Finlande - Canada (Jeux olympiques 2014, groupe B)

L'enjeu de ce dernier match du premier tour n'a pas besoin de longue explication : le gagnant aura un quart de finale "facile" contre le vainqueur d'Autriche-Slovénie, tandis que le perdant croisera sur sa route la Russie chez elle. En cas de prolongation, la Suède récolte la première place générale et tout se complique...

IMMONEN Jarkko-120504-452

Déjà privée de Mikko Koivu et Valteri Filppula sur blessure, la Finlande a perdu son centre numéro 1 de remplacement, le jeune Aleksander Barkov, qui s'est tordu le genou. Heureusement que ce pays a de la profondeur à ce poste, même si elle commence à être testée à la limite. Jarkko Immonen prend place sur la première ligne à la faveur de son alchimie prouvée avec Mikael Granlund lors de la conquête du titre mondial 2012.

Si la Finlande n'a plus beaucoup de recours, le Canada a encore un immense éventail de solutions. Les débats sont donc nombreux, d'autant que Mike Babcock a refait ses lignes. Constatant les problèmes de sa première ligne, il en a retiré Chris Kunitz - sélectionné essentiellement pour sa complémentarité avec Crosby - tout en le gardant dans l'effectif. Sidney Crosby récolte les anciens partenaires d'un Tavares, Jamie Benn et Patrice Bergeron, dont la ligne fonctionnait très bien. Aucun trio n'aura donc fait toute la phase de poules ensemble : Babcock cherche donc encore sa formule magique.

Dans les cages, aucun des deux pays n'a encore opéré de choix définitif. Carey Price a la préférence pour le Canada. Son vis-à-vis Tuukka Rask joue sa place de titulaire sur ce gros match après ses quatre buts encaissés contre l'Autriche.

La partie est engagée, avec une première grosse mise en échec signée... Sidney Crosby. Le match est équilibré, et la différence peut se faire sur la profondeur. La quatrième ligne canadienne autour de John Tavares signe la première présence dominante en maintenant la quatrième ligne finlandaise dans sa zone. Alex Pietrangelo, dans le coin de la zone offensive, lance à la cage, et Tuukka Rask perd de vue ce palet qui a en fait atterri sur le dessus des filets. Rick Nash l'a vu et frappe de sa crosse sur la glace pour faire tomber cette rondelle dans le dos du gardien. Un but pour le moins étrange, revu à la vidéo. Que dit le règlement ? Une chose très simple : la crosse de Nash était évidemment trop haute, puisqu'au-dessus de la cage, et le but est donc invalidé.

DOUGHTY Drew-090507-193Le Canada hausse le ton physiquement avec de grosses charges de Weber et Doughty, mais aussi le forechecking de Marleau et Carter. Sidney Crosby gagne une mise au jeu en zone offensive et subit une obstruction de Jarkko Immonen alors que son équipe s'est installée pour faire circuler le palet. Pas du goût du capitaine finlandais Teemu Selänne qui a un échange de vues tendu avec son homologue canadien Crosby, certainement parce qu'il l'accuse de simulation. En tout cas, le jeu de puissance canadien fait tout de suite mouche, par un tir de Drew Doughty dans le cercle gauche (0-1, 13'44").

Ce but côté plaque, Tuukka Rask n'aurait normalement pas dû le prendre... Le gardien de Boston se rattrape un peu plus tard, en compensant la boulette de Mikael Granlund qui perd le palet en zone défensive. Patrick Sharp fonce à la cage et passe en retrait avec altruisme pour Chris Kunitz qui tire à deux mètres de la cage... pour un fantastique arrêt-mitaine de Rask !

En fin de tiers, Jonathan Toews voit que Rask s'est coincé du mauvais côté de sa cage et plonge carrément pour envelopper la cage en extension, mais son tir longe la ligne et ne peut pas rentrer. Le danger est que le gardien se soit mis le but contre son camp, raison pour laquelle on appelle la vidéo. Les ralentis ne donnent rien, sinon du temps pour discuter plus amicalement entre les deux capitaines.

À un peu moins de deux minutes de la fin de la première période, Olli Määttä est touché au niveau de l'oeil par la crosse de Rick Nash. Le powerplay finlandais est cependant bien moins efficace. La différence s'est donc faite sur les unités spéciales, même si le Canada a dominé à 5 contre 5. La Finlande n'a pas eu d'occasion en vingt minutes, hormis une déviation non cadrée de Selänne sur passe d'Immonen.

Et les blancs ne se procurent pas plus d'occasions durant la deuxième période. En effet, il y a en face les meilleurs défenseurs du monde, qui paraissent extrêmement sûrs d'eux. Ils ressortent très proprement les palets quand la Finlande les envoie dans les coins : il y a donc peu de chance que cette stratégie fonctionne. Ils se regroupent bien quand l'adversaire s'approche. Ils sont aussi très vigilants à leur placement en zone neutre quand ils voient le jeune défenseur offensif Sami Vatanen avec le palet dans sa crosse en quête d'une longue passe. Ils ne concèdent aucun espace inutile.

VAANANEN Ossi-130503-384La Finlande ne se lance-t-elle pas assez à l'offensive ? Est-elle trop prudente dans son approche ? La réponse arrive à deux minutes de la fin du tiers-temps : Tuomo Ruutu dévie un lancer de la ligne bleue d'Ossi Väänänen (1-1, 38'00"). Soudain, la sérénité canadienne semble ébranlée : Aaltonen place une accélération, une longue passe de Salo trouve Granlund... La pause arrive à point nommé pour des Canadiens désarçonnés d'avoir perdu une avance à laquelle ils semblaient solidement cramponnés.

Et si c'était le Canada qui avait trop contrôlé et qui n'avait pas pris assez de risques ? Se contenter de maîtriser la possession du palet en s'appuyant sur son efficacité aux mises au jeu et sur la qualité de ses arrières n'a apparemment pas suffi. Il n'a pas eu non plus d'occasion de toute la deuxième période.

Il reste vingt minutes au Canada pour prendre sa place attendue de numéro 1 dans cette première phase. Le troisième tiers-temps reste cependant toujours aussi fermé et peu spectaculaire. La Finlande continue plus que jamais d'envoyer le palet dans les coins dans le plus pur style nord-américain (outre les tentatives de longues passes, pas loin de fonctionner avec Lepistö pour Komarov), et le Canada se contente de faire tourner le palet dans le périmètre de la zone offensive.

Hormis un tir de Toews à mi-distance et une montée de Vlasic (qui ne cadre pas) lorsque le Canada pousse enfin à la dernière minute, on a bien peine à identifier une occasion saillante dans ce dernier tiers-temps. La Finlande, quant à elle, n'a tiré que deux fois au but...

Le jeu à 4 contre 4 de la prolongation se prête moins au corsetage tactique. Les gardiens ont maintenant des arrêts très difficiles à faire, que ce soit sur le lancer de Sami Salo à mi-distance, ou sur le tir de Jeff Carter en utilisant le défenseur comme écran. L'arbitrage se montre très permissif quand Kukkonen charge contre la bande Benn (lui même auteur d'une charge douteuse sur Ruutu un peu plus tôt) ou quand Tavares accroche Vatanen juste avant la contre-attaque... décisive. Et une fois de plus, le buteur se nomme... Drew Doughty : un tir du cercle gauche qui passe sous la botte gauche de Tuukka Rask, mal posée sur la glace même s'il est masqué (2-1, 62'32"). Retiendra-t-on de Rask ses arrêts ou ses deux mauvais buts ?

Quel contraste entre le match Russie - États-Unis d'hier, si spectaculaire et intense, et ce match-ci, si fermé dans les systèmes de jeu ! Le Canada a impeccablement bloqué la zone neutre, et la Finlande s'est parfaitement regroupée en défense. Au moins, après ça, plus personne ne reprochera aux Suisses de tuer le spectacle... Des Suisses qui seront justement les prochains adversaires des Canadiens.

Ce match fait un heureux, la Suède, qui gagne le quart de finale facile, et un malheureux, les États-Unis, qui récoltent le Canada dans leur tableau pour une éventuelle demi-finale.

 

Finlande - Canada 1-2 après prolongation (0-1, 1-0, 0-0, 0-1)
Dimanche 16 février 2014 à 21h00 au palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 11263 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et Kevin Pollock (CAN) assistés d'Ivan Diedoulia (BLR) et Brad Kovachik (CAN).
Pénalités : Finlande 2' (2', 0', 0', 0'), Canada 2' (2', 0', 0', 0').
Tirs : Finlande 15 (8, 4, 2, 1), Canada 27 (8, 9, 8, 2).

Évolution du score :
0-1 à 13'44" : Doughty assisté de Weber et Crosby (sup. num.)
1-1 à 38'00" : Ruutu assisté de Väänänen et J. Jokinen
1-2 à 62'32" : Doughty assisté de Carter


Finlande

Gardien : Tuukka Rask.

Défenseurs : Kimmo Timonen (A) - Sami Vatanen (-1) ; Olli Määttä (-1) - Sami Salo ; Sami Lepistö - Juuso Hietanen ; Ossi Väänänen (+1) - Lasse Kukkonen (+1).

Attaquants : Mikael Granlund (-1) - Jarkko Immonen (2') - Teemu Selänne (C) ; Lauri Korpikoski (-1) - Olli Jokinen (+1) - Tuomo Ruutu (+1) ; Jussi Jokinen (+1) - Petri Kontiola - Juhamatti Aaltonen ; Leo Komarov (A) - Jori Lehterä - Antti Pihlström.

Remplaçant : Antti Niemi (G). En réserve : Kari Lehtonen (G), Aleksander Barkov (genou), Sakari Salminen.

Canada

Gardien : Carey Price.

Défenseurs : Duncan Keith - Shea Weber (A) ; Marc-Édouard Vlasic (-1) - Drew Doughty ; Jay Bouwmeester - Alex Pietrangelo (+1) ; Dan Hamhuis.

Attaquants : Patrick Marleau (-1) - Jonathan Toews (A, -1) - Jeff Carter ; Jamie Benn - Sidney Crosby (C) - Patrice Bergeron ; Matt Duchene - Ryan Getzlaf - Corey Perry ; Chris Kunitz [ou Patrick Sharp] - John Tavares (+1) - Rick Nash [ou Sharp].

Remplaçant : Roberto Luongo (G). En tribune : Mike Smith (G), P.K. Subban, Martin Saint-Louis.