Suède - Canada (Jeux olympiques 2014, finale)

Le vainqueur de cette finale deviendra le vrai souverain du hockey mondial : c'est la première fois que le champion olympique terminera la compétition invaincu depuis la grande URSS.
 
Les deux derniers champions olympiques se retrouvent face-à-face : Suède-Canada, c'était la finale pronostiquée par beaucoup... avant les blessures des deux meilleurs centres suédois Henrik Sedin et Henrik Zetterberg. Elles n'ont finalement pas empêché la formation aux trois couronnes d'être fidèle au rendez-vous. Mais voici que le troisième meilleur centre, Niklas Bäckström, est absent au dernier moment, officiellement pour "migraines"...
 

La Suède a souvent peu de réussite contre le Canada en élimination directe, mais elle a remporté le seul précédent en finale olympique, à Lillehammer en 1994, avec le légendaire pénalty de Peter Forsberg. Et justement, celui-ci a allumé les hostilités avant le match en déclarant que le choix d'arbitres canadiens était un favoritisme scandaleux. Malgré les déclarations sur le professionalisme des arbitres de NHL, cela ne les rend pas apatrides et il aurait été plus simple de s'éviter des polémiques en choisissant des arbitres d'autres nationalités. Ceci dit, les joueurs suédois actuels, eux, ne se plaignent pas.
 
Le Canada a réussi un tournoi peu spectaculaire mais sans faille, et n'a pas été mené au score un seul instant. Il bâtit ses succès sur une possession majoritaire de la rondelle et veut immédiatement prendre l'emprise sur le match. Sidney Crosby effectue un magnifique contrôle orienté sur un palet en l'air en zone neutre, puis centre pour Patrice Bergeron qui tire dans le plastron de Lundqvist. Le forechecking canadien paie encore quand une relance d'Oduya sous la pression est interceptée dans l'axe par Bergeron... qui rate ensuite sa passe.
 
La Suède réplique cependant dès la cinquième minute. Gustav Nyquist repique à la cage dans le dos de Vlasic et transperce Carey Price... qui est sauvé par son poteau ! La possession est maintenant suédoise et le Canada est dominé aux tirs pour la première fois dans ce tournoi.
 
En fait, les deux adversaires veulent prendre le jeu à leur compte. Patrice Bergeron entre en zone et tire à mi-hauteur : bing ! Égalisation au nombre de poteaux... Mais ce qui compte, ce sont les palets qui vont à l'intérieur des filets. Ce premier but si important, c'est le Canada qui le marque. Il y a quatre ans en finale, Jonathan Toews avait ouvert le score à 12'50". Cette fois, il attend cinq secondes de plus... L'attaquant des Blackhawks de Chicago prend le meilleur sur son vis-à-vis Patrik Berglund et dévie au premier poteau le centre de la droite de Jeff Carter, entre les jambières de Lundqvist (0-1, 12'55").
 

Qu'on se rassure en tout cas, l'arbitrage n'est pas un facteur dans ce match. Les pénalités sifflées (Jonathan Ericsson retient Duchene, Chris Kunitz monte sa crosse au visage de Krüger, Silfverberg dégage par-dessus le plexi) sont toutes indiscutables. Elles n'influent pas sur le résultat car les deux équipes sont très compactes en infériorité numérique.
 
Les meilleures occasions surviennent à cinq contre cinq. Martin Saint-Louis écrase son tir sur une passe transversale de Nash. Un rebond arrive à quelques centimètres de la crosse de Loui Eriksson en cage ouverte.
 
À la mi-match, le Canada monte d'un ton, voire de deux tons. Corey Perry mène une contre-attaque sur une montée offensive de Jonathan Ericsson, puis la ligne de Duchene et Nash enchaîne avec une énorme présence. Lundqvist concède certes beaucoup de rebonds, mais il multiplie les sauvetages décisifs, notamment d'un arrêt-réflexe devant Saint-Louis seul face au but. Dominée, asphyxiée, submergée, la Suède a un mérite : elle résiste. Daniel Sedin se couche ainsi parfaitement au repli défensif pour empêcher la passe quand Benn déborde.
 
Le gardien canadien Carey Price est vigilant pour bloquer de la mitaine une déviation du revers de Steen : ce sera son dernier arrêt décisif. Peu après, Sidney Crosby marque enfin son premier but du tournoi, au meilleur moment : il vole le palet à Jonathan Ericsson à la ligne bleue canadienne, s'échappe et gagne son duel avec Henrik Lundqvist (0-2, 35'43").
 

Patrik Berglund commet une méchante charge sur Kunitz. Curieusement, cette infériorité numérique permettra à la Suède de... souffler. Elle sera bien moins mise sous pression que dans les minutes précédentes. Le Canada gère la fin de période.
 
Le sélectionneur suédois Pär Mårts n'a pas la partie facile. Il peut raconter aux joueurs dans le vestiaire qu'à Lillehammer, où il était entraîneur-adjoint, Tre Kronor avait remonté deux buts. Mais pas contre cette défense implacable. Mårts doit agir et insère son défenseur offensif Oliver Ekman-Larsson à la place de Johnny Oduya, incapable de relancer proprement sous la pression canadiennne.
 
Rien à faire. La Suède n'arrivera jamais à entrer dans le camp canadienne dont l'accès lui est désormais verrouillé par une défense sûre de son fait. Un lancer de Drew Doughty à mi-hauteur frappe le poteau. Le troisième but chauffe... Daniel Sedin se fait contrer dans la bande en zone neutre par Sidney Crosby, et Chris Kunitz hérite du palet dans l'axe pour un slap en lucarne (0-3, 49'04").
 
Le dernier jeu de puissance catastrophique symbolise l'impuissance suédoise : Alexander Steen ne voit pas même pas que Loui Eriksson lui fait la passe dans son dos, ce qui offre le palet à Nash dans la zone suédoise. Le Canadien tirera à côté.
 
Comme en demi-finale, le Canada a laissé son adversaire espérer pendant une dizaine de minutes, assez ouvertes, puis l'a totalement mis sous l'éteignoir. Ses arrières, parfaits, confirment qu'ils sont les meilleurs du monde, et Carey Price, imperméable à la pression, a gardé ses cages inviolées depuis le quart de finale. Une fois de plus, la meilleure défense, ce fut la possession du palet.
 
Privée de munitions, la Suède l'a encore plus été par la perte de ses centres. Mårts a remplacé Bäckström par des joueurs qui évoluaient jusqu'ici à l'aile, Jimmie Ericsson (trop faible aux mises au jeu face aux Canadiens) puis Alexander Steen, mixant beaucoup ses lignes. De toute façon, la défense n'arrivait pas à remonter les palets sous la pression adverse. Les erreurs de Jonathan Ericsson et Daniel Sedin ont été fatales.
 
Pendant le troisième tiers-temps, les médias nord-américains commencent à révéler la vérité : Niklas Bäckström a été retiré de l'équipe en raison d'un contrôle positif à la pseudo-épéhédrine. Il sera d'ailleurs absent à la cérémonie des médailles, où son nom sera annoncé par erreur par le speaker alors que sur la glace, on passe directement du numéro 18 au numéro 20. Il sera présent en revanche une heure plus tard à une conférence de presse très remontée dont vous retrouverez la retranscription ci-dessous."
 
John Tavares, lui, est bien présent, ayant passé un maillot par-dessus sa cravate : sa saison est terminée mais il tient sa médaille d'or et ses coéquipiers lui rendent hommage.
 
Commentaires d'après-match
 
Sidney Crosby (capitaine du Canada) : "Notre défense a été solide. Ils sont bons pour patiner en dehors des problèmes de sorte que nous n'avons pas eu à jouer dans notre zone. Avec nos attaquants, plus nous restons en dehors de notre zone, plus nous avons de chances de créer des choses."
 
Pär Mårts (entraîneur de la Suède) : "J'ai eu le message deux heures avant le match qu'il y avait un problème. Je savais à l'échauffement que Bäckström ne jouerait pas. Le Canada était bon mais nous n'avions pas les bonnes conditions aujourd'hui. Il y a des règles à suivre, ils ne l'ont pas fait. Je pense que le CIO a semé la pagaille. L'absence de Bäckis a affecté les joueurs. Ce sont des humains. Pour battre le Canada, nous devons avoir nos meilleurs joueurs sur la glace. Je me sens très triste."
 
Bjorn Waldebäck (médecin de l'équipe suédoise) : "Nicklas a pris une dose par jour depuis plusieurs années contre l'allergie. C'est autorisé, mais pas dans des doses excessives. Il m'a demandé s'il pouvait en prendre une et j'ai dit oui. Il a été contrôlé à 190 mg alors que la limite est à 150. Je sens une très grande responsabilité. Mais je n'imagine pas cela comme quelque chose qui améliore la performance. Tous les médecins de hockey se sont réunis. Nous avons dit qu'un comprimé, c'était ok. Je pense que la procédure est excessive. Il aurait pu manquer la demi-finale et jouer la finale. C'est une farce."
 
Mark Aubry (responsable médical de l'IIHF) : "Nous sommes ici comme partenaires du CIO. Nous connaissons Nicklas et nous comprenons qu'il est innocent d'après ce que Waldebäck a dit. Il a suivi les ordres qu'il a reçus. La substance qu'il a prise est illégale seulement à un certain niveau. Dans ce cas, cela a dépassé ce niveau. En tant que médecin, je pense que ce n'est pas du dopage et qu'il est une victime innocente. Ce qui arrive aux Jeux olympiques dépend du CIO. L'échantillon B doit être testé. Mais il n'a pas pris ça comme du dopage, nous nous battrons pour lui."
 
Niklas Bäckström (attaquant de la Suède, contrôlé positif à la pseudo-éphédrine) : "Je n'ai rien à cacher. J'ai des problèmes d'allergie depuis des années. Je suis choqué. Je prends ce traitement depuis sept ans. J'ai été testé deux fois par la NHL depuis janvier et une fois par le CIO, après le match contré la Slovénie. J'ai suivi le match au village olympique. J'étais ici depuis deux semaines, mes deux meilleures semaines. J'aurais joué le match le plus important de ma carrière. Deux heures avant, je suis mis de côté... C'est triste."
 
Tommy Boustedt (manager de l'équipe de Suède) : "Le test a été fait mercredi. Normalement la réponse prend 48 heures, donc vendredi. C'est de la politique. Je pense qu'ils [le CIO] avaient la réponse avant, mais ont attendu délibérément pour engendrer autant d'intérêt médiatique que possible. Je pense qu'il y aura des suites juridiques. Nicklas a joué cartes ouvertes et m'a dit avant le test ce qu'il avait pris sous prescription médicale. C'est aux limites de l'inacceptable. Cela détruit le vrai travail contre le dopage. C'est peut-être un pas en arrière. C'est absurde. C'est un crime."
 
 
 
Suède - Canada 0-3 (0-1, 0-1, 0-1)
Dimanche 23 février 2014 à 16h00 au palais des glaces Bolshoï de Sotchi. 11076 spectateurs.
Arbitrage de Brad Meier (USA) et Kelly Sutherland (CAN) assistés de Derek Amell et Greg Devorski (CAN).
Pénalités : Suède 6' (2', 4', 0'), Canada 4' (2', 0', 2').
Tirs : Suède 24 (11, 9, 4), Canada 36 (12, 11, 13).
 
Évolution du score :
0-1 à 12'55" : Toews assisté de Carter et Weber
0-2 à 35'43" : Crosby
0-3 à 49'04" : Kunitz
 
 
Suède
 
Gardien : Henrik Lundqvist.
 
Défenseurs : Niklas Kronwall (C, -2) - Jonathan Ericsson (-2, 2') ; Niklas Hjarlmarsson (-1) - Johnny Oduya puis à 40' Oliver Ekman-Larsson (-1) ; Alexander Edler - Erik Karlsson ; Henrik Tallinder [1 présence].
 
Attaquants : Alexander Steen (-3) - Patrik Berglund (C, -1, 2') - Daniel Alfredsson (A, -1) ; Daniel Sedin (-2) - Jimmie Ericsson - Loui Eriksson (-2) ; Gabriel Landeskog (A) - Marcus Johansson - Jakob 
 
Silfverberg (2') ; Carl Hagelin - Marcus Krüger - Gustav Nyquist.
 
Remplaçant : Jhonas Enroth (G). Absents : Jonas Gustavsson (G), Henrik Zetterberg (hernie discale), Nicklas Bäckström (contrôle positif).
 
Canada
 
Gardien : Carey Price.
 
Défenseurs : Duncan Keith (+2) - Shea Weber (A, +2) ; Marc-Édouard Vlasic (+1) - Drew Doughty (+1) ; Jay Bouwmeester - Alex Pietrangelo ; Dan Hamhuis [1 présence].
 
Attaquants : Chris Kunitz (+2, 2') - Sidney Crosby (C, +2) - Patrice Bergeron (+2) ; Jamie Benn - Ryan Getzlaf - Corey Perry (2') ; Patrick Marleau - Jonathan Toews (A, +1) - Jeff Carter (+1) ; Martin Saint-Louis (+1) - Matt Duchene - Rick Nash ; Patrick Sharp.
 
Remplaçant : Roberto Luongo (G). En tribune : Mike Smith (G), P.K. Subban, John Tavares (ligaments du genou).