Amiens - Morzine-Avoriaz-Les Gets (Ligue Magnus, play-offs, 1er tour, match 5)

Courage et solidarité pour les Pingouins

Dans les travées du Coliseum qui se remplissent rapidement flotte ce parfum si particulier de match couperet… Au terme d’une série particulièrement serrée où les Pingouins sont venus enlever une rencontre en terre picarde (le match 2 remporté 2-3), et les Gothiques en montagne (le match suivant sur le score de 4-5),

tous les protagonistes se retrouvent une dernière fois pour accéder en quarts de finale et affronter les solides Ducs de Dijon.
Les effectifs sont au complet et Amiens enregistre le retour de son technicien David Bastien, suite à sa luxation de l’épaule. Le joueur est du moins équipé mais ne fera qu’une brève apparition dans la rencontre. Les Gothiques trouvent une motivation supplémentaire quand sont présentés avant la rencontre les U22 tout récemment auréolés du titre de champion de France acquis… aux dépends du HC 74, qui comptent un certain nombre de morzinois. Faut-il y voir un signe ?

Les Pingouins attaquent la rencontre tambour battant. Souhaitant profiter de l’habituel flottement d’après coup d’envoi, la première ligne se retrouve à deux doigts de tromper Sopko après moins de 5 secondes de jeu. Cela lance les débats et Beron témoigne d’un excès d’engagement. Il prend 2 minutes de pénalité pour obstruction. L’importance des supériorités numériques dans cette série fut indiscutable car ce sont souvent elles qui ont fait basculer totalement le sort des rencontres. Les Picards tiennent donc là une occasion en or, mais n’en profitent absolument pas puisque Serer gagne à son tour le banc de prison pour la même infraction, pénalité d’autant plus dommageable qu’elle se produit alors que les Gothiques avait le palet et partait en occasion de but.
A 4 contre 4, « Bouchard d’assaut » tient la première opportunité amiénoise, puis Sopko fait des frayeurs à sa défense sur un palet joué derrière la cage, mais il se rattrape bien.  Quand Beron rejoint la glace, le HCMAG se retrouve en supériorité pour quelques secondes. Ils n’ont guère besoin de plus et Hudson trouve parfaitement Kim Nabb, qui porte le casque blanc de meilleur pointeur de son club depuis le début de la première ronde. Le finlandais ajuste Sopko pour l’ouverture du score, pour la quatrième fois de la série côté Morzine-Avoriaz-Les Gets (0-1, 3’36’’).

Amiens cherche à réagir rapidement mais sur une même occasion, Arnaud puis Salmivirta bute sur Andrew Hare, occasion qui se termine dans la cage… mais pour les joueurs !  Hare demeure toujours aussi solide sur un nouvel essai de Bouchard, ainsi que devant Santala d’une belle déviation de la crosse. Clairement les Gothiques dominent depuis l’ouverture de la marque mais les joueurs d’Hartogs restent dangereux sur des sorties de palet savamment construites. Ainsi il faut un Sopko rigoureux sur une opportunité du duo décisif auparavant, Hudson à la passe et Nabb au lancer. Ohlsson est ensuite rattrapé pour accrocher. Les Pingouins passent alors à quelques centimètres de doubler la mise sur un palet qui flirte avec la ligne suite à un cafouillage, puis par Papa qui trouve le montant. C’est chaud côté Amiens, mais ça tient jusqu’au retour à 5 contre 5.
Les Gothiques reprennent alors leur domination, mais le match se tend et chaque coup de sifflet donne lieu à de virils échanges. A Salmivirta qui sollicite dangereusement Hare répondent Goz et Whitelaw bien que ce dernier ne parvient à se mettre en position alors qu’il semblait bien placé devant la cage. Le dernier lancer du tiers est à mettre au crédit du capitaine Bachet, mais Hare dévie la trajectoire.

Les Pingouins remportent la bataille tactique

C’est à nouveau Morzine qui se met d’entrée en évidence dans ce second tiers grâce à Papa, puis Nabb qui bute sur Sopko en 1 contre 1. Les Gothiques ne sont pas en reste et Santala lance puissamment mais Hare réalise un superbe arrêt. Il intervient également sur Bault qui a tenté de faire le tour de la cage. Seulement le palet n’arrive pas toujours devant le cerbère visiteur, car le HCMAG fait preuve d’énormément de rigueur sur toutes les lignes : ainsi un départ d’Arnaud sur l’aile qui allait remettre à Serer se voit avorter par un superbe sacrifice de Carl Hudson. Sopko est à son tour présent devant Linkomaa et Numa Besson, et cela remet sur les rails la locomotive amiénoise. La première ligne pousse fort, et si Hare intervient sur un premier lancer, il s’incline finalement devant un magnifique slapshot de Salmivirta (1-1, 26’51’’).

Comme souvent dans pareil cas, les Gothiques ne sont jamais plus dangereux qu’après avoir débloqué le compteur. Ils se ruent en attaque et mettent en danger les blancs, contraints de se mettre à la faute (Nabb pour accrocher).  Le public pousse car il connait son équipe et sait que dans ces moments là, les Gothiques peuvent être irrésistibles. La supériorité n’est d’ailleurs pas loin de prendre fin prématurément par Ouimet, moins en jambes qu’habituellement, puis Bouchard mais dans sa fougue habituelle, celui-ci explose littéralement sa crosse sur une tentative de lancer. 
Après avoir subi fortement, Morzine-Avoriaz-Les Gets maitrise mieux la fin de l’infériorité et parvient à la tuer. Typiquement le genre de situation qui donne confiance et cela se prouve sur la glace, car au retour au complet, Szabo profite astucieusement d’un changement de ligne pour trouver dans l’axe Hudson. En moins d’une saison en France, ce dernier est apparu comme l’un des plus « lourds lanceurs » de la ligue, et en offre une nouvelle illustration en fusillant littéralement la cage de Ramon Sopko pour redonner l’avantage aux siens (1-2, 29’44’’).

Un peu plus libérés d’un scénario qui ressemblait jusqu’alors un peu trop au premier match de la série, les Pingouins poursuivent leur marche en avant et Josselin Besson trouve le plastron du gardien amiénois. Salmivirta est pénalisé pour une charge avec la crosse mais le power-play morzinois ne s’installe absolument pas. C’est peut être une occasion particulière de prendre le large qui s’évapore, car derrière ce sont les Amiénois qui se retrouvent en jeu de puissance (Brodin sanctionné pour retenir la crosse). Les Gothiques doivent en profiter, malheureusement pour eux la défense adverse est impériale et ne laisse comme faille que la possibilité pour Dusseau de deux lancers à longue distance.
Clairement dans ce match, le fait de tuer les pénalités côté HCMAG rend l’équipe « euphorique » en attaque, mais tout en conservant un sérieux digne du cas d’école tant chaque consigne est respectée à la lettre. Alors que l’on se dirige vers la sirène et qu’il reste 13 secondes, les Pingouins creusent l’écart au meilleur moment pour eux (et au plus mauvais pour Amiens) grâce à Beron qui d’une lourde frappe trouve la lucarne de Sopko, dans un silence de cathédrale dans cette cité dédiée (1-3, 39’47’’).


Triste clap de fin pour le capitaine Bachet

Amiens n’a plus le choix et accuse un retard de deux buts au moment de débuter ce dernier tiers. Un tiers qui débute avec Josselin Besson au sol suite à une charge, ce dernier se plaignant du visage. A hauteur de l’intensité des échanges, c’est ensuite à Claireaux de voir la glace de près, mais cette fois Brodin est sanctionné pour faire trébucher. Le moment est trop important pour que les Gothiques le laissent passer. Dans un premier temps Arnaud est tout proche de dévier un lancer de Dusseau, mais dans la continuité ce même Dusseau trouve Claireaux sur un flanc gauche étonnamment laissé libre par Morzine (sans doute la première faille dans le système mis en place par Hartogs). Le #12 amiénois profite de l’aubaine pour concrétiser ce jeu de puissance et réduire la marque (2-3, 42’37’’).

Poussé par son public, l’effectif amiénois tente de faire tourner la rencontre en son sens et se trouve une nouvelle chance avec Hudson pénalisé pour une obstruction, cette fois-ci un peu sévère. S’il est un moment pour égaliser, c’est un peu « maintenant ou jamais » pour les locaux. Les supporters l’ont bien compris et font gronder l’antre des Gothiques. Las, leurs protégés ne trouvent pas vraiment l’occasion de développer leur jeu en unité spéciale, et vont le payer très cher. C’est une nouvelle pénalité tuée pour les Pingouins avec tout ce que cela comporte dans ce match en particulier : alors que quelques secondes auparavant il était en train de montrer au médecin son visage touché, Josselin Besson retrouve la glace et son efficacité. A l’issue d’un travail d’équipe, il trompe le portier slovaque pour donner à nouveau deux buts d’avance à son équipe (2-4, 46’50’’).
Un nouveau coup dur pour les joueurs de Leime, mais cette fois ci ils ne se laissent pas le temps de douter. Moins d’une minute après cette réalisation adverse, Danick Bouchard se met en valeur et parvient à faire déjouer Hare pour le troisième but picard (3-4, 47’43’’).

Il n’en reste pas moins que le tableau d’affichage est toujours en faveur des visiteurs. Bastien foule alors la glace pour la première fois de la rencontre (avec ce qui est « approximativement » la troisième ligne amiénoise, les alignements ayant énormément changé au cours de la rencontre, ce qui est loin d’être anecdotique…), mais il ne fait pas la différence. Pas plus que Salmivirta « mis en échec » par Hare, ni que tout autre amiénois butant sur une défense héroïque. Quelque soient les endroits du jeu, Amiens trouve bien souvent une crosse en opposition, et quand ce n’est pas le cas le gardien canadien fait des prouesses, comme sur une accélération de Bault. Ce « package défensif » ralentit la progression amiénoise jusqu’à la réduire pratiquement à néant… Il y a bien Kazarine qui tente de surprendre le gardien sans succès ou encore Baazzi en bonne position bien que ne trouvant pas le cadre, mais le HCMAG joue avec rigueur et intelligence, parvenant même à ressortir quelques palets interessants.
Il reste 1 minute 06 au compteur et Leime demande un temps mort. Preuve supplémentaire, s’il en faut une, du succès tactique des Haut-Savoyards, Sopko a toutes les difficultés à quitter sa cage et s’y reprend en trois fois devant le danger d’une récupération de palet pour Morzine. Le surnombre est finalement crée, mais loin d’un assaut sur la cage des Pingouins. Si bien que Josselin Besson récupère un palet en zone neutre, lance à la cage et trouve la barre rentrante pour sceller définitivement le sort des Amiénois dans cette rencontre, dans cette série, dans cette saison. (3-5, 59’33’’).

Les Gothiques restent en cage vide pour la poignée de secondes restantes mais cela ne changera plus rien. Les Pingouins de Morzine-Avoriaz-Les Gets s’imposent au courage et à la ténacité dans ce premier tour des play-offs, et au terme d’un match maitrisé pratiquement de bout en bout dans son aspect tactique. Quant aux Gothiques, ils quittent la scène prématurément, alors que les ambitions étaient grandes, à la hauteur de l’effectif en cette saison. Une saison qui se sera finalement avérée fort chaotique, et dont l’issue devrait entrainer bon nombre de décisions internes… Un échec qui a peut être encore plus le goût amer pour un homme, le capitaine Vincent Bachet, qui devrait tirer sa révérence et qui aurait sans nul doute souhaité partir autrement  que sur une haie d’honneur concluant un match 5 de premier tour de play-offs. Dommage pour ce pilier du hockey français qui restera dans les mémoires du championnat de France, un championnat qu’il aura écumé brillamment depuis 1996.

Désignés hommes du match : Josselin Besson pour le HCMAG, Ilpo Salmivirta pour les Gothiques d’Amiens.

Amiens – Morzine-Avoriaz-Les Gets 3-5 (0-1, 1-2, 2-2)
Mardi 25 février 2014 à la patinoire du Coliséum, 3200 spectateurs
Arbitrage de Jérémy Rauline assisté de Pierre Dehaen et Yann Furet
Pénalités : Amiens 6’ (4’, 2’, 0’), HCMAG 10’ (2’, 4’, 4’)
Tirs cadrés : Amiens 29 (8, 9, 12), HCMAG 28 (8, 12, 8)

Evolution du score :
0-1 à 3’36’’ : Nabb assisté de Hudson et Szabo (sup. num.)
1-1 à 26’51’’ : Salmivirta assisté de Gascon et Kazarine
1-2 à 29’44’’ : Hudson assisté de Szabo et Papa
1-3 à 39’47’’ : Beron assisté de J.Besson et Hudson
2-3 à 42’37’’ : Claireaux assisté de Dusseau et Arnaud (sup. num.)
2-4 à 46’50’’ : J.Besson assisté de Beron et Szabo  
3-4 à 47’43’’ : Bouchard assisté d’Ohlsson et Claireaux
3-5 à 59’33’’ : J.Besson assisté de Szabo et N.Besson (cage vide)

Amiens (alignements du début de rencontre, ayant beaucoup évolué par la suite)

Gardien : Ramon Sopko

Défenseurs : Aziz Baazzi (en alternance avec Nicolas Leclerc) – Jimi Santala ; Kevin Dusseau – Romain Bault ; Vincent Bachet (C) – Johan Ohlsson

Attaquants : Ilpo Salmivirta – Martin Gascon (A) – Fabien Kazarine ; François Ouimet – Valentin Claireaux – Danick Bouchard ; Mathias Arnaud – Marius Serer (A) – Quentin Fauchon ; David Bastien.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Rémi Thomas, Romain Carpentier. Absent : Fabien Bourgeois


Morzine-Avoriaz-Les Gets

Gardien : Andrew Hare

Défenseurs : Numa Besson – Teemu Linkomaa ; Charlie Doyle – Carl Hudson ; Balazs Goz – Mickaël Brodin.

Attaquants : Grégory Béron – Peter Szabo (A) – Josselin Besson ;  Kim Nabb – Cyril Papa (C) – Chris Jones (A) ; Loïc Gaydon – Jon Whitelaw – Janis Ozolins ; Loïc Mora.

Remplaçants : Landry Macrez (G), Simon Barbero, Kevin Maso.