schwenningen, ALL) - David Rodman (Oskarshamn, SUE-2)

Les journalistes slovènes qui n'avaient pas bien suivi ont eu un moment de surprise lors de l'annonce de la sélection. Matjaz Kopitar avait fait une pause après avoir cité 13 noms en attaque, comme si la liste était finie, avant d'ajouter : "et bien sûr, Razingar, notre capitaine". Impensable d'écarter ce pilier de l'équipe nationale, même s'il a peiné à retrouver un club (Épinal fut un temps sur les rangs). Autres figures du hockey slovène, les frères Rodman : Marcel, le centre qui lit bien le jeu, et David, le pur marqueur qui porte le danger en zone offensive, ont une évidente complémentarité et ont passé l'essentiel de leur carrière ensemble. Mais cette ligne des trentenaires a-t-elle encore assez d'énergie et de résistance physique pour suivre le rythme international ?

Žiga Pance (Bolzano, ITA/EBEL) - Aleš Mušic (Olimpija Ljubljana, SLO/EBEL) - Boštjan Golicic (Briançon, FRA)

Matjaz Kopitar a transformé Aleš Mušic en "role player" par excellence, qui rend de précieux services en infériorité numérique. Žiga Pance était son partenaire dans cette situation de jeu aux derniers championnats du monde : les deux joueurs sont les uniques joueurs formés dans la capitaine Ljubljana (avec le gardien Hocevar). Leur partenaire sur la quatrième ligne, Golicic, est aussi reconduit, avec la même mission de tuer des pénalités. Ce trio devrait toutefois avoir un temps de jeu assez limité à 5 contre 5.

Anže Kuralt (Épinal, FRA), Miha Verlic (Olimpija Ljubljana, SLO/EBEL)

Comme en défense, les seules positions ouvertes étaient celles des "remplaçants", derrière les quatre lignes à peu près définies. Ce sont deux joueurs de 22 ans en grande forme qui s'y sont imposés. Miha Verlic est le meilleur marqueur de l'Olimpija, il peut servir de recours au centre. Quant à Anže Kuralt, ses performances éclatantes en Ligue Magnus ne sont pas restées inaperçues au pays : cet ailier gauche capable de coups d'éclat ne joue cependant guère en infériorité et serait plutôt le substitut d'un Urbas, mais il est certainement trop tôt pour le voir sur le trio de Kopitar. En faisant ses valises pour Sotchi, il a le droit de rêver, même s'il sera surtout un substitut.


Les absents en attaque : il manque trois joueurs qui ont participé aux qualifications olympiques, et ils ont perdu leur place tout seuls. Rok Pajic n'arrive pas à trouver un contrat stable, il était en période d'essai (non validée) à Bolzano au moment de l'annonce de la liste. L'ex-Amiénois Luka Basic a choisi l'opportunité financière mais s'est éloigné de la sélection en partant jouer dans le championnat du Kazakhstan.

Quant au second fils du sélectionneur Gasper Kopitar, son absence prouve aux mauvaises langues qu'il n'y a pas de népotisme. En "l'exigeant" à ses côtés à Mora pendant le lock-out, son frère Anže ne lui a pas forcément rendu service. Il s'est mis beaucoup de pression, et dès que son frère est retourné en NHL, ses performances s'en sont ressenties. Le niveau était tout simplement trop haut pour lui, et le club de deuxième division suédoise a fini par l'écarter fin octobre car son compteur était toujours bloqué à zéro. Il a rejoint son frère en Californie et a récemment été engagé en ECHL, où il a vite inscrit ses premiers points : à lui de tracer maintenaant le sillon de sa propre carrière.