Suisse - Lettonie (Jeux olympiques 2014, barrage)

 

Doit-on rester sur sa faim du côté de la Suisse ? Alors que l'équipe féminine, et sa gardienne à l'éternelle sourire Florence Schelling, a fait peur au Canada en demi-finale (1-3), la Nati masculine a terminé sixième de la phase préliminaire après avoir empoché deux succès sur trois. Mais le plus étonnant, ce sont évidemment sur ces fameux scores de football que se sont terminées ces trois rencontres : 1-0 contre la Lettonie, 0-1 contre la Suède et 1-0 contre la République Tchèque.

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N'avoir encaissé qu'un seul but dans un tournoi auquel participent tous les meilleurs joueurs du monde, force est de reconnaître que la performance est d'autant plus remarquable ! Ce qui l'est moins, en revanche, c'est d'avoir inscrit seulement deux buts dont un marqué par un défenseur adverse ! Et ce défenseur adverse, c'était justement le défenseur letton Georgijs Pujacs qui avait trompé son propre gardien à 7,9 secondes de la fin.

On peut comprendre que l'arrière du Dinamo Riga et ses coéquipiers l'ont encore en travers de la gorge. Imaginez alors lorsque qu'ils ont appris qu'ils allaient de nouveau rencontrer la Suisse pour ce match de barrage ! Car au bénéfice de la nouvelle formule du tournoi olympique, malgré l'avant-dernière place au générale, la Lettonie demeure en course pour un quart de finale - de rêve contre le Canada - aux Jeux olympiques, stade qu'elle n'a jamais atteint. Une victoire et la satisfaction serait double puisque la Lettonie prendrait ainsi sa revanche contre ces maudits Helvètes.

Et pour l'entraîneur Ted Nolan, dont le travail peut être récompensé par cet éventuel succès, il a lancé à la conférence de presse : "Tout a été mis en place pour être prêt au bon moment, il est désormais temps de montrer ce que nous pouvons faire." Nolan a vu des choses encourageantes lors du premier tour et retient notamment le match satisfaisant contre les Suédois (3-5) où les Baltes ont dérangé la Tre Kronor par leur vitesse et leur faculté à créer des intervalles.

Mais cette rencontre n'est pas passée inaperçue. Le coach de la Suisse Sean Simpson a notamment retenu que la Suède a marqué quatre de ses cinq buts en supériorité numérique. C'est justement sur ce point que Simpson a lourdement insisté lors des derniers entraînements, accentuant le travail sur le jeu de puissance par des exercices et quelques séances vidéos.

Mais Simpson promet également du rythme, beaucoup de rythme, dans l'espoir de voir se débrider cette offensive malheureuse (91 lancers en trois parties) et éviter un long suspense psychologiquement difficile à gérer, surtout en match à élimination directe. Comme à son habitude, il a effectué quelques réajustements, notamment en positionnant l'expérimenté et travailleur Andres Ambühl entre les purs créateurs Roman Wick et Damien Brunner.

BIEBER Matthias-130518-368Après avoir été quart de finaliste aux deux derniers J.O. avant une médaille d'argent au dernier championnat du monde, une élimination prématurée serait un sérieux bond en arrière pour la Suisse. Alors que Sean Simpson prônait justement un système d'alternance devant les filets lors du dernier Mondial, il a décidé de revoir cette initiative.

Reto Berra ayant eu le malheur de faire une petite erreur de mitaine face aux Suédois et donc de concéder la défaite, c'est finalement l'invincible Jonas Hiller, deux jeux blancs malgré 47 lancers adverses, qui est reconduit et nommé définitivement numéro 1. Edgars Masaļskis, également brillant lors de la phase préliminaire, est une fois de plus nommé devant la cage lettone.

L'arrière helvète Julien Vauclair fait une première percée impressionnante couloir droit, se dirige derrière le but mais délivre avant une passe devant la cage à Matthias Bieber qui tire sur réception, Masalskis est bien placé, c'est la première grosse occasion.

La Suisse a une chance d'accentuer la pression, Jass pénalisant l'équipe lettone. Pour ce qui sera son seul jeu de puissance (!), la Suisse fait néanmoins parler la poudre par un bon tir de Brunner et un slap de Streit de la bleue. Après une bonne séquence collective, Moser, à droite, centre malheureusement trop fort pour Niederreiter. Toutefois, malgré un nouveau slap de Vauclair capté de la mitaine et un dernier essai de Cunti trop excentré, la Lettonie se sort de cette infériorité bien difficile à surmonter.

L'équipe de Ted Nolan est dominée mais son bloc est compact et très propre, il le sera jusqu'au bout. Dommage pour les Suisses qui avaient travaillé plus particulièrement les avantages numériques... Et trois minutes après avoir tué sa pénalité, la Lettonie va, contre le cours du jeu, ouvrir le score : Oskars Bārtulis lance de loin, Hiller ne voit pas grand chose avec devant lui Seger et Karsums qui s'asticotent, le gardien des Ducks d'Anaheim est battu (0-1, 08'38"). Premier coup de poignard. Le deuxième est asséné quelques instants plus tard. Trachsler puni, la Lettonie hérite d'un jeu de puissance qu'elle va convertir. Au rond droit, Miķelis Rēdlihs analyse la situation et, malgré l'opposition de Josi et Gardner, il délivre une sublime passe à l'opposé, Lauris Dārziņš contrôle et frappe, c'est au-dessus de l'épaule de Hiller (0-2, 11'19").

Le pire arrive donc à la Suisse. Menée rapidement dans ce match, voilà qu'il lui faut réaliser ce qu’elle n'a pu faire lors du tournoi préliminaire : inscrire deux buts, trois pour gagner ! C'est pourtant mal parti car la Nati manque toujours de précision, notamment Roman Wick et sa reprise, pourtant face à Masalskis à la 14e minute. La Lettonie gère proprement la fin de tiers. Elle aurait même pu alourdir le score par sa prise de position offensive à quelques minutes de la pause avec deux tirs successifs de Sotnieks et un lancer balayé de Daugaviņš.

Dans le deuxième tiers, la Suisse essaie de déstabiliser Masalskis comme sur cette action : lancer de Roman Wick et pressing cage de Damien Brunner, le gardien letton ne laisse cependant aucun rebond. Quant à Matthias Bieber, il tente bien de mettre devant le but mais personne ne peut reprendre. A la 26e minute, Ted Nolan demande un temps-mort mais la sélection à la croix blanche ne va pour autant laisser respirer ses adversaires.

Les secondes qui suivent sont difficiles pour la Lettonie mais peut-être déjà décisives, elle va d'ailleurs s'en sortir brillamment. Face à un rebond dangereux et Brunner, Masalskis effectue tout d'abord un plongeon spectaculaire pour éloigner le danger. Puis l'action se termine de manière incroyable, Andres Ambühl obtient le puck dans l'axe, Edgars Masaļskis se replace face à lui, Ambühl frappe, Masalskis capte avec un arrêt-réflexe de la mitaine sublime, arrêt du match et peut-être arrêt du tournoi. Le gardien de Poprad reste plusieurs secondes allongé sur le ventre, savourant peut-être un peu plus son sauvetage, Ambühl lui reste stoïque.

Sean Simpson manque de solutions et lance davantage le géant Ryan Gardner qui contrôle mal une passe pour une possible échappée mais qui se place surtout devant les filets baltes. Cela patine beaucoup autour de lui, grand moment de possession suisse à la 31e/32e, mais cela reste imprécis. Derrière, la Lettonie se rabat sur ce qu'elle fait de mieux : les contres. Un 3 contre 2 ne peut sourire à Miķelis Rēdlihs qui manque de conviction. Hiller gère ensuite deux tentatives successives de Pavlovs et Ķēniņš puis un nouveau lancer de Girgensons.

Mais quelques instants plus tard, la Suisse semble se relancer. Reto Suri gagne le palet côté gauche et sert sur sa droite Martin Plüss qui reprend de volée au centre (1-2, 35'01"). L'espoir renait. Elle parvient même à se dépêtrer d'une infériorité numérique malgré une puissante reprise de volée de la ligne bleue de Ralfs Freibergs et un rebond dangereux de Zemgus Girgensons devant l'enclave. Les deux dernières minutes sont néanmoins à l'avantage de la Suisse qui cherche l'égalisation avant la deuxième pause. Malgré un lancer frappé lointain de Diaz qui touche le poteau droit, une reprise de Seger côté droit et une reprise poteau gauche de Brunner, les Helvètes restent menés au tableau de marque.

CIPULIS Martins-110507-098Toujours devant avant d'aborder le troisième tiers-temps, la Lettonie demeure fidèle à son plan de jeu, ne se désolidarise pas. A la 44e minute, elle est proche de creuser l'écart : slap de Mārtiņš Cipulis, Hiller arrête et couvre le rebond qui était offert à Ronalds Ķēniņš. De son côté, la Suisse effectue de beaux mouvements mais dont la finalité ne surprend personne.

Ainsi, à la 46e, Brunner effectue une longue passe vers Wick couloir droit, une-deux Wick/Suri puis tir dans un angle totalement fermé de Wick, pas de problème pour Masalskis. Et derrière, la Lettonie élabore une action plus aboutie : Daugaviņš s'arrache sur son aile droite, transmet aile gauche à Karsums qui passe dans son dos, Girgensons frappe de volée mais il est contré de justesse.

Il reste dix minutes de jeu et c'est à croire que la Suisse ne sait plus comment s'y prendre. Rien de bien fameux sauf une déviation subtile mais trop croisée de Plüss. Les Lettons défendent toujours avec autant d'acharnement et de rigueur. Et ceux-ci continuent de lancer des contres. A 3'30" de la fin, Kaspars Daugaviņš entre en zone offensive passe à son ailier gauche Mārtiņš Karsums qui lui retransmet mais Daugaviņš feinte de corps et laisse à l'opposé où se trouve Zemgus Girgensons, sa reprise de volée tape la droite du cadre du but de Jonas Hiller.

La Suisse tente le tout pour le tout en sortant Hiller mais cela ne donne pas davantage de solutions. Miks Indrašis se fait alors un plaisir de consolider le succès des siens dans les filets déserts (1-3, 59'00"). Le temps-mort de Sean Simpson ne servira à rien, un aveu de faiblesse, rien de plus. Ni un dernier lancer frappé de Streit à la ligne bleue, ni le rebond de Plüss ne perturberont la Lettonie.

Pour la première fois de son histoire, la Lettonie - oui cette équipe qui a écarté la France lors du dernier match décisif pour un but - rejoint les quarts de finale aux Jeux olympiques. Voilà une équipe qui a tiré bénéfice de cette nouvelle formule du tournoi, perdant ses trois matches préliminaires mais parvenant à remporter le plus important. Mis rapidement à l'abri avec deux buts d'avance, les Baltes, extrêmement rigoureux et disciplinés, n'ont eu qu'à verrouiller, laissant la Suisse nager dans son marasme offensif, et placer des contres qu auraient pu alourdir davantage la marque.

Énorme désillusion et étrange syndrome pour la Suisse qui n'aura jamais inscrit plus d'un but dans une rencontre, inefficace et en manque de créativité. Alors qu'elle venait d'acquérir la reconnaissance de tous, après un bond de géant et avec un statut de vice-champion du monde, la Suisse est éliminée après cette une contre-performance. Elle n'aura donc pas le privilège de rencontrer le Canada, cet honneur revient aux Lettons et à Ted Nolan, coach qualifié pour un quart de finale olympique contre ses compatriotes, un match qui aura forcément une saveur particulière.


Commentaires d'après-match

Kaspars Daugaviņš (attaquant de la Lettonie) : "C'est historique, notre première fois en quart de finale aux Jeux olympiques. C'est génial, c'est quelque chose d'extraordinaire. Peu de gens pensaient que nous pouvions le faire. Nous leur avons prouvés qu'ils avaient tort."

Martin Plüss (attaquant de la Suisse) : "Ne pas marquer, c'est rageant. Vous pouvez vous permettre de remporter quelques matches 1-0. Mais sur la durée, vous êtes obligés de marquer davantage."


Suisse - Lettonie 1-3 (0-2, 1-0, 0-1)
Mardi 18 février 2014 à 21h00 au Palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 7912 spectateurs.
Arbitrage de Mike Leggo (CAN) et Jyri Rönn (FIN) assistés de Brad Kovachik (CAN) et Andre Schrader (ALL).
Pénalités : Suisse 4' (2', 2', 0'), Lettonie 2' (2', 0', 0').
Tirs : Suisse 33 (11, 10, 12), Lettonie 22 (9, 8, 5).

Évolution du score :
0-1 à 08'38" : Bārtulis assisté de Daugaviņš et Girgensons
0-2 à 11'19" : Dārziņš assisté de M. Rēdlihs (sup. num.)
1-2 à 35'01" : Plüss assisté de Suri
1-3 à 59'00" : Dārziņš assisté de Pavlovs et Masalskis

Suisse

Gardien : Jonas Hiller [sorti de 58'52" à 59'00" puis à 59'35"].

Défenseurs : Mark Streit (A) - Raphael Diaz ; Roman Josi - Yannick Weber ; Julien Vauclair (-1) - Mathias Seger (C, -1) ; Severin Blindenbacher.

Attaquants : Simon Moser - Martin Plüss (A, +1) - Nino Niederreiter (+1) ; Roman Wick (-1, 2') - Andres Ambühl (-1) - Damien Brunner (-1) ; Kevin Romy - Luca Cunti (-1) - Simon Bodenmann ; Matthias Bieber (-1) - Morris Trachsler (-1, 2') - Reto Suri ; Ryan Gardner.

Remplaçant : Reto Berra (G). En réserve : Tobias Stephan (G), Patrick von Gunten (D), Denis Hollenstein.

Lettonie

Gardien : Edgars Masaļskis.

Défenseurs : Sandis Ozoliņš (C) - Arvīds Reķis ; Artūrs Kulda (+1) - Oskars Bārtulis (A, +1) ; Kristaps Sotnieks - Georgijs Pujacs ; Krišjānis Rēdlihs - Ralfs Freibergs.

Attaquants : Mārtiņš Karsums (+1) - Zemgus Girgensons - Kaspars Daugaviņš (+1) ; Lauris Dārziņš (A) - Jānis Sprukts - Miķelis Rēdlihs (-1) ; Ronalds Ķēniņš - Vitālijs Pavlovs (+1) - Mārtiņš Cipulis (+1) ; Koba Jass (2') - Herberts Vasiļjevs - Miks Indrašis.

Remplaçant : Kristers Gudļevskis (G). En réserve : Ervīns Muštukovs (G), Armands Bērziņš, Juris Štāls.