États-Unis - République Tchèque (Jeux olympiques 2014, quart de finale)

De toutes les puissances du hockey en lice, les États-Unis ont clairement été les plus impressionnants depuis le début de ces Jeux olympiques 2014. Une deuxième période de folie contre la Slovaquie (7-1), une victoire spectaculaire qui a marqué tous les esprits contre la Russie (3-2 aux tirs au but) et le retour à la réalité de la Slovénie (5-1), le Team USA a vite semé les doutes que l'on pouvait avoir en lui.

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La réussite est purement collective avec des lignes homogènes et une défensive extrêmement mobile et rigoureuse malgré son jeune âge (25 ans de moyenne). En vous évoquant cette équipe, trois individualités doivent sans doute retenir votre attention : les attaquants Phil Kessel - meilleur marqueur du tournoi - et T.J. Oshie - devenu héros national après son show contre la Russie - ainsi que le gardien Jonathan Quick - 51 tirs bloqués sur 54 et remarquablement serein lors des tirs au but.

Mais si les Américains peuvent avoir des étoiles dans les yeux à l'idée de ce qu'ils peuvent accomplir, leur entraîneur Dan Bylsma en veut plus. Car il est vrai qu'un titre de champion olympique est une exigence de chaque instant. Selon le discours de celui qui est entraîneur en chef des Penguins de Pittsburgh à plein temps, attendons-nous donc à voir une équipe avec davantage d'échec-avant et plus instinctive. Jouer plus vite, dans chaque coin de la patinoire, c'est la condition de Bylsma pour poursuivre le chemin.

La République Tchèque, qui peut cependant compter sur le retour de Patrik Eliáš, sait donc à quoi elle se frotte : une équipe en confiance qui n'entend pas se reposer sur ses acquis. Et les deux rencontres en vingt-quatre heures dans les jambes slaves pourraient bien avoir leur importance. Elle tentera tout de même de jouer les 60 minutes, une recommandation du capitaine Tomáš Plekanec, pas toujours respectée, y compris lors du match de la veille.

Un boulevard se présentait aux Tchèques lorsqu'ils ont mené 4-0 aux dépens du petit frère slovaque qui est revenu par la suite dans la partie. Après une grosse frayeur et un succès 5-3, Jaromír Jágr a déclaré qu'il voulait que ses coéquipiers en tirent les conséquences. La vigilance est donc de mise, du début jusqu'à la fin. Mais sa formation le pourra-t-elle face à une telle pointure qui se présente en quart ?

Depuis l'introduction des joueurs NHL aux Jeux Olympiques, Tchèques et Américains ne se sont rencontrés qu'une fois en élimination directe : en 1998 à Nagano, il y a 16 ans, victoire des Tchèques 4-1 justement en quart de finale, cela dit une autre époque ...

Alors que le début est plutôt équilibré, Patrick Kane lance une première accélération en zone neutre, les Américains changent alors de ligne mais demeurent en possession offensive. Alors que deux Tchèques s'occupent personnellement de Pavelski le long de la bande, James van Riemsdyk est seul derrière la cage, s'approprie le palet, le gardien Pavelec croit boucher l'angle mais voit, immobile, la rondelle passer entre son gant et sa jambière... c'est bel et bien un but du solide ailier de Toronto (1-0, 01'39") ! Et c'est surtout un mauvais but pour la Tchéquie pour une faute d'inattention de son cerbère n°1, les États-Unis peuvent se marrer, cela ne va durer qu'un temps, il vont rire jaune trois minutes plus tard.

L'action collective tchèque est superbe, Hemský la finit en tirant en pivot, déséquilibré, mais le palet traîne dans les jambes américaines, McDonagh dégage alors... sur le pied de Suter qui lobe son propre portier, Quick, allongé (1-1, 04'31"). Après l'archétype du mauvais but, voilà un gag ! Ce début insolite a néanmoins le mérite d'accentuer l'attention des deux équipes. Les Tchèques connaissent cependant un temps fort à la 10e minute avec, coup sur coup, des tentatives de Židlický, Hanzal et Frolík alors que Nedved, à gauche, tape la barre transversale. Deux minutes plus tard, c'est à quelques centimètres que meurt le palet envoyé par Hemský.

Mis en danger, l'armada de Dan Bylsma va se créer trois bonnes occasions en peu de temps. Tout d'abord, Cam Fowler touche le poteau droit avec un lancer lointain. Puis Kessel, placé le long de la bande à la limite du hors-jeu, centre pour van Riemsdyk qui prend de vitesse tout le monde sauf Pavelec. Enfin, Pacioretty reprend de volée dans l'axe, Pavelec bien placé. Si à la 14e Frolík ne peut profiter d'un rebond que couvre Jonathan Quick par un grand écart, les États-Unis vont finalement prendre les devants en parvenant à s'installer en zone offensive. Descendu à droite à proximité de la ligne de but, David Backes adresse une somptueuse passe à l'opposé, Dustin Brown peut alors marquer dans le filet grand ouvert puisque Pavelec, trop avancé devant Backes, était d'avance battu (2-1, 14'38").

BACKES David-090506-700La réaction tchèque est plutôt timide, malgré Patrik Eliáš trop excentré et un lancer de Michal Rozsíval capté de la mitaine. Ondrej Pavelec exécutera par la suite un arrêt de grande classe : Dustin Brown entre dans le camp tchèque, se repositionne au centre et délivre un lancer balayé, malgré la chute grossière de Callahan devant lui, Pavelec capte également du gant.

Celui de Quick gèle à son tour les tentatives de Hanzal puis de Šmíd. Mais, nouveau coup de théâtre, à deux secondes de la pause, Ryan Suter frappe fort de la ligne bleue, le puck tape contre la bande et revient poteau droit à David Backes qui glisse celui-ci dans un angle a priori difficile (3-1, 19'58").

L'affaire se corse pour la République Tchèque face à des Américains propres et efficaces. Aleš Hemský réussit néanmoins un lancer dans l'axe qui touche le bâton de Quick et s'envole à quelques centimètres au-dessus de la barre transversale. Le portier de Los Angeles repousse tout de même un tir du revers de Cervenka et un lancer frappé de Židlický. Le premier jeu de puissance de la rencontre n'interviendra qu'à la mi-match, au bénéfice des Yankees. Il est rapidement mis à profit une minute plus tard : placé en pointe, tir lointain de Joe Pavelski qui tape contre la bande derrière la cage, passant du poteau droit au poteau gauche, la rondelle atterrit dans la palette de Židlický qui réagit moins vite que Zach Parisé, le capitaine s'arrache et place alors la rondelle entre les jambières de Pavelec (4-1, 29'31").

Pas vraiment en réussite, Ondrej Pavelec cède finalement sa place à Alexander Salák. Ce dernier doit vite s'employer face à Fowler dont la reprise de volée, contrée, est à deux doigts de retomber en feuille morte dans le dos du gardien du SKA Saint-Pétersbourg qui intervient de la plaque. Salák sera notamment testé ensuite par Kessel et Backes. Les deux pénalités en fin de tiers et une action devant le but de Vorácek et Eliáš n'auront toutefois aucune incidence. A la deuxième pause, la situation devient encore plus problématique pour la sélection d'Alois Hadamczik.

JAGR Jaromir-090507-401Dès le retour des vestiaires, Martin Hanzal frappe à la porte, une mêlée se forme, les esprits s'échauffent mais pas de but attribué. Le dernier des Américains est incontestable : sur un contre rapide, placé côté droit, Kevin Shattenkirk effectue une diagonale vers Ryan Kesler qui en effectue une autre second poteau pour Phil Kessel, celui-ci amortit malgré la couverture de Gudas et inscrit là son 5e but du tournoi (5-1, 42'01"). Juste derrière, McDonagh et Pacioretty sont même à la limite d'alourdir la marque.

Bénéficiant d'un nouvel avantage numérique, les États-Unis ne sauront en profiter. De l'autre côté, sur un mouvement rapide, Aleš Hemský se positionne au centre, dribble et frappe, Tomáš Plekanec n'est là que pour la diversion car c'est but lucarne opposée (5-2, 53'00"). Un but de l'espoir, d'un petit espoir. Au vu de l'écart, au vu de la réaction brève des Tchèques face à des Américains toujours attentifs et soigneux qui ne leur laissent aucun répit. Placé devant l'enclave, Martin Erat manque cependant un angle ouvert mais surtout de lucidité puisqu'il cherchait le puck.

En se qualifiant pour le dernier carré, les États-Unis confirment ainsi leur tour préliminaire très satisfaisant. Robuste, discipliné, énergique, un Jonathan Quick imperturbable, méchamment efficace en attaque, plus que jamais, les Américains demeurent un (le ?) grand favori pour la médaille d'or. Comme on pouvait le pressentir, ces Tchèques en fin de cycle n'ont rien pu faire face à cette équipe percutante et pourtant relativement jeune.

La fin d'une époque. Mais peut-être le début d'une nouvelle ère avec cette sélection à la bannière étoilée qui veut justement décrocher l'étoile olympique dont la dernière remonte à 1980 et cette fameuse épopée de Lake Placid, avant deux essais infructueux en 2002 et 2010. Encore faut-il écarté le grand rival canadien, à la limite de la catastrophe nationale contre la Lettonie et justement vainqueur en or à Salt Lake City puis Vancouver.


Commentaires d'après-match

Phil Kessel (attaquant des États-Unis) : "C'est toujours agréable de terminer un match 5-1. Vous devez vous assurer de ne pas tricher et continuer de jouer de la même manière jusqu'au bout. Mais c'est vraiment satisfaisant lorsque vous vous en sortez pour un résultat comme celui-là."

David Backes (attaquant des États-Unis) : "Je veux gagner la médaille d'or et nous devons battre les meilleures équipes pour atteindre cela. S'il s'agit du Canada pour le prochain match, nous devrons garder la tête haute."

Ondrej Pavelec (gardien de la République Tchèque) : "Leur gardien est très bon. Avant le tournoi, tout le monde disait que le Canada et la Russie étaient supposés le remporter. Mais les Américains ont une équipe jeune avec beaucoup de technique. Si vous n'êtes pas prêts, ils peuvent vous faire mal. C'est difficile de dire pourquoi cela n'a pas fonctionné de notre côté. Nous étions un petit plus lents et avons fait des erreurs que vous ne pouvez vous permettre dans ce genre de parties. C'est l'histoire d'un match. Nous avons joué un match intense la veille. Il nous manquait peut-être un peu d'énergie pour celui-ci."


États-Unis - République Tchèque 5-2 (3-1, 1-0, 1-1).
Mercredi 19 février 2014 à 21h00 à la Shayba Arena de Sotchi. 4606 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin (RUS) et Kevin Pollock (CAN) assistés de Derek Amell (CAN) et Ivan Dedioulia (BEL).
Pénalités : États-Unis 2' (0', 2', 0'), République Tchèque 6' (0', 4', 2').
Tirs : États-Unis 25 (9, 9, 7), République Tchèque 23 (7, 6, 10).

Évolution du score :
1-0 à 01'39" : van Riemsdyk assisté de Kesler et Kane
1-1 à 04'31" : Hemský
2-1 à 14'38" : Brown assisté de Backes et Suter
3-1 à 19'58" : Backes assisté de Suter et McDonagh
4-1 à 29'31" : Parisé assisté de Pavelski et Suter (sup. num.)
5-1 à 42'01" : Kessel assisté de Kesler et Shattenkirk
5-2 à 53'00" : Hemský


États-Unis

Gardien : Jonathan Quick.

Défenseurs : Ryan Suter (A, +1) - Ryan McDonagh (+1) ; Brooks Orpik (2') - Paul Martin (+1) ; Cam Fowler (+1) - Kevin Shattenkirk (+1) ; John Carlson (-1).

Attaquants : Zach Parisé (C, -1) - Ryan Kesler (+2) - Patrick Kane (+1) ; James van Riemsdyk (+2) - Joe Pavelski - Phil Kessel (+1) ; Dustin Brown (A, +2) - David Backes (+1) - Ryan Callahan (+1) ; Max Pacioretty (-1) - Paul Stastny (-1) - T.J. Oshie (-1) ; Blake Wheeler.

Remplaçant : Ryan Miller (G). En réserve : Jimmy Howard (G), Justin Faulk, Derek Stepan.

République Tchèque

Gardien : Ondrej Pavelec puis Alexander Salák à 29'31".

Défenseurs : Ladislav Šmíd (+1) - Marek Židlický (A, +1, 2') ; Tomáš Kaberle (-2) - Zbynek Michálek (-1, 2') ; Radko Gudas (-1) - Michal Rozsíval (-2) ; Lukáš Krajícek.

Attaquants : Roman Cervenka (-1) - Tomáš Plekanec (C) - Jaromír Jágr (A, -1) ; Milan Michálek - David Krejcí - Aleš Hemský (+1) ; Martin Erat (-1) - Patrik Eliáš (-1) - Jakub Vorácek (-3, 2') ; Jirí Novotný - Martin Hanzal - Michael Frolík ; Petr Nedved.

En réserve : Jakub Kovár (G), Michal Barinka (contusion au dos), Ondrej Palát.