Suisse - Lettonie (Jeux olympiques 2014, groupe C)

MASALSKIS Edgars-130505-654C'est parti ! La Suisse, vice-championne du monde, ouvre son tournoi olympique dans l'ombre du choc suédo-tchèque. Les rencontres amicales prévues contre la Norvège et la Russie ayant été annulées (elles auraient dû se jouer comme un entraînement sans public sur le site de Sotchi selon le règlement olympique), la Nati doit passer tout de suiter aux choses sérieuses. Son premier défi est la petite Lettonie, un adversaire rare qu'elle n'a plus rencontré depuis quatre ans.

Les Baltes ne jouent pas comme un petit poucet. Ils monopolisent le palet et dominent le début de match. La Suisse éprouve les pires difficultés à franchir la zone neutre bien quadrillée par son adversaire. La première occasion arrive toutefois après plus de six minutes, avec un solo spectaculaire de "El Niño" Niederreiter qui déferle au coeur de la défense.

Indrasis contrôle mal sa crosse et touche Seger au visage : c'est la première supériorité numérique, en faveur de la Suisse. Le treizième attaquant Ryan Gardner vient comme prévu poser ses deux mètres devant la cage, tandis que Mark Streit mène le jeu à la pointe. Un excellent jeu en triangle de Romy et Wick libère Brunner, mais le déplacement latéral de Masalskis est rapide pour amener sa jambière au poteau opposé. C'est ensuite au tour de Rekis, à la peine face à la vivacité de Josi, d'être pénalisé. Cette fois le bloc spécial n'arrive même pas à s'installer, et ses confrères prennent le relais : la ligne de Cunti manque de vitesse d'exécution, celle de Plüss en a plus mais Niederreiter, servi au second poteau, découvre lui aussi que Masalskis déplace très vite son bas du corps.

À défaut d'avoir concrétisé ses avantages numériques, la Suisse a pris en tout cas les commandes du jeu. De retour au complet, elle retrouve le pressing qui a fait son succès. Mis sous pression par Luca Cunti, Pujacs dégage sur Simon Bodenmann qui centre pour Denis Hollenstein... mais ce dernier manque la cible.

CUNTI Luca-130518-348Une fois le temps de rodage passé, on a eu l'impression que le jeu suisse est devenu trop rapide pour la Lettonie. Impression qui se confirme au deuxième tiers-temps. La Suisse concède quand même des pénalités stupides : Diaz fait monter sa crosse au visage de Girgensons, Moser accroche Sprukts derrière la cage adverse. Les infériorités numériques ont le mérite de mettre en valeur le duo Ambühl-Suri, qui était moins à son avantage à 5 contre 5.

Dominatrice dans les bandes et en vitesse, la Suisse attend toujours qu'Edgars Masalskis craque. Le gardien letton ne bloque pas un tir de Cunti passé sous son bras droit et il s'en faut d'un cheveu que Josi ne reprenne ce palet derrière lui : il en est empêché juste à temps par le défenseur Arturs Kulda. Tout en vitesse, Denis Hollenstein fait sortir le gardien hors de sa position et fait alors le tour de la cage vide, mais sa passe en retrait n'est pas reprise par Suri, elle finit même en une contre-attaque d'Indrasis, pour un arrêt de Hiller. Ambühl gagne l'engagement qui suit face à Girgensons (très faible aux mises au jeu ce soir), Bieber s'échappe sur l'aile gauche, et Ozolins charge Streit sans palet pour l'empêcher de prendre le rebond. Le capitaine letton part en prison. La Shaïba Arena exige de voir la rondelle qui lui donne son nom au fond des filets ("Shaïbu, Shaïbu"), mais la Suisse n'exauce toujours pas ses voeux.

Dominer n'est pas gagner. Les Suisses semblent confrontés à leur éternelle problème d'efficacité dans le dernier geste. Vu comment le petit Edgars Masalskis est vif en bas, il s'agit par exemple de viser le haut du filet. Luca Cunti s'y essaye dès le début du troisième tiers-temps, mais le gardien letton signe un arrêt-photo de la mitaine.

Vauclair retient clairement Daugavins, mais de toute façon le jeu de puissance letton reste franchement poussif ce soir. Darzins et Sprukts ne créent pas de danger depuis l'arrière de la cage, et dès que le palet revient aux alentours de la ligne bleue, la boîte agressive des Suisses s'en empare et écarte la menace. Ceci dit, les hommes de Simpson ne font pas beaucoup mieux en supériorité numérique après un surnombre letton.

La Suisse est de moins en moins tranchante dans les duels et la partie se ré-équilibre, pouvant basculer d'un côté comme de l'autre. La Lettonie a le palet de la victoire à huit minutes de la fin quand Indrasis puis Girgensons s'extraient avec un temps d'avance du pressing suisse pour lancer une contre-attaque. Le joueur des Sabres de Buffalo trouve une ligne de passe sous la cheville de Josi couché sur le ventre, mais la reprise du revers de Ronalds Kenins est détournée par la botte de Jonas Hiller.

PUJACS Georgijs-130210-205À quatre minutes de la fin, le capitaine suisse Mathias Seger provoque sa seconde supériorité numérique en se laissant tomber, retenu par Karsums. Un tir précis de Simon Moser dans le cercle gauche est détourné par le haut de l'épaule gauche de Masalskis. Même manque de réussite pour le bloc de Romy, qui joue maintenant avec deux arrières à la bleue (Streit plus Diaz), Gardner n'étant plus utilisé. Rien à faire, on se dirige tout droit vers un 0-0.

L'incroyable se produit alors. Les Lettons sont encore en zone offensive à quinze secondes de la fin quand Darzins se fait charger contre la bande. Simon Moser lance une ultime contre-attaque sur l'aile gauche et passe en retrait vers Nino Niederreiter. Le palet n'arrivera jamais à la destination prévue, et pour cause : il ricoche sur le bouclier du gardien Masalskis, puis sur la jambe du défenseur Pujacs avant de finir sa course dans les filets (0-1, 59'52").

Quel dénouement extrêment cruel pour la Lettonie, qui aurait certes pu perdre plus tôt, mais ne méritait pas de perdre comme ça, pas après une meilleure fin de match. Un point aurait fait du bien pour le classement final, maintenant les Baltes vont devoir lutter pour éviter un "huitième de finale" qui s'annonce compliqué. Ils sont en tout cas plus que rassurés sur l'état de forme d'Edgars Masalskis, en grande condition même s'il n'a retrouvé un club qu'à la mi-janvier (Poprad en Slovaquie).

Quant aux vice-champions du monde suisses, ils ont pu se rendre compte de visu que rien n'est acquis dans le hockey mondial. Le patinage est toujours là dans cette équipe, mais il ne suffit pas quand il faut construire le jeu face à un adversaire plus faible. C'est toujours la principale difficulté pour la Suisse, et elle peut donc être soulagée pour la suite. Elle aura bien moins de pression pour le remake de la finale contre la Suède, qui sera favorite.

Commentaires d'après-match

Martin Plüss (attaquant de la Suisse) : "Nous savions que la Lettonie jouait avec moins de défenseurs et que, plus le match durerait, plus elle serait fatiguée. Néanmoins, nous ne devrons pas être aussi joueurs qu'au deuxième tiers lors des prochaines parties."

 

Lettonie - Suisse 0-1 (0-0, 0-0, 0-1)
Mercredi 12 février 2014 à 21h00 à la Shaïba Arena de Sotchi. 5116 spectateurs.
Arbitrage de Lars Brüggemann (ALL) et Brad Meier (CAN) assistés de Derek Amell (CAN) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Lettonie 10' (4', 2', 4'), Suisse 6' (0', 4', 2').
Tirs : Lettonie 21 (6, 10, 5), Suisse 39 (12, 12, 15).

Évolution du score :
0-1 à 59'52" : Moser assisté de Streit


Lettonie (2' pour surnombre)

Gardien : Edgars Masaļskis [sorti à 59'52"].

Défenseurs : Sandis Ozoliņš (C, 2') - Arvīds Reķis (2') ; Artūrs Kulda - Oskars Bārtulis (A) ; Kristaps Sotnieks (-1) - Georgijs Pujacs (-1) ; Krišjānis Rēdlihs.

Attaquants : Lauris Dārziņš (A) - Jānis Sprukts (-1) - Miķelis Rēdlihs (-1) ; Mārtiņš Karsums (2') - Herberts Vasiļjevs - Kaspars Daugaviņš ; Ronalds Ķēniņš - Zemgus Girgensons - Miks Indrašis (-1, 2') ; Vitālijs Pavlovs - Juris Štāls - Mārtiņš Cipulis.

Remplaçant : Kristers Gudļevskis (G), Ralfs Freibergs. En réserve : Ervīns Muštukovs (G), Armands Bērziņš (A), Koba Jass (A).

Suisse

Gardien : Jonas Hiller.

Défenseurs : Mark Streit (A, +1) - Raphael Diaz (+1, 2') ; Roman Josi - Yannick Weber ; Julien Vauclair (2') - Mathias Seger (C) ; Severin Blindenbacher.

Attaquants : Simon Moser (+1, 2') - Martin Plüss (A, +1) - Nino Niederreiter (+1) ; Matthias Bieber - Andres Ambühl - Reto Suri ; Roman Wick - Kevin Romy - Damien Brunner ; Denis Hollenstein - Luca Cunti - Simon Bodenmann ; Ryan Gardner.

Remplaçant : Reto Berra (G). En réserve : Tobias Stephan (G), Patrick von Gunten (D), Morris Trachsler
(A).