Sotchi : la dimension de la glace, un facteur capital ?

C'est un thème qui revient régulièrement dans les discussions outre Atlantique, la taille des patinoires inquiète les Nord-Américains. Alors que les joueurs de la NHL sont habitués à jouer 82 matchs par année (et plus si affinité) sur des glaces de 60m x 26m, le passage sur une glace de 60m x 30m inquiète. Ce qui pourrait paraître anecdotique pour les Européens est en fait un véritable casse tête pour certaines nations qui doivent s'adapter.

Difficile de changer ses habitudes, d'autant plus au hockey où les joueurs en NHL jouent trois matchs par semaine. Pourtant les Nord-Américains devront s'adapter à Sotchi pour briser la série de revers aux JO. En effet, depuis la première participation des joueurs de la NHL aux Jeux olympiques en 1998 à Nagano, le Canada et les États-Unis n'ont jamais remporté de médaille olympique lorsque l'épreuve se déroulait en dehors de l'Amérique du Nord.

Habitués à jouer sur une glace qualifiée de « petite », les représentants de la grande ligue devront patiner plus aux JO. Voilà qui peut paraître anodin, pourtant c'est le système de jeu de ces équipes canadienne et américaine qui devrait subir des modifications. La vitesse des joueurs sera mise à contribution. Pis, la taille de la glace rendra plus difficile les mises en échec, tout en ouvrant le jeu derrière la cage.

Kent Hitchcock, entraîneur-adjoint de l'équipe canadienne (et entraîneur-chef des Blues de St Louis) est lucide à ce sujet : « À Vancouver [aux Jeux olympiques de 2010], le jeu ressemblait beaucoup à celui de la LNH, mais ce sera bien différent en Europe puisque jamais au cours de notre vie nous n'avons été confrontés à autant de vitesse et d'agilité que nous le serons en Russie. »

Exit donc les joueurs lents et rugueux, règlement IIHF oblige. Car en plus de devoir aller vite sur les patins, il faudra retenir sa force, les pénalités risqueront de pleuvoir en cas contraire.

L'entraîneur-chef du Canada, Mike Babcock, a lui aussi émis des inquiétudes à propos de la taille de la Bolchoï Arena : « En Amérique du Nord, il suffit de deux enjambées pour quitter le territoire défensif, alors qu'aux Jeux olympiques, il en faudra trois ou quatre »

Mais certains nient ce détail, c'est le cas de l'attaquant du Canadien de Montréal, Lars Eller, qui a récemment précisé dans une entrevue au Journal de Montréal qu'il refusait de croire en cette théorie de taille de patinoire : «Je ne crois pas que la plus grande surface causera un grand effet pour le Canada ou les États-Unis. On oublie que la majorité des joueurs des plus grandes nations comme la Suède, la Russie, la Finlande ou la République tchèque jouent maintenant sur des patinoires de dimensions de la LNH. »

Les tournois de Vancouver en 2010 furent joués sur des patinoires aux dimensions nord-américaines. « Cette décision n'était pas aussi évidente qu'elle avait pu l'être il y a quelques années auparavant » déclarait le Président de l'IIHF, René Fasel. « Dans notre évaluation minutieuse de Vancouver 2010, nous avons reçu un retour très positif sur le fait de jouer sur la "petite" surface et l'IIHF a reconnu aujourd'hui les deux surfaces comme étant adaptées au hockey international. »

Difficile de dire précisément à quel point cette taille de patinoire influera donc sur le résultat final. Mais une chose est certaine, les Nords-Americains devront se méfier des Russes, qui en plus de jouer à domicile sont pour la majorité habitués à ce type de glace.

Pourquoi ce débat ?

En fait on pourrait se demander pourquoi un tel débat. Car jusqu'aux JO de Vancouver en 2010, la question ne s'était en fait pas posée. Mais en 2010, le lobby de la NHL a eu raison de l'IIHF, incapable de dire "non" alors qu'on menaçait de ne pas libérer les joueurs de NHL pour les Olympiques. Le lobby de la Grande ligue avait donc fait pression pour jouer sur une patinoire aux dimensions nord-américaines, en plus de pousser l'IIHF à modifier ni plus ni moins que la dernière formule des Olympiques (utilisée depuis 2002 à Salt Lake City). Alors qu'auparavant on se disputait les places qualificatives en deux poules de six équipes, voilà que depuis Vancouver, les phases de poules se font en trois poules de quatre. Les trois premiers et le meilleur deuxième sont qualifiés directement, tandis que les autres passent par un mini tournoi pour accéder aux quarts de finale. Une mesure souhaitée pour réduire le nombre de match, et qui sera conservée pour les JO de Sotchi.

Glace européenne, et jambières « traditionnelles »

Mais au delà de cette fameuse dimension de glace qui fait beaucoup "jaser" outre-Atlantique, on retiendra également une autre mesure qui devrait avoir un impact considérable sur les performances des gardiens. Celle-ci concerne la taille des jambières. Face à un nombre de buts en chute, le circuit Bettman a décidé de réduire la taille des jambières des gardiens depuis le début de la saison. Cette mesure a entrainé une réduction de la taille pour quelques pousses seulement, suffisant néanmoins pour déranger les gardiens. Henrik Lundqvist est l'un d'entre eux. Le gardien des Rangers de New-York et de la Suède a connu un début de saison très délicat (en partie) à cause de cette nouvelle réglementation. Il pourra utiliser ses anciennes jambières aux JO, gageons que l'acclimatation à cet ancien matériel sera un facteur important dans ce qui pourrait être les derniers JO pour les représentants de la NHL.