Grenoble - Gap (Ligue Magnus, play-offs, 1er tour, match 5)

Épilogue d’un fiasco

Dernière manche de cette série à rebondissements. Après s’être partagé les rencontres 1 et 2 à Grenoble, Rapaces et Brûleurs de Loups ont remis ça à Gap (et de quelle manière : 5-1 pour Grenoble dans le match 3 et 7-1 pour Gap dans le match 4 !). Il faut donc ce cinquième match décisif pour départager les deux équipes que l’on n’attendait pas si proches.

La rencontre débute par un long round d’observation. Visiblement échaudés par leur entrée en matière désastreuse lors du match 4, les Brûleurs de Loups ont semble-t-il décidé de jouer la carte de la prudence dans cette entame, histoire d’éviter de s’exposer aux contres gapençais qui leur avaient fait si mal samedi. Charland allume la première mèche alors que Cornaire accroche Petit et reçoit la première pénalité de la rencontre. Le jeu de puissance grenoblois s’installe mais reste improductif comme bien souvent cette saison. Seul un bon tir de Sivic vient inquiéter Garman. Grenoble se fait une petite frayeur sur un palet relâché par Bonvalot.

Dans ce match très fermé, où les deux équipes pensent surtout à ne pas perdre plutôt qu’à gagner, les occasions sont rares. Petit puis Tartari lancent quelques étincelles sur la cage gapençaise, mais il en faut plus pour inquiéter un Garman bien en place. Les Rapaces répliquent par un débordement de Valchar qui oblige Bonvalot à un arrêt important. En fin de tiers, Antonoff est pénalisé et c’est au tour de Grenoble de se retrouver en infériorité numérique. Bonvalot doit multiplier les arrêts face à Circelli et Syväsalmi pendant le power-play mais il préserve sa cage inviolée à la pause.

Après cette longue « introduction », les deux équipes semblent revenir sur la glace avec de meilleures intentions. Les Grenoblois tirent les premiers, d’abord de loin, puis avec Yorick Treille qui semble enfin disposé à se servir de son physique pour se créer deux bonnes occasions ponctuées par deux tirs à la cage. Mais Gap ne va pas tarder à réagir. Virpiö oblige Bonvalot à un arrêt difficile.

Lorsque Tartari laisse traîner la crosse après un arrêt de Garman et se fait pénaliser pour un cinglage, les Rapaces se retrouvent de nouveau en supériorité numérique. Syväsalmi tente de remettre ça de loin mais c’est sa passe en profondeur pour Virpiö qui fait la différence. L’attaquant finlandais passe entre les deux défenseurs et tente de tromper Bonvalot d’un tir croisé. Le palet rebondit contre le montant de la cage avant de ressortir. Difficile de savoir si c’était avant ou après la ligne de but. L’arbitre valide quand même le but malgré les protestations grenobloises (0-1, 24'59").

Cette ouverture du score glace un peu plus Pôle Sud qui avait du mal à se réchauffer jusque-là. À l’inverse, la forte colonie de supporters haut-alpins présente dans la patinoire redouble d’encouragements.  L’ouverture du score semblait décisive dans ce match pauvre en occasions. Aussi, lorsque Gervais part à son tour en prison, on se dit que cela sent le roussi pour les Grenoblois. Quelques instants plus tard, un lancer d’Arrossamena à la ligne bleue est contré par Bonvalot qui relâche le palet sur Valchar, lequel marque sur le rebond (0-2, 29'21").

À la mi-match, Gap semble s’ouvrir grand le chemin vers les quarts de finale. Au fond du trou, Grenoble finit par réagir encore une fois grâce à son duo Petit-Charland. Après un tir de Charland, Petit est présent au rebond. Il s’y reprend à deux fois pour finalement battre Garman et redonner un peu d’espoir dans le camp isérois (1-2, 30'36").

Cette réduction du score redonne de l’énergie aux Brûleurs de Loups. Plus impliqués dans les duels, ils passent quelques minutes à mettre enfin une réelle pression physique sur leurs adversaires. Bonvalot doit tout de même rester vigilant sur quelques occasions gapençaises et notamment un tir en bonne position d’Hirvonen. Garman fait trébucher Baylacq ce qui offre une supériorité numérique à Grenoble. Mais le power-play grenoblois n’est pas aussi efficace que son vis-à-vis et les coéquipiers de Baptiste Amar laissent passer l’occasion. Bonvalot doit même rester vigilant sur un contre de Valchar.

Peu en réussite en supériorité numérique, les Brûleurs de Loups bénéficient tout de même d’une nouvelle chance pour un surnombre gapençais. Dans la dernière minute, Grenoble pousse sans succès. Et alors que la sirène allait retentir, Charland remonte le palet et déclenche un énorme lancer avant la ligne rouge : ce qui ressemble à un ultime dégagement désespéré finit au fond des filets au grand dam de Gapençais incrédules et d’un Garman médusé (2-2, 39'59").

Ce but « casquette » change la physionomie du troisième tiers. Les Grenoblois ne sont plus obligés de courir après le score. Ils vont se contenter d’exercer une (faible) pression sur la cage gapençaise jusqu’à ce que Yorick Treille se fasse pénaliser pour un faire trébucher malvenu. Cette fois, le power-play gapençais ne s’installe pas même si un lancer de Charland est relâché par Garman.

Dans ce troisième tiers, les deux équipes semblent au bord de la rupture, pouvant tour à tour marquer le but décisif. Alors que les Gapençais trouvent le poteau grenoblois, Petit manque une belle occasion devant la cage pour Grenoble.

On semble se diriger progressivement vers la prolongation lorsqu’une pénalité est sifflée contre Arrossamena pour un dégagement précipité dans les tribunes. L’occasion rêvée pour Grenoble de reporter la mise sur le fil. Mais cette « balle de match » ne sera pas convertie. Le palet flirte à plusieurs reprises avec le poteau mais les Rapaces tiennent le choc et vont chercher le temps supplémentaire. Encore une fois, leur inefficacité en power-play aura coûté cher aux Brûleurs de Loups. 

Dans la prolongation, les Gapençais semblent moins jouer avec la peur au ventre et obligent Bonvalot à de nombreuses parades. C’est le cas notamment de Vondracek, encore une fois très bon et qui fait arrive souvent à déstabiliser la défense grenobloise. La dernière occasion est pourtant grenobloise avec une passe lumineuse de Charland pour Lessard lequel manque sa reprise face à la cage grande ouverte qui se présentait à lui.

Place donc à la séance des tirs et au but et le suspense ne va pas durer longtemps : si Sivic semble marquer sur sa première tentative, c’est après un rebond et son but est logiquement refusé. Par la suite, Vondracek trompe facilement Bonvalot alors que Petit échoue face à Garman. Virpiö marque sur la tentative suivante et qualifie son équipe pour les quarts de finale. Gap, douzième, élimine Grenoble, cinquième. Un vrai coup de tonnerre pour ce premier tour des play-offs !

Les Rapaces n’ont pas volé leur qualification. Sans afficher un niveau de jeu extraordinaire, ils ont su jouer simple et efficace avec des sorties de zone propre, un jeu défensif efficace pour bloquer les attaques grenobloises et un power-play qui a fait la différence. La « boulette » de Garman aurait pu coûter cher mais le portier américain s’est bien repris de sa bévue pendant la séance des tirs au but. Les Gapençais ont montré qu’ils valaient mieux que leur douzième place même s’ils se qualifient sur la loterie des tirs au but. Avec une grosse solidarité, les Rapaces ont réalisé le coup de ces play-offs. Pour s’offrir un quart de finale de « gala » inespéré face à Angers et, qui sait, poursuivre sur leur lancée d’une fin de saison où tout leur réussit.

L’un des pires saisons de l’histoire des Brûleurs de Loups vient de s’achever. Par un match à l’image de cette saison à vite oublier. Un jeu collectif quasi inexistant, une attaque poussive qui s’en remet à un miracle de Charland, une intensité bien trop insuffisante pour des play-offs. Le tout enrobé dans un jeu défensif réducteur, terne et bien souvent soporifique.

Loin des ambitions de jeu offensif prôné en début de saison et qu’un recrutement XXL en attaque (Lafrance, Charland, Treille, Sivic et Petit notamment) pouvait laisser espérer. Des grands joueurs ne font pas forcément une grande équipe, les Brûleurs de Loups 2013-14 en sont bien la preuve. Pour réussir, il faut un chef d’orchestre capable d’apporter une cohérence dans le jeu collectif. Bref, une équipe n’est pas une somme d’individualités.

Jean-François Dufour n’a jamais pu trouver les solutions pour faire fonctionner une équipe qu’il avait pourtant lui-même choisie et bâtie. Cette fois, la séance de tirs au but du cinquième match ne l’a pas sauvé comme en 2012 face à Épinal. Une victoire qui avait été le début d’une belle aventure jusqu’en finale. Une aventure en trompe l’œil car au cours des deux saisons suivantes, jamais la flamme de ces play-offs n’est réapparue. À la fin de la saison dernière, les dirigeants grenoblois ont cru bon de maintenir leur confiance en leur entraîneur, pensant que le recrutement allait tout changer. Ils doivent se rendre compte aujourd’hui - tardivement - de leur erreur. Car la plupart des joueurs passés sous le maillot grenoblois ces dernières saisons, en particulier les renforts étrangers, ont souvent vu leur production fondre comme neige au soleil. Les hommes aveint beau changer, les symptômes restaient les mêmes.

Quant au choix des gardiens, là encore les choix du staff ont été douteux. Si Bonvalot fut une révélation et une belle surprise, il a été surexposé au point d’exploser en play-offs. Au lieu de l’accompagner par un gardien d’expérience capable de l’aider dans sa progression, le staff grenoblois a encore misé sur Sebastien Raibon, prometteur mais encore irrégulier et inexpérimenté dans la peau d’un titulaire. Avant de lui tourner subitement le dos après l’échec du Winter Game. Un autre exemple d’une mauvaise gestion de l’effectif.

Quant à la défense, rarement exempte de tout reproche cette saison, elle était composée de joueurs au profil trop similaire : Amar, Lessard, Gervais et Selan, des défenseurs bien plus techniques que physiques. Il a donc manqué des joueurs solides, capables de nettoyer le slot ou de gagner le palet dans les rudes batailles des play-offs. Il a manqué aussi des leaders à l’image d’un certain Alexandre Rouleau, capable de se transcender en play-offs et de tirer toute l’équipe dans son sillage.

Après des résultats catastrophiques au regard des moyens engagés, un changement du staff sportif semble cette fois inévitable. Dommage qu’il faille en arriver à un tel fiasco, car les signes avant-coureurs étaient nombreux depuis quelques saisons. Une année supplémentaire a été perdue. Il reste maintenant aux dirigeants grenoblois à se remettre en question et à faire le bon choix, pour relancer la dynamique sportive d’un club qui a touché le fond cette saison et qui doit retrouver son standing. Cela passera par des résultats mais aussi par du spectacle sur la glace avec un vrai jeu collectif, histoire de remotiver des supporters passablement dépités parce qu’ils voient depuis quatre (longues) saisons quasiment vierges de trophées (une maigre coupe de la ligue glanée sur l’héritage d’un certain Mats Lusth que tant regrettent aujourd’hui). Et cette fois les individualités ne suffiront pas.

Enfin, il faudra remplacer le grand vide laissé par Baptiste Amar qui devrait arrêter sa carrière d’une bien triste manière. Bien loin des effluves de 2008-09, une saison historique où il avait mené son équipe à un quadruplé historique. Souhaitons que l’équipe de France lui offre une sortie plus digne du talent et de la carrière de ce capitaine exemplaire.

Désignés meilleurs joueurs du match : Francis Charland (Grenoble) et Roman Vondracek (Gap)

(Photos Philippe Crouzet - www.ipernity.com/doc/182273/album et Emmanuel Giraudeaux)

Compte-rendu signé Christophe Laparra

Commentaire d’après-match :

Stéphanie Carrel-Magnan (présidente des Brûleurs de Loups) : « On n’a atteint aucun de nos objectifs cette saison qui a été difficile en tout point. Je félicite par ailleurs l’équipe de Gap qui mérite sa victoire. On a commencé un audit pour regarder les éléments à analyser compte tenu du fait que cela fait déjà un moment où on n’était pas là où on devait être. On va prendre quelques semaines pour faire le bilan définitif et tirer les enseignements de cet échec cette saison. On va digérer cette saison blanche et anticiper une restructuration du secteur sportif. Je regrette ce qu’on a pu fournir une partie de cette saison et j’adresse un message de désolation aux supporters même si on ne peut pas dire que cette équipe a manqué de cœur. Mais on a manqué de fondamentaux, de réussite, et on n’est pas là où on devait être. »

 

Grenoble – Gap 2-3 après tirs au but (0-0, 2-2, 0-0, 0-0, 0-1).

Mardi 25 février 2014 à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3200 spectateurs.

Arbitrage d’Alexandre Hauchart assisté de Matthieu Barbez et Guillaume Gielly
Pénalités : Grenoble 8' (2’, 4', 2', 0’), Gap 8' (2’, 4’, 2', 0’)
Tirs cadrés : Grenoble 24 (7, 10, 3, 4, 0), Gap 28 (9, 9, 7, 2, 1)

Évolution du score :

0-1 à 24'59" : Virpiö assisté de Syväsalmi (sup. num.)
0-2 à 29'21" : Valchar assisté de Arrossamena (sup. num.)
1-2 à 30'36" : Petit assisté de Charland et Sivic
2-2 à 39'59" : Charland (sup. num.)

Tirs au but : Grenoble : Sivic (raté), Petit (raté) ; Gap : Vondracek (réussi), Virpiö (réussi)

 

Grenoble

Gardien : Antoine Bonvalot

Défenseurs : Pierre-Luc Lessard – Stéphane Gervais ; Baptiste Amar (C) – Nicolas Antonoff ; Jason Crossman – Maks Selan.

Attaquants : Joris Bedin  – Toby Lafrance (A) – Yorick Treille (A) ; Francis Charland  – Felix Petit – Mitja Sivic ; Julien Baylacq – Mathieu Le Blond – Christophe Tartari ; César Joffre – Jordann Perret – Sébastien Delemps.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Quentin Scolari. Absents : Luc Tardif Jr (commotion), Kévin Martenon (rechute).

Gap

Gardien : Mike Garman

Défenseurs : Kai Syväsalmi – Pasi Hirvonen ; Etienne Chiappino – Milan Tekel (A) ; Alexandre Cornaire (C).

Attaquants : Jouni Virpiö – Collin Circelli (A) – Colin Moore ; Radim Valchar – Roman Vondracek – Nicolas Arrossamena ; Paul Schmitt – Niklas Nilsson – Mathieu André ; Charly Brugière.

Remplaçants : Guillaume Duquenne (G), Yoanne Lacheny, Jacques Evrard, Guillaume Michelon, Jérémy Baridon, Mathias Chiappino. Absents : Mickaël Perez (blessé), Brice Mansouri, Niko Mäntylä (blessé), Lucas Savoye (blessé).