Analyse de l'effectif autrichien pour les JO

Quand la vedette remet en cause la sélection

VANEK Thomas-130504-008Normalement, pour les petits pays, la sélection pour les Jeux olympiques doit être plus facile. Alors que l'effectif de la Slovénie n'a pas soulevé la moindre question, la conférence de presse de l'Autriche a vite suscité la controverse. Dès le lendemain, Thomas Vanek, la star de l'équipe, a dégainé sur son blog, où il n'écrit pourtant qu'un message tous les trois mois. "Je ne comprends pas pourquoi Matthias Lange n'est pas dans l'effectif. [...] À sa place, il y a deux gardiens du KAC. C'est surprenant. Bon, ou pas..."

Qu'un joueur se permette de critiquer les choix du sélectionneur, c'est déplacé par principe. Qu'il fasse allusion aux supposés privilèges dont bénéficieraient les joueurs de Klagenfurt en équipe nationale, éternelle rengaine nationale, cela ne va pas vraiment dans le sens de l'unité nationale. Et qu'il prenne fait et cause publiquement pour son ami de longue date Lange, qui n'est autre que son témoin de mariage (!), ça n'a pas vraiment l'air d'un avis impartial.

Aussitôt, le sélectionneur Manny Viveiros a donc appelé Vanek, qui se serait excusé. Sans rien changer à ses propos, Vanek a simplement rajouté une phrase en gras au milieu de ses commentaires : "Je sais que Manny Viveiros a des dures décisions à prendre, et il fait du grand travail. C'est pourquoi je ne veux pas que ce soit pris comme une critique mais comme une opinion personnelle."

Le plus étonnant est que Vanek a été "écouté", puisque Lange a finalement été sélectionné. En effet, la date limite du 7 janvier, négociée avec la NHL pour empêcher tout remplacement postérieur sauf blessure, a simplement servi d'annonce provisoire à l'Autriche. Elle a tout de suite annoncé que les noms pourraient changer jusqu'au 27 janvier, date de désignation officielle de la délégation pour Sotchi. Beaucoup de bruit pour rien ?

 

Gardiens

Bernhard Starkbaum, Brynäs Gävle (SUE)
René Swette, Klagenfurter AC (AUT)
Mathias Lange, Iserlohn Roosters (ALL)

STARKBAUM Bernhard-130504-035Sauf problème (il a récemment subi une petite blessure au genou), Bernhard Starkbaum est le numéro 1 incontesté de la cage autrichienne, et est censé jouer chaque match. Il n'a certes retrouvé un club qu'en novembre, mais depuis cette date, il est le joueur-clé qui maintient Brynäs en haut de tableau avec 93% d'arrêts.

Ce sont les deux autres postes de gardiens qui ont fait tant jaser. Il faut dire que le sélectionneur a vraiment donné de très mauvaises justifications en conférence de presse. Pour justifier la présence des deux gardiens de Klagenfurt, Manny Viveiros, qui est aussi directeur sportif du KAC, a expliqué : "Je vois Swette et Weinhandl tous les jours, ils sont vraiment bons. Je ne vois pas Lange si souvent, mais il est bon aussi." Il donnait ainsi du grain à moudre à la critique, en laissant entendre que Lange n'est ignoré que parce qu'il évolue en Allemagne (le bout du monde ?).

Les gardiens du KAC ne sont pas pourtant pas indiscutables. René Swette a amené ce club au titre l'an dernier, mais il n'a jamais rien démontré avec l'équipe nationale, où sa dernière victoire remonte à... plus de trois ans. Il a connu un début de saison moyen. Ses performances en club à Klagenfurt remontent cependant depuis quelques semaines, ce qui laisse Fabian Weinhandl sur le banc. Ce dernier n'a plus joué un match depuis Noël, ce qui a donc ouvert la voie à un remplacement logique mais tardif par Mathias Lange, qui a confirmé dans le même temps qu'il s'imposait titulaire en DEL, où il fait remonter Iserlohn - l'équipe en forme - vers les play-offs. Sur ses prestations actuelles, Lange mérite vraiment sa place, ami de Vanek ou pas.

L'absent dans les cages : maintenant que Lange a remplacé Weinhandl, le seul autre nom est celui du vétéran Bernd Brückler, l'ex-joueur de KHL qui n'a cependant jamais réussi de grandes performances en équipe nationale. Il est plutôt dominé par le gardien slovène Luka Gracnar dans la concurrence interne de Salzbourg.

 

Défenseurs

Thomas Pöck (Klagenfurt, AUT) - Matthias Trattnig (Salzbourg, AUT)

Aux Jeux olympiques de 2002, ces deux joueurs évoluaient en attaque. Ils incarnent donc bien une défense autrichienne aux profils majoritairement offensifs. Thomas Pöck est devenu défenseur dès l'année suivante, à sa dernière saison universitaire. Par ses longues années en NHL et en AHL, il a acquis du hockey nord-américain une solide présence physique dans sa zone. Mathias Trattnig a quant à lui été reconverti à l'arrière par Pierre Pagé à Salzbourg dans son système de "torpedo". Ses remontées de patinoire avec le palet sont cependant plus improbables au haut niveau international.

UNTERLUGGAUER Gerhard-130504-054Robert Lukas (Linz, AUT) - André Lakos (Vienne, AUT)

La technique de patinage de Robert Lukas est si parfaite qu'il reste toujours rapide malgré ses 35 ans. Il semble depuis un an au meilleur de sa forme. Son défaut, les relances à l'adversaire, s'est résorbé avec le temps, et il est devenu un défenseur à vocation principalement défensive. Individualité saillante y compris par la taille (2m02), le caractère d'André Lakos lui a parfois valu des inimitiés en équipe nationale. Il a disparu de la sélection pendant trois ans après une grosse erreur qui avait provoqué la rélégation de 2009, mais il est revenu en grâce la saison passée.

Mario Altmann (Villach, AUT) - Stefan Ulmer (Lugano, SUI)

Ce sont les deux seuls arrières de moins de 30 ans dans l'effectif autrichien. Stefan Ulmer est un défenseur offensif de petit gabarit, excellent patineur et bon technicien. Il perce pour de bon cette saison à Lugano, où l'on adore ce genre de profil (évidemment comparé à l'inoubliable Petteri Nummelin). Pour autant, le joueur de LNA suisse doit encore s'imposer en équipe nationale. Mario Altmann, défenseur de bon gabarit au jeu simple, est en revanche de toutes les aventures de l'Autriche depuis trois ans, et sa main deux fois cassée cette saison ne l'empêche pas d'être présent.

Florian Iberer (Klagenfurt, AUT) - Gerhard Unterluggauer (Villach, AUT)

Florian Iberer a attendu la saison passée, à 30 ans, pour connaître ses premières compétitions officielles avec l'Autriche. Jusqu'ici, on avait trouvé mieux techniquement et physiquement. C'est tout de même un passeur sûr qui lit bien le jeu et patine bien. Gerhard Unterluggauer a en revanche toujours été là, puisqu'il est le recordman des sélections (239). Il compense sa lenteur due à l'âge (37 ans) par son bon positionnement, et ses slaps de la ligne bleue restent précieux en supériorité numérique.


Les absents en défense : Sven Klimbacher, défenseur défensif sûr et bien positionné, reste toujours en marge d'une équipe nationale qui pourrait pourtant bénéficier de ses qualités. L'heure n'est pas encore arrivée pour le rapide Dominique Heinrich, très bon patineur dont le gabarit de poche (170 cm) présente un risque au niveau international.

 

Attaquants

Thomas Vanek (New York Islanders, NHL) - Thomas Koch (Klagenfurt, AUT) - Brian Lebler (Linz, AUT)

Viveiros n'est pas rancunier puisqu'il a nommé Vanek - ce commentateur officieux des affres de la sélection - comme nouveau capitaine. De nouvelles responsabilités pour ce finisseur, joueur de slot par excellence, qui sait aussi se procurer des breawakays et sera encore chargé de mener l'offensive. L'ex-capitaine Thomas Koch reste le centre numéro 1, mais on a remarqué depuis le dernier Mondial qu'il est moins productif qu'autrefois. C'est un joueur consciencieux défensivement et très travailleur, même s'il n'est pas physique pour deux sous avec son petit gabarit. Brian Lebler apporte par contre sa puissance physique, qu'il aime utiliser dans les coins et surtout devant la cage. Il règle ses pas sur les pas de son père Ed : même formation au Canada (à Penticton), même titre universitaire, même arrivée dans le pays d'origine familiale - l'Autriche - jusqu'à devenir sélectionnable, et même participation aux Jeux olympiques. Il a effectué son premier match en équipe nationale à l'automne, et pourrait vite figurer sur la première ligne. Son principal déficit est cependant son patinage.

Michael Grabner (New York Islanders, NHL) - Thomas Hundertpfund (Timrå, SUE) - Michael Raffl (Philadelphia Flyers, NHL)

RAFFL Michael-130505-051L'Autriche ne manque vraiment pas de finisseurs : elle dispose de joueurs qui imposent leur gabarit pour des buts de raccroc (Vanek et Lebler), mais aussi d'un pur buteur, Michael Grabner, qui s'appuie sur de très bonnes mains et une qualité de tir indéniable, bien servi par une patinage explosif. Le problème des Autrichiens est qu'il n'y a pas d'autre centre créatif que Koch pour alimenter toutes ces armes offensives. Il faudra pourtant bien trouver un second centre. Thomas Hundertpfund est un possible candidat, son principal atout étant son excellente protection de palet. Après sa révélation aux derniers championnat du monde, il vit une première expérience à l'étranger relativement difficile, sans marquer beaucoup à Timrå au deuxième niveau suédois (Allsvenskan). Pour autant, reconnaissons la valeur de cette division... Michael Raffl y jouait encore la saison passée, et cette année, sans passage par un championnat d'élite, il a directement été intégré en NHL ! Philadelphie voit en lui un talent offensif, et après avoir démontré sa capacité dans le jeu sans palet et pour tuer les pénalités, il a été intégré en première ligne en décembre avec Giroux et Voracek.

Thomas Raffl (Salzbourg, AUT) - Raphael Herburger (Bienne, SUI) - Oliver Setzinger (Lausanne, SUI)

Autre centre potentiel, Raphael Herburger joue actuellement ailier à Bienne, où il profite d'une licence suisse (il est né près de la frontière et a évolué à Kloten à 14 ans) pour jouer sans être catalogué renfort étranger. Son très bon patinage lui a permis de s'établir en LNA, mais ce petit gabarit a encore un impact offensif limité. Thomas Raffl, c'est tout le contraire : pas beaucoup de vitesse, mais une taille imposante qui est difficile à maîtriser dans les duels, en plus d'un bon tir. Revenu en LNA en accompagnant Lausanne dans sa promotion, Oliver Setzinger a aussi fait son retour en équipe nationale dont il était banni. Ce retour en grâce semble incarner un esprit plus apaissé aujourd'hui autour de l'équipe autrichienne, dont le vestiaire était autrefois tiraillé. Son talent n'a jamais été en doute, et il pourrait même retrouver son vieux complice Koch sur le premier bloc si Lebler montre ses limites.

Daniel Welser (Salzbourg, AUT) - Daniel Oberkofler (Linz, AUT) - Andreas Nödl (Salzbourg, AUT)

Daniel Welser était autrefois le troisième homme du trio de 1983 Welser-Koch-Setzinger, mais ces temps sont lointains. Il a connu lui aussi le rôle de demi-arrière dans le système de Salzbourg et est ainsi devenu un élément polyvalent, capitaine en club, de plus en plus voué à des tâches de l'ombre, ce qui le rend idéal pour une quatrième ligne. Daniel Oberkofler ne paraît pas le centre de quatrième ligne idéal avec son petit gabarit souvent battu aux mises au jeu, mais il patine bien et a été décisif à la qualification olympique.

Andreas Nödl n'était pas dans la sélection originelle, ce qui pouvait surprendre de son passé en NHL (183 rencontres jusqu'à la saison dernière). Ses rares apparitions en équipe nationale ont été très discrètes, et il a commencé sa saison en retard après une blessure. C'était un bon argument pour changer d'avis, puisqu'il maintient des performances constantes. Sans être un gros marqueur, c'est un attaquant défensif qui commet peu d'erreurs et finit ses charges.

Manuel Latusa (Salzbourg, AUT), Matthias Iberer (Linz, AUT)

Latusa peut servir de joueur de réserve pour un rôle offensif. Matthias Iberer est un joueur sans doute plus discret et au talent moins remarquable, mais il n'est pas si facile de lui enlever le palet.


PEINTNER Markus-130504-023Les absents en attaque : Andreas Kristler a de quoi être frustré car il était sur la première sélection, avant d'en être enlevé au dernier moment pour faire place à Nödl. Ce changement est-il une autre preuve que Viveiros s'est laissé influencer par les critiques ?

Pour le coup, pas vraiment, car le joueur qui avait été le plus réclamé était plutôt Markus Peintner. Vanek y avait aussi fait mention, de manière un peu moins virulente que pour les gardiens : "C'était une surprise que Peinti n'y soit pas. Après tout, c'est lui qui a marqué le but pour nous qualifier pour Sotchi." Il n'était pas le seul à le penser : une page facebook de soutien a rassemblé cinq mille complices, et a fait imprimer des maillots exigeant l'intégration de l'homme à la barbe bicolore, célébrité reconnaissable de tous. C'est presque un dilemme philosophique : Peintner a-t-il un droit moral à figurer aux JO par sa contribution de dernière minute à la qualification ? En fin de compte, il fait le voyage comme remplaçant.

Rafael Rotter, talentueux offensivement mais peu présent physiquement, fera office de remplaçant s'il y a un blessé sur les deux premières lignes. En revanche, le centre David Schuller n'est même pas substitut : il est en petite forme actuellement et manque de vitesse au niveau international, en plus de ses pénalités stupides, mais il est généralement apprécié de ses entraîneurs tant il donne de sa personne pour bloquer les tirs et l'adversaire. Il avait connu un bon Mondial. Quant à Gregor Baumgartner, il pâtit de sa lenteur.