Finlande - Russie (Jeux olympiques 2014, quart de finale)

Le rêve brisé

Les étoiles russes, que tout un peuple attend, affrontent en quart de finale l'adversaire piégeux par excellence. Depuis l'éclatement de l'URSS, la Russie a un bilan négatif face à la Finlande en compétition officielle, et c'est un peu sa bête noire. Son système défensif a prouvé sa compétence en neutralisant le Canada, alors que l'offensive russe se cherche toujours.

VARLAMOV Semyon-130505-423

Le choix du gardien était délicat de part et d'autre. La Finlande l'a dévoilé au tout dernier moment... pour finalement annoncer une absence de changement. Tuukka Rask, malgré quelques mauvais buts, est confirmé dans la cage. La Russie, en revanche, continue l'alternance : elle a préféré Varlamov à un Bobrovsky un peu plus à son avantage jusqu'ici. L'étonnement vient surtout du fait que Bilyaletdinov n'a strictement rien changé à ses lignes par rapport à hier. Il reconduit strictement la même équipe, y compris "les deux qui ne font pas la paire" (Ovechkin-Malkin).

Dans un match qui s'annonce aussi serré, la moindre faute vaut cher, et on recense deux pénalités en zone offensive dans les huit premières minutes. l'obstruction sifflée contre Kovalchuk est franchement sévère, et ne prête pas à conséquence. Granlund retient Medvedev derrière la cage adverse, et le jeu de puissance russe jusqu'ici défaillant (2 sur 16) entre en scène face à la plus mauvaise équipe du tournoi en infériorité. Boum ! Le slap de Kovalchuk dans le haut du filet, sur passe en retrait de Datsyuk, est surpuissant. Après le cri de Radulov, voici le saut de cabri de Kovalchuk pour célébrer son but (0-1, 07'51").

AALTONEN Juhamatti-130506-547L'exultation russe dure peu de temps. L'égalisation vient de l'inattendu Juhamatti Aaltonen, joueur très spectaculaire mais connu pour son incapacité à concrétiser. Sur un engagement gagné en zone offensive par Petri Kontiola face à Tereshchenko, Aaltonen ridiculise le défenseur Nikita Nikitin d'un dribble magistral, puis fait passer sous le gant de Semyon Varlamov, assurément coupable (1-1, 09'18").

Cette équipe finlandaise se révèle en profondeur. Après la troisième ligne, voici la quatrième, qui envoie comme toujours le palet au fond pour qu'Antti Pihlström aille le chercher dans le coin avec sa vitesse. Jori Lehterä domine ensuite dans les bandes derrière la cage et provoque une pénalité de Tereshchenko. Le powerplay finlandais est toujours à la peine : Kontiola se fait contrer par Popov, Radulov lance la contre-attaque et donne en retrait à Aleksei Emelin en troisième homme, mais Tuukka Rask fait l'arrêt.

À 5 contre 5, cependant, la Finlande est bien plus efficace. Slava Voïnov patine trop lentement au repli et est dépassé par Mikael Granlund, qui attend que Markov tente un plongeon désespéré et libère ainsi Teemu Selänne dans l'axe. Le capitaine glisse le palet sous Varlamov pour son 40e point aux Jeux olympiques (2-1, 17'38"). À l'image d'un Ovechkin tout surpris de prendre une mise en échec de Leo Komarov, la Russie est assommée !

La deuxième période est à peine commencée qu'Aleksandr Radulov reçoit une longue passe lobée, s'échappe seul et... voit le palet s'échapper de sa crosse au moment de tirer. Aleksandr Popov déborde ensuite sur l'aile gauche et réussit une passe levée du revers pour Aleksandr Ovechkin à l'opposé, mais le numéro 8 tire dans le plastron de Rask.

TYUTIN Fyodor-130505-289Anatoli Emelin retient Korpikoski et, pendant sa chute (exagérée ?), sa crosse ouvre la lèvre du défenseur de Montréal. Les arbitres pénalisent uniquement le Russe, sous les sifflets de la foule. Et cette fois-ci, la Finlande convertit son avantage numérique : Selänne tire dans les bottees du gardien, Granlund arrive au nez et à la barbe de Tyutin pour prendre immédiatement le rebond et marquer en angle (1-3).

On avait reproché à Bykov en quart de finale à Vancouver d'avoir trop tardé à changer son gardien. Zinetula Bilyaletdinov le fait plus tôt cette fois : il sort Varlamov et fait rentrer Sergei Bobrovski. Le choc psychologique semble fonctionner puisque les trois premières lignes russes se succèdent sur la glace et mettent toutes le feu en zone offensive, frustrées par Rask qui multiplie les arrêts, notamment en se couchant devant Syomin. Cette domination asphyxie la Finlande et est récompensée par une faute d'Aaltonen. Mais la Sbornaïa n'arrive pas à concrétiser cet indéniable temps fort par un but. Ses adversaires tuent la pénalité et contrôlent ensuite une fin de période plus calme.

Il reste un tiers-temps à la Russie pour inverser la tendance. Evgeni Malkin s'ouvre un chemin vers la cage et subit une faute de Kukkonen. Le jeu de puissance russe ne conclut pas, même si Radulov se jette littéralement dans le but sur un centre de Kovalchuk.

Jusqu'ici, les Russes avaient tenu leur discipline et évité les gestes de frustration, qui leur arrivent souvent quand ils sont menés. Cela commence avec une crosse haute (involontaire ?) non sifflée de Kovalchuk au menton d'Olli Jokinen, puis une méchante charge contre la bande de Nikolaï Kulemin sur Vatanen. La pénalité est tuée, mais il reste maintenant moins dix minutes à jouer.

KULYOMIN Nikolai-120520-433En fait, les minutes défilent assez vite car les Russes commettent des erreurs qui les font sortir de les zone offensive à chaque fois qu'ils pourraient s'installer : mauvaise passe de Malkin, palets perdus en duel par Ovechkin et par Kulemin... Les Finlandais en profitent pour lancer des contre-attaques dangereuses, et Bobrovski maintient son équipe dans le match par ses arrêts face à Jussi Jokinen puis à Antti Pihlström.

Les trois dernières minutes sont navrantes : une présence catastrophique du duo Ovechkin-Malkin (chacun perd un palet en zone neutre), puis trois dégagements interdits de la troisième ligne russe mal coordonnée. Il faut attendre la dernière minute pour voir la ligne Kovalchuk-Datsyuk-Radulov, la seule à surnager dans ce naufrage, s'installer à 6 contre 5, sans gardien et avec Malkin en joker. En vain : la Sbornaïa quitte la glace sous les huées de son public.

Le "style conservatif" de Bilyaletdinov n'a donc en rien amélioré le bilan olympique de la Russie, encore une fois humiliée dès les quarts de finale, sur son sol cette fois. Depuis deux ans, ce style a fonctionné uniquement quand les meilleurs joueurs donnaient leur plein potentiel. Cela n'a vraiment pas été le cas ce coup-ci. Les principales raisons ont déjà été citées lors des rencontres précédentes : les présences trop longues et l'incroyable obstination du coach à maintenir ensemble Ovechkin et Malkin qui n'apportent rien l'un à l'autre.

DATSYUK Pavel-120520-435On peut aussi citer le mauvais choix de gardien, bien sûr, mais c'est une décision difficile que seuls les devins peuvent prévoir à l'avance : Bilyaletdinov a choisi le plus expérimenté (Varlamov), et s'il faut le blâmer d'une chose, c'est de ne pas avoir sélectionné Bobrovski aux derniers championnats du monde quand il aurait justement pu lui donner cette expérience.

Commentaires d'après-match

Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : "Hélas, nous avons perdu sur notre glace... C'est une honte de n'avoir pas pu satisfaire les espoirs de nos fans. Nous aurions dû tirer plus souvent. Nous n'avons pas vraiment fait d'attaques dangereuses. Et on ne peut nier que Rask est un bon gardien. Aujourd'hui, nous lui avons permis de se sentir à l'aise. Les Finlandais ont rapidement marqué le deuxième but, et ensuite ils ont très bien défendu. Tous ont dit dans le vestiaire que seule l'équipe peut gagner. Je ne crois pas que nous soyons constamment revenus à des actions individuelles, nous avons toujours essayé de faire quelque chose ensemble."

Teemu Selänne (attaquant de la Finlande) : "Grande victoire. Il est évident que nous n'étions pas favoris, mais nous devons croire en nous-mêmes. La différence entre la première et la cinquième équipe mondiale n'est pas si grande. Nous savions qu'ils avaient joué quatre fois en cinq jours, et nous étions sans doute un peu mieux préparés physiquement. Nous devions nous assurer que chaque instant soit difficile pour eux, et je pense que nous avons réussi. Nous n'avions rien à perdre. Je pense que les Russes n'avaient pas assez de forces, et nous avons essayé de l'utiliser à notre avantage. Notre plan de match a été un succès."

 

Finlande - Russie 3-1 (2-1, 1-0, 0-0)
Mercredi 19 février 2014 à 16h30 au palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 11654 spectateurs.
Arbitrage de Kelly Sutherland (CAN) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Greg Devorski et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : Finlande 6' (2', 2', 2'), Russie 8' (4', 2', 2').
Tirs : Finlande 22 (9, 8, 5), Russie 38 (13, 11, 14).

Évolution du score :
0-1 à 07'51" : Kovalchuk assisté de Datsyuk (sup. num.)
1-1 à 09'18" : Aaltonen assisté de Kontiolaa
2-1 à 17'38" : Selänne assisté de Granlund
3-1 à 25'37" : Granlund assisté de Selänne et Timonen (sup. num.)


Finlande

Gardien : Tuukka Rask.

Défenseurs : Kimmo Timonen (A) - Sami Vatanen ; Olli Määttä - Sami Salo ; Sami Lepistö - Juuso Hietanen ; Ossi Väänänen - Lasse Kukkonen (2').

Attaquants : Mikael Granlund (+1, 2') - Jarkko Immonen - Teemu Selänne (C, +1) ; Jussi Jokinen - Olli Jokinen - Tuomo Ruutu ; Lauri Korpikoski (+1) - Petri Kontiola (+2) - Juhamatti Aaltonen (+1, 2') ; Leo Komarov (A) - Jori Lehterä - Antti Pihlström.

Remplaçant : Kari Lehtonen (G). En réserve : Antti Niemi (G), Aleksander Barkov (genou), Sakari Salminen.

Russie

Gardien : Semyon Varlamov puis Sergei Bobrovski à 26'42".

Défenseurs : Andrei Markov (-1) - Vyacheslav Voïnov (-1) ; Evgeni Medvedev - Aleksei Emelin (2') ; Anton Belov (-1) - Nikita Nikitin (-1) ; Fyodor Tyutin.

Attaquants : Ilya Kovalchuk (A, 2') - Pavel Datsyuk (C) - Aleksandr Radulov ; Aleksandr Ovechkin (A) - Evgeni Malkin - Aleksandr Popov ; Nikolaï Kulyomin (2') - Artyom Anisimov - Aleksandr Syomin ; Valeri Nichushkin (-2) - Aleksei Tereshchenko (-2, 2') - Vladimir Tarasenko (-2) ; Viktor Tikhonov.

En réserve : Aleksandr Eryomenko (G), Ilya Nikulin, Aleksandr Svitov.