République Tchèque - Slovaquie (Jeux olympiques 2014, barrage)

Les Tchèques s'attendaient à rejouer une fois de plus contre les Lettons, et ils ont regardé les Slovaques tenir le 0-0 contre la Russie et s'inviter ainsi comme leurs adversaires. Plus tout à fait la même chose. Sauf pour le sélectionneur tchèque Alois Hadamczik qui fait mine de ne pas s'en soucier : "C'est plus prestigieux pour les médias, pas pour moi. C'est comme si nous jouions contre les Lettons."

VORACEK Jakub-100509-013

Pas sûr cependant que la République Tchèque ait gagné au change. La Slovaquie ne fait plus de complexes face à son grand voisin, surtout pas depuis sa victoire en demi-finale du championnat du monde 2012, leur dernière confrontation à élimination directe. Les Tchèques avaient buté sur le système défensif de Vladimír Vůjtek et sur le gardien Ján Laco. Or, ce dernier est redevenu titulaire à la surprise générale depuis dimanche.

Les Slovaques ont perdu trois joueurs sur blessure dans ce tournoi, le dernier en date étant le défenseur Baranka. Dans le camp tchèque, Elias est toujours malade, et Michal Barinka, le gendre du sélectionneur qui réussit pour l'instant un tournoi tout à fait correct, est légèrement blessé. Les lignes offensives restent les mêmes, mais le principalement changement annoncé concerne les lignes de jeu de puissance, un peu remaniées.

Cette nouvelle configuration est testée après sept minutes quand Martin Marinčin part en prison. Et le succès est immédiat. La défense slovaque écarte un premier rebond, mais Jakub Voráček remet en retrait à Aleš Hemský qui a l'angle ouvert (1-0, 06'53"). Dans la foulée, Jagr sort le palet de sa zone défensive à destination de Tomáš Plekanec, qui prend de vitesse Marinčin et place un revers... sur le poteau. Roman Červenka ne manque pas le rebond en cage ouverte, également du revers (2-0, 07'22"). Début de match très difficile pour Marinčin, défenseur rookie de NHL qui fait ses premiers pas en équipe slovaque.

SEKERA Andrej-130503-078La Slovaquie, qui a inscrit deux buts depuis le début de la compétition, va devoir en mettre autant ce soir si elle veut avoir une chance. Or, elle ne compte pour l'instant que deux tirs depuis le début de la partie, notamment parce que Tomáš Jurco a choisi la passe après un très joli mouvement technique. Il va lui falloir quitter son système défensif et trouver de nouvelles ressources.

Quand Jágr prend la première pénalité tchèque, le jeu de puissance slovaque n'arrive à rien, et Jurco est même sanctionné pour un cinglage sur Plekanec. L'avantage numérique change de camp, et Tomáš Kaberle décale David Krejčí dans le cercle gauche pour un slap dans le haut du filet. Laco n'a rien pu faire, masqué par son propre défenseur Sekera (3-0, 17'03").

Que peut faire la Slovaquie pour revenir ? Déjà, arrêter de prendre des pénalités. Même si le jeu en infériorité numérique est mieux maîtrisé qu'en première période, les fautes des stars Marián Hossa et Zdeno Chára font perdre du temps. Ceci dit, l'amélioration du powerplay tchèque est désormais beaucoup moins évident. Ce sont mêmes les bleus qui se créent les meilleures occasions.

Alors que les Slovaques semblent enfin avoir retrouvé leur jeu et sont passés à l'attaque, Andrej Sekera, le défenseur qui avait toujours excellé en équipe nationale les années précédentes, contrôle mal un palet à la ligne bleue. Il se faut alors carrément voler le palet en zone neutre par Roman Červenka, qui part en breakaway et feinte Laco pour conclure très joliment d'un revers en angle dans le haut du filet (4-0).

Les Slovaques reçoivent un peu de baume au coeur juste avant la pause. Andrej Sekera se rattrape par une entrée en zone et un travail dans le coin qui élimine deux joueurs (Gudas et Jágr), Michal Handzuš enchaîne en passant derrière la cage et en donnant en retrait pour la reprise entre les cercles de Marián Hossa (4-1).

Il reste donc un tout petit suspense avant la dernière période. La petite flamme d'espoir slovaque a bien failli s'éteindre sur un lancer de la ligne bleue de Martin Erat, qui frappe le poteau gauche à mi-hauteur. Mais elle subsiste. Vůjtek réduit son banc à trois lignes et compte sur ses quelques stars restantes pour renverser la situation. Son premier trio signe une superbe action collective : débordement de Handzuš sur l'aile gauche, passe pour Tatar qui enchaîne avec un revers dans les bottes de Pavelec, et rebond envoyé par Hossa dans le haut du filet (4-2).

SUROVY Tomas-130503-209Maintenant que leur première ligne est enfin efficace, pourquoi les Slovaques n'y croiraient-ils pas ? L'attitude des joueurs a changé dans les deux camps. Andrej Sekera voit que les Tchèques changent de joueurs et sert Milan Bartovič à la ligne bleue offensive, qui centre pour le slap de Tomáš Surový, côté mitaine de Pavelec (4-3). Hadamczik ne se contente plus de grimacer, il utilise son temps mort pour passer un savon à ses hommes.

Cela n'arrête pas la nouvelle dynamique des Slovaques. Ils font le siège de la zone offensive et soumettent la défense tchèque à rude épreuve, avant que Plekanec ne vienne la soulager en allant porter le palet dans le camp adverse. Les efforts du capitaine sont essentiels pour faire souffler la République Tchèque : à l'avant-dernière minute, alors que son équipe souffre encore de sa zone, il part en contre-attaque et tire... sur le haut de la transversale. Il est donc assez logique que ce soit Plekanec qui marque en cage vide en héritant d'un palet sorti par Židlický puis par Krejčí (5-3). Il faut dire que que Meszaros lui a bien facilité les choses par un cinglage qui a cassé la crosse de Hanzal quelques secondes plus tôt : les Slovaques n'ont donc joué qu'à 5 contre 5 en sortant leur gardien.

Comme souvent dès qu'ils se détachent un peu au score, les Tchèques se font remonter et assurent en quelque sorte le suspense. La Slovaquie aura mis du temps à se lâcher offensivement. Elle a démontré, un peu tard malheureusement, qu'elle dispose encore d'un potentiel offensif capable de compenser ses faiblesses individuelles en défense.

Commentaires d'après-match

Vladimir Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : "Nous avons très mal commencé, nous ne patinions pas et nous perdions les duels. Nous nous sommes améliorés en deuxième période et nous avons joué avec combativité et dignité. Malheureusement, dans ce tournoi, nous avons toujours raté un tiers-temps. Je ne sais pas d'où ça vient. Probablement une erreur quelque part dans la psychologie de l'équipe."

Tomas Tatar (attaquant de la Slovaquie) : "Encore une fois, nous avons beaucoup moins joué en supériorité numérique que notre adversaire. Les Tchèques nous ont marqué deux buts et ont pris les commandes. Nous nous sommes battus. En approchant de la fin, j'espérais que nous autions une chance de powerplay, mais finalement nous avons joué en infériorité."

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous avions confiance, nous avons joué notre meilleur tiers-temps du tournoi. Nous avions mis l'accent sur le powerplay à l'entraînement d'hier. En deuxième période, nous avons mal joué, le rythme a chuté et nous avons perdu trop de palets. La Slovaquie n'avait rien à perdre, elle a ouvert le jeu et bien patiné, ce qui nous a mis en difficulté. La conclusion a été spectaculaire, mais nous l'avons réussie à trois lignes avec une bonne intensité. Sans émotions. Nous sommes très heureux. Une telle confrontation olympique est exigeante physiquement et psychologiquement. Chaque match est différent. Les États-Unis ont une équipe très forte, très mobile. Nous avons joué un match très difficile, ce ne sera pas facile de se régénérer et de reconstituer nos forces."

 

République Tchèque - Slovaquie 5-3 (3-0, 1-1, 1-2)
Mardi 18 février 2014 à 21h00 au Palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 3628 spectateurs.
Arbitrage de Tim Peel (USA) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Lonnie Cameron (CAN) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : République Tchèque 2' (2', 0', 0'), Slovaquie 10' (4', 4', 2').
Tirs : République Tchèque 29 (13, 8, 8), Slovaquie 32 (7, 10, 15).

Évolution du score :
1-0 à 06'53" : Hemský assisté de Voráček et Kaberle (sup. num.)
2-0 à 07'22" : Červenka assisté de Plekanec et Jágr
3-0 à 17'03" : Krejčí assisté de Kaberle (sup. num.)
4-0 à 35'41" : Červenka
4-1 à 38'57" : Marián Hossa assisté de Handzuš et Sekera
4-2 à 47'20" : Marián Hossa assisté de Tatar et Handzuš
4-3 à 48'51" : Surový assisté de Bartovič et Sekera
5-3 à 59'21" : Plekanec assisté de Krejčí et Židlický (sup. num., cage vide)


République Tchèque

Gardien : Ondřej Pavelec.

Défenseurs : Ladislav Šmíd - Marek Židlický (A) ; Tomáš Kaberle (-1) - Zbynek Michálek ; Radko Gudas - Michal Rozsíval (-1).

Attaquants : Roman Červenka (+1) - Tomáš Plekanec (C, +1) - Jaromír Jágr (A, +1, 2') ; Milan Michálek (-1) - David Krejčí (-1) - Aleš Hemský (-1) ; Martin Erat (-1) - Martin Hanzal (-1) - Jakub Voráček (-1) ; Ondrej Palát - Petr Nedved - Michael Frolík.

Remplaçants : Alexander Salák (G), Lukáš Krajíček, Jirí Novotný. En réserve : Jakub Kovář (G), Michal Barinka (contusion au dos), Patrik Eliáš (malade).

Slovaquie

Gardien : Ján Laco [sorti de 59'17" à 59'21"].

Défenseurs : Tomáš Starosta (+1) - Zdeno Chára (C, 2') ; Rene Vydarený - Andrej Meszároš ; Martin Marinčin (+1, 2') - Andrej Sekera.

Attaquants : Tomáš Tatar (+1) - Michal Handzuš (A, +2) - Marián Hossa (A, +2, 2') ; Tomáš Zaborský - Peter Ölvecký - Tomáš Jurčo (2') ; Milan Bartovič - Tomáš Surový (-1) - Michel Miklík (-1) ; Marcel Hossa - Branko Radivojevič - Richard Pánik.

Remplaçants : Jaroslav Halak (G), Milan Jurčina. En réserve : Peter Budaj (G), Tomáš Marčinko (ligaments du genou), Tomáš Kopecký (commotion cérébrale), Ivan Baranka.