Suisse - Suède (Jeux olympiques 2014, groupe C)

BERRA Reto-120506-308L'hécatombe continue. Hier matin au réveil, Henrik Zetterberg est resté paralysé dans son lit : son hernie discale s'est réveillée. Ses douleurs au dos sont telles que ses Jeux olympiques sont terminés. La première place de poule, en jeu dans ce match, paraît secondaire à côté de cette nouvelle. La Suède a perdu son capitaine (remplacé dans ce rôle par Niklas Kronwall), mais aussi son second centre-vedette après Henrik Sedin. De quoi compliquer encore plus sa conquête de l'or. Berglund prend la place de Zetterberg sur la deuxième ligne et Marcus Johansson intègre l'effectif.

La Suisse a aussi effectué des changements, délibérés ceux-là. Sean Simpson opère son habituelle alternance des gardiens : malgré son blanchissage, Jonas Hiller laisse la place à Reto Berra. L'entraîneur suisse a aussi renoncé à son treizième attaquant Reto Gardner, qu'il n'avait plus utilisé sur les derniers jeux de puissance avant-hier. Il joue donc de nouveau à quatre blocs de cinq joueurs. La petite surprise est le démantèlement de la ligne révélée au printemps dernier Hollenstein-Cunti-Bodenmann : Simon Bodenmann a été remplacé par Suri, ce qui permet de former un vrai trio à vocation défensive Bieber-Trachsler-Ambühl qui sera aligné face à la deuxième ligne suédoise. Très clairement, Simpson s'adapte à l'adversaire, plus difficile.

Pour autant, les Suisses sautent tout de suite à la gorge de leur adversaire, comme ils l'avaient fait aux derniers Mondiaux. Nino Niederreiter attaque la cage dès la première action. Les Suisses patinent plus et se créent nombre d'occasions. Leur forechecking est toujours intense. Oliver Ekman-Larsson abandonne le palet en zone neutre sous la pression de Damien Brunner et offre un breakaway à Roman Wick. La cage suédoise subit de véritables déferlantes. Denis Hollenstein reçoit le palet à la ligne bleue et centre pour Reto Suri avant de prendre un rebond en cage ouverte que Lundqvist repousse in extremis de la jambière. Malheureusement, Hollenstein concède alors une pénalité, qui met donc fin à huit minutes de domination suisse.

ERICSSON Jimmie-130519-614La Suède peut ainsi se poser un peu avec le palet, même si elle manque de vivacité et d'idées pendant cette supériorité numérique. Elle se contente de chercher des déviations ou des rebonds. Elle a tout de même gagné la possession et pris le contrôle de la zone offensive. Le jeu s'est calmé, la tempête rouge ne gronde plus, ce qui est une bonne nouvelle pour Tre Kronor. Paradoxalement, ce ne sont pas les champions du monde qui ont intérêt à élever le rythme...

La Suisse n'a plus l'élan initial, mais conserve un esprit offensif. Le défenseur jurassien Julien Vauclair n'hésite pas à se joindre aux attaquants, et Jimmie Ericsson le retient pour l'empêcher d'aller chercher le rebond en compagnie de Reto Suri. La supériorité numérique helvète qui en résulte n'est pas plus convaincante que celle de la Suède.

Les tentatives rouges ont toutes échoué sur un homme, Henrik Lundqvist, remarquable de sérénité même quand sa défense chancelait grandement en début de match. Le gardien champion olympique de 2006 se permet même une tête sur un tir d'Ambühl. Dans les cages suisses, les deux gardiens n'ont toujours pas encaissé le moindre but. Reto Berra est tout heureux de voir la reprise à mi-distance de Berglund finir dans sa mitaine. La deuxième période est en effet plus favorable à la Suède, qui retrouve son jeu de possession mais se heurte le plus souvent à un mur.

La Suisse concède deux pénalités légères, un palet dégagé au-dessus des plexis par Reto Suri et une crosse dans des patins adverses de Roman Wick en zone neutre. À chaque fois, Erik Karlsson passe les deux minutes de supériorité numérique. La stratégie suédoise consiste essentiellement à le laisser envoyer des slaps puissants, mais pas toujours précis. Lorsqu'ils le sont, c'est très dangereux, et Berra détourne de justesse avec le haut du gant. Karlsson s'appuie également sur les lancers du gaucher Alexander Steen à droite et du droitier Daniel Alfredsson à gauche : ce dernier frappe l'extérieur du poteau.

SURI Reto-130519-665Chaque équipe aura eu son tiers-temps, mais aucune n'aura réussi à marquer.

Les avantages numériques ne sont toujours pas la clé en troisième période. Jonathan Ericsson commet une obstruction en zone neutre sur Mathias Bieber, et la déviation de Kévin Romy échoue sur Lundqvist. Et lorsque Yannick Weber retient Daniel Sedin, c'est Berglund qui dévie un tir de la bleue de Karlsson, bloqué par la jambière de Berra.

Cette partie équilibrée bascule dans les huit dernières minutes. Juste après une bonne séquence suisse (tir de Romy détourné par Lundqvist et tour de cage de Wick), la Suède débloque le compteur sur une contre-attaque anodine. Le tir excentré d'Erik Karlsson est sans danger, surtout que Diaz bloque bien Steen pour éviter qu'il vienne gêner le gardien, mais Reto Berra contrôle mal ce palet dans son giron et le relâche face à une cage vide, comme une offrande pour le vétéran Daniel Alfredsson (1-0).

Sur une contre-attaque brillamment lancée par une passe aveugle de Niederreiter en zone neutre, Plüss coupe à bout portant un centre de Moser, mais l'arbitre siffle trop tôt alors que Lundqvist n'a pas gelé le palet, récupéré dans son dos par un défenseur. Le défenseur Roman Josi passe aussi à l'attaque et dribble un adversaire, mais son revers est détourné par le gardien des Rangers de New York. Sean Simpson sort son gardien en fin de match mais ses joueurs gèrent mal cette séquence - palet perdu par Brunner en zone neutre - et ne s'installent jamais.

La Suède est donc première de poule et assurée d'aller en quart de finale, mais elle n'est pas rassurée pour autant. Après avoir perdu ses deux centres majeurs, elle a paru en panne totale de créativité. Tout repose sur Niklas Bäckström, mais hormis un geste génial isolé (passe entre les jambes), il a semblé chercher des solutions sans jamais les trouver. En l'absence de Henrik Sedin, et comme on le craignait, Daniel Sedin et Loui Eriksson perdent ainsi l'essentiel de leur valeur, et la première ligne n'a donc plus du tout le niveau des derniers championnats du monde.

HOLLENSTEIN Denis-130519-588La Suède est donc restée tout le match dans le périmètre. Elle s'est appuyée avant tout sur le patinage et les lancers d'Erik Karlsson, défenseur et quasiment meneur de jeu avec la "disparition" des centres. Le jeu de possession traditionnel de Tre Kronor ne fonctionne plus quand il n'y a plus de maestro pour le mener à la baguette. Il va certainement lui falloir trouver d'autres armes, notamment dans ses joueurs d'énergie, pour attaquer plus la cage. Henrik Lundqvist ne pourra (peut-être) pas réaliser un blanchissage à chaque match...

Si personne ne s'est approché de sa cage, c'est aussi parce que la Suisse a été très compacte dans son enclave : elle a su couper les lignes de passes et bloquer les tirs, réussissant une prestation défensive sans faille. Dommage d'avoir perdu sur une grosse boulette du gardien... Les Suisses ont aussi pâti de n'avoir pas concrétisé en début de match, quand ils ont bousculé les arrières suédois avec leur jeu à haute intensité. Ensuite, ils ont concentré leur énergie sur la défense pendant que la Suède prenait le contrôle du palet. En tout cas, les hommes de Sean Simpson sont au rendez-vous et il faudra compter sur eux dans ce tournoi olympique.

Commentaires d'après-match

Denis Hollenstein (attaquant de la Suisse) : "Si tu veux gagner de telles rencontres, tu dois tout bonnement marquer des buts. Nous avons eu beaucoup d'occasions que nous aurions dû concrétiser. Ensuite, nous avons moins patiné, le forechecking n'était plus si bon et nous avons commis trop de légeretés avec le palet."

Henrik Lundqvist (gardien de la Suède) : "J'étais un peu surpris de leur niveau, et de leurs grands progrès en quelques années. Ils jouent un jeu intense, intelligent, à haut tempo. Dans les deux dernières périodes, nous avons été vraiment forts. Nous avons beaucoup plus contrôlé le jeu. C'était une victoire importante, un match plaisant."

 

Suède - Suisse 1-0 (0-0, 0-0, 1-0)
Vendredi 14 février 2014 à 16h30 à la Shaïba Arena de Sotchi. 7968 spectateurs.
Arbitrage de Mike Leggo (USA) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Greg Devorski (CAN) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Suède 4' (2', 0', 2'), Suisse 8' (2', 4', 2').
Tirs : Suède 31 (5, 17, 9), Suisse 26 (13, 7, 6).

Évolution du score :
1-0 à 52'39" : Alfredsson assisté de Karlsson et Berglund


Suède

Gardien : Henrik Lundqvist.

Défenseurs : Oliver Ekman-Larsson (+1) - Erik Karlsson (+1) ; Niklas Kronwall (C) - Jonathan Ericsson (2') ; Niklas Hjarlmarsson - Johnny Oduya ; Henrik Tallinder.

Attaquants : Daniel Sedin - Nicklas Bäckström - Loui Eriksson ; Alexander Steen (+1) - Patrik Berglund (C, +1) - Gabriel Landeskog (A) ; Gustav Nyquist - Marcus Johansson - Daniel Alfredsson (A, +1) ; Carl Hagelin - Marcus Krüger - Jimmie Ericsson (2') ; Jakob Silfverberg (+1).

Remplaçant : Jonas Gustavsson (G). En réserve : Jhonas Enroth (G), Alexander Edler (suspendu), Henrik Zetterberg (hernie discale).

Suisse

Gardien : Reto Berra.

Défenseurs : Julien Vauclair - Mathias Seger (C) ; Roman Josi - Yannick Weber (2') ; Mark Streit (A, -1) - Raphael Diaz (-1) ; Patrick von Gunten - Severin Blindenbacher.

Attaquants : Simon Moser - Martin Plüss (A) - Nino Niederreiter ; Matthias Bieber - Morris Trachsler - Andres Ambühl ; Roman Wick (-1, 2') - Kevin Romy (-1) - Damien Brunner (-1) ; Denis Hollenstein (2') - Luca Cunti - Reto Suri (2').

Remplaçant : Jonas Hiller (G). En réserve : Tobias Stephan (G), Simon Bodenmann, Ryan Gardner.