Canada - Norvège (Jeux olympiques 2014, groupe B)

KEITH Duncan-120505-353C'est l'entrée en lice du champion olympique. Cependant, depuis plusieurs semaines, joueurs et dirigeants d'Équipe Canada n'ont cessé de rappeler que la pression était côté russe. C'est vrai car la Russie n'a jamais été sacrée depuis la fin de l'ère soviétique, elle garde en mémoire le fiasco subi à Vancouver il y a quatre ans en quart de finale et elle va devoir assumer sa revanche.

Pourtant, de la pression, les Canadiens, quoi qu'ils en disent, en ont également car attendus au tournant. Depuis que Sidney Crosby a levé ses bras après le but vainqueur en 2010 contre les Américains, rien ou presque ne s'est passé pour la nation à la feuille d'érable. Tandis que les juniors ont été exclus du podium une deuxième fois en deux ans, le Canada senior n'a plus atteint les demi-finales aux championnats du monde après la médaille d'or olympique, glissant à la cinquième place au classement international IIHF. Indigne de son rang pour un peuple qui ne cesse de marteler qu'il s'agit de SON sport.

Cela fait certes bien longtemps que ce sport, de plus en plus concurrentiel, ne lui appartient plus mais avec son alignement stellaire, le Canada entend bien remettre les choses au clair. Toutefois sans le buteur de Tampa Steven Stamkos, qui n'a pu se remettre sur pied à temps. D'abord écarté de la sélection, son coéquipier Martin Saint-Louis, ignoré en 2010 mais présent à Turin en 2006, a été rappelé en renfort. Les valises prêtes pour des vacances en famille au Vermont, Saint-Louis (38 ans) n'a pas accepté de prime abord, gardant un temps de réflexion, avant de laisser toute son amertume de côté et de se mettre à la disposition de son pays.

Opposé à la Norvège pour ses débuts dans le tournoi, on peut considérer que le Canada a obtenu un traitement de faveur. Car les Norvégiens n'y croient pas forcément. On se rappelle que, lors du tournoi olympique précédent, les Scandinaves avaient tenu le 0-0 après 20 minutes avant de s'effondrer (0-8). Le contexte olympique a toujours été douloureux pour les Scandinaves contre l'ogre canadien : 2-11 (1952), 1-8 (1984), 0-10 (1992) et donc 0-8 (2010).

En conférence de presse, le petit maestro des Rangers de New York Mats Zuccarello, qui fait profil bas comme chacun de ses coéquipiers, a même affirmé qu'une victoire de son équipe reviendrait à un succès d'une équipe africaine de relais sur la Norvège en ski nordique !

Mais n'est-ce pas là une tentative pour installer un complexe de supériorité qui pourrait piéger le Canada ? Car s'il y a un facteur qui peut jouer à l'avantage des Norvégiens, c'est l'acclimatation. Hormis Zuccarello et Henrik Ødegaard, tous n'ont pas le long voyage et le décalage horaire contre eux et ils ont l'habitude de jouer ensemble plusieurs fois dans l'année.

Alors que l'on aurait pu attendre une titularisation de Roberto Luongo devant les filets canadiens, c'est finalement Carey Price qui est testé par le staff canadien. Une vraie promotion pour un joueur dont la dernière expérience internationale date de 2007 avec les moins de 20 ans, le gardien de Montréal fut alors le meilleur à son poste et avait mené son équipe à la médaille d'or. Saura-t-il mener à bien cette quête chez les grands ?

Si Roberto Luongo, artisan du dernier titre olympique, pourra le remettre en cause au cours du tournoi, l'alter-ego norvégien demeure un point d'interrogation car Lars Haugen dispute son premier match depuis sa blessure à la hanche subie début décembre. Il peut déjà sentir le vent canadien dès les premières secondes. L'armada de Mike Babcock fait circuler le palet dans la largeur en zone offensive pour prendre ses marques, cela offre une première reprise à Jeff Carter côté droit.

ASK Morten-110430-397Les Ours polaires font néanmoins jeu égal mais ils se retrouvent de manière stupide en infériorité à cause d'un surnombre. Encore heureux que le jeu de puissance canadien soit brouillon. Et à 5 contre 5, le match reste très équilibré. Patrick Marleau s'offre une bonne reprise de volée à la 10e minute.

Sur un contre scandinave, Mathis Olimb, à gauche, centre pour Morten Ask, en excellente position plein axe mais qui ne réussit pas à armer. Certains mouvements rapides comme les assauts de M. Olimb sur son aile gauche sont d'ailleurs difficiles à gérer. L'attaquant de Frölunda offre un nouveau centre fort mais direct sur Price qui peine à le contrôler.

Si le Canada réagit par Doughty et Carter, il concède un avantage numérique à ses adversaires après que Getzlaf ait renversé Mathis Olimb. Une configuration qui ne permettra pas aux Norvégiens de créer la surprise en prenant les devants.

Que ceux-ci ne soient pas trop gourmands, le Canada ne peut atteindre son objectif initial : éviter de s'enliser dans le 0-0 après une période.

Le Canada se décide à hausser le ton dans le deuxième tiers. Avec le banc lointain, les quatre premières minutes sont un calvaire pour les Norvégiens.

Le duo Crosby-Kunitz, Benn et Nash sont particulièrement en vue et c'est tout logiquement que la sanction tombe. Shea Weber est à la ligne bleue et adresse un tir puissant qui passe au-dessus de la plaque de Haugen (1-0, 26'20"). Peu de temps après, Kunitz, délaissé en attaque dans la confusion norvégienne, obtient la rondelle à la ligne de but et tente de la marquer de manière musclée, le portier du Dinamo Minsk ne se laisse pas impressionner.

Pourtant, le Canada continue de canarder, notamment par Bergeron (plusieurs fois), Hamhuis et Getzlaf. À la 31e, sur un tir lointain de Doughty, Toews dévie légèrement mais c'est un poteau sortant qui sauve Haugen. Le jeu est extrêmement haché car la Norvège a beaucoup de difficulté à sortir la tête de l'eau dans cette deuxième période.

L'inéluctable arrive. Sur une séquence rapide, Patrice Bergeron, à droite, délivre une transversale à Jamie Benn qui frappe petit côté, la rondelle frôle le poteau gauche mais rentre une deuxième fois dans les filets norvégiens (2-0, 35'19"). Sharp retenant Zuccarello, le Canada se retrouve en infériorité mais n'éprouve aucune difficulté à se sortir de cette pénalité. Il se crée une dernière occasion franche avant la seconde pause : Carter, à gauche, tente de frapper, se fait contrer et remet à droite à Crosby, Haugen bloque la star de Pittsburgh.

THORESEN Patrick-100513-232Sanctionné tardivement dans le second tiers-temps, le Canada doit se débarrasser d'un jeu de puissance d'entrée dans le troisième. L'opportunité pour la Norvège de se remettre dans le sens de la marche.

Carey Price réceptionne mal le palet sur une sortie derrière son but, surgit la fusée Mathis Olimb qui lui subtilise, ressort corner droit, se retourne et frappe, Patrick Thoresen dévie légèrement, le palet passe alors dans un trou de souris, sous la manche du Montréalais (2-1, 40'22"). Ce but de Thoresen est historique car la Norvège n'en avait plus inscrit aux Canadiens aux Jeux olympiques depuis Sarajevo 1984.

Après un second tiers difficile, les Norvégiens entament le troisième avec plein d'espoir, surtout après ce but rapide. Seulement voilà, la réaction des étoiles nord-américaines sera immédiate. La minute suivante, Ryan Getzlaf, le long de la bande, sert à la ligne bleue Drew Doughty qui s'avance, élimine l'opposition de Skrøder et tire du revers, lucarne gauche, la réalisation du défenseur de Los Angeles est un régal pour les yeux (3-1, 41'47").

L'affaire se complique pour les hommes de Roy Johansen qui doivent désormais fonctionner sans l'arrière Mats Trygg, blessé et gêné pour rejoindre son banc après avoir été percuté par... un arbitre. Lars Haugen continue de voir beaucoup d'action. Il parvient à capter de la mitaine les essais de Hamhuis et Pietrangelo, repousse un double tir de Marleau qui meurt dans le petit filet. À la 50e, il reste imperturbable devant Rick Nash qui s'était arraché entre la tenaille Bonsaksen - Thoresen.

Mais la Norvège continue d'y croire. Une minute plus tard, elle s'offre une bonne séquence à laquelle participe Rosseli Olsen, qui frappe côté gauche, se démène en zone offensive, Tollefsen est servi et frappe à son tour, Price s'interpose du gant. Les Scandinaves sont héroïques lors d'un dernier jeu de puissance canadien, ils continuent à mettre beaucoup d'énergie et bénéficient même d'une dernière supériorité numérique à 1'39" de la fin. Malheureusement, ils peinent à s'installer face à une défense canadienne toujours aussi propre, une seule véritable occasion verra le jour : une dernière reprise de volée de Tollefsen, c'est de nouveau la mitaine de Price.

Le Canada assure l'essentiel pour sa première rencontre, peut-être encore en manque d'automatismes mais ne faisant aucune faute grossière et auteur tout de même de bonnes séquences offensives. Malgré une panne en seconde période, la Norvège, pleine d'obstination et d'énergie, s'en sort avec un score flatteur grâce au retour convaincant de Lars Haugen devant la cage, et présente dans les duels physiquement où Tollefsen a agi comme métronome avec de nombreuses mises en échec très appuyées. Un nouveau défi s'offrira pour la Norvège avec un deuxième duel intense en deux jours face à la Finlande de Teemu Selänne.

Commentaires d'après-match

Sidney Crosby (attaquant du Canada) : "C'était notre premier match ensemble. Pourtant, je pense que nous nous sommes créés de nombreuses occasions dans les deux dernières périodes. Dès lors que nous avons mis du rythme, ils ont éprouvé des difficultés. La première période, c'était vraiment pour tâter le terrain."

Mats Zuccarello (attaquant de la Norvège) : "Nous avons travaillé dur même si nous avons perdu le fil en seconde période. Nous avons alors un peu bâclé notre jeu et nous aurions dû jouer simple, comme en première. Cela dit, nous perdons 3-1 contre la meilleure équipe du monde. Je pense que nous avons fait un bon match."


Canada - Norvège 3-1 (0-0, 2-0, 1-1)
Jeudi 13 février 2014 à 21h00 au Palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 10261 spectateurs.
Arbitrage de Mike Leggo (USA) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Andy McElman (USA) et Chris Woodworth (USA).
Pénalités : Canada 10' (2', 4', 4'), Norvège 6' (2', 0', 4').
Tirs : Canada 38 (9, 14, 15), Norvège 20 (8, 2, 10).

Évolution du score :
1-0 à 26'20" : Weber assisté de Keith et Bergeron
2-0 à 35'19" : Benn assisté de Bergeron et Doughty
2-1 à 40'22" : Thoresen assisté de M. Olimb (sup. num.)
3-1 à 41'47" : Doughty assisté de Getzlaf et Marleau


Canada

Gardien : Carey Price.

Défenseurs : Duncan Keith (+1, 2') - Shea Weber (A, +1) ; Marc-Édouard Vlasic (+1) - Drew Doughty (+2) ; Jay Bouwmeester - Alex Pietrangelo ; Dan Hamhuis (+1).

Attaquants : Chris Kunitz (2') - Sidney Crosby (C, +1) - Jeff Carter ; Patrick Marleau (+1) - Ryan Getzlaf (+1, 2') - Corey Perry (+1) ; Patrick Sharp (+1, 2') - Jonathan Toews (A) - Rick Nash ; Jamie Benn (+1) - John Tavares (+1) - Patrice Bergeron (+2, 2') ; Martin Saint-Louis (+1).

Remplaçant : Roberto Luongo (G). En tribune : Mike Smith (G), Matt Duchene, P.K. Subban.

Norvège (2' pour surnombre)

Gardien : Lars Haugen.

Défenseurs : Alexander Bonsaksen (-2, 2') - Jonas Holøs (A, -2) ; Ole-Kristian Tollefsen - Mats Trygg ; Henrik Ødegaard (-1) - Henrik Solberg (-1).

Attaquants : Ken André Olimb - Patrick Thoresen - Mats Zuccarello ; Mathis Olimb - Morten Ask - Mats Rosseli Olsen ; Martin Røymark (-2) - Kristian Forsberg (-1, 2') - Per-Åge Skrøder (-1) ; Niklas Roest (-2) - Mads Hansen (-2) - Robin Dahlstrøm (-1) ; Sondre Olden - Fredrik Lystad Jacobsen.

Remplaçant : Lars Volden (G). En tribune : Steffen Søberg (G), Daniel Sørvik, Anders Bastiansen.