Suisse - République Tchèque (Jeux olympiques 2014, groupe C)

Pas un cadeau d'anniversaire !

JAGR Jaromir-100509-001C'est normalement l'évènement de la journée : Jaromír Jágr fête ses 42 ans, en plein tournoi olympique ! Rappelons qu'il n'a pas exclu de fêter ses 46 ans en Corée du sud aux prochains JO... Le cadeau d'anniversaire est cependant difficile à digérer : une coriace équipe suisse.

Lorsque la Suisse avait battu les Tchèques à leur dernière confrontation olympique, c'était un exploit. Mais auhourd'hui, cela tiendrait presque de la normalité. Les hommes de Sean Simpson ont défait deux fois ceux de Hadamczik aux derniers championnats du monde, et s'il y a bien un adversaire qu'ils ne craignent guère, c'est bien celui-là.

Il y a encore pas du changement dans l'effectif tchèque, principalement pour raisons de santé. Le jeune défenseur Radko Gudas, rétabli, fait ses débuts, aux dépens de Rozsíval, mais c'est maintenant Patrik Eliáš qui est sous antibiotiques. Petr Nedvěd est de ce fait replacé au centre, et le novice Palát a de nouveau sa chance à l'aile.

Sean Simpson reprend la configuration du premier match contre la Lettonie (avec sept défenseurs et Gardner en treizième attaquant), mais il innove en brisant la meilleure ligne du Mondial 2012 (Wick-Romy-Brunner) et sa meilleure ligne du Mondial 2013 (Hollenstein-Cunti-Bodenmann). Il intervertit en effet les deux centres, sans doute afin de retrouver un meilleur Kevin Romy qui ne trouvait plus la bonne alchimie avec ses ailiers. Les petites passes rapides en zone offensive indiquent que les nouvelles combinaisons semblent bien se trouver dès les premières minutes.

Il faut dire que la domination suisse en début de match est totale. Les Tchèques sont battus dans la conquête du palet et le perdent aussitpit qu'ils le récupèrent, à l'instar de Hemsky qui se fait voler le palet dans sa zone par Cunti. Cela rappelle le championnat du monde où la Suisse étouffait pareillement les adversaires d'entrée. Mais la différence, c'est qu'elle parvenait alors à marquer rapidement le premier but. Dans ce tournoi olympique, elle paraît incapable de prendre de bons tirs. Ses lancers ne font que briller Pavelec. Et la supériorité numérique qui aurait pu permettre d'aboutir est vendangée, avec une passe interceptée de Wick.

BODENMANN Simon-130518-325Après ces dix minutes inefficaces, la Suisse va-t-elle de nouveau décliner inexorablement ? On assiste soudain à de grosses séquences offensives tchèques durant lesquelles Jonas Hiller laise beaucoup de gros rebonds. Jaromír Jágr est d'abord contré par le retour de Roman Josi au moment où il arme son revers, puis le numéro 68 est frustré par le poteau. Et curieusement, c'est au moment où la Suisse ne domine plus du tout... qu'elle marque. Kévin Romy conserve le palet derrière le cage face à Smid, puis Denis Hollenstein le donne en retrait à Simon Bodenmann qui bat Pavelec côté mitaine (1-0).

Menés au score en toute logique, Les Tchèques devraient pourtant valoir mieux que ça. Ils ont des joueurs créatifs. Par exemple David Krejčí, le double meilleur marqueur des play-offs NHL. Voyant que Hiller est avancé, le centre des Bruins de Boston décale parfaitement Milan Michálek dans le cercle droit avec une cage grande ouverte, mais l'attaquant d'Ottawa tire du côté extérieur du poteau.

La Suisse doit tuer deux pénalités en début de deuxième période. Diaz a été pénalisé à cinq secondes de la pause, et Blindenbacher retient Jagr. Elle n'est jamais vraiment inquiétés en infériorité numérique, formant un bloc solide. Nedved trouve une bonne ligne de passe, mais Zidlicky n'arrive pas à la réceptionner.

La bande à Sean Simpson a maintenant beau jeu à se replier face à un adversaire vraiment peu inspiré. L'intensité n'est clairement pas la même que pour le match précédent entre Russes et Américains, et c'est maintenant aux Tchèques d'essayer d'emballer la partie.

Or, ils n'arrivent toujours pas à marquer le moindre but, et ce n'est pas vraiment que Jonas Hiller paraisse imbattable. En début de troisième tiers-temps, il est d'ailleurs battu côté mitaine par un lancer lointain de Tomáš Plekanec, mais c'est sa transversale qui le sauve. La chance n'est pas tchèque.

MOSER Simon-130518-306Pas en danger, la Suisse se permet même de concéder des pénalités. Pendant que Streit est en prison, Hiller effectue deux arrêts des jambières sur la percée de Jakub Voráček et sur un lancer de la bleue de Tomáš Kaberle. Pendant la punition de Wick, il pare de la mitaine un tir de Plekanec. La Suisse en est maintenant à 10 sur 10 en infériorité numérique depuis le début de la compétition.

Plus les minutes passent, et plus la situation semble sous contrôle helvète. Les joueurs-clés tchèques, comme Jágr et Krejčí, perdent même quelques palets face à des adversaires clairement plus incisifs. Les occasions les plus plus dangereuses sont celles de la ligne Moser-Plüss-Niederreiter.

Pavelec demande à sortir à l'avant-dernière minute, puis Alois Hadamczik demande son temps mort. On remarque même que l'arrière débutant Radko Gudas est chargé de mettre son gabarit dans le slot au milieu des attaquants - théoriquement - d'élite. Mais rien n'y fait.

À aucun moment dans ce match, les Tchèques n'ont trouvé la solution. À aucun moment, ils n'ont semblé y croire tout à fait. La victoire suisse a paru la plus naturelle du monde, presque sans forcer. Ce n'est évidemment qu'une impression, pas une réalité. Il faut souligner le dévouement défensif totale d'une équipe bien regroupée qui n'a eu de cesse de bloquer et contrer les tirs adverses pour frustrer l'adversaire.

1-0, 0-1, 1-0 : les résultats de la Suisse dans cette poule sont quand même uniques dans l'histoire du hockey sur glace ! Ils témoignent autant de l'efficacité de son système défensif que de l'inefficacité de ses lancers. Elle terminera probablement moins bon deuxième, et jouera donc contre l'avant-dernier de la phase de poules (qui a de bonnes chances d'être la Slovaquie) avant de retrouver sans doute les États-Unis en quart de finale.

Les Tchèques, eux, termineront meilleurs troisièmes, et pourraient bien retrouver les mêmes adversaires qu'en poule. Ils afffronteraient dans ce cas le "meilleur dernier", jusqu'ici la Lettonie qu'ils ont déjà battue, et croiser ensuite la route du deuxième au classement général, qui sera la Suède si Canada-Finlande ne va pas en prolongation demain.

Bref, le perdant paraît bien mieux loti que le gagnant ! Presque de quoi douter de la réelle motivation des Tchèques dans ce match... Bon, si Hadamczik avait fait exprès de perdre, on peut se dire qu'il n'aurait pas autant utilisé ses éléments moteurs (Židlický, Plekanec, Jágr et Krejčí). Mais beaucoup peuvent se casser les dents sur ce coffre-fort suisse...

Commentaires d'après-match

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "Je pense que nous avons vu un grand match des deux côtés. Les joueurs ont donné leur effort maximal, nous avons bien combiné, malheureusement il manquait la finition. En continuant, et si la chance se penche aussi sur nous, je crois que les buts vont venir. Pour moi, il est assez frappant que la Suisse n'ait encaissé qu'un but ici en trois rencontres. En quarts des derniers championnats du monde, nous avions perdu 1-2. [...] À la fin, nous voulions marquer, nous avons un peu modifié nos lignes offensives. Nous avons donné Ondrej Palat à Krejčí, cette fois il a très bien joué. Radek Gudas était malade cette semaine, c'était son premier match en équipe nationale. Il s'en est bien sorti."

 

Suisse - République Tchèque 1-0 (1-0, 0-0, 0-0)
Samedi 15 février 2014 à 21h00 à la Shaïba Arena de Sotchi. 10253 spectateurs.
Arbitrage de Daniel Piechaczek (ALL) et Kevin Pollock (CAN) assistés de Brad Kovachik (CAN) et Chris Woodworth (USA).
Pénalités : Suisse 10' (2', 4', 4'), République Tchèque 6' (2', 2', 2').
Tirs : Suisse 26 (12, 6, 8), République Tchèque 26 (8, 10, 8).

Évolution du score :
1-0 à 14'10" : Bodenmann assisté de Hollenstein et Romy


Suisse

Gardien : Jonas Hiller.

Défenseurs : Mark Streit (A, 2') - Raphael Diaz (2') ; Julien Vauclair (+1) - Mathias Seger (C, +1) ; Roman Josi - Yannick Weber ; Severin Blindenbacher (2').

Attaquants : Simon Moser - Martin Plüss (A) - Nino Niederreiter (2') ; Roman Wick (2') - Luca Cunti - Damien Brunner (-1) ; Matthias Bieber - Morris Trachsler - Andres Ambühl ; Denis Hollenstein (+1) - Kevin Romy (+1) - Simon Bodenmann (+1) ; Ryan Gardner.

Remplaçant : Reto Berra (G). En réserve : Tobias Stephan (G), Patrick von Gunten, Reto Suri.

République Tchèque

Gardien : Ondřej Pavelec [sorti à 59'11"].

Défenseurs : Ladislav Šmíd (-1, 2') - Marek Židlický (A, -1) ; Tomáš Kaberle - Radko Gudas (4') ; Michal Barinka - Zbynek Michálek.

Attaquants : Roman Cervenka - Tomáš Plekanec (C) - Jaromír Jágr (A) ; Milan Michálek (-1) - David Krejčí (-1) - Aleš Hemský (-1) ; Martin Erat - Martin Hanzal - Jakub Vorácek ; Ondrej Palát - Petr Nedved - Michael Frolík.

Remplaçants : Alexander Salák (G), Michal Rozsíval, Jirí Novotný. En réserve : Jakub Kovár (G), Patrik Eliáš (malade), Lukáš Krajícek.