Russie - Norvège (Jeux olympiques 2014, barrage)

Le duo Ovechkin-Malkin peut-il fonctionner ?

Dernière de la phase de poules de ces Jeux olympiques, la Norvège récolte l'adversaire le plus redoutable, une Russie jusqu'ici frustrée qui "doit" une victoire éclatante à son public. Le défi est d'autant plus immense pour les Scandinaves qu'ils sont privés de leur seul joueur de NHL Mats Zuccarello, pour qui la douleur est trop forte après sa blessure à la main au cours du match précédent. Un Zuccarello qui n'avait vraiment pas été transcendent. La Norvège devra surtout retrouver sa principale vertu, sa combativité, qui lui a fait défaut contre l'Autriche.

OVECHKIN Alexander-120520-370

Un match à élimination directe contre la Russie, cela rappelle des souvenirs à la Norvège : le quart de finale du championnat du monde 2012, le sommet incontesté du hockey norvégien. L'équipe de Roy Johansen avait alors atteint son pic de forme, malheureusement on a l'impression qu'elle régresse depuis avec le vieillissement de ses cadres.

Cette année-là, la Russie la regrette tout autant. C'était la première saison de Zinetula Bilyaletdinov derrière le banc, et elle balayait tout sur son passage. La Norvège était le seul adversaire à l'avoir fait trembler. Que reste-t-il de tout cela aujourd'hui ? Les mêmes stars offensives viennent d'être blanchies pendant 65 minutes par la Slovaquie, et à l'évidence quelque chose ne fonctionne pas. Bilyaletdinov a enfin changé son alignement, et la victime en est Aleksandr Syomin : il perd sa place dans top-6, aux côtés du duo Ovechkin-Malkin (qui ne fonctionne décidément pas), au profit d'Aleksandr Popov, qui avait justement survolé le Mondial 2012 avec Malkin (et Perzehogin).

Ce match a priori inéquitable est pourtant fort équilibré au début. La Russie fait face à une trappe classique en zone neutre, et pour sa seule occasion franche, elle compte surtout sur la chance : le gardien Lars Haugen est très avancé sur un lancer lointain dévié, et Aleksandr Popov remet le palet du revers devant la cage vide, où il ricoche sur le patin de Bonsaksen avant de filer juste à côté du poteau...

Après une infériorité tuée difficilement (Kulemin et ses compères n'arrivant pas à dégager le palet hors de la zone), les Russes se remettent à l'ouvrage avec un tir d'Aleksei Tereshchenko, détourné du bras droit par Haugen. La pénalité de Bonsaksen donne l'occasion de voir ce jeu de puissance russe, au talent exceptionnel quand on couche les noms sur le papier, mais inefficace en pratique. Les contrôles sont trop approximatifs pour des joueurs du niveau de Datsyuk et de Malkin. À croire que la glace de Sotchi désavantage les stars locales ! Le joueur le plus dangereux dans cette première période est encore... le "relégué" Aleksandr Syomin, qui se crée deux actions individuelles grâce à son indéniable vitesse d'exécution.

HOLOS Jonas-100513-089Le jeu russe semble toujours malade au début du deuxième tiers-temps, et la guérison arrive quand on s'y attend le moins, juste après une occasion norvégienne née d'une mauvaise relance de Slava Voïnov en zone défensive. Aleksandr Radulov part en contre-attaque et fait le tour de la cage. Son centre du revers est dévié entre les jambières de Haugen par les patins du malheureux Jonas Holøs (1-0, 24'12"). Un but de raccroc, oui, mais un but qui fait énormément de bien. Dans le hurlement rageur de Radulov, il y a le soulagement de tout un pays.

La Russie joue plus libérée après l'ouverture du score. Quand Henrik Solberg retient Syomin, la supériorité numérique est plus dynamique, Malkin servant notamment son compère Kulemin près de la cage. Les occasions s'enchaînent à 5 contre 5, et il ne leur manque que la conclusion : la déviation au second poteau d'Ilya Kovalchuk passe à droite sur un centre de Pavel Datsyuk, et Evgeni Malkin ne convertit pas une échappée lancée par une longue passe d'Aleksei Emelin. La Norvège est dépassée par la maestria technique russe, et le deuxième but n'est plus qu'une question de temps. C'est encore Radulov qui est à l'origine de l'action, et si son revers frappe le poteau, Kovalchuk est là pour convertir le rebond (2-0, 37'11").

Le résultat semble acquis, d'autant que la Norvège ne presse pas plus qu'avant. Elle est assez dissuadée de prendre des risques par le don russe pour la longue passe : Vladimir Tarasenko est lancé en échappée et tente de tirer au-dessus de la jambière droite de Haugen, qui descend bien sa plaque pour faire l'arrêt.

La tâche de remonter les deux buts de retard est confiée à la première ligne, où Mathis Olimb a remplacé son frère Ken André. Ce trio Olimb-Thoresen-Skrøder réussit une belle présence en zone offensive à dix minutes de la fin, la meilleure séquence installée du match pour la Norvège. Mais quand Roy Johansen renvoie le trio sur la glace juste après la pause "nettoyage-publicité", Mathis Olimb effectue une passe osée dans l'axe, qu'Aleksandr Ovechkin intercepte pour partir en solitaire. L'aîné Olimb plonge pour essayer de contrer le palet sans y arriver, mais paraît déséquilibrer le joueur des Washington Capitals, peu content que les arbitres soient restés muets. Pénalty ou simulation, en tout cas, cette action a mis fin à la petite résurgence offensive norvégienne.

RADULOV Alexander-130504-248La sortie du gardien n'y change rien, et Aleksandr Radulov peut tranquillement pousser le palet de la victoire dans la cage vide (3-0, 58'53"). Pire encore, même quand Haugen reprend son poste, il encaisse un tir d'Aleksei Tereshchenko dans le haut du filet (4-0, 59'20"). Sur cette action, Viktor Tikhonov, entré en jeu pour la première fois du tournoi à la place de Nichushkin à partir de la deuxième période, récolte une mention d'assistance. C'est bien la peine que les Norvégiens se soient autant appliqués à défendre pour que le score se creuse malgré tout dans la dernière minute.

La Russie a gagné 4-0 et les quatre buts ont été marqués par des attaquants de KHL, pourtant minoritaires dans l'effectif. Radulov a joué son rôle de locomotive par sa rage de vaincre habituelle. Mais cela suffira-t-il pour gagner ? La Russie peut-elle être championne olympique sans qu'Ovechkin et Malkin ne produisent ? Poser la question, c'est un peu y répondre...

La "paire d'as" continue d'inquiéter. Après vingt bonnes minutes contre la Slovénie, elle aura complètement disparu dans ce tournoi. On voit bien que le problème ne vient pas du troisième homme, que ce soit Semin et Popov. Les uns accuseront le jeu égoïste d'Ovechkin, les autres se plaindront des erreurs à gogo de Malkin, aux pertes de palet bien trop fréquentes... Zinetula Bilyaletdinov va-t-il (enfin) se décider à les séparer, même si cela signifie renoncer à toute sa stratégie d'avoir deux lignes offensives et deux lignes plus défensives ?

Commentaires d'après-match

Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : "Toute l'équipe a bien joué. Si vous pensez que l'attitude de l'équipe a fait défaut de match le match contre la Norvège, c'est que vous avez regardé depuis les rangées du fond. En fait, l'atmosphère était bonne. Nous savions que ce serait dur. Nous ferons tout pour récupérer avant le match contre les Finlandais demain, parce que le temps est court."

Patrick Thoresen (attaquant de la Norvège) : "Nous avons vraiment très bien suivi le plan de jeu tout au long du match. Ils ont eu deux buts où palet a rebondi en leur faveur. Les bons joueurs ont souvent un peu de chance, mais c'était dur à vivre. Je pense que nous devons nous améliorer en supériorité numérique, et probablement aussi dans le jeu offensif. Si nous avions pu ouvrir le score, les choses auraient pu être différentes."

 

Russie - Norvège 4-0 (0-0, 2-0, 2-0)
Mardi 18 février 2014 à 16h30 au palais des glaces Bolshoï de Sotchi. 11423 spectateurs.
Arbitrage de Daniel Piechaczek (ALL) et Kevin Pollock (CAN) assistés d'Andy McElman (USA) et Miroslav Valach (SVK).
Pénalités : Russie 2' (2', 0', 0'), Norvège 6' (2', 2', 2').
Tirs : Russie 31 (7, 14, 10), Norvège 22 (6, 6, 10).

Évolution du score :
1-0 à 24'12" : Radulov assisté de Datsyuk
2-0 à 37'11" : Kovalchuk assisté de Radulov et Datsyuk
3-0 à 58'53" : Radulov assisté de Datsyuk (cage vide)
4-0 à 59'20" : Tereshchenko assisté de Tikhonov et Tarasenko


Russie

Gardien : Sergei Bobrovski.

Défenseurs : Andrei Markov (+2) - Vyacheslav Voïnov (+2) ; Evgeni Medvedev (+2) - Aleksei Emelin (+2) ; Anton Belov - Nikita Nikitin ; Fyodor Tyutin.

Attaquants : Ilya Kovalchuk (A, +3) - Pavel Datsyuk (C, +3) - Aleksandr Radulov (+3) ; Aleksandr Ovechkin (A) - Evgeni Malkin (2') - Aleksandr Popov ; Nikolaï Kulyomin - Artyom Anisimov - Aleksandr Syomin ; Valeri Nichushkin puis à 20'00" Viktor Tikhonov (+1) - Aleksei Tereshchenko (+1) - Vladimir Tarasenko (+1).

Remplaçant : Semyon Varlamov (G). En réserve : Aleksandr Eryomenko (G), Ilya Nikulin, Aleksandr Svitov.

Norvège

Gardien : Lars Haugen [sorti de 57'40" à 58'53"].

Défenseurs : Alexander Bonsaksen (-1, 2') - Jonas Holøs (-1) ; Mats Trygg (-2) - Ole-Kristian Tollefsen (C, -1) ; Henrik Solberg (-1, 2') - Henrik Ødegaard (-1).

Attaquants : Ken André Olimb - Patrick Thoresen (A, -1) - Per-Åge Skrøder (-1) ; Mathis Olimb (-2, 2') - Anders Bastiansen (A, -1) - Mats Rosseli Olsen ; Kristian Forsberg (-2) - Mads Hansen (-2) - Martin Røymark (-2) ; Niklas Roest (-1) - Morten Ask (-2) - Robin Dahlstrøm.

Remplaçants : Steffen Søberg (G), Daniel Sørvik, Sondre Olden. En tribune : Lars Volden (G), Mats Zuccarello (main), Fredrik Lystad Jacobsen.