Russie - Slovaquie (Jeux olympiques 2014, groupe A)

LACO Jan-120515-284Vingt-quatre heures après un spectacle exceptionnel contre les États-Unis conclu par une séance de tirs au but d'anthologie, la Russie retrouve la glace électrique du Bolchoï.

Néanmoins, côté russe, on a surtout retenu ce fameux but refusé de Fyodor Tyutin. Un fait de jeu devenu débat national où beaucoup ont crié à l'injustice dont l'ailier Aleksandr Ovechkin ou le président de la KHL Aleksandr Medvedev pour ne citer qu'eux.

Il aura fallu un communiqué de la fédération internationale et surtout l'intervention du président de la fédération russe Vladislav Tretiak pour éteindre l'incendie. Non, le but n'était pas valable puisque la cage était déplacée avant la possession russe et que le palet ne franchisse la ligne. Tous les Russes scandalisés par la décision du corps arbitral savent désormais qu'il peuvent se référer à l'article 471A / alinéa 5 du règlement IIHF pour soulager leur peine ! La défaite est indigeste, certes, mais réelle. Et il serait totalement inconcevable d'en connaître une autre. Plongés dans cette ambiance frémissante, les Slovaques auront-ils le mental pour résister ?

En Slovaquie souffle un air de scepticisme, et on ne donne pas cher de ses protégés face aux stars russes. Les ardents défenseurs de l'oublié "Miro" Šatan ne se sont pas priés pour se faire entendre, et le rêve olympique s'est évaporé après les deux déconvenues subies dans ce début de tournoi. La leçon américaine (1-7) et le premier succès aux J.O. de la petite Slovénie (1-3) ont effectivement mis clairement en lumière un manque de leadership. Peu d'implication dans les duels, mauvaise couverture des espaces et manque d'animation en attaque, la confrontation face à l'ogre russe excite autant qu'elle effraie.

Le sélectionneur Vladimír Vůjtek a réclamé du temps, mais il n'en a plus à consacrer à Jaroslav Halák, qui a pris les deux premiers départs mais est mis sur le banc. C'est en fait un coup de poker qui fait opposition au retour de Semyon Varlamov devant la cage russe. Est titularisé Ján Laco, troisième gardien de la Slovaquie sur le papier et portier du Donbass Donetsk, qui était lui sur le banc lors du dernier exploit de Rouen en Coupe Continentale. Comme principal fait d'armes, Laco fut absolument remarquable lors du Mondial 2012, son premier, élu meilleur gardien malgré une lourde déconvenue (6-2, sorti après le 5e) en finale contre... la Russie de Malkin, Datsyuk, Ovechkin et Cie. Vous sentez ? Ce parfum de revanche ?

VARLAMOV Semyon-120520-390Les Slovaques bénéficient du premier jeu de puissance, Emelin faisant obstruction sur Laco devant un tir de Syomin, et y obtiennent la première occasion franche. À gauche, Milan Bartovič lance, Tomáš Surový prend le rebond et passe à Michel Miklík qui tire du revers, Varlamov intervient de la jambière droite.

À la 6e minute, deux opportunités se profilent. D'un côté, on retrouve Miklík pour une reprise devant le but et de l'autre, une tentative d'Anisimov couloir gauche qui atterrit dans la mitaine de Laco.

La Slovaquie affiche dès le début beaucoup d'implication dans son camp. Un 2 contre 1 Kovalchuk / Radulov est d'ailleurs avorté à la 9e minute. Quant au dernier rempart Ján Laco, il veut croire en sa revanche, repoussant un essai ras glace de Malkin.

La Russie veut tout de même mettre de la folie dans ce match. À la 15e minute, Aleksandr Radulov réussit à vive allure une pénétration en zone impressionnante couloir gauche, son centre ne peut malheureusement être réceptionné par Ilya Kovalchuk. Quatre minutes plus tard, Radulov est l'auteur d'une nouvelle belle action personnelle, récupérant le palet derrière la cage et tirant en pivot. La pression est russe en cette fin de tiers-temps mais la Slovaquie ne panique pas et assure le 0-0.

La deuxième période débute avec une séquence magnifique de la Russie : longue passe de sa zone d'Andreï Markov, une-deux Malkin / Ovechkin en zone neutre, Malkin entre en zone offensive à droite, envoie fort devant le but, la parade est tout aussi remarquable de Ján Laco pour stopper la machine Ovechkin.

À la 24e minute, la Slovaquie se fera à son tour dangereuse, Marián Hossa, après un contre rapide, tentant de viser entre les jambières. À 5 contre 4, le danger redevient russe après que Laco a fait faute sur Tereshchenko derrière ses filets. Un tir en finesse de Kovalchuk dans le gant du portier slave, Malkin qui gratte devant l'enclave, une reprise flottante de Markov capté en plusieurs temps par Laco, la Russie reste muette.

MIKLIK Michel-120515-276Le mur russe ne cède pas non plus sur un essai de Tomáš Jurčo. On le croit toutefois fissuré lorsque Kovalchuk, après un choc avec Jurčina, se relève en boitant. La vedette du SKA Saint-Pétersbourg reviendra cependant au troisième tiers. En infériorité à la 33e minute, la Russie reste intraitable malgré Tomáš Surový, qui est à un cheveu de placer un tir sous la barre.

Si la fin de cette période, comme la précédente, montre une Russie conquérante avec notamment un lancer-balayé puissant de Malkin, cela n'empêche une dernière occasion slovaque : Bartovič prend de vitesse tout le monde couloir gauche, y compris Markov, mais l'essai est arrêté par Varlamov. Le géant Chára assénant un violent coup d'épaule à Tarasenko à 15 secondes de la seconde pause, la Russie démarre le dernier tiers-temps avec un jeu de puissance.

Une seule action retient l'attention : Datsyuk opte de nouveau pour le déménageur Malkin devant l'enclave qui frappe en pivot sous le nez de Laco, ce dernier met son bras en opposition, le palet, dans les airs, est mis hors de danger.

À la 43e minute, ce sont deux échappées en solitaire qui affolent les spectateurs lors d'une même séquence. D'un côté, Branko Radivojevič parvient à glisser le puck entre les jambes de Varlamov mais il continue sa course à quelques centimètres du poteau. De l'autre, Aleksandr Popov ne parvient pas à déjouer Laco, bien placé. Et lorsque ce n'est pas le portier de Donetsk, c'est la barre transversale qui s'oppose aux Russes. À 5 contre 4, il manque donc un rien au tir lointain mais puissant de Medvedev, légèrement dévié par les crosses de Syomin et Radulov.

La Slovaquie obtient par la suite un 2 contre 1 avec Surový, à gauche, dont le centre ne peut-être exploité par Miklík. Ce sera là une des dernières incursions en attaque des Slovaques, la Russie souhaitant plus que tout forcer la décision. Une bonne diagonale de Popov aurait pu sourire à Tereshchenko si la botte de Laco ne s'était pas collée sur la glace. Ovechkin prend de la vitesse plein champ, feinte et tir mais manque de force sur le dernier geste.

OVECHKIN Alexander-110513-389Deux nouvelles fautes de la Slovaquie dans les dix dernières minutes la pousse dans une situation très inconfortable, les dangers se multiplient. Avec un lancer-balayé, Malkin tape le poteau opposé. Par davantage de mouvements, Radulov et Datsyuk manquent un angle qui leur était favorable.

Ján Laco est irrésistible devant des reprises de volée de Voinov et Syomin. Il lit parfaitement le jeu lors d'une transversale d'Ovechkin pour un tir à l'opposé de Malkin. Il capte sereinement du gant une dernière tentative de la boule de nerf de Washington. Ainsi, en préservant son invincibilité, il offre à la Slovaquie une prolongation... et des retrouvailles face aux Tchèques en phase éliminatoire.

C'est évidemment Aleksandr Ovechkin qui ouvre le bal. Il fonce sur son aile gauche, élimine Baranka, livre un premier tir géré par Laco, le second est contré par Meszároš alors que le but s'était complètement ouvert. Par la suite, c'est Baranka qui contre Kovalchuk après un lancer initial de Medvedev, la Slovaquie est héroïque. Elle force finalement la Russie à une deuxième séance de tirs au but en 24 heures.

Mais pas question qu'elle s'éternise cette fois-ci. Un essai non cadré de Michal Handzuš et une multitude de dribbles de Tomáš Tatar compromettent les chances des Slovaques alors que Aleksandr Radulov et Ilya Kovalchuk dégainent chacun un superbe tir du revers face à Ján Laco.

Laco ne peut éviter la défaite mais on est tenté de penser que sa revanche, il l'a eue ce soir, privant la Russie d'une qualification directe. Aussi pour avoir porté les espoirs de son équipe du début à la fin, pour l'avoir poussée dans le droit chemin, pour l'avoir forcée à une attention de tous les instants. Les hommes de Vůjtek ont été irréprochables en défensive, contrôlant la plupart du temps le fort potentiel d'accélération de la Russie, au détriment certes de l'animation offensive.

Les blessures de Tomáš Marčinko et Tomáš Kopecký et donc le manque de solutions au centre ont fragilisé le secteur des engagements (22 gagnés, 42 pour la Russie), limitant la marge de manœuvre quand il s'agit de faire du jeu. La Russie gagne 2 points mais surtout un match en plus, en dépit du point pris contre les États-Unis qui lui promettait une qualification directe pour les quarts. Malgré un nouveau match intense, rien ne lui a souri aujourd'hui face à un gardien en état de grâce. L'immense potentiel est pourtant là, prêt à jaillir. La Norvège est prévenue. Les Tchèques savent également que le petit frère est de retour.

Commentaire d'après-match

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : "C'est décevant de ne pas avoir gagné dans le temps réglementaire. Nous avons eu des opportunités mais peu importe combien de matches nous avons à jouer dans ce tournoi olympique."

Semyon Varlamov (gardien de la Russie) : "Le plus important pour moi, et pour toute l'équipe, c'était de gagner. Je pense que l'équipe a bien joué. Nous avons eu énormément d'occasions franches mais nous n'avons simplement pas pu les capitaliser."

Andrej Meszároš (défenseur de la Slovaquie) : "Nous nous étions mis d'accord pour jouer entièrement les 60 minutes et afficher une solide défense. Ce que nous aurions dû faire les deux matches précédents. Notre gardien a été incroyable, comme le leur d'ailleurs. Je regrette simplement que nous n'ayons pas joué comme cela contre les États-Unis et la Slovénie."


Russie - Slovaquie 0-0 (0-0, 0-0, 0-0, 0-0) / 2-0 aux tirs au but
Dimanche 16 février 2014 à 16h30 au Palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 11097 spectateurs.
Arbitrage de Lars Brueggemann (ALL) et Kelly Sutherland (CAN) assistés de Chris Carlson (CAN) et Andy McElman (USA).
Pénalités : Russie 4' (2', 2', 0', 0'), Slovaquie 10' (0', 4', 6', 0').
Tirs : Russie 36 (5, 11, 15, 5), Slovaquie 27 (9, 13, 2, 3).

Tirs au but :
Russie : Radulov (réussi), Kovalchuk (réussi).
Slovaquie : Handzuš (arrêté), Tatar (arrêté).


Russie

Gardien : Semyon Varlamov.

Défenseurs : Andrei Markov - Vyacheslav Voïnov ; Anatoli Emelin (4') - Evgeni Medvedev ; Fyodor Tyutin - Ilya Nikulin ; Nikita Nikitin - Anton Belov.

Attaquants : Ilya Kovalchuk - Pavel Datysuk (C) - Aleksandr Radulov ; Aleksandr Ovechkin (A) - Evgeni Malkin - Aleksandr Syomin ; Nikolaï Kulemin - Artyom Anisimov - Vladimir Tarasenko ; Aleksandr Popov - Aleksei Tereshchenko - Valeri Nichushkin.

Remplaçant : Sergei Bobrovsky (G). En tribune : Aleksandr Eryomenko (G), Viktor Tikhonov, Aleksandr Svitov.

Slovaquie

Gardien : Ján Laco (2').

Défenseurs : Zdeno Chára (C, 2') - Tomáš Starosta ; Ivan Baranka - Andrej Meszároš (2') ; Andrej Sekera - Martin Marincin ; Rene Vydarený - Milan Jurčina.

Attaquants : Tomáš Tatar - Michal Handzuš (A) - Marián Hossa (A, 2') ; Tomáš Zaborský - Peter Ölvecký - Tomáš Jurčo ; Milan Bartovič - Tomáš Surový - Michel Miklík (2') ; Marcel Hossa - Branko Radivojevič - Richard Pánik.

Remplaçant : Jaroslav Halák (G). En tribune : Peter Budaj (G), Tomáš Marčinko (ligaments), Tomáš Kopecký (commotion).