États-Unis - Finlande (Jeux olympiques 2014, 3e place)

 

Dernier match aux Jeux olympiques pour un géant de ce sport qui a prolongé sa carrière pour vivre ce moment : Teemu Selänne.
 
Nation la plus médaillée depuis l'arrivée des joueurs de NHL aux JO, la Finlande veut continuer sa récolte : elle a la réputation d'exceller quand une médaille de bronze est en jeu, même si elle a fini quatrième aux deux derniers championnats du monde. Les États-Unis doivent quant à eux se remettre de leur déception d'avoir perdu ce qu'ils considéraient comme "la finale avant la lettre" face au Canada, et prouver que c'était vrai en battant le perdant de la demi-finale "européenne".
 
Jori Lehterä
Approche différente dans les deux camps : les Américains ont gardé exactement la même équipe qu'en demi-finale, alors que le sélectionneur finlandais Erkka Westerlund a modifié toutes ses lignes offensives. Mikael Granlund, qui a l'habitude de jouer à l'aile en équipe nationale, est testé au centre. Le gardien Tuukka Rask, malade hier, fait son retour.
 
Teemu Selänne se signale d'abord par la première pénalité du match quand il fait trébucher Kane. Tuukka Rask, pourtant masqué durant toute l'action par le gabarit de David Backes, parvient à bloquer sous son bras le tir placé de James van Riemsdyk. Celui-ci tente pour la seconde fois du tournoi sa "spéciale", son étonnant tir entre les jambes depuis la droite du but, toujours sans succès.
 
Dès la première grande contre-attaque finlandaise, la défense américaine brûle : Quick est en grand écart pour arrêter le tir de Kontiola, Jussi Jokinen prend le rebond, et Ryan Kesler se place alors dans le but pour bloquer le palet avec son corps, tel un gardien de remplacement ! La Finlande est moins dangereuse à 5 contre 4 après que la crosse de Pacioretty a atteint Immonen au visage : comme hier, Selänne n'est pas concluant dans ces phases de jeu.
 
L'autre vétéran qui peut obtenir une quatrième médaille olympique (comme seulement cinq joueurs dans l'histoire, dont Saku Koivu et Jere Lehtinen), Kimmo Timonen, commet un geste bête pour un joueur de son expérience : il pousse un bout de crosse cassée vers Ryan Kesler en possession du palet. Même si l'action se déroule contre la bande sans danger de but, la règle est claire et prévoit un tir de pénalité ! Patrick Kane s'élance et exécute une feinte rapide à droite, mais son revers ne peut contourner la botte bien placée de Rask.
 
À l'avant-dernière minute du premier tiers-temps, la Finlande est installée en zone offensive, mais les Américains récupèrent le palet et Joe Pavelski envoie Max Pacioretty dans une échappée qu'il ne convertit pas. Salminen a fait trébucher Oshie au départ de l'action et part en prison, une pénalité à cheval sur deux périodes qui ne donnera rien.
 
La situation se débloque au retour à 5 contre 5. Entrant en zone sur la gauche, dans une position peu idéale, Teemu Selänne envoie un tir qui peut paraître anodin... sauf qu'un tir du revers n'est jamais anodin et toujours difficile à arrêter. Jonathan Quick peut en témoigner (0-1, 21'27").
 
 

Le gardien des Kings de Los Angeles n'a pas le temps de toucher à nouveau le caoutchouc qu'il encaisse déjà un deuxième but : Jussi Jokinen contre le palet en zone neutre d'un bon poke-check, puis le reçoit face à la cage vide, avec entre-temps deux excellentes passes de Petri Kontiola puis de Jori Lehterä qui ont totalement pris à revers une défense déstabilisée et un Quick trop avancé (0-2, 21'38").
 
Les Américains viennent-ils de perdre ce match en onze secondes ? Dan Bylsma appelle aussitôt son temps mort pour s'assurer que son équipe garde le fil. Il tire aussi des conclusions dans son coaching puisque Dustin Brown, présent sur la glace lors de ces deux buts, ne reviendra presque plus sur la glace.
 
Cinq minutes plus tard, Patrick Kane se présente en position de tir quand sa crosse est cassée en deux par un cinglage de Leo Komarov. C'est un second tir de pénalité pour l'attaquant de Chicago ! Il choisit cette fois le lancer, mais le destin le contrarie : poteau !
 
Les Américains pressent un peu plus la défense finlandaise en fin de deuxième période, emmenés par un David Backes volontaire qui concède toutefois une pénalité en faisant trébucher Lepistö.
 
Les vingt dernières minutes seront amères pour des Américains dépassés par le rythme, qui concèdent des pénalités. Patrick Kane fait trébucher Olli Jokinen, et au moment où il remet le patin sur la glace, un slap de la bleue Juuso Hietanen trompe Quick masqué par le double écran de Komarov et Ruutu (0-3, 46'10"). Oshie le suit en prison pour obstruction, et la passe en retrait Granlund offre à son capitaine Teemu Selänne son 24e but et 43e point aux Jeux olympiques, établissant ainsi un record (de l'après-guerre) fait pour durer (0-4, 49'06").
 
Suter se rend coupable d'une crosse haute dans un duel avec Ruutu, et Jori Lehterä dirige une superbe remontée de palet pour décaler Olli Määttä avec une cage ouverte laissée par le mauvais placement d'Orpik au repli (0-5, 53'09").
 
Kurri et SelänneC'est une véritable gifle, mais aussi une parfaite revanche sur le 6-1 encaissé par la Finlande contre ces mêmes Américains en demi-finale des derniers Jeux olympiques à Vancouver. Dans les deux cas, le score est plus lourd que la réalité. Il dit cependant combien une équipe était pleinement dans son match, et combien l'autre a reçu un coup sur la tête par des buts en rapide succession.
 
Jori Lehterä est le héros du jour de la Finlande avec des passes géniales et une interview pleine d'ironie et de second degré pendant la pause. Mais celui qui restera à jamais dans la légende, c'est Teemu Selänne, sextuple Olympien et quadruple médaillé. Il sera salué par chacun de ses coéquipiers avant de tomber dans les bras du manager de l'équipe nationale Jari Kurri, qui lui avait passé le témoin à Nagano en 1998.
 
La nouvelle génération est déjà là, incarnée par Granlund, Barkov (blessé mais présent à la remises des médailles), Vatanen et Määttä. Les anciens peuvent partir le coeur plus léger : Kimmo Timonen est en larmes en disant "c'est fini, merci et au revoir" à la télévision finlandaise, alors qu'Olli Jokinen, qui avait annoncé sa retraite internationale en 2010 avant de se raviser, préfère ne pas se prononcer à chaud.
 
Commentaires d'après-match
 
Dan Bylsma (coach des États-Unis) : "Il n'y a absolument aucun de nous qui ne voulait pas gagner une médaille de bronze, absolument aucun. Tout le monde a parlé de l'importance de ce match et de cette médaille."
 
David Backes (attaquant des États-Unis) : "On a presque vu deux équipes différentes dans les quatre premières rencontres et dans les deux dernières. Les deux dernières sont celles qui comptent vraiment, c'est là que la température monte et qu'on doit creuser plus profond en nous et jouer plus dur. Nous avons peut-être même fait un pas en arrière et regardé les autres équipes nous dominer. Le résultat est que nous rentrerons à la maison vraiment déçus. Si nous avions tout donné pour être battus par meilleurs que nous, nous pourrions vivre avec. Mais terminer sur des performances médiocres dans des rencontres à élimination directe alors qu'on joue pour notre pays, cela restera un sentiment très amer."
 
Teemu Selänne (capitaine de la Finlande) : "Waouh, quelle équipe ! Je suis fier d'en faire partie, et reconnaissant à Erkka [Westerlund] et aux gars de m'avoir fait confiance une fois de plus. 26 ans avec un lion sur le coeur, cela a été une histoire incroyable. Aujourd'hui, quand j'ai pensé que ce serait mon dernier match, j'ai espéré qu'il ne finirait jamais, mais toutes les bonnes choses ont une fin. J'avais promis de ne pas pleurer, de garder mes sentiments. La famille que l'équipe nationale a été toutes ces années, la mafia de Kummola [le président de la fédération finlandaise], a été un endroit heureux pour jouer et évoluer. Elle restera dans mon cœur pour toujours. Nous sommes une petite nation, nous nous sommes toujours soutenus. Nous sommes des animaux grégaires, comme les Lions, et nous avons accompli ça ensemble. Je préfère encore gagner le bronze que perdre l'argent. Personne ne croyait en nous avec les blessés, mais Dieu que les remplaçants ont bien fait leur travail."
 
 
 
États-Unis - Finlande 0-5 (0-0, 0-2, 0-3)
Samedi 22 février 2014 à 19h00 au palais des glaces Bolchoï de Sotchi. 9052 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin (RUS) et Tim Peel (USA) assistés de Chris Carlson (CAN) et Ivan Dedioulia (BLR).
Pénalités : États-Unis 12' (2', 2', 8'), Finlande 4' (4', 0', 0').
Tirs : États-Unis 27 (12, 10, 5), Finlande 29 (8, 12, 9).
 
Évolution du score :
0-1 à 21'27" : Selänne assisté de Granlund et Korpikoski
0-2 à 21'38" : J. Jokinen assisté de Lehterä et Kontiola
0-3 à 46'10" : Hietanen assisté de Ruutu et Lepistö
0-4 à 49'06" : Selänne assisté de Granlund et Korpikoski (sup. num.)
0-5 à 53'09" : Määttä assisté de Lehterä et J. Jokinen (sup. num.)
 
 
États-Unis
 
Gardien : Jonathan Quick.
 
Défenseurs : Ryan Suter (A, -2, 2') - Ryan McDonagh (-2) ; Brooks Orpik - John Carlson ; Cam Fowler (-1) - Kevin Shattenkirk ; Justin Faulk (-1).
 
Attaquants : Zach Parisé (C) - Ryan Kesler - Patrick Kane (-1, 4') ; James van Riemsdyk - Joe Pavelski (-1) - Phil Kessel ; Dustin Brown (A, -2) - David Backes (-2, 2') - Ryan Callahan (-2) ; Max Pacioretty (2') - Paul Stastny - T.J. Oshie (-1, 2') ; Blake Wheeler.
 
Remplaçant : Ryan Miller (G). En réserve : Jimmy Howard (G), Paul Martin (main), Derek Stepan.
 
Finlande
 
Gardien : Tuukka Rask.
 
Défenseurs : Kimmo Timonen (A, +1) - Sami Vatanen (+1) ; Olli Määttä - Sami Salo ; Sami Lepistö (+2) - Juuso Hietanen (+1) ; Ossi Väänänen - Lasse Kukkonen (+1).
 
Attaquants : Lauri Korpikoski (+1) - Mikael Granlund (+1) - Teemu Selänne (C, +1, 2') ; Leo Komarov (A, +1) - Olli Jokinen (+1) - Tuomo Ruutu (+1) ; Jussi Jokinen (+1) - Petri Kontiola (+1) - Jori Lehterä (+1) ; Antti Pihlström - Jarkko Immonen - Sakari Salminen (2').
 
Remplaçant : Antti Niemi (G). En réserve : Kari Lehtonen (G), Aleksander Barkov (genou), Juhamatti Aaltonen.